Sous la cire végétale
aux paupières de fougères
des voix se voilent
et se dévoilent
liquides│volatiles
entre les cils
un saule pleureur
se noie dans l’oubli
il ne sait plus pourquoi
il plie dans l’oubli de soi
il ploie sous son poids
d’ombre │ d’abandon


_________ » je suis une solitude
_________à jamais déversée
_________une mélancolie
_________sans origine│sans racine
_________as-tu senti parfois que rien ne meurt ?
_________de longues branches-lianes perpétuelles
_________à l’abri des fantômes
_________avec l’oubli en diadème »


dans la ravine des cernes
se dresse une prêle
vers l’arbre en vase clos
elle se dresse rebelle│ardente
de segments verticaux
en nœuds couverts d’écailles


_________ » je me souviens des lèvres
_________silice d’amours vivaces
_________chaque strate est tatouée
_________dans ma chair fractionnée
_________subaquatique je m’enfonce
_________je sustente le subliminal
_________primitive je ne fleuris pas
_________je nourris la survivance
_________empreinte je suis le jonc
_________vertébral de l’argile
_________la mémoire de l’éléphante
_________les baisers reçus savent-ils qu’ils perdurent ? « 


entre le saule amnésique
et l’herbe fossile
la rivière est une échancrure
où le corps se partage.

Souffler n’est pas jouer

Puis vint le tour des Alizés de souffler tous les mots qu’ils rêvaient de répandre : « Vous ne trouverez pas, dans les ciels du globe, de vents plus doux ni plus légers que nous. Voici tout l’éventail de nos qualités : polis, délicats et mesurés, nous soufflons avec régularité, ni trop ni trop peu, plus ou moins languides plus ou moins vigoureux ; c’est selon les saisons. Et les navigateurs portugais du XVe, admiraient notre constance, nous les vents exotiques, ils y trouvaient la clé pour atteindre l’Outre-mer. Nous étions importants, voire même stratégiques. Alors on fit de nous un vrai secret d’état… »
A peine leurs mots soufflés, Aquilon les surprit surgissant par le nord, agité, trépidant comme une vraie furie lâchant toute sa froideur : « Ah vous, les Alizés, vous aimez prendre vos airs. Vous omettez de dