Bonne

J’ai entendu « elle est bonne ». J’ai entendu ça souvent. Regard concupiscent et tutti quanti. Vide quantique et que nenni. Queue a la parole. Queue a toujours une grande gueule. Queue ne sait rien dire d’autre que « t’es bonne ».

J’étais « bonne » et souvent ma main dans la gueule démangeait.
Ma main a tendance à être bonne aussi sauf si mots d’ortie, sauf si gestes brusques. Si gestes moins bons qu’en apparence. Si gestes ne nous veulent pas que du bien.
La bonté ne se décrète pas.

Si j’étais bonne ça se saurait. Bonne à quoi d’abord ? Bonne à coucher dans son lit, la poupée qui dit oui ? Bonne à tout faire, à acquiescer à tout ? Bonne à enfiler des perles, à prêcher le faux pour savoir le vrai, à tourner sa langue à mesure des baisers qui passent ? Bonne à repasser sur l’envers des sentiments insuffisants pour l’équilibre ? Je fus bonne. On me donna le bon Dieu sans confession. On me coucha dans son grand lit d’ours. On me prit pour ce que je n’étais pas.

Peut-être étais-je bonne. Peut-être n’étais-je bonne à rien d’autre. Bonne à rien.

cent formes

au passage du temps usé (long cylindre étroit sans début ni fin) des ombres dissoutes (miettes de pain éparses sur la peau formica) se meuvent en silence (une cuvette à l’émail d’eau claire) peut-être murmurent (une traite d’oblique grise, la pluie derrière la fenêtre) peut-être appellent (cercles concentriques agrandissent la pierre jetée dans l’eau) bougent et frémissent (rectangles et plis verticaux des rideaux sous les anneaux de bois). Je connais une grande attrition de fatigue (si mince le trait de la ligne puis le point le point tout rond le point seul au bout) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (ses petites billes amères me montaient et descendaient dans l’estomac) ni celui de la conversation (des étoiles imbriquées comme des engrenages à tout rompre), je ne sais pas si c’est la vie (une vague de vent ébouriffe les herbes s’échouent contre les pierres) ou bien si c’est la mort (un raclement de gorge la première pelletée de terre.)

au passage du temps filé (la griffe d’une plume sur le goudron) des ombres dissoutes (un flocon sur le bout de la langue) se meuvent en silence (taches noires sur le voile du vieux miroir) peut-être murmurent (marches du colimaçon, escalier étroit, poussière des pas) peut-être appellent (cône vibrant s’élargit se réduit comme un soufflet d’accordéon) bougent et frémissent (blanc froissé du papier à cigarette entre les doigts). Je connais une grande attrition de fatigue (l’épais gluant sucre au fond de la tasse) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les têtes jacassent en sorties de messe) ni celui de la conversation (une page tourne une page tourne une…), je ne sais pas si c’est la vie (la cascade gaie d’une chanson à sa fenêtre) ou bien si c’est la mort (deux mains serrées dans leur geste d’araignée.)

au passage du temps dépassé (les deux dents rouillées de la fourche) des ombres dissoutes (une feuille de papier calque) se meuvent en silence (l’échiquier sous l’abat-jour vert) peut-être murmurent ( le seau contre la pierre du puit) peut-être appellent (les crocs du boucher aux s sanglants), bougent et frémissent (dentelle d’ombre dansée du feu). Je connais une grande attrition de fatigue (la couverture rabattue au pied du lit) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (l’anneau du train fantôme et ces visages hurleurs) ni celui de la conversation (une table allonge l’autour des silhouettes fausses) je ne sais pas si c’est la vie (une chaussure miniature suspendue sous le rétroviseur) ou bien si c’est la mort (une croix contre le bleu.)

au passage du temps repassé (le rond café lisse la tasse) des ombres dissoutes (le flou coton dans la poubelle) se meuvent en silence (les allées des bibliothèques) peut-être murmurent (deux lèvres glissent contre la peau) peut-être appellent (mouchoirs agités comme des fanions), bougent et frémissent (la casserole grise dépite le feu). Je connais une grande attrition de fatigue (le fer noir des quais de gare) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les cris de l’école débordent sur le trottoir) ni celui de la conversation (une photo de carte postale aux bons baisers) je ne sais pas si c’est la vie (la poigne de l’eau glacée) ou bien si c’est la mort (un sol de marbre.)

