les cheveu des clowns sont fait d’azote
le carbone attire les moustiques
les oies grossissent à vue d’œil
les vautours planent

les cheveux des clowns sont faits de peinture
il y a des jours avec et des jours sans
je tue
des petites et des grandes histoires


je deviens quelqu’un qui m’a plu
j’ai ses cheveux et son regard
quelqu’un qui m’a plu n’a pas de téléphone
je n’ai plus grand chose à voir avec un téléphone

dans un livre, les nomades disent au revoir sans se retourner
mais ils reviennent à la moindre rumeur
les mariages sont des pièges
la mémoire ment
on ne passe que des miettes ensemble, s’il vous plaît
laissez des miettes


j’ai rangé l’univers dans le regard d’un chat préhistorique
tout ce que tu penses de quelqu’un il le pense de toi
le chat a pensé que j’étais préhistorique
croyez-moi

Été. Nous marchons le long du quai. Tu parles sans t’arrêter, je regarde les bateaux et leur coque polie par le sel. Parfois, c’est toi que je regarde. Tes cheveux sont sales et un bouton déforme ta lèvre supérieure. Tu es quelconque. Je m’en veux immédiatement de le penser. Nous marchons de deux pas différents. Je n’aime pas le mouvement. J’adapte mon pas au pli de ta voix. Quelque chose se fissure en-
dedans. Je fais comme si je n’avais rien entendu.
Automne. Nous rejoignons les autres à une terrasse de bar. Nous sourions dans nos verres, nos peaux cousues sous la table. Ils n’entrent pas dans notre royaume. Les liquides n’ont pas de contour. Nous n’avons pas de contour. Nous sommes vivantes et infinies. Nous sommes ce qui existe. Les chairs bues, les bleus effacés. Chaque surface à toi est moi. Chaque surface à moi est toi.
Hiver. Nous dormons côte à côte. Le matelas est glacé. Je sais mais je ne veux pas que tu le dises. Je mets des mots dans les espaces. Je les empile les uns sur les autres jusqu’à ce qu’ils se brisent. Je mets des mots sous un microscope pour pouvoir mieux les voir et mieux les prononcer. Ton café a le goût des décisions raisonnables. Mon corps a des cavités en forme de toi. Il ne peut rien contenir d’autre. Je vomis jusqu’à ce que mon reflet apparaisse à nouveau.
Printemps. Tu n’es plus là mais tu es partout. Je vis avec l’idée de toi. Ce n’est pas toi, mais je l’ai façonnée pour qu’elle le soit. Je lui ai donné ton nom et ton rire. C’est suffisant pour ne plus jamais être seule. Je n’avais jamais aimé comme ça. Je n’aimerai plus jamais comme ça. Les travaux ont repris dans la rue d’à côté. De nouveaux voisins s’installent. Il fera encore très chaud cet été.

Je n’ai pas besoin de froisser les draps pour me voir nue
La peau laisse des traces que je n’ai pas préméditées
et qui me force à me voir

Le corps, c’est toujours lui. Qui lâche
Le corps trop bavard et personne à qui parler
Je lui dis passe-moi le sel ou le piment
ou n’importe quoi pour ressentir

Une main se perdrait par dessus mon épaule
comme un œil articulé
ou une langue

bref moment de calme
dans les chevilles
la douleur se roule en boule
et le silence ne veut rien dire

Je me calfeutre dans mon corps
c’est façon de ne plus parler
taire le mouvement de trop
le verbe qui tombe à plat et qui t’arrache la chair
(et la gueule)
en gros qui te condamne

