Éveillez vous !

Éveillez vous !
Les sanglots rouge sang
Vos pas inondent
D’une immondice noirceur
La guerre qui arrache
La saveur de la vie.

Éveillez vous !
La terre pleure
Sous la chaleur
La cupidité de l’homme preneur
Des ressources jusqu’à sa source.

Éveillez vous !
Les jours s’agitent, palpitent, défilent
Mais rien ne bouge
Tout est statique
On vocifère derrière nos écrans de verre
Et rien ne change
Et tout s’écroule.

Éveillez vous !
On ne meurt pas d’amour
Semez les graines de tolérance et de liberté
De respect et de fraternité
Pour que demain soit meilleur …

L’île amniotique

As tu vu la membrane
le pétale entre nous?
extrêmement fin
diaphane | édulcoré
nos peaux translucides
nos muscles graciles
autour les regards
écoanxieux
les brillances et l’odeur
des forceps
le fragile nous enserre
les cellules phagocytent
les peurs | les paupières
nous fermons
nos lèvres-sœurs
sur les coquelicots
aux capsules de verre
Comment la louve a accouché cette nuit?
une cicatrice sous le ventre
un impact sur la vulve
le sang en flaques
en pétales rouges vifs
aspirés | jaillis
en comètes démultipliées
édulcorées | emmiellées
à la lisière du placenta
éphémère.

Gare ! Gare à la montagne sans cime
on lui a coupé la tête (nommée courage)
on lui a aussi coupé les bras (pas de chocolat)
Gare à la vie rêvée des rêves
on leur a coupé les cheveux en quatre
il ne reste qu’une simple tonsure
à peine un miroir
Gare aux vœux inexprimés
sous peine qu’ils ne se réalisent pas
on les invisibilise sous nos meilleures ombres
sous nos faux pas nos ignornces
sous nos peurs les plus froides
glaçante est la peur de la peur (paralysante)
Gare à toute sérieuse entorse au présent
aux coups de trafalgar contre nous-mêmes qui nous font sombrer
on souffre trop souvent d’un défaut de garantie sur l’existence
(always a risky business)
on se croit mortel à chaque seconde alors tu penses
si on s’immobilise
Gare aux courses stoppées net dans l’élan
avorté trop vite par peur de représailles
on nous garde toujours un chien de sa chienne (de vie)
à chaque jour suffit sa peine qu’ils disent
on est jamais mieux servi que par soi-même qu’ils disent
on nous veut du bien mais on nous fait du mal
Ouais gare !
Gare surtout à l’invective à ceci à cela
au succès au bien-être au bonheur coûte que coûte
(sans bouche ni baiser à quoi bon)
on a beau te seriner ça sans reprendre souffle
sans baisser la garde
alors gare !

Attends !

Attends ! On nous espère comme on manipule
ailleurs ou ici même c’est le règne de la peur
Attends ! On nous marchera dessus si l’on n’y prend garde
Passons les premiers par le trou de la serrure
la chatière est encore trop grande pour nous cacher
Attends ! On nous forcera si l’on nous trouve
On nous veut jusqu’à la peau du dos
On nous vomit comme on nous désire
Nous veules pourtant sans volonté que celle de rester seuls
de rester vivants voyants
vibratiles de nos envies
Ou autre chose que ni nous ni eux ne savent

C’est la terre. Là où les mains creusent. Là où les yeux creusent aussi, où ils fouillent dans l’obscurité, où ils remuent la masse grasse, où ils enfouissent non triées les terreurs tirées de leurs orbites. Là où ils enterrent leurs indicibles, où s’oublient loin dans l’épaisseur, dans l’épair noir, la croûte malléable, là où se vautre l’inaudible. Tu vois ?

C’est la rivière. Là où les mains se tendent. Là où les yeux guettent l’ombre dans la clarté. Ou l’inverse. Là où il se baignent dans la fraîcheur sèche. Là où ondoie une forme de chasteté, le reflet pur, le miroir. Là où le genou roule, rougi par le gel de l’eau. Là où le corps se pend à la roche, où jonchent les membres un à un plongés. Tu sens ?

C’est le nuit. Là où les mains se penchent à voix basse. Là où les yeux versent leur obole tombée de la pupille même, par là où la lumière pénètre. Une goutte de noir fondu rebondit dans le noir infini de la nuit. L’oeil s’y aventure. Il s’y aveugle. Y progresse par tremblement successifs. Et finit par traverser entièrement. A l’aube, tout se dissipe et renaît dans l’iris. Tu vois ?

Grand calme

C’est une heure creuse. Elle boit nos eaux vives. Elle nous vide, jusqu’aux orbites par lesquelles nous voyons l’ordinaire. Nous volons de nos propres ailes. Nous devenons ce que nous étions l’instant d’avant. Tu vois ce que je veux dire ? Nous devenons nouveaux mais d’une nouveauté tenue. Du neuf d’après brouillon. D’après bouillonnement de secondes (celles que nous n’avons pas vues).

