Nous
sommes multiples, riches et effrayées de notre propre puissance.
C’est une énergie au pouvoir cannibale,
des tourbillons dévastateurs émergeant par des bouches grandes ouvertes.
Ce sont des cris de foudre qui nous ont fait naître
matrices au cœur vert tendre,
le rouge profond qui nous habite érupte par nos pores,
l’astre du jour affole l’écorce molle dont nous sommes vêtues,
seule la caresse du vent est capable de nous apaiser.
Certaines mains sont plus habiles que les langues,
froissures d’hier qui ornent et racontent
des lézardes intimes qui s’écrivent au fil des jours.
Je caresse des murs chauds aux interstices vivants, la pierre exhale son histoire.
Puis il y a des mains blocs, des mains lourdes qui confisquent le futur
elles s’abattent sur les os et écrasent, pilent, condamnent
la terre noire se transforme,
humus odorant s’effritant entre les doigts
enraciné dans la terre, le regard pâle suit le mouvement du soleil.
D’autres mains encore apportent la jouissance
elles œuvrent dans le pli des détails
dentellière du plaisir, elles cajolent, caressent et ouvrent
irriguant la jeune pousse à l’intérieur de ma hanche.
Des mains tendues, solides et souples comme les branches des trembles
je me blottis au creux des paumes offertes
je m’ensommeille.