Elle se détache?! On le voit bien.

L’auréole est devant 
devant au loin comme un linge pâle.
Pâle? On le sait trop.

La petite est restée.
Allongée.
Elle s’allonge tout en lueurs. Candides.
S’affirme.
Affine.
Sa trace, elle,
ne tombera pas.
Elle ne tombera pas?!
On sait cela?!

Pour le fond, on espère aussi 
la jute, une toile, un grand sac, épais, profond pour que l’on voie.
Voir c’est tenir disait l’oncle 
porter à soi chantait la mère 
retenir, rejeter, mettre à mal la grande distance entre le monde et toi
alors tous nous souhaitons un grand cabas car tout est plat. Oui, tout est plat!

Sans électrocardiogramme,
où vont les battements des lueurs 
leurs entre chocs de glace 
s’enfoncent et voudraient se cogner quelque part pour ressentir leur monde
ces lumières que l’on n’entend même pas
car il n’y a pas de fond

Elles
que l’on a attendues, étant entendu que l’on voulait y croire
vont-elles enfin tomber ?!!
À ne voir que cela! 
L’immense détachement !

Sans aucun sac épais
pour retenir tout ça…

Là, observant, dans l’ombre des reflets.
Ça ondule…
Rappelant la vanité dans un œil étrange.
Par-delà, aux horizons défaits,
agitations des agissements.
Que faire ? Que comprendre ?
Il y a tellement de choses qui s’agglutinent
jusqu’à s’entrelacer, s’enchâsser,
s’enchevêtrer, se chevaucher…
parfois même, se piétiner ou…
s’embrasser.

Car : ça ne prévient pas.
Ça ne parle pas.
Ça ne dit rien.
Non ; pas un mot.
Jamais.
Ça laisse en suspens.
Entre différents états.
Des sentiments ambivalents.
Entre joie pure … et amertume.
Une palette de nuances.
C’est vaste.

Un indescriptible
dont on ne revient jamais

… identique.

Quand on y pense…
Mais pourquoi y penser ?
Savons-nous au moins
à quoi cela ressemble ?
On ne le sait que de l’extérieur
car lorsqu’on y pénètre…

… d’ailleurs qui en est déjà revenu ?

Après que mes yeux épuisés

Il me faut revenir à un temps hors du temps
après que toutes les heures d’un jour
et celles d’une nuit
se soient accouplées pour former
un bloc de douleurs et de vagues
après que mes yeux épuisés
aient perdus leur pouvoir de voir
à force de chercher dans mes replis

si tu ne t’en souviens pas
je peux t’affirmer que c’est de là que tu viens
que c’est de là que nous venons tous.tes
êtres à poumons et à poils
de cette nuit immense à traverser
de ma vision imprégnée d’histoires
cherchant à rebours un chemin
la trace d’un passage
après que mes yeux épuisés
aient perdus leur pouvoir de voir
à force de se fendre pour trouver la lumière
si tu ne t’en souviens pas
je peux de nouveau te faire entendre la puissance
impossible à contenir
force nue des cascades
courant qui m’emporte
je me gorge de lui
chant – plaintes – cris
te dire comment
j’ai vu surgir
frêles, volontaires
toutes les grands-mères
parce que nous sommes nées pour le temps qui passe
le vent qui glace, la peau qui dore et le dos qui tire
parce que nos mains savent se refermer
et nos ventres s’ouvrir
te rappeler comment
toutes frontières évanouies
je t’exhorte à sortir
à décoller nos peaux
comment je te pousse au dehors
s’ouvre comme deux poings
ce que certains essaient de faire passer pour fleur
après que mes yeux épuisés
aient perdus leur pouvoir de voir
à force de se fermer pour endurer
te confier comment du refus de devenir ton tombeau
la vie s’étire jusqu’à déchirer et
comment ton crâne d’enfant
perce
un trou dans le jour

j’attrape ton visage
j’interroge tes yeux
gouffres ouverts sur l’infini
nous contenant tous les deux
tu clignes des paupières
tout se referme
(vertige)
ta présence redessine le passé
attente aveugle jusqu’à toi
rien n’était écrit
tu as toujours été là

Il est probable de passer à coté
C’est une affaire sismique
Une affaire
De coulées d’or qui fondent 
D’atomes électriques qui modifient jusqu’à la structure de l’air
Tu sens comme ça ondoie ?
Ça crépite comme le sillon d’un disque ancien
Ça retient son souffle
Densité argentique
Ça fixe et ça ressaque 
Puis ça repart puisque le temps n’a pas de roue de secours 
Toi tu as les cheveux couverts de cendres 
Tu pourrais avoir mille ans 
Le séisme a renversé le paysage 
Tu sors des ruines et tout respire
Ton cœur palpitant dans tes mains 

Ne dis rien.

Ceci n’est pas ta condamnation.

C’est le simple constat que tes yeux immobiles ont fracturé le jour de leurs iris bleu translucides, réveillant avec eux ces mille vies d’avant dans une danse diabolique qui traque les pas qui s’effacent en silence comme autant d’abandons que ton regard perçant sème en jouissant du pouvoir de l’absent.
Mes yeux fanés te crient l’absurde insomnie, l’impossible parole d’un chaos permanent qui déchire la nuit de secousses karmiques arrachant à mon ventre tes racines assassines qui repoussent aussi sec, arrosées de promesses volubiles dérobées à la hâte dans tes pupilles dilatées par tes rayons cosmiques.

Que reste-t-il quand ta vision argentique transperce le cœur sanguinolent de ta proie sibylline, ses globes oculaires qui gisent à terre vidés de leurs rêves d’amour ?

Et toujours ce regard …

L’enfant et la tondeuse

La verdure avait éclaté début mai à la fin d’un hiver sans froid. La nature était un tableau de feuilles brillantes dont chacune semblait avoir choisi son propre vert. De la terrasse, je voyais quatre collines se chevaucher jusqu’à s’ouvrir au loin sur ce que j’imaginais être la forêt noire. J’avais suffisamment de hauteur pour voir les jardins des maisons situées en contrebas. Sur une terrasse aux carreaux blancs, une femme en robe plantait des fleurs. A côté d’elle je voyais la tête d’un homme appuyé contre un fauteuil brique. Ou bien était-ce le tronc d’un palmier en pot. Je fronçais les sourcils mais la distance et le soleil me trompaient et je passais d’une image à l’autre sans parvenir à déterminer laquelle était vraie. La vallée était un cadre idyllique sans cesse troublé par le bruit des tondeuses. Après une heure dehors, la peau des chevilles me brûlait et je portais une vive haine à tous ces hommes au torse luisant qui ne pouvaient s’empêcher de discipliner la nature et de violer mon silence. A eux tous ils faisaient autant de bruit qu’une ville. Je me rappelais le hurlement des chiens dans les chenils de mon enfance et me demandais quel bruit était le pire. A dix heures il y eut une accalmie et je pus entendre le son des oiseaux et des cloches. Au bout d’un moment, ma bouche devint pâteuse et mes yeux se déposèrent à l’arrière de ma tête.


Je me réveillais brusquement quand mon menton chuta de ma main. Un enfant se tenait dans le jardin. Je me redressais aussitôt, prête à parler, mais quelque chose dans son attitude m’en empêcha. Il était de profil, et très statique pour un enfant de cet âge. Cinq ou peut-être six ans. Non pas que j’avais souvent l’occasion de côtoyer des enfants, mais je savais qu’ils ne pouvaient s’empêcher de bouger. Au moment où j’allais me lever pour l’approcher, le voisin de droite alluma un rotofile. Je sursautais. Je me souvenais parfaitement qu’il avait déjà débroussaillé la veille et je pestais à l’idée de sentir de nouveau les émanations d’essence de son engin. Le bruit ne fit même pas frémir l’enfant. Je voyais mal son visage car le soleil se reflétait tout entier dans le pare-brise d’une voiture garée plus bas. De là où j’étais, j’avais l’impression que quelque chose dans son visage était déformé, comme si la courbe de sa mâchoire était rompue et j’eus soudain peur de découvrir une gueule cassée. Peut être avait-il été défiguré par un chien. L’enfant ne bougeait toujours pas et à présent j’étais effrayée de m’en approcher. Je me demandais s’il m’avait vue. Je me mis à respirer très doucement et je ramassais mon corps au creux de mon ventre comme si cela pouvait me permettre de disparaître. Sur la terrasse en contrebas, l’homme palmier continuait de prendre le soleil sans bouger. Quand je ramenais mon regard dans le jardin, l’enfant me faisait face. Je me levais immédiatement et je vis que son visage n’avait rien d’abîmé. L’iris de ses yeux était presque translucide.


Je lui demandais ce qu’il faisait là. Il haussa les épaules. Je lui dis mon prénom pour qu’il me donne le sien mais la ruse ne donna rien. Je lui demandais s’il connaissait la maison, s’il connaissait quelqu’un qui vivait là, s’il habitait à côté. Il murmura quelque chose que je ne compris pas à cause du bruit des tondeuses. Je lui proposais de répéter, ce qu’il ne fit pas. Comme il avait planté son regard dans le massif de lavande et que depuis mon arrivée j’étais sans cesse brutalisée par le bruit des tondeuses je sentis monter en moi une haine de propriétaire. Je lui dis que j’avais loué la maison pour un moment et que j’aimerais qu’on n’entre pas dans le jardin tant que j’étais là. Je précisais que je ne connaissais pas ses habitudes, mais que j’avais payé pour cet espace. Comme il fronçait les sourcils je me sentis obligée de me nuancer. Je lui dis que plus jeune j’avais vécu en internat et que la sociabilité ne m’avait pas déplu mais que je me trouvais à présent dans une phase où j’avais besoin de calme. J’ai encore dit que je préférais qu’il n’aille pas répéter à ses parents ou au voisinage que j’étais quelqu’un de désagréable. J’avais seulement besoin qu’on respecte mon espace. Comme il ne bougeait toujours pas je lui demandais si on père aimait passer la tondeuse. Je finis par lui dire que je voulais qu’il parte. Il continuait de fuir mon regard et je cru qu’il ne partirait jamais. Et puis d’un coup il s’enfuit en courant et je le vis remonter la rue jusqu’à la forêt. Le rotofile voisin se tut et je restais seule avec une sensation désagréable. Je rentrais à l’intérieur et fermais toutes les portes et les fenêtres.