Dis-leur

qu’on a  perdu d’avance

que le monde est fou 

qu’il ressemble à un trou

Dis-leur 

qu’on est épuisés

de bouffer du vide 

et

de boire de l’acide

Dis-leur 

qu’il faut descendre bien bas 

pour comprendre

le fond des choses 

Dis-leur 

que le diable a toujours la gueule ouverte 

qu’il ne la ferme

jamais

Dis-leur 

que les racines des arbres 

ouvrent

des portes nouvelles

et que c’est 

là 

qu’il faut aller 

pour 

comprendre la vie 

Dis-leur 

que la première fois 

c’est toi qui décide 

Dis-leur 

que la nuit 

c’est comme le jour 

si 

c’est 

toi 

qui 

le 

veux 

Dis-leur 

mille fois 

que si tu t’échoues

et que l’écume remonte sur tes joues

rien n’est jamais perdu 

Dis-leur,  

qu’il faut

lever l’ancre des bateaux

mesurer la longueur du silence

revenir près de l’abat-jour

coudre des cordes

tourner les talons

            et 

regarder devant, tout simplement… 

Je porte ta peau en manteau. J’ai quitté mon corps pour le tien. Ta chair est mienne, il n’existe plus de retour possible. Tes cicatrices marquent mon cœur, ma musique épouse la tienne. Plus de frontière, ton corps a avalé mon corps et je l’ai laissé faire. Je sens ton regard envahir mes yeux, ma langue emplir ta bouche. Mes larmes roulent sous tes paupières, tes lèvres ne quitteront plus mon visage. Mes doigts vivront au bout de tes mains. Sens-tu mon souffle courir dans ta poitrine ? Ton murmure mourir au creux de mon ventre ?
Nous ne sommes plus qu’un, bancale et incohérent.
Nous ne sommes plus qu’un, plein et vivant.

Elles essaient. Chaque jour elles essaient un peu plus. Elles cochent les cases d’une liste sans fin. Elles pensent, elles espèrent qu’un jour elles auront tout cocher, que les cases vont s’envoler, mais ce jour n’arrivera pas. Elles le savent mais ne peuvent pas se l’avouer, elles risqueraient de tout lâcher. Et elles ne veulent rien lâcher. On dit qu’elles sont capables, que c’est comme ça, qu’elles doivent y arriver parce que c’est l’ordre des choses. Elle doivent trouver des solutions pour étirer leurs journées et multiplier les heures. Elles imaginent, cherchent, interrogent mais elles ne trouvent pas de réponses parce qu’il n’existe pas de solutions. Alors elles continuent de continuer, elles avancent face au vent, dans un corps qu’elles ne reconnaissent plus et des émotions qui dégueulent de leurs poches. Certaines sont tristes, vraiment tristes, surtout celles dont le corps commence à s’exprimer. D’autres sont heureuses, vraiment heureuses, surtout celles qui avancent sans trop y penser. Mais toutes sont fatiguées. Elles sont fatiguées. Elles ont envie mais pas de tout et pas tout le temps. Elles aimeraient avoir plus envie, mais elles n’ont pas de solutions pour ça non plus. Elles ont peur et elles ont mal, mais elles ne disent rien. Elles essaient plus que quiconque. Quand elles ratent, elles ne peuvent pas s’effondrer. Elles ne peuvent pas. Elles courent, tout le temps. Après tout et après tout le monde. Elles sont en retard. Elles ne cocheront pas cette case ce soir.

Elle

Chut, taisez-vous ! Ne faites plus de bruit. Éteignez tout, débranchez. 

Ouvrez la porte maintenant. Le soleil s’est levé dehors, et vous n’y étiez pas.

Où étiez-vous quand les premières lueurs de l’aube ont taché le ciel de rose et de jaune ?

Que regardiez-vous ? Qui écoutiez-vous ? 

Ouvrez la porte. Vous croyez qu’il fait nuit mais c’est dans vos maisons trop bien fermées que le jour n’entre pas.

Ouvrez les fenêtres, ouvrez tout. Laissez entrer la lumière. 

Si vous demeuriez dans le noir, c’est parce que vous vous êtes trop bien calfeutrées.

Que craigniez-vous ?

Laissez entrer la vie. 

Elle brûlera d’abord le fond de vos rétines habituées au noir et vous vous cacherez les yeux de vos mains. Elle brûlera ensuite votre peau ternie. Puis, peu à peu, une chaleur nouvelle glissera dans vos veines : c’est elle ! — et vous ne vous expliquerez pas comment vous avez pu, pendant si longtemps, avoir si froid.

Ouvrez vos mains et regardez-les frémir. Elles remercient en silence ; vous ne le saviez même pas.

