Ils disaient que j’iradiais, que mon aura les englobait tous, que je les survolais sur la scène.
Ce que je voulais, c’était dans mes très longs bras, dans le bleu de mes yeux, dans de très légers petits sourires, dire le dévolu.
Ce que je voulais, c’était dire le mouvement en un seul mot.
Ce que je voulais c’était trouver une langue, une écriture dans les corps
Ce que je voulais c’était que chacun traduise l’invisible, c’était que chacun me confie son intime restitué,
tous ses âges, ses rêves, sa fragilité et sa force d’être, jusqu’au dépassement.
Ce que je voulais c’était que chacun exprime sa propre interprétation, que chacun soit conscient de sa
propre énigme, du mystère et du savoir-faire de sa jouissance.
Ce que je voulais c’était les percer à jour, traverser leurs vérités, lire leurs corps jusqu’à l’ossature, ce qui y est enfermé, ce qui remue à l’intérieur, ce qui doit se libérer de sens.
Ce que je voulais c’était trouver en chacun l’état de corps, son symptôme émotionnel, la résurgence du
désir jusqu’à la violence.
Je ne leur disais jamais il faut ou il ne faut pas. Ce que je voulais c’était que ça leur vienne comme une
grâce.
Ce que je voulais, ce n’était pas donner des explications mais des sentiments. Ce qu’il faut c’est ressentir.
Ce que je voulais c’était parler de notre immense besoin d’amour.
Auteur / revue Miroir
J’ai suivi la piste des premiers hommes
Je l’ai suivie d’instinct du bout de mon fusain
J’ai suivi un tracé ancien mal défini mal dessiné
J’ai suivi un certain horizon
moins lointain que ce qu’il ne paraît
J’ai suivi maints et maints visages
comme des appels par leurs noms
J’ai suivi les ossatures dans le tremblement de la main
J’ai suivi chaque profil dans le flou de l’histoire
le défilement de leurs frères
J’ai suivi ce qui fait de leurs folies figure humaine
Vierge
C’est un peu fou quand on y pense.
Tes doigts ont changé bien sûr
mais à chaque fois qu’ils me touchent,
ils semblent me découvrir,
me chercher, s’émerveiller,
craindre de me perdre.
Alors je surgis à nouveau
au monde et à toi.
Encore
et encore.
Qui touche comme ça ?
Quels doigts donnent à notre peau
l’odeur d’un nouveau-né ?
Ceux des autres s’habituent,
s’endorment, s’éloignent
ou frappent, nostalgiques,
sur quelques touches de piano
un peu usées.
Ceux d’une mère jamais.
Tour à tour leurs caresses
sont celles d’une feuille,
du vent ou de l’eau,
dont la fontaine est de jouvence.
Le temps, juste le temps de ces caresses,
on se demande si on a vraiment vieilli.
Pour ça
c’est pour caresser
des mots qui effleurent
la page se posent un peu
en haut un peu en bas
sur son ventre partout
c’est pour tisser un
fil de ta peau à la mienne
à l’écoute du moindre souffle
araignées complices dans l’attente
d’un tremblement
c’est parce que je ne sais
pas parler c’est si bête pourtant
écarter les mâchoires laisser venir
la gorge la brûlure
la bouche la brûlure
les lèvres la brûlure
des paroles qui remontent
c’est parce que je ne sais pas
peindre non plus ni chanter
ni me montrer sous ton balcon
ce n’est pas parce que je sais écrire
car je ne sais pas si je sais écrire
mais tout le monde peut écrire un peu
et je veux être tout ton monde
Neige
J’aime cette neige
Qui tombe en douceur
Virevolte et joue
Avec les yeux des enfants
Elle s’amuse avec eux
Comme elle le faisait avec
Le guetteur impatient
De ciel d’hiver
Que j’étais
J’aime comme les flocons
Mouillent leurs joues
Pleines
De mes baisers
Je m’émerveille de ces traces
De petits pas dans la neige
La neige
Son joli craquement
Comme une chanson
Elle dit
J’amortis ton pas
Pour le rendre léger
Elle dit
J’accompagne ton pas
Pour le faire avancer
Mais la neige devient sale
Mais la neige devient lourde
Elle s’écrase
Sur un sol meurtri
Mais la neige devient laide
Mais la neige devient rouge
Elle arrête nos pas
Là
Où plus rien n’attend
Nos pas solitaires
Qui traînent leur poids
Se figent
À chaque craquement
Qui déchire le ciel
Qui déchire l’enfance
Une fois à l’abri
De la neige
De tout ce qui tombe
Je chasse les flocons
De leurs joues glacées
Et dépose mes baisers
Sur des larmes sans âge
Des larmes que je bois
Pour m’unir à la vie
À ce qui coule
À ce qui emporte
À ce qui lave
À ce qui s’en va
Sans faire de bruit
Chair, chair, fleur
Ton corps est étendu,
Nu,
Sur le canapé défoncé.
Tes muscles sont tendus sous ta peau,
Mes lèvres s’entrouvrent.
Affamées.
La carcasse gronde,
Désossée,
Sur le plan de travail ensanglanté.
Chanson des faims passées.
Mes lèvres s’entrouvrent.
Dégoûtées.
Les fleurs meurent,
Ensanglantées,
Dans le vase renversé à tes pieds.
Ses pétales tombent sur tes orteils aux ongles sales.
Mes lèvres s’entrouvrent.
Désirées.