au passage du temps mangé (les vignettes dans les albums) des ombres dissoutes (le rectangle déchiré, une porte ?) se meuvent en silence (la main du chiffon de poussière) peut-être murmurent (la chaise de paille sous la treille ) peut-être appellent (des grains de blé roulent la paume), bougent et frémissent (une étoile filante, l’accroc évaporé). Je connais une grande attrition de fatigue (le noir absolu sous la coquille-paupière) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (la torsade des fumées, le remous des klaxons) ni celui de la conversation (le dur du mur le froid du dos) je ne sais pas si c’est la vie (les coups du tambour dans la poitrine) ou bien la mort (une voix d’eau s’écoule de moi.)

air-air

L’air est flou et gris et debout devant moi mais je ne le vois pas. Il a la forme et la vitesse d’un missile. L’air est grand et gras, l’air est un ogre qui nous avale, l’air nous grignote tout autour, il nous rétrécit. L’air est grandes dents, mordantes quand il fait froid. L’air est ongles pointus qui nous griffe, qui lacère la peau, qui la glace. L’air est aigu comme un cri. Il est pointu, raidi, direct comme un poing.
L’air est espacement, est enjambées. Il a enfilé ses bottes et nous parcourt, il avance à grande foulée, il flotte au dessus, nous surplombe de tous ses membres. L’air a de grandes jambes. L’air est caractériel, d’humeur changeante. Il ne sait jamais sur quel pied danser. On attend qu’il se radoucisse. Devant le soleil, il se tient coi, pris de langueur subite, il s’assouplit. Dans le vent d’hiver, l’air devient bras dur, bras armé. L’air trace à la scie sa route dans notre ossature, grince jusque dans notre cerveau. Il sait hurler entre nos oreilles, il sait siffler mieux que moi et râler, et gémir, et hurler à nouveau.
L’air a alors une si grande bouche, à nous hacher en deux, comme mer gelée.

Nous

Nous, personne ne sait d’où nous venons, ni où nous allons.
Nous marchons le dos creux comme arbre mort.
Eux disent que nous sommes déjà morts. Peut-être n’ont-ils pas tort. Peut-être ne sommes-nous qu’un peu en avance sur l’horaire. Peut-être avançons-nous vers une certitude dont nous sommes déjà marqués. Mais l’horizon semble toujours reculer plus loin.


Ils disent que nous sommes des fantômes, que nous flottons entre deux os, que nos squelettes ont été reconstitués il y a longtemps, que nous sommes de bric et de broc, bringuebalant, branlant de tous nos membres absents, oscillant de nos crânes vides.
Nous avons les mains vides et les bras inertes. Nous avons des têtes que nous portons sans peine. Nous
avons des corps engagés dans l’action, des corps rompus à toutes les occupations, des corps qui se souviennent et qui devinent à l’aveugle, la conquête de l’avenir.

Ils disent que nous n’existons pas. Pas vraiment. Que nous hantons les lieux parcourus jadis. Ils prétendent que nous sifflons comme on expire, que nous soufflons une haleine métallique qui ferait cliqueter nos dents.

Nous ne sommes pas des croix parmi d’autres.
Nous ne comptons pas pour rien.
Nous savons très bien qui nous sommes, où nous demeurons, ce pour quoi nous sommes encore là.

Ils pensent que nous revenons de loin.
Alors que nous avons toujours été là.
Nous sommes tremblement et percussion. Nous ne sommes pas les invisibles, les intouchés, les indésirables que l’on veut faire croire.
Ni spectres ni monstres, nous sommes seulement histoires et souvenirs. Nous sommes transcendance.
Nous réfutons notre inutilité.
Nous révisons nos leçons et protégeons nos arrières.
Nous percutons de plein fouet notre devenir.
Nous affolons le vent.