Sentez le soulèvement et l’abaissement de votre poitrine, à chaque respiration, elle enfle et se vide, et vous pendant ce temps vous n’y pensiez même pas.

C’est elle pourtant qui vous respire. Elle a pris corps en vous, un jour, bien avant votre naissance ; vous ne vous en souvenez pas. Quand a-t-elle pulsé en vous pour la première fois ? Nul ne saurait le dire. Au premier battement a succédé un deuxième, puis un troisième, et votre cœur ne s’est jamais arrêté de battre depuis. Pas un instant. Elle s’est glissée en vous et ne vous quittera qu’en emportant votre dernier souffle. Et si vous croyez être déjà mortes, c’est qu’il y a sur vos cœurs un verrou qui en empêche l’ouverture, qui vous permet de croire qu’elle ne vous concerne pas. Elle, pourtant, ne vous oublie pas ; elle n’a jamais manqué un de vos rendez-vous. 

Calme ou emporté, son rythme est guidé par vos pas, par tout ce qui vous émeut et tout ce qui vous glace ; elle vous bat aux tempes, elle chavire votre cœur, elle empourpre vos joues ou pâlit votre teint ; elle vous remonte au bord des lèvres, elle vous perfore, elle vous submerge ; enfin elle est toujours là. 

La vie ne vous attend pas. C’est vous qui attendez qu’elle commence, qu’elle vibre enfin, qu’elle se débride et vous emporte où bon lui semblera. Mais les rênes sont entre vos mains et la vie a toujours été là. Avant même votre premier souffle vos cœurs battaient déjà. 

Vivez, alors ! C’est un cadeau. Elle ne demandera jamais rien en retour ; c’est gratuit. Elle vous anime, elle vous palpite, elle vous jouit.

Vivez, alors ! Ouvrez ce cœur et regardez dehors ; il n’y a rien à perdre. Le soleil se lèvera demain encore, il n’attend pas de vous plaire.

poeSIe 14

J’entends le souffle des démons 

Ils nous asphyxient

Nous tétanisent 

De leurs annonces sépulcrales

Je me dis qu’il reste le bahut et la boge

Je me dis la puberté 

Et alors ?

Sous leurs capuches

Des forces beaucoup plus vives que tous leurs octets

Je me dis la nouvelle matière grise

Et encore ?

Ils textotent en boucle

Ils se débattent aussi dans le fake

Mais leur conscience est au cordeau 

Et donc ?

Je me dis qu’ils ont des esprits mordants

Que le chaud engourdit leurs frayeurs

Qu’ils retourneront les systèmes 

Et demain ?

Je me dis que dans leurs mondes

Les zébrures sont fleuries

Les digues cèdent 

Les ponts filent

Et aussi ?

Je me dis qu’avec eux on trouera tous les mépris 

On percutera le cupide

Les fabricants de la surchauffe générale

Le burn-out terrestre 

Je me dis

Que la rage de vie aussi se dégaine 

En prise de terre des forces tendres

Les jeunes torpillent le tout silicon

Les vieux replantent les vergers 

Retournement de la vallée 

Du côté face 

Côté vivant

Je me dis 

Remise en jeu 

J’utopise

Mais ils vigoureusent tant

Les chapeaux blancs des hackers

Allez 

Reset ?!

Mes fleurs en papier s’épanouissent 
Elles prennent toute la place 
Elles attendent le grand jour
*
Les fleurs du jardin sont rose fluo
Et les rares roses d’un rouge lumineux 
La pelouse est verte 
Mes rêves et mes regrets y courent dans l’ombre 
*
Il y a des affaires mal rangées dans l’appartement déjà trop petit pour nous deux
pour nos espoirs et nos ambitions
Nous sommes matérialistes 
Parce que nous plaçons trop d’espoir dans les objets 
Comme des pièces de puzzles pour compléter un vide intérieur 
*
Il faudrait plus de murs pour nos tableaux et nos fresques et les sculptures que nous ne possédons pas

Pour l’instant les baies vitrées et le canapé que tu n’aimes pas restent là 
Et j’arrive certains matins à trouver une chambre à moi pour écrire
*
Tu as peur de tomber de ton piedestal
Mais ça ne risque pas d’arriver 
J’en fabrique régulièrement 

