Je replie mes doigts en outre j’étreins sa gorge sans pour autant négliger son regard qui est comme une pensée encourageante comme un vecteur transportant les points lumineux qui valent d’être examinés n’importe lequel devient un petit endroit naturel et populaire élevé pour une faveur adéquate au plaisir j’avance vers les endroits les plus attirants les doigts parfaitement écartés je veux m’y attacher de toutes mes forces et pour un temps court y créer un spectacle détaché de l’ensemble sans en avoir l’air saisir absolument les moindres aléas du corps désirant sa qualité de réfraction l’allongement tendu de sa gestuelle ne rien désigner en paroles inventorier les petits tourbillons du contact ne pas leur faire obstacle en être emplie bien entendu.

Cette obscurité là qui arrive bon c’est la nuit je suis abattue par tes yeux qui ne quittent rien rapidement un art vraiment le bleu maintenu puis exclu au fond de la paupière me rafraîchit immédiatement ton esprit gravit tu es une créature imaginaire à la transpiration franche tu es une créature allongée sur tes propres vêtements tu promènes ton regard te redressant sans cesse tu es une créature imaginaire ton visage luit je chantonne et je te couvre fondant et étendant ta singularité maintenant écoute moi parfaitement c’est intime et patient de conduire.

Le mouvement est flagrant le mouvement dansé est à l’œuvre dans nos corps et quel que soit le degré affecté ils se meuvent ensemble cette possibilité se veut développée dans l’ensemble de la maison occupée Ravel au fait sonate stable on se croise on s’entrecroise on roule un peu au sol le moindre appui ne nuit pas préserve l’éclat dehors et dedans présents conjointement on prône la réunion de ce qui peut être touché unis établis dans cette situation nous jouons à nous porter il faut imaginer pas d’isolement on investit simultanément le précipice et l’adhérence nos histoires petites parfois ravissantes suffocantes tremblantes parfois des raies de lumière précieuses ciselées butées nous nous déplaçons avec nos discernements les pupilles très près dont les cristallins participent jusqu’à la prise des corps au sol cousus.

Floue de pensées


Il susurre à mon oreille, « es-tu sûre ? ».
Entre chaque pas qui choisit l’habit d’une décision, il susurre, sûr qu’il m’aura à l’usure.
Lorsqu’il flaire l’audace, il envahit ma tête
Lorsqu’il flaire le caprice, le délice d’un choix, il colonise ma tête
Il condense mon esprit, comme le fumoir de vieilles soirées
Et paralyse un corps qui voudrait danser
Quant au doute, il valse dans mon encéphale
Il dégage la piste par des courbettes d’ions négatifs,
Le doute déboule l’indécision, cabriole l’hésitation, bourre l’indétermination, l’imprécision, alors l’odeur de l’audace se dissipe déjà.
Le doute trace sa route et laisse sur le bas-côté des onces d’idées
Le doute souffle sur l’éventail de mes pensées
Il susurre « es-tu sûre ? »,
Et m’aura à l’usure.

Tu sors du brouillard
Et ne bouge pas

Tes yeux s’ouvrent
Et ne voient pas

Ta bouche bouge
Et ne parle pas

Demande à ton corps de se redresser
Demande à tes yeux de me regarder
Demande à ta bouche de me saluer

Dis-moi que tu me reconnais
Dis-moi que tout va bien
Dis-moi que tu as faim

Les vapes
te rattrapent

Une maigreur maladive
Une lueur s’éteint sur ton visage rachitique

Dis-moi que la vie est belle
Dis-moi que tu ne souffres pas
Dis-moi que ce n’est pas la fin

Tu murmures
“quelle drôle de vie”

Tu murmures
“chacun son tour”

Je suis apparue comme un oubli. J’ai rampé, marché, couru. J’ai attaché mes yeux aux derniers étages des immeubles. J’ai écrit partout, sur les murs, sur vos mains, sous les tables, dans ma tête. J’ai sauté du haut d’un précipice glacé, sans espoir de retour. J’ai attrapé les cordes tendues, les rideaux et leurs reflets. J’ai étanché ma fureur à la fontaine moussue, entre les ronces et les tonneaux en plastique. J’ai compté jusqu’à dix et au pied du poteau téléphonique, j’ai creusé un trou pour cacher le sang. J’ai entendu le cri d’une bête blessée dans les échos de l’orage, j’ai absorbé les déchirures de l’air. J’ai voulu une peau hâlée, des mains graciles, des chevilles fines, une poitrine plate, j’ai voulu des dents moins écartées, des ongles moins courts, des fesses moins rebondies, j’ai voulu un regard clair et sûr. J’ai fouillé les buissons jusqu’à en extraire le bleu. J’ai suivi de mes doigts le ruissellement jusqu’au bout du sentier, quand nos corps ne sont plus que des rêves.