Lui

Les dents, des doigts qui s’avancent à la morsure
La langue, ce serpent qui s’enroule, se déroule dans les bouches
Ses lèvres refermées sur doigts et serpents devenues porte close, s’ouvriront pour dire toutes les images cachées sous le front
Lui bombé d’intelligence sous le cheveu blond, petite broussaille de foin rare, le front comme voûte, avancée sereine du cerveau
L’œil, la noyade si l’on n’y prend garde
Le menton n’est qu’un avant-poste
Le cou, l’anguille qui s’évanouit, qu’on verrait disparaître dans le seau de Francesca
L’épaule a la rondeur ferme des fruits d’été soyeux sous la joue
Les bras longs déliés de félins
Ses mains comme patte de chat, griffes fines à glisser sur les peaux
Le poitrail est valeureux ponton pour les poitrines, quelques poils caressants sont l’herbe fraîche du matin
Le ventre est oreiller, tu sais, celui des note japonaises, un fouillis, un feu-follet, ou du livre chinois, riche de ces estampes dessinées en imagination sur le souffle, jusqu’au nombril, en creux de mes histoires intimes
Ton sexe est arbre fier, veiné d’écorce, dressé au ciel
Tes jambes, des lianes pour s’accrocher à ma taille, et tes pieds, des singes immobiles à leur extrémité, sages et obscènes à la fois

Apnée

L’œil divague et revient sur l’écran, scrolle scrute en sa fébrilité inquiète. Rien. Aucun message. Troisième relecture du précédent que l’on connaît par coeur.

Alors l’attente infinie. L’attente qui perdure, cruelle lorsque l’écran s’allume, lorsque le smartphone bipe. Le cœur tressaute mais toujours pas le mail ou le sms espéré, ce qui équivaut à vide intersidéral, à perte de conscience, à flottement. On ne vit plus, on ne respire plus que pour le message qui n’arrive pas. On reste en suspens, enfermé dans son propre oeil, vitreux d’avoir trop scrollé, trop éparpillé ses éclats sur toutes les interfaces, toutes les appli, tous les réseaux. C’est comme si on nageait sans but, à contre courant. Non, plutôt une coulée à pic. Fond de la piscine, tchin-tchin. L’attente c’est comme une longue apnée. Un décompte sans fin. Les profondeurs du bassin qui nous absorbent et nous dissolvent. Les bordures indéfinissables, infranchissables. Les poumons en feu. L’abîme qui nous engloutit peu à peu.

Un arrêt total de tout qui nous laisse totalement exsangue. Haute toxicité et risque d’hypoxie. La pression à son maximum.

Impossible de reprendre son souffle avant l’arrivée du message. Et quand enfin il arrive, c’est comme si on sortait la tête hors de l’eau, haletant, qu’on aspirait une grande goulée d’air. C’est comme si on reprenait vie.

