Je t’écris

je t’écris du fil du soir
là où tout s’allume là où tout s’éteint
où la lumière fuit
et lune commence

regarde
habitue ton regard
à la transparence du noir
c’est là que je prends corps
que je luis 
volatile

je t’écris de la frontière
du rêve et de l’éveil
de l’espace 
entre chaque cil 
qui dessine tes paupières

écoute
quand je prononce
des lettres sur la vitre
le vent les cristallise
apprends à les reconnaître 

je t’écris depuis le silence depuis tes premiers mots
dans ta chambre
l’obscurité reprend son puzzle
laisse-la faire 
écoute ma voix
qui cherche à le défaire

ressens 
mon amour
depuis la nuit des temps depuis le jour de toi
mes cheveux ont le même poids
que ton souffle
la couleur de ta voix

je t’écris depuis toujours depuis partout
je t’écris et je te porte 
je te suis je te soutiens
je te berce quand tu pleures 
je te hisse quand tu ris

tu ne me vois pas 
parfois tu me penses
tu me cherches tu me sens tu me devines
dans la lumière divine
d’un rayon sur la branche

habitue ton regard 
à la transparence du noir
tu entendras mon chant 
susurrer au silence
là où tout redevient là où tout recommence

Blancs de mémoire

le reflet d’une brique de lait dans le miroir de la chambre de mes parents. ma mère est au lit, je la vois dans le miroir, derrière la brique de lait. elle pleure. je crois qu’il pleut. je fixe la brique de lait restée dans la chambre de mes parents depuis que l’on a appris que mon grand-père est mort.

la lumière blanche s’éteint, tête en arrière bouche ouverte, on vient de me retirer mon appareil dentaire. j’ai du vide partout dedans. ma langue panse l’absence. je veux qu’on me remette mes bagues.

un restaurant chic où l’on chuchote, couverts en argent, vestes sombres. nous fêtons notre anniversaire de mariage. un plateau de fromages grand comme un paquebot, des fromages comme des hublots, comme des yeux qui me regardent. je n’ai plus faim. dans mon assiette, des lamelles de visages m’observent pendant qu’il dit qu’il m’aime.

chambre blanche, lit minuscule, les rats courent à l’intérieur des murs. de l’autre côté de la porte, l’espace commun : télévision canapé frigo. je tire mon lait, je nettoie la machine, désinfecte tout bien comme il faut, je visse le couvercle sur le flacon qui contient mon lait, je pose le flacon dans le frigo loin de tout autre aliment, je referme la porte du frigo ; je passe la nuit assise sur le canapé pour vérifier que personne n’empoisonne mon lait.

sac à main valise poches chaussettes trousse de toilette, elle a tout inspecté ; elle est repartie avec ma pince à épiler et la paire de petits ciseaux.

six à table, on ne mange pas de vrais œufs. c’est interdit. le café, après les cachets devant les soignants — nos lèvres s’ouvrent et se referment comme des portes d’ascenseur — on le prend dehors, en fumant énormément — le silence, l’envol des regards quand la fumée s’échappe.

bâtiment blanc grises mines univers clos. les fenêtres ne s’ouvrent pas. jogging trop grand, cheveux emmêlés, tu parles fort, tes lèvres dessinent des majuscules de sang sur ton visage emmuré par les cachets.

on frappe à la porte on entre sans attendre, l’infirmière parle, je pense au corbeau mort qui gît sous ma fenêtre. je ne baisse pas les stores du vendredi soir, j’ai peur de rêver. une femme crie dans le couloir. entre deux murs trop blancs, gicle un ciel sauvage.

chambre douze dernière nuit. j’ouvre la porte. couloir infirmer yaourt. c’est interdit. c’est mon dernier soir, il m’accompagne. cuisine vide chirurgicale. lumière blanche. bac évier plan de travail en acier brillent comme un appareil dentaire. l’infirmier est une brique de lait. il me tend un verre blanc comme un trou de mémoire et un yaourt sucré comme l’enfance.

Le décompte
Dix, Neuf, Huit…Quatre, Trois!
Mia, Angel, Angelina…
Qui de nous effleurera 
La feuille ou la plume
Au seuil d’une fragilité ?


Dix, Neuf, Sept…
Cinq, Un!
Si tes yeux exploraient les miens
Et mes doigts tes cheveux
Je garderai en moi
Cette grâce discrète
Et mon sourire ému
Au seuil de liens secrets.


Je nous appellerai Louves
Renardes ou Sacha
Aux seuils amoureux des forêts.


Mais tu n’es qu’une larme
Sur la peau de ma joue.


Filant mes insomnies
Au seuil d’une douleur éperdue.