là où dorment les mots

dans l’ombre de leurs peaux
se pose leur laiteuse légèreté
rendront-ils son sourire
au rouge de sa bouche
l’espoir à ses paupières en berne
la paix aux visages en bataille
ils parlent une langue inconnue
pourtant parmi les cygnes
la gravité

là où dorment les mots le lit sec d’un fleuve
là où ils jaillissent j’aime à me réveiller

dans le silence parfois
les mots croisés avec les yeux
me donnent des coups à l’âme
des bleus à mon cœur tuméfié

dans le silence encore
les mots rencontrés par les lèvres mutiques
sont comme de longs baisers
qui m’irriguent jusqu’au moindre viscère

dans le silence enfin
là où se conjuguent tous les mots
l’horizon des oiseaux est tout proche,
leur chant m’entraîne où un lac fait signe

tu repars aujourd’hui 
je te tiens encore un peu 
mes canines dans ton plexus
je dévore tes yeux ta colère 
tu te concentres sur tes tartines tes œufs 
je suis étriquée dans ton corps qui s’éloigne
étriquée de la gorge à l’estomac 
dans tes jambes qui repartent pliées dans le bus et 
tu t’en vas 
c’est moi qui marche sans me retourner car 
partir c’est plus facile que de rester 
pas vrai ?
bien que je reste à habiter dans ton corps et surtout 
je te sens tracer des sillons sous ma chair
ils vont profond ils creusent 
ils tanguent donnent la nausée 
parcourent le système nerveux 
appartiennent à un corps qui n’appartient à personne 
ils vivent après ceux qui n’ont pas la force d’abandonner 
Ils s’engouffrent dans les millions de minuscules trous 
qui existaient déjà 
transpercés activement
ils poinçonnent le corps comme preuve d’un passage vrai 
reniflent les trous les issues 
conservent l’odeur intacte de la matière disparue 
ils plaignent ils passent ils traversent
normalement 
ils remplacent les textes gravés sous la peau 
dans la doublure du visage des membres du tronc 
ils répètent
ils déchirent
on ne sait pas comment on se déchire 
on n’a aucune idée des sillons 

une bille sanguine comme une orange elle me gifle de son insolence de sa jeunesse insouciante belle sans effort elle flotte dans un ciel gris perle et pourtant c’est un ciel gris sale gris fumée le gris du Havre elle parvient à le rendre presque beau elle jette ses rayons comme des mikados à la surfaces des eaux elles aussi grises du port ils s’entassent comme sur une toile cirée et vibrent avec le clapot des silhouettes sur une barque s’en approchent mais restent dans l’ombre elles ne pourraient pas rivaliser avec la bille sanguine il n’y de place que pour elles sur cette toile

je pourrais vivre ici sur ce soleil je le voudrais au cœur de ce point orange qui éclipse tout le reste je pourrais un jour y poser ma valise je ne verrais plus Le Havre et son port sale et triste je ne verrais que la chaleur de la bille son interminable liste des possibles que tu me prennes la main j’attends que tu me prennes la main que tu balaies la mèche de cheveux de mon front pour voir mes yeux et que dans un souffle tu me dises viens on y va maintenant n’attendons pas plus longtemps que seuls subsistent les rayons mikados et notre amour sanguine

Disparition

Bouffée de calme et de mélancolie montée depuis une brume ambiguë, l’œil s’ouvre et se ferme.
C’est le rythme de la brume qui entre par la fente, le souffle de ce qu’on n’entend pas : le sifflotement.
Sous hypnose prises dans les vapeurs, spectatrices nous sommes captivées par son apparente immobilité.
Faussement statique l’homme s’efface derrière le son invisible sur la fixité de l’image mais jamais ne s’absente le sifflement. Son visage estompé disparu derrière la fumée blanche réapparaît l’instant d’après.
Il siffle l’air léger d’une vie qui éparpille la grisaille d’un pas dans le flou, une mélodie qui se rappelle la lumière.
Quelque chose s’étire dans l’espace que comble une densité, des murmurations échappées de quelle brèche dans le hors-champ de l’oreille.
On ne sait à quelle échappée se raccrocher, on se laisse hypnotiser par un autre langage.


Haut le cœur cosmique

Loin au loin, loin
Vide au loin, vide,
Un vent violent hurle
Dans le silence de l’espace urbain.

Patchwork de briques
Imbriquées dans des blocs,
Les cités désertées agonisent …
Vestiges d’un autre temps,
Elles se dressent roides et froides,
Telles des généraux momifiés par les défaites.

Le long des façades rectilignes,
Rampent les fenêtres condamnées.
Des canalisations rouillées forcent
L’intimité des murs failles abandonnés.
Quelques balcons rachitiques trompent l’œil
De pauvres oiseaux en orbite.

Les rêves ne volent pas assez haut
Au dessus des nuages lourds.
Seules les fusées satellites s’élèvent dans le ciel,
Emportant avec elles les espoirs éperdus
Des ouvriers cloués au sol,
Le cœur battant.