Tête de mort

Tu travailles
Il travaille
Vous travaillez
Ils travaillent
Pour qui ?
Pour quoi ?
Comment on travaille ?
On travaille comme on peut
Quelles sont les conditions de travail ?
Elles sont mauvaises
Quelles sont les relations de travail ?
Elles sont mauvaises
Quel est le rapport hiérarchique ?
Il est mauvais
Le rapport hiérarchique te coupe la chique
Pour toucher ton chèque il faut te faire couper la chique
Le rapport de force n’est pas favorable
Le rapport de force est mauvais
Tu veux pas te faire couper la chique ?
Tu veux pas admettre que le travail c’est la liberté émancipatrice ?
Tu veux pas qu’on essore tes compétences ?
Tu n’as pas d’appétence pour le silence ?
Tu veux pas exécuter ?
La porte est grande ouverte
Tes hiérarchiques l’ouvrent et il y en a 150 qui s’engouffrent aussitôt
Le chantage au chômage
Ici, le chômage c’est suspect
D’ailleurs on ne dit plus chômeurs on doit dire demandeurs d’emploi
Dès que j’ai pu j’ai mis mon pied dans la porte
Ils avaient essoré mes compétences
Plus exactement ils disaient tu es trop critique
Tu ne veux pas exécuter
Tu ne peux pas exécuter
Tu es trop critique
On dirait que tu t’ennuies
Aux pause-déjeuner on peut pas te parler
Tu manges tu fais la gueule et tu files
Alors j’ai dit
Ah mais ça c’est parce que je trouve vos conversations sans intérêt
Quand je suis en pause je suis en pause je parle pas du professionnel
Vous, vous n’êtes que des professionnels
Et de bons petits citoyens
Vos opinions sur les sondages 
Vos taux d’emprunt avantageux pour la voiture pour la maison
Que vous passiez au solaire
Que votre banquier soit sympa
Ça m’indiffère
Vous dépassez jamais de la case allouée
Les cases faut qu’elles explosent
Je suis le kamikaze anti-cases
Ce serait plutôt ça mon job
C’est un job solitaire
Ça n’exige pas de compétences spécifiques
Je ne veux plus qu’un n+1 plus con que moi me dise ce que je dois faire et comment je dois le faire
Je ne veux plus en référer au référent
Je ne veux plus participer au salariat
Et le salariat ce n’est plus le travail quelqu’il soit
C’est l’environnement de travail
C’est l’étau
C’est la tête sur le billot 
C’est la collaboration
C’est la victoire écrasante de la sociologie des organisations
C’est la victoire du management participatif
C’est la gerbe
Je ne veux plus avoir la gerbe
Je veux être sain
Je veux être libéré
Je ne veux plus partir le matin quand il fait encore nuit
Je ne veux plus revenir le soir quand il fait déjà nuit
Et ne rien voir du jour
Ne rien voir grandir
Et le regretter bien plus tard
Quand c’est trop tard
Le travail c’est devenu un truc de mort-vivants
Sur leurs tombes ce sera pas inscrit 
“AURA ÉTÉ UN HONNÊTE SALARIÉ” 
Ils prenaient pas de place
Ils se sont contentés de leurs cases
Plus ou moins importantes
Avec leurs petites contributions
Salariés jamais considérés en entier
Les petits patrons c’est pire
Salariés d’eux-mêmes de leur plein-gré
On ne manque pas de héros
Et quand je vois ça
Je n’ai plus rien à en dire
Il suffit d’ouvrir les yeux
Une bonne fois
Et alors la grande liberté émancipatrice
Cette impératrice
Tu la vois bien en face
Toute sa tête de mort
BIEN EN FACE  

Comme un premier rendez-vous

C’était décidé. Je monterais dans le premier bus qui me conduirait vers cette ville inconnue, cette capitale, dont j’avais tant rêvée, et, qui, en cet instant, devenait accessible. J’avais mon plan sur lequel
j’avais minutieusement tracé mon itinéraire pour cette première rencontre. L’impatience de la découverte, les mains qui tremblent, le cœur qui bat, l’imagination qui s’emballe et qui invente déjà une belle histoire, les sens qui se troublent. Je me sentais comme lors d’un premier rendez-vous amoureux. Fébrile face à l’inconnu, mais avec une envie irrépressible d’y aller…

J’avais tout prévu dans ma tête, tout préparé, pour être sûre. Mais qu’allais-je découvrir ? Tout se passerait-il comme dans mes plans ? Y aurait-il une part d’imprévu qui donne à la rencontre son caractère exceptionnel ? La ville me livrerait-elle tous les secrets de ses méandres ou bien, comme l’amoureux, entretiendrait-elle une part de mystère pour m’inciter à revenir, à faire voyager mes rêves, à entretenir un soupçon de surprise, qui maintient l’attention à l’autre, fortifie le lien et fait grandir, au plus profond de soi, la ferveur des sentiments ? En descendant du bus, et au contact de mes pieds avec le sol, de mes yeux sur ses premiers secrets, de mes doigts caressant lentement la rambarde du pont qui enjambe son fleuve, serais-je conquise, déçue ? Serions-nous sur la même longueur d’onde ? Aurais-je envie d’aller plus loin ?…

La voix du chauffeur de bus me tira de mes pensées. Tout à ma réflexion, j’en avais oublié mon plan, oublié la station, où j’aurais dû m’arrêter. J’étais au terminus. Je décidai donc de descendre et de me laisser guider par l’imprévisible, que la ville avait finalement prévu pour notre première rencontre. Je me laissai enlacer par elle comme par les bras d’un premier rendez-vous amoureux, dont je ne sais vers quel destin ils voudront bien me porter.