Tu dors dans notre chambre et j’écris que j’ai envie de venir prendre ta main
*
Cette nuit tu as embrassé mon tibia, j’en suis presque sure
C’était bon de se sentir adulée
*
Comment nous confectionner des cérémonies où tu ne t’absenterais pas 
Pour rejoindre le gouffre des angoisses
*
Je cherche des vêtements qui te fassent oublier tes vieux fantômes, 
Il faut que je prenne garde à ne pas me couvrir d’un drap blanc
*
J’aime mieux l’appartement quand j’y tisse des textes 
*
J’habiterai là où tu m’emmèneras 

Ma seule façon d’être indépendante c’est avec toi 
*
J’ai peur des autres filles et je suis possessive 
*
Je voudrais que nous nous passions de la science
*
Je ne sais pas si notre amour est conjoncturel ou structurel 

J’aime quand nous jouons aux devinettes

Je ne saurais pas écrire tes rêves 

Pourtant je connais bien les histoires que tu te racontes, tes petits contes de fées
*
Je t’ai choisi car nous rions des mêmes choses 
*
Et parfois non et c’est très bien ainsi 

Nous sommes deux narcisses qui ont fleuri dans Paris avec des pétales vaniteux
*
Je t’entends soupirer dans la chambre et je me demande comment rendre ton réveil le plus joli possible 
*
Je me demande si toi aussi, tu prends parfois le temps de créer et si tu me comprends

J’espère

murmure moi
que notre histoire est possible


une fois revenue à la maison, lieu sûr de ton absence
je me gorge
de pastèque
en pensant à      toi

mes dents strient le fruit rouge et croquent les pépins noirs
le jus dévale mes mains, mes bras et trace un sillon
jusqu’aux coudes
je pense à      toi

murmure moi
que notre histoire est possible
qu’elle n’est pas impossible


cela faisait combien de temps que je ne t’avais pas vu ?
tu apparais toujours au moment où nous allions disparaître
Léonor et moi

ton visage _____ton visage dans l’habitacle de ta voiture,
tes cheveux bruns dans lesquels je rêve de plonger mes doigts,
le toit panoramique ouvert et ton coude sur le rebord de la fenêtre
bouillant

en te reconnaissant
mes pensées trébuchent sur le trottoir

tes yeux _____tes yeux qui sondent l’espace
le béton mou, les maisons bleues
arbres au vent et fleurs assoiffées
à quoi penses-tu ?

murmure moi
que notre histoire est possible
qu’elle n’est pas impossible
même si ce n’est pas dieu possible

je pose ma main sur le dos de Léonor,
et lui souris pour masquer mon embarras
ta voiture nous dépasse mais tu t’arrêtes au feu
et je me trouve dans ton rétroviseur,
tu as posé ton regard sur le miroir

et je ne sais pas quoi faire de
mon reflet
dans tes yeux

murmure _____moi
que notre histoire est possible
qu’elle n’est pas impossible
même si ce n’est pas dieu possible
je hais les dogmes mais porte Marie à mon cou

je sais où tu te gares, dans ce même petit parking
en bas des escaliers je te vois, tu places ton enfant dans tes bras,
fermes ta voiture que tu as mis en vente sur un site hier

murmure      moi

murmure      moi

je pourrais te contacter, accès direct à toi par écrans interposés
je pourrais être intéressée, vouloir venir la voir en vrai
entrer      chez      toi

ta maison que j’imagine grande, le jardin aussi
le prétexte d’une voiture à acheter, dernière chose qui m’intéresse

pour fouler ton portail
sentir le poids de tes graviers
frôler les pierres chaudes de ta maison
respirer l’odeur du lierre
fraîchement       arraché

murmure      moi murmure      moi

nous allons nous croiser dans quelques pas,
je ralentis pour ne pas te rater
mais je détourne le regard, je n’ose pas
dès que je sais que c’est toi, je      m’estompe
je m’ignore à moi même alors

murmure moi murmure moi
que notre histoire

que notre histoire
n’a pas encore commencé