C’est une volonté. Elle se dit farouche mais nous ignorons pourquoi tant elle faite d’audace. Elle n’a pas peur. Elle ne pleure pas ses arguments, elle les campe au contraire. Elle se veut claire, précise. Elle a cette saveur de bonbon acidulé. C’est pour qu’on la garde encore un peu avant de la partager.

Elle ne se mâche pas des jours durant, ne se crache pas, elle s’échange. Elle se troque contre toute autre pensée adjacente, sensible, contraire ou non, qui la ferait avancer. La pensée marche son petit trot ou son
pas rapide dans ceux des autres.

C’est un vœu (ou une prière). Il s’étale sur un trottoir sale. Il se développe sous la semelle d’une chaussure sale. Il naît de la saleté et nous ne savons pas si cela nous rassure. Il naît de sa propre bordure, de son recoin sale, d’une frontière commune avec la vie. Sans quoi il n’est rien.
C’est un souffle. Il se veut court. Il crée un arc en partant du cœur. On ne sait pas trop jusqu’où il va, jusqu’où il est capable d’aller, s’il se rallonge à mesure de la respiration. Il percute quelque chose de dur.

C’est dans la gorge que ça se passe, que ça tressaille. C’est en spirale (et tourne tourne), ça donne la nausée ou bien ça court plus vite qu’une danse et cela t’entraîne vers le bas. Vers la chute.
C’est un vertige. C’est ce qui te tire, ce qui t’entoure et te tourne la tête. La prise dans le filet d’un tout petit être (comme une pêche au large). L’orage te gronde à l’intérieur. Rien ne digère, tout grossit. Il y a une sérieuse menace d’explosion. Il y a un instinct de survie. Il y a aussi cet espace entre le marchepied et le quai où tu te laisses glisser.
On le sait, c’est toujours comme ça avec les vertiges.

Il faut que tu dises les formules magiques. Il faut t’agenouiller et prier. Il faut de dépouiller du surplus. Tu
dois compter les féeries sur le bout de tes doigts. Une à une et les étaler, les étager devant toi.
Regarde-les te grandir. Tu dois leur ménager une ascension, peut-être avec ta bouche. Et les porter à bout de bras.

Et puis les étendre de ton regard.
Vois, les nuages mangent plus d’horizon que tu n’en auras jamais. Le ciel explose ses bombes dès l’aube et c’est dans les interstices du monde qu’il disperse le plus de secrets.
Vois, la pluie mutile la terre et la terre vomit sa bile dans les rigoles des ruelles.
Vois, la ville extirpe ses armes, elle les assénera si l’on ne prend garde. Les immeubles nous extorquent nos derniers mots, nos derniers moments au vert, au vent (écoute, il ne mugit plus, il s’est tu).
La vie exagère. Elle va et vient, nous troue, trouve notre pierre angulaire, notre point final.
Nos bras nous en tombent et nous nous roulons en boule, à dévaler toutes nos pentes.

Relève-toi, ne te laisse pas couler sous le tapis, avale toutes tes couleuvres. Gèle toutes tes extrémités jusqu’à ce qu’elles se brisent puis recolle-les. Gémis une fois, deux fois, trois fois (on ne gémit jamais
assez), ne te gêne pas avec ton plaisir, il te le rendra. Digère mieux tes désappointements, tes désapprobations. Jette au feu tes frustrations. Bois le jus de tes folies, leurs fruits dans les veines.

Flotte durablement dans tous tes états et observe ce qui te vient du monde. Fais tien ce temps plein, ce temps de plénitude, et jusqu’aux pleurs baigne-toi dans le blé moulu des voix, fais-en farine à tracer tes mots blancs,
ton pain quotidien.

C’est un texte

C’est une obscurité. Ou une lumière. Mais cela se déroule de nuit. Dans la pénombre ses yeux lumineux éclairent. Son odeur est noire, profonde. L’air circule calmement, sûrement. Le bruit s’effrite contre les pales du ventilateur.

C’est une fenêtre de toit, une fenêtre ouverte. Qui laisse peu à peu la nuit partir à travers. Qui laisse peu à peu le jour revenir à travers. L’espace entrouvert, filtre le monde extérieur, l’univers entier à vrai dire. Il n’entre que ce qui a la place d’entrer.

C’est une longueur. Ça prend tout son temps. Le luxe suprême en somme. Les oiseaux peuvent siffler. Les balles de fusils aussi. La terre peut imploser avec toutes ces femmes qui ne restent pas. La guerre peut exploser dans le cœur de tous ces hommes. Oui. Mais ça prend tout son temps.