Sufering soufre

Moi, incrustée dans sa peau
Quand tu t’en apercevras, au détour 
D’une manche relevée 

Comme un tatouage marqué à vif,
Sans encre, ni aiguille. 

Ne crois pas que la lame aiguisée 
L’ait blessée 
Le sang chaud a coulé hors des veines
Je suis elle, elle… émois 

Comme soufre sur sa peau brûlée, lésions irréversibles. 
Alors tais toi! Qui es tu pour hausser

Les sourcils les épaules et souffler? 
Je suis cette trace qui, là, fait naître 

Ni pitié ni tristesse. 
De toi on n’attend rien.
Détourne ce regard pitoyable
D’assomptions erronées 
Elle va bien. 


Sulfur Suffering

I, embedded in her skin,
When caught unaware, 
At the unfolding of a rolled up sleeve

You see me
Like a tattoo marked raw

No ink, no needle.
Don’t think the sharp blade
Hurt her
Warm blood flowed out 

Of the veins
I am she. Her…emotions

Like Sulfur on her skin burnt
Irreversible lesions.

So, make no sound… who are you
To raise the eyebrows

Shrug your shoulders and hiss?
I am the path that gives birth.

Neither pity nor sadness.
No one expects anything from you.
Avert that pitiful gaze
Of mistaken assumptions
She is fine.
She is mine.

on peut mourir de ne pas

On peut mourir de ne pas se narrer
On peut mourir de ne pas se barrer
De ne pas se sauver, on peut mourir
On peut pourrir de ne pas se lover
On peut pourrir de ne pas se trouver
De ne pas se chercher, on peut mourir
On peut souffrir de ne pas s’écouter
On peut souffrir de ne pas fuguer
De ne pas s’échapper, on peut mourir
On peut s’anéantir de ne pas pleurer
On peut s’anéantir de ne pas moufter
De ne pas parler, on peut mourir
On peut se haïr de ne pas se lever
On peut se haïr de ne pas se cabrer
De ne pas se cabrer on peut mourir

D e n e p a s
O n p e u t
M o u r i r

La femme-artiste est invisible
Elle n’a jamais existé
Elle est toujours l’ombre d’Un

Nul n’a perçu
la puissance de son travail
l’intelligence de sa pensée
la force 
des transformations 
qui l’habitent
qu’elle façonne 
de toutes ses mains

Derrière la muse, 
la confidente,
l’impresario, 
elle disparaît, 
aspirée, 
vidée,
phagocitée

Visionnaire, novatrice, 
elle est reléguée 
dans le tiroir 
du néant : plus rien 
qu’inspiratrice 

Elle est anonyme
En contre-point
à moitié folle
de toute sa chair 
                A la merci 

Personne n’a pris
le pouls 
de sa vitalité
Personne n’a célébré 
son art 
intérieur 

Et son feu s’est éteint

Convention versus conviction

Son œuvre 
pillée, 
détruite, 
annihilée 

                  & puis

La femme-artiste s’est relevée 

Poussée 
De terre
Dessus, dessous
Là et au-delà

Il est temps

J’ai récolté les cendres 
des œuvres effacées, 
recouvertes, 
détournées

Je les ai jetées 
sur les prémices 
du monde attendu

J’ai dû gratter,
creuser,
trouver 
      des bribes, des murmures, des soupirs

Comme les restes 
de fresques 
sous la couche de cire
à Pompéi

Patience d’archéologue 
petits fragments 
à épousseter 

J’ai fêté chaque nouveau nom 

Des noms
extirpés du poiseux oubli

Aujourd »hui 
elles arrivent 
jusqu’à nous

Histoires de couple 
vampirisantes

Parcours féminins 
levés au grand jour

Sonia, Berthe, Dora, Jo Hopper 
et tant d’autres

Ces peintresses de l’ombre
Le pinceau en travers de la gorge
L’appareil photo muet

J’imagine 
un impressionnisme : mixte
un surréalisme : mixte
un cubisme : mixte
Formes, couleurs, sujets, visions 
à jamais inconnus
Cela ne fut, n’existera pas

Je sens en moi
le goût rance 
devant les œuvres exposées 

J’attends maintenant 
       j’exige
un voile de sensible
    sur toutes choses

Du Ying et du Yang
injectés de force
pour tous les rapaces 

Tous les rapaces
étouffés 
par leur testostérone 
gargarisés
par leur aura 
et leur pouvoir de conquérants 

Je reprends mon souffle

Heureusement
leurs voix nous parviennent enfin
timidement

Elles traversent 
le mur de la domination

Tendons 
l’oreille, la main, le cœur
Enterrons 
le pouvoir du toxique
Elisons 
le délicat 

Comme moteur commun
L’attraction-impulsion
La réciprocité 

Homme & Femme

Dans un même creuset
Fusion des forces de l’hu-main

Du tendre flamboyant