Au départ un élégant monticule bicolore sorti tout droit de la machine.

Après une pression maitrisée de la main du vendeur, la glace, propulsée dans le cornet,

se tient droite encore, comme un clocher tors.

Très vite, le sommet est pompé par une bouche gourmande et impatiente.

Les coups de langue répétés contentent le suceur qui transforme petit à petit la flèche en dôme.

Il unifie les bords et veille à ralentir l’écoulement de la crème.

Le mamelon s’arrondit, les couleurs de mêlent, la calotte rapetisse et le cornet perd de son étanchéité.

Tu lèches jusqu’au trognon, tu en as plein les mains

Et tu vas jusqu’au bout,

Jusqu’au bout rassasié et comblé.

Fièvre / Bouillonnement / Fougue / Ivresse /

Ça pique rapide

Ça percute l’intérieur

Ça fait gonfler les veines

Ça bat plus fort, plus vite dans la tête et partout

Ça fait monter la pression

Ça mobilise

Ça va mec t’écoutes ce que je te dis ?

Pas compris, excuse

Ça cloue les yeux sur l’écran du portable

T’as quoi mec ? T’écoutes ce que je te dis, ?

Pardon

Plus l’heure avance plus ça frétille, plus ça palpite

C’est chaud

RV 18h30 c’était bien ça 

Eh mec, tu réponds quand on te parle

Ça fait du bien mais ça fait mal

Ça prend de la place dans les idées

Ça peut bouffer les tripes

Présent intense

Ça fait peur,

Réveil d’angoisses enfouies d’enfance,

La trouille des larmes qui assèchent et assoiffent

Besoin d’amour, pas de violence

Ça peut faire mal

Un coup de foudre ça peut être un sale coup

Ça tiendra ou ça tiendra pas

Le quotidien / Retour en force du réel /

Le cupidon imbécile avec sa petite flèche assassine baisse les bras

Le nuage se dégonfle et ça fait pas des larmes

La Saint-Valentin, c’est con les fêtes

T’as sorti les poubelles ?

Ce sera apaisé ou crispé,

Ce sera tendre ou brisé

Ça se transformera, ça les transformera

Fragments

Il faut toujours la prendre par la main pour ne pas qu’elle s’effondre

L’écouter se perdre dans l’enfance qui revient à grands coups de ratures

Et percevoir le brouillard de ses incertitudes

Elle se perd comme le petit Poucet

dans une forêt de mots dont on peine à dérouler le sens

Il faut être caillou tout rond et délicat et l’aiderà trouver un chemin

Et donc être là, pour ne pas qu’elle s’effondre.

Dans les yeux, sur le visage, ces signes de mélancolie dans le même caractère que ce qui s’écrivait

il y a longtemps de cela.

Les rides ont raviné sa peau à force de vieillir et laissé des méandres dont on ignore la source.

Dans son lit, couché près d’elle, un petit chien en peluche qui caresse sa joue comme s’il était vivant,

modèle chiffon d’un animal qu’elle a tellement aimé.

Dans la tête ça se mêle et s’emmêle, elle appelle ses parents, elle devient petite fille soucieuse

et tourmentée. Elle a perdu son caractère d’enfants joyeux qui peuplaient son enfance.

Sur les mains, des rigoles de veines qui sillonnent la peau. Parfois, une contorsion involontaire, un mouvement machinal, le battement d’une mesure sans musique.

Et le regard craintif et peureux qui s’accroche obstinément à la vie pour ne pas s’effondrer.

Le geste du boucher

Il mène la viande de mains de maitre.

Coupe, taille, entaille entrailles, caresse, renifle de ses doigts

Il sait la bête de l’intérieur

Couteau tranchant affuté aiguisé dix fois cent fois

Tranche sans égorger

Chair écorchée appétissante

Un coeur qui bat pour deux

Amours saignantes sur le billot

Couple imparfait

Étranges épousailles

Troublantes noces de sang 

Un peu de rien,
Rien…
Je ne sais pas
Je n’en sais pas plus que toi
Et je ne vois pas comment ni pourquoi j’en saurais davantage
Je n’en sais rien, j’ai bien cru que parfois…
Mais parfois le pourquoi ne dit rien du comment
Et je ne sais pas pourquoi tu me demandes comment 
Et c’est qui, et c’est quoi et c’est comment tout ça 
Une forme confuse qui surgit d’un peut-être 
Un fluide qui coule d’une pluie de vacance
Un vent de vide qui en dit long,
Un petit rien dont je ne sais pas comment ni pourquoi il est là
Et qui s’en va courir et mourir je ne sais où 
Là où personne ne va car je ne sais pas comment 
Et je ne saurais jamais ni de qui ni de quoi
Ni pourquoi je ne sais pas 

C’est un voyage

C’est un voyage. Des ombres de passants ont surgi du désert. Un chien aboie qui déchire le silence.

On voudrait s’accouder au balcon des vestiges. On regarde la mer, on tait car le silence est criant d’inconnus.

C’est un voyage. Les profondeurs fourmillent de reliques insaisissables.

Des ombres sillonnent les dalles opaques et piétinent vivement les bouffées de tiédeurs.

On évoque la source.

C’est un voyage. On ouvre grand les yeux. On chantonne en silence des airs lointains d’avant qu’on soit.

Un chat grille son poil sur un sentier pétré.

On isole une forme, une image, la parcelle d’un présent que l’on voudrait toujours.

Et l’on pressent le chemin qui s’étire comme une mue lascive et suspendue.