Homme-Oiseau

Le chemin m’a déroutée
La route m’a désorientée
L’Orient m’a enchanté
Les chants m’ont transporté
Les transports m’ont rattrapé

D’où venez-vous ?
Où vont les oiseaux à l’automne ?
Où vont les hommes migrateurs ?
Où sont les routes ?
Aiment-ils les pays qu’elles traversent ?
Où bien voyagent-ils dans leur tête ?
Et dans les rêves qu’ils construisent ?
Où sont leurs espoirs ?
Sur leurs ailes ?
Les camouflent-ils dans leurs bagages ?
Ou les abandonnent-ils dans leur exuvie ?

Oiseau,
Homme,
Homme-Oiseau,

Je t’aime avec
mes mots,
mes hiatus,
mes apostrophes.

Je t’aime avec
mes yeux,
ma peau,
ma bouche.

Je t’aime avec
mon cœur,
ma tête
et mon souffle comme une tempête.

Je t’aime avec
mes nuages d’or et d’argent
et mes étoiles au firmament.

Le royaume de Saber

Tu t’engageras sur le minuscule sentier. Il s’élargira sous tes pas. Tu veilleras bien à ne pas le quitter sinon ses bas-côtés meubles et marécageux t’engloutiront ; ils t’empêcheront de réfléchir et tu ne pourras plus retrouver le chemin qui mène au royaume de Saber.
Tu observeras bien tout autour de toi. Tu scruteras le sol sur lequel tu trouveras, au bout de quelques temps de marche, une clef. Surtout, tu ne la ramasseras pas, mais tu t’accroupiras pour repérer si elle comporte un code secret. Si elle n’en a pas, tu devras poursuivre ta route sans te décourager pour en trouver une autre. Lorsque tu poseras tes yeux sur la clef que tu cherches, tu ne t’en saisiras sous aucun prétexte. En revanche, tu prendras ton temps pour mémoriser son code secret à vingt-cinq caractères.

Lorsque tu l’auras mémorisé, tu verras la haute tour du royaume de Saber se dresser devant toi. Elle est gardée par tous ceux qui ont échoué dans leur quête. Ils te parleront sans cesse et tenteront, par leur palabre, de te faire oublier le code pour t’empêcher de parvenir à ton but. A ce moment là, tu fixeras un point devant toi pour rester concentré.

Tu arriveras alors en bas d’un étrange escalier dont les marches de papier essaieront à leur tour de t’étourdir de leur charabia pendant que tu les graviras. Pour les en empêcher, tu diras ton code à vingt-cinq caractères sans jamais interrompre ta récitation, Tu crieras le plus fort possible afin de couvrir les voix des marches de papier.

Enfin, tu arriveras en haut de cet escalier où deux énormes portes te feront face. L’une te mènera au royaume de Saber tandis que l’autre t’emportera à jamais dans les ténèbres de l’ignorance, Pour parvenir au bout de ta quête, tu devras bien observer chacune des deux portes. Seule l’une d’entre elles porte le caractère qui manque à ton code secret. Tu devras te fier à ton intelligence pour le retrouver. Il te suffira ensuite de le toucher pour ouvrir la porte.
Alors, le royaume de Saber sera à toi.

Le silence

Au secours ! On me chasse,
On me poursuit, on me fuit,
On me cherche dans le moindre insterstice.
Au secours ! J’ai besoin qu’on m’entende,
J’ai besoin d’exister.
Laissez-moi respirer !
Laissez-moi vous parler
et vous m’apprécierez.
Au secours ! J’ai besoin d’une pause
Même juste d’une demie
J’aime la couleur blanche,
les hiatus et les points.
Au secours ! Vous tous, je vous supplie,
Arrêtez la musique, arrêtez tous les cris,
Arrêtez les messages, les sonneries infinies,
Arrêtez le tapage et tous les bavardages,
Arrêtez les humains et tous leurs bruits pour rien.

Le silence

Et c’est…

C’est un escalier. Ça se voit à ses volées de marches qui mènent toujours plus haut. Ça s’entend au son des pas qui le gravissent quatre à quatre. Il n’en finit pas de s’enrouler comme un escargot. A double révolution, il fait monter en même temps deux personnes, qui n’auront jamais l’occasion de se rencontrer. Parfois, roulant, il tourne et monte sans arrêt jusqu’à en être étourdi. Parfois dérobé, il n’évente nul secret.

C’est une île. Ça ne se voit qu’avec une longue-vue de haute précision tellement c’est minuscule sur une carte. C’est ensoleillé comme une splendide journée de juillet. Ça se rêve comme un voyage, comme un nuage, comme un mirage. Parfois elle disparaît pour que d’île on continue à rêver. Toujours entourée d’eau, l’île n’a l’air de rien, mais elle cache en son sein des oiseaux et des animaux beaux comme tout. On la repère à ses parfums de fleurs qu’elle donne pour rien aux méduses qui nagent tout autour.

C’est un parfum. Ça ne se voit que dans le sillage de la personne qui le porte. Il se met alors à danser. Il fait des petits pas, tourne parfois sur lui-même et, dans les courants d’air, fait même des arabesques. Ça s’entend dans le rire et la voix de celle ou de celui qui le porte. Tu l’entends ? … Eclatant, espiègle, capiteux, envoûtant, il s’exprime, il s’exclame ou il explose. Quand on le vaporise, sortent soudain du flacon des gouttelettes suaves, mélodieuses, poétiques qui enveloppent de rêve, de songe ou d’interdit.