Dix, Neuf, Six…
Deux, Zéro !
La chute du décompte
D’une infinité de morsures !
Morsures d’un blanc linceul hurlant
Au seuil de nos corps déracinés !
Morsures d’une infortune
Au seuil de mon coeur qui se tait
De n’avoir déjoué le décompte
Le temps de caresser
Ton nom

D’un au-revoir.
Dix, Neuf, Huit…
Quatre, Trois !
L’amour comme feuilles en forêts…
L’amour
Ne se dénombre pas.
Mia!
Angel !
Angelina !

Mon cœur est un aquarium.

Comme les lieux-aquarium que viennent visiter des gens. Ils marchent dessus, autour, posent les mains contre, ouvrent de grands yeux.

Mal à l’aise et fascinés sont toujours les yeux.

En baissant les yeux, j’aperçois mes eaux transparentes, les fils gorgés de soleil de ma peau, rivière de mes sens sous le cuir du tambour.

J’ai peur de mon cœur, alors je le traite parfois comme un enfant malade, je l’étouffe sous un pull en laine qui gratte. Quand j’ai froid dans mon corps je sais que mon cœur s’éveille et me parle.

Voix ami(e) qui gémit

Hirondelle de joie

Albatros de dépit.

Il me vit mieux que ce que j’en sais

Je respire que mes mots face à lui s’assoient et écoutent.

À l’orée de la nuit j’entends le vent frôler les sillons de mon cœur,

astre douloureux souvent en avance,

qui nullifie les guerres,

qui met tous les bouquets sur la table,

et chérit sans choisir.

Bruit de fond, artisan des chuchotements sourds, grâce à lui je traverse la porte des songes, mon fardeau de peine luisante un temps adossé à la fenêtre.

Quand la maison fume, je ne sais pas si c’est le début du feu ou la terre qui se repose. La pluie d’été réchauffe, et fait tomber les murs.

L’alchimie

L’alchimie, paradis sur terre
Ou toucherais-je l’enfer ?
L’alchimie, la fusion de nos corps
Rien d’autre au dehors, prisonnière.

L’alchimie, rencontre cosmique de nos âmes
L’ombre et la lumière,
Bouleverse le court du temps, l’arrête
Et fait gronder l’orage, un mirage.

L’alchimie, s’assouvir sans lutter
Désarmés, déchirés, tiraillés
Ouvrir nos bras
Les refermer d’éternité.

L’alchimie, un point de non-retour
Sans promesse d’amour
Faiblesse des corps qui disent encore
Fusion magique sans toujours.

L’alchimie, essence des sens
Absinthe de vie ou poison
L’incandescente vraisemblance
La folie de l’absence.

L’alchimie, le sublime de la perfection
La douleur et la punition
De ne pouvoir aimer
Qu’un seul être à jamais.

Ils disent

Ils disent
Ils disent que je suis cinglée
C’est le mot qu’ils emploient
Ils ne connaissent rien de moi
Ils n’entendent que mon silence
Je sais ce qu’ils pensent de moi
Leurs mots envahissent mon âme
À leurs yeux je suis coupable
Je ne suis pas perméable
Je sais bien qu’ils ne me croient pas
Je suis si seule
Si seulement ils savaient

Ils disent que je suis plusieurs
Des petits bouts de moi partout
Je ne suis pas en morceaux
Je suis enfermée dans mes mots
Je ne pense qu’à demi-mot
Je suis rongée de l’intérieur
Je suis agitée par des maux
Je ne suis pas malléable
Je sais bien qu’ils se rient de moi
Je suis si seule
Si seulement je pouvais

Ils disent que je suis malade

C’est ainsi qu’ils me perçoivent
Je ne connais pas la sentence
Car déjà je ne suis plus là
Je suis emportée par la danse
Je suis debout sur l’arc en ciel
Je frôle un rayon de soleil
Mon cœur s’éclaire en points brillants
Du bout de mes doigts scintillants
Je ne suis plus seule
Si seulement ils m’oubliaient
La porte s’ouvre délivrez- moi
Ils disent que je suis cinglée.

Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
Je n’ai pas l’âme bien née
Je n’étais pas désirée
N’ai pas désiré venir
Je ne suis pas née aimée
Avec un bel avenir
Sur mon berceau
Pas de don soufflé
Je suis à moitié
Je ne suis pas droite
Je ne suis pas penchée
Je suis maladroite
Je suis bancale
Je suis devant derrière
Je suis sur un côté
Je suis là
Où on ne m’attend pas

Je suis transparente
Pas indifférente
Je suis différente
Je suis volontaire
Ne sais pas me taire
Je suis volontiers
De l’autre côté

Je ne suis pas intellectuelle
Mais plutôt conflictuelle
Je ne suis pas diplômée
Je ne suis pas diplomate
Mais plutôt échec et mat
Je n’ai pas les idées claires
Ni le son ni la lumière
J’ai connu la pâleur
Et la peur qui domine
J’ai appris la douceur
Je suis devenue câline

Je ne suis pas jolie ni belle
Sex symbol ou top model
J’ai trouvé la force d’aimer
À mes petits donne des baisers
Je suis celle qui vous guérit
Je vous rassure et vous sourit
Je ne suis pas la fée méchante
Je suis une main bienveillante
J’ai appris la gentillesse
La tendresse d’une caresse
Je suis une nymphe adulée
Le soir venu je fais rêver

Je suis la déesse du vent

Femme avant tout, je suis serpent
Je suis la muse du sorcier
Sensible et gaie je fais vibrer
Je rythme les peines et les joies
La vie, l’amour, la mort, la foi
Rien ne se décide sans moi
Je donne le tempo des émois
Je sais vous sortir du néant
Je sais vous guérir des tourments
Je rends visible le soleil
Je m’écrie pour qu’en vous s’éveille
L’envie de vivre, étonnamment

La peur

La peur
Elle en fait voir de toutes les couleurs
Accélère le cœur
Sort de l’ombre
Surgit d’un coin sombre.
Inutile de chercher, elle est là, monte, déborde.
Maligne, insidieuse, s’installe au creux de l’estomac.
Joueuse, court le long des bras jusqu’au bout des doigts, désaccorde.
Tapie sans bruit, guette pour mieux réapparaître.
Avril ou mai, elle fait ce qui lui plaît.
Dites-lui: « Même pas peur ! »
Ça la fait rire avec le plus grand sérieux.
Elle ne tourne pas autour du pot, ne passe pas l’éponge
Tape dans le mille, fait mouche, la pluie et le beau temps.
Débile, elle ne réfléchit pas, en animal, elle agit à l’instinct.
Surtout ne pas la nourrir, ne pas l’entretenir.
Mais elle se nourrit de tout, oui, elle se nourrit d’un rien.
Elle devient habitude, refuse de se faire oublier
Et quand on croit que c’est gagné, elle ressurgit.
Elle bondit et vous avec, pour un bruit inhabituel, une simple pensée,
Une image, un geste, une couleur ou parfois une odeur.
La voilà qui revient comme par erreur,
Toujours au taquet, elle prend son pied,
Poussant le bouchon, le plus loin possible, sournoise.
Elle n’a pas sa langue dans sa poche, mon petit doigt me l’a dit.
Quand elle met des bâtons dans les roues, ça marche comme sur des roulettes.

Quand vous êtes au bout du rouleau, elle a bon pied bon œil,
gai comme un pinson, tirée à quatre épingles, elle vous tient le crachoir,
n’y va pas par quatre chemins.
Vous voilà d’une humeur de chien, dans une impasse. Elle le sait.
Faîtes semblant de ne pas la voir, ignorez-la et elle fera de grands gestes.
Ce n’est pas très efficace,
Quand on la croit partie elle refait surface.
Alors, écoutez-moi bien,
Suivez ce conseil, au pied de la lettre, voici une solution pour qu’elle
Débarrasse le plancher.
Touchez du bois, tatez le terrain et attention : bouche cousue !
Tirez-lui son chapeau, flattez-la, marchez à ses côtés.
Créez des liens , soyez bon Prince et enfin là, seulement là
Apprivoisée, elle vous lâchera la main.

Je marchais autour d’un carré
Fatigant
J’avais conscience d’être seule à parcourir ce cube
Tout le monde se tenait à des lianes
Courbes
Faciles et Sensuelles
Je me disais oui elle est sensuelle
Mes jambes sont bâtons noués
Je tire des lignes jusqu’à toi mais je ne sais pas quelle forme prendre
L’ascenseur dressait miroir entre elle et moi
Et montait et pourtant je descendais
Sous
Terre
Les lignes sont brouillées.
In the mood for love se dit les Silences du désir au Québec
Les silences nombreux plus nombreux forment une pièce entière
En ton nom

Si j’étais l’enfant je sauterais
J’éprouverais mon sang, léger je retiendrais le fil
Je le mangerais
Si j’étais luciole je pourrirais le monde de lumière d’oiseaux de bruissements et je
caquèterais
Si j’étais Montréal, je me tairais
Dans l’épaisseur de la neige
J’ôterais chaque pierre
Si j’étais l’aloe là-bas qui ne pousse pas je verrais
Je verre-rais