Nostalgie de la lumière
J’ai convoqué la blancheur
pour recouvrir le verre
j’ai dissimulé l’insecte
entre les herbes tendres
et l’eau gracile
j’ai convoqué l’enfant
courant à travers champ
renversé par le vent
j’ai convoqué la trace
du soleil sur son corps
les blés et la farine
entre ses lèvres
j’ai convoqué le berceau
ses draps de soie
et de brindilles
loin en transparence
j’ai convoqué l’innocence
en une stèle irriguée
par le lait de mes seins
j’ai convoquée les mères
dans le désert
Nostalgie de la lumière
j’ai convoqué le squelette
minuscule d’une fillette
cosse volatile au creux
des paupières
j’ai convoqué le tremblement
d’une comète ciselée
aux ailes de silice
j’ai convoqué mes os
creusant le cristal
d’un télescope
à mains nues
j’ai convoqué l’autre côté
de ses plis
sur mon ventre.
Je marche à côté de tempêtes
J’ai les pieds qui cisaillent le sol, qui déplacent la poussière, qui font surgir
Mes jambes
Du dessus, apaisée et droite, j’avance de cette énergie perpétuelle et foudroyante
Derrière ce qu’il y a je ne sais plus, ce sont devenues des histoires comme des livres
Partiellement j’aime ce bazar qui fit de moi un temple de phrases
Puzzle de bibliothèque, j’ai souvent les mains engourdies qui cherchent leur chemin dans ma montagne de mots
jamais tout à fait rangée,
jamais tout à fait accessible,
jamais tout à fait rassemblée,
toujours lourde, toujours aimante, opaque, désirée, ensevelie
Autonome dans ses flux saisonniers
Il y a des trous dans la montagne, des trous qui laissent passer la tempête
Dans la tempête c’est l’univers qui trouve enfin son chemin
Je m’arrête en son milieu comme on rentre à la maison
J’ai le foyer ardent des marins qui ont peur de rentrer et de retrouver les choses exactement comme elles étaient
jamais tout à fait figées,
jamais tout à fait possibles,
toujours très définitives,
toujours très uniformes et exemptes de sillons, de terre meuble, de feuilles mortes qu’on ne balaye pas,
de sentiments qu’on n’a pas peur de laisser vivre, comme ça, pour eux-mêmes
En eux-mêmes étonnants et pénétrants
J’ai l’horizon calme
Devant ce qu’il y a je ne sais pas
J’y suis, j’y vais, j’y reste en un roulis de fibres délicatement tissées
Je suis solide parce que quand je regarde une carte je ne comprends pas ce qu’elle raconte
Dis-moi que tu sais où je suis si ça te rassure,
alors que,
J’ai remarqué un évènement vital, lorsque je vais voir là-bas si j’y suis, j’y suis toujours.
Ce n’est pas parce que je ne sais pas où je suis que je n’y suis pas.
J’ai un cauchemar qui me mange la peau
C’est comme une allergie qui trace des lignes porteuses de drame
J’ai l’insomnie des gens heureux,
c’est usant un torrent qui reste coincé dans l’embouchure et construit patiemment sa porte au goutte-à-goutte
Ami présent, en scandant ma vie toujours et jamais tu réveilles le tempo de mon cauchemar
Étonnant et pénétrant
Je dois vous dire : merci pour cette vie riche
Laisser vagabonder son cauchemar, perdre sa trace derrière et puis devant
Être de joie, même quand les jours sont tourmentés par le vent
Fraterniser avec la peine pour s’envoler tout contre
Et être libre parce que toi mon cauchemar, tu n’auras pas ma peau
C’est à mon amour que tu te destines.
Pierre de lune
Un météore
Un scintillant
Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite
Félicité.
Merveilleux Éphémère
Que l’aube nous offrait.
Des enfants comme nous
Avions bien des bonheurs,
Des rires qui étincellent,
Des chants pour faire danser
Les pétales
D’ambre
À la rosée.
Un millénaire
Un éternel
Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite
Félicité.
Merveilleuse, Éphémère,
Que nous avions portée!
Si ton éclat s’éteint,
Il me sert dans ses bras ;
Désarmée et sans larmes,
Le cœur noir-obsidienne,
Je ne
Dormirai
Pas.
Dans l’univers
Un éthérique
Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite
Félicité.
Merveilleux éphémère!
Nos raisons envolées,
Que devrions nous taire
À la Terre dérobée ?
Que dire au ciel tremblé ?
Tant de promesses,
Tant de souhaits!
Le rouge cornaline
D’une joie qui se tait.
Rouge-sang cornaline…
Insidieux
Regrets.
Microscopique
Notre Essentiel
Bout de Beauté!
Microscopique
Notre petite Félicité.
Merveilleuse,
Éphémère
Pierre de Lune
Irisée.
Je préserve ma peine
Pour mieux t’y abriter.
Je garde en souvenir
De nos instants
Diaphanes
Un silence
d’Opale.
S’il
Pouvait
Nous
Bercer.
Je ne sais pourquoi j’aime mes mains
Pourtant elles sont minuscules
On voudrait les attraper qu’il faudrait les ensevelir dans une autre
Une autre main
Les faire disparaitre pour les réchauffer
Elles sont froides Souvent
Elles ont la peau sur les os
La légèreté que cela leur procure les fait voltiger au grès des besoins
Certains doigts qui les composent sont tordus C’est la bosse de l’écriture
Tu la connais ? Sur le côté
Juste là en haut Ça part sur la droite
Où le stylo plume dans la jeunesse a creusé son sillon en même temps que les traces
sur la feuille
Mes mains sont devenues une langue
Elles façonnent les mots
Elles rient
Elles s’énervent
Elles apprennent aux autres
Elles parcourent mon onde cérébrale
De signifiant en signifié
Elles courent aussi vite que la pensée
Ou elles essayent
Mes mains sont longues et jeunes
Mais le temps a déjà dessiné ses rides
Pour marquer tout ce qu’elles ont
Tout ce qu’elles sont
Elles sont parfaites
Pour pointer du doigt les détails de la vie