Pourquoi ?

Pourquoi cette force des sentiments au détour de la vie ?
Pourquoi la puissance d’un Amour envahit-elle la page ?
Pourquoi cette communion se passe-t-elle de mots?
Pourquoi cette osmose s’imprime-t-elle même dans l’air ?
Et pourquoi cette douleur en si gros caractères ?

Pourquoi tous ces amants, deux cœurs une même fréquence ?
Pourquoi tous ces amants, leur Amour impossible ?
Pourquoi tous ces amants, leurs âmes plus que sœurs ?
Pourquoi tous ces amants, leurs corps séparés ?

Pourquoi sont-ils maudits ?

Pourquoi Orphée et Eurydice ?
Pourquoi Tristan et Iseut ?
Pourquoi Roméo et Juliette ?
Pourquoi Bonnie and Clyde ?
Et pourquoi Toi et Moi ?

Tu ne crois pas

Tu ne crois pas ?
Que les jours se ressemblent
et que ma tête est vide.
Que le chat a très faim.
Que les paroles s’envolent.

Tu ne crois pas ?

Que les hommes se lassent
et que les fleurs se fanent.
Que l’avenir sera beau.
Que nos corps se réclament.

Tu ne crois pas ?

Que j’ai trop de travail.
Que le jardin respire.
Que ce pull te va bien.

Tu ne crois pas ?

Que nos jours sont comptés.
Que le monde est foutu.
Et qu’il faut profiter.

Des fous rires fous

Le gris du ciel sur mon visage
Un chagrin fou
Arc-en-ciel pour enfants pas sages
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Les larmes coulent sans cesse
Un chagrin fou
Ils jouent à princes et princesses
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mes lèvres de tristesse sont muettes
Un chagrin fou
Leurs bouches joyeuses caquettent
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mon corps inerte cherche son ombre
Un chagrin fou
Lumière alerte sur boucles blondes
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

La nuit se pose sur ma vie
Un chagrin fou
Le jour se lève sur l’enfance à l’infini
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Se heurtent à mon gris qui se traîne,
Puis finalement s’affole
Et abandonne.

Les pas

J’allais avoir six ans
Dans le jardin d’Eden,
Parmi les coccinelles,
Les oiseaux, les sauterelles,
J’entendais juste ses pas,
Assurés, affectueux,
Sur le menu gravier
Des allées potagères,
Un craquement familier,
Céréales croustillantes,
Sous les sabots aimants.

Hélas, tous les menus graviers,
Un jour cailloux devinrent,
Puis un roc acéré,
Pour construire une dalle,
Où l’on ne fait qu’un pas,
Ton ultime demeure.
Je me retrouvai seule,
Dans l’allée potagère,
Mes oreilles fouillant,
Mais n’entendant plus rien,
Restai seule à pleurer,
Le craquement familier,
Et les pas croustillants.

Dans le printemps soudain,
De ce menu gravier,
Me parvinrent quelques sons.
C’était bien ce craquement,
Qui tintait à nouveau,
Enfantines céréales,
Sous les semelles d’un cœur,
Celui d’un beau jeune homme,
Aux pas doux et aimants,
Il fit réapparaître,
Pour deux âmes qui résonnent,
Dans le jardin d’Eden
Ces chers pas croustillants.

Question
Qu’est-ce qu’un jardin ?
Une promesse d’avenir, sans cesse renouvelée.

Et tandis qu’on arrête les jardiniers
La promesse ?
C’est une friche inculte que je délaisse,
que je délaisse sans aucune échéance.

Question
Qu’est-ce qu’une fleur ?
Un très léger tutu dans un ballet de couleurs.

Et tandis qu’on détraque les saisons
Les fleurs ?
Les couleurs que je fais éclater dans tous mes souvenirs,
que je fais éclater en les fouillant des yeux ;
dans ma mémoire,
je les fais éclater
jusqu’à ce que je les vois toutes.

Question
Qu’est-ce qu’un océan ?
C’est un trop-plein de tout qui déborde par vagues

Et tandis qu’on déboussole l’océan
Les vagues ?
Ce sont des boomerangs que je lance,
ils reviennent ;
que je lance,
ils reviennent, sales, de plus en plus sales ;
que je lance, ils reviennent
jusqu’à ce que tu comprennes.

La danse

Nous danserions sous la voûte céleste. Les notes endiablées nous transporteraient dans la folie d’une farandole ou d’un forró, improvisés sous ce kiosque à musique sans mesure. Les mouvements de nos bras raconteraient nos rêves, nos mains rythmeraient nos espoirs et nos jambes s’animeraient pour redessiner l’univers, partir à la chasse aux étoiles et réinventer la vie. Les pas de danse nous emmènent toujours vers un ailleurs ou un exil en fête. Ils serpentent à travers la beauté du monde et nous élèvent dans leur ronde comme des oiseaux délicats. La valse fait voler les volants des robes qui virevoltent au rythme des pas dans l’air léger. Et, dans nos arabesques éphémères, ils nous rapprochent du ciel au bord du monde. Nous recommencerions inlassablement. Nous chercherions notre style dans les pleins et les vides, dans la gesticulation chorégraphique de nos corps libérés, dans nos yeux grands ouverts. Nous trouverions notre harmonie au milieu de l’encombrement de la Terre.