Le corps, toute une histoire

Un visage comme une feuille blanche où j’ai envie d’écrire
Le front comme quelques lignes à lire et à relire
Les yeux sont tout un monde où je puise mes idées
Le début d’une histoire ou d’un conte de fée
Les sourcils, pétillants, en accents circonflexes
Et le nez, un souffle, une ponctuation, qui m’inspire ce texte
Les joues sont les pommettes de tous les adjectifs
Le menton qui retient les qualificatifs
Les oreilles ouvrent et ferment à chaque fois les guillemets
La bouche qui dialogue avec les mots d’après
Le cou est le creuset de cette belle histoire
Les bras en sont l’intrigue, le suspens et l’action
Et sur ce corps je lis toutes les phrases, tous les sons
Les pieds en bas de pages chuchotent alors aux doigts :
« Commençons cette histoire … Il était une fois… ».

Ton corps

C’est fou comme en peu de temps t’es devenu gris
Ce sont les effets des produits
Les effets des produits de la chimiothérapie
C’est fou comme tu as gonflé
Ton corps est sous l’effet d’un  immense gonflement
Ton cou est gonflé et ta voix est cassée
C’est l’effet de la chaîne ganglionnaire qui s’est formée
Tes bras sont gonflés on dirait des bouées
Pendant des années de beaux muscles bien noués 
T’avaient permis de bâtir des maisons de monter des motos
De déplacer à toi tout seul une bétonnière pleine jusqu’à la gueule
Et maintenant t’es là dans un lit du service d’oncologie 
Du second étage en partant dans la nuit d’automne
Je levais la tête et ta main jadis si solide
Nombreux étaient ceux qui disaient qu’elles étaient d’or que tu en faisais ce que tu voulais
Apparaissait à la fenêtre de la chambre 228
Ta main qui prolonge le bras et que tu lèves
J’attends encore un peu et ça y est, tu lèves le pouce
Des innombrables voyages que tu as fais celui-ci est le plus court
Fauteuil lit fauteuil lit fauteuil lit fauteuil toilettes lit de la chambre 228
C’est le plus court mais le plus éreintant de tous tes voyages
Et pour être encore plus lent traîner avec toi la perfusion et la machine à morphine
C’est ce qu’il y a maintenant de plus solide en toi
Partout sur ton corps, quand je te passe de l’eau de Cologne parce que les douches tu n’en as plus la force
Je ne peux que voir les énormes hématomes verts sur ton corps gris
C’est comme lire les hiéroglyphes de la mort qui s’avance
Qui va prendre ce corps où pourtant battait si fort la vie
La force vitale énorme qui t’habitait
Ton yaourt et les produits protéinés tu peux même plus les manger seul
La petite cuillère est désormais plus lourde que la bétonnière
Ces mains si adroites ont déclaré forfait
Et comme le cathéter est implanté dans la fémorale
On t’aide dans les toilettes
Toi qui soulevait et portait les sacs de bétons de 50 kg par deux
Un sur chaque épaule
Toi le champion à l’atelier de l’avionneur l’as des as de bowling golf ball-trap
Un peu paumé quand l’avionneur t’as mis dans les bureaux derrière un ordinateur
Cette salope de tumeur de partout elle t’a chopé
Et on avait beau s’y attendre comme des cons on continuait à espérer 
Et puis un jour le service de réa a appelé
On a attendu dans le sas
Rien qu’au regard de la nana, on a comprit
Ça a duré trois mois tout ça
Ton corps gris à la morgue ils l’ont refait devenir un peu blanc
En tout cas le visage
Ce visage si doux ton visage si doux tes yeux bleus si doux plus doux que le bleu des îles
À une année de la retraite