C’est un matin. Qui arrive enfin. Sa lumière qui crache sur la nuit. Sa vertueuse répétition qui jusqu’à quand ? Peu lui importe, il est là. Toujours au rendez-vous. Et si ce n’est par pour lui ce sera pour elle. Il reste humide ce matin sur elle, la terre sèche.

C’est un café. Son amertume est adoucie par du lait entier. Entier. Entièreté des douceurs non imposables en ce monde. A l’instant T le liquide blanc imbibe la noirceur. Mais cela ne fait pas du gris. Mais du marron clair couleur crème. Le fou mal réveillé peut le boire lentement.

C’est une minute. Sans fin. Que l’on répète à l’infini pour vouloir la stopper. Elle ne se fige pourtant point. Jamais. Elle défile avec une insolence immonde. Mais cela fait aussi toute sa beauté.

Ce sont des cigales. Qui chantent. Qui annoncent que ça va barder. Que le temps n’est plus aux aurores. Cela se tasse finalement. Il faut tourner la page. Les ires ancestrales ne sont pas de mises. Surtout pas.

C’est une odeur. Chaude et suave. Les cheveux blancs poussent quand même. Peu importe ce qui la retient, elle arrive. De manière pertinente elle assène la réalité. Sa réalité. Les cloches sonnent au loin. Il est midi maintenant.

C’est infini. Ni le temps, ni la tasse, ni le vent, rien ne passe, tout s’étale, sur les tartines périmées qui ne se
mangent d’ailleurs pas. L’oiseau siffle. Trois fois. Non, il n’a pas compté. Il fait chaud en dehors des corps. Il ne compte pas. Il fait froid en dedans des cœurs.

C’est une idée. Qui rigole quand il pleure. Qui pleure quand il pense. Les contrastes discordants sont aux affûts de la moindre incertitude. Telle une chatte à pas de louve elle se faufile les dents longues et le regard perçant. Et le pire dans cette idée calme et folle, c’est qu’elle persistera quoi qu’il advienne et quoi qu’il en pense.


C’est une fin. Pas une finalité. Juste une formalité. Les contours s’effacent au profit d’un mauvais concours de circonstances aggravantes. L’air y est doux et sent bon. Les fleurs poussent sur ce tertre qui renferme toutes ses certitudes. Et à la fin il n’en reste aucune. Et c’est immensément beau et serein. Cela lui fait du bien, et il peut, enfin, s’arrêter de respirer.

Et c’est…

C’est un escalier. Ça se voit à ses volées de marches qui mènent toujours plus haut. Ça s’entend au son des pas qui le gravissent quatre à quatre. Il n’en finit pas de s’enrouler comme un escargot. A double révolution, il fait monter en même temps deux personnes, qui n’auront jamais l’occasion de se rencontrer. Parfois, roulant, il tourne et monte sans arrêt jusqu’à en être étourdi. Parfois dérobé, il n’évente nul secret.

C’est une île. Ça ne se voit qu’avec une longue-vue de haute précision tellement c’est minuscule sur une carte. C’est ensoleillé comme une splendide journée de juillet. Ça se rêve comme un voyage, comme un nuage, comme un mirage. Parfois elle disparaît pour que d’île on continue à rêver. Toujours entourée d’eau, l’île n’a l’air de rien, mais elle cache en son sein des oiseaux et des animaux beaux comme tout. On la repère à ses parfums de fleurs qu’elle donne pour rien aux méduses qui nagent tout autour.

C’est un parfum. Ça ne se voit que dans le sillage de la personne qui le porte. Il se met alors à danser. Il fait des petits pas, tourne parfois sur lui-même et, dans les courants d’air, fait même des arabesques. Ça s’entend dans le rire et la voix de celle ou de celui qui le porte. Tu l’entends ? … Eclatant, espiègle, capiteux, envoûtant, il s’exprime, il s’exclame ou il explose. Quand on le vaporise, sortent soudain du flacon des gouttelettes suaves, mélodieuses, poétiques qui enveloppent de rêve, de songe ou d’interdit.

Le silence

Au secours ! On me chasse,
On me poursuit, on me fuit,
On me cherche dans le moindre insterstice.
Au secours ! J’ai besoin qu’on m’entende,
J’ai besoin d’exister.
Laissez-moi respirer !
Laissez-moi vous parler
et vous m’apprécierez.
Au secours ! J’ai besoin d’une pause
Même juste d’une demie
J’aime la couleur blanche,
les hiatus et les points.
Au secours ! Vous tous, je vous supplie,
Arrêtez la musique, arrêtez tous les cris,
Arrêtez les messages, les sonneries infinies,
Arrêtez le tapage et tous les bavardages,
Arrêtez les humains et tous leurs bruits pour rien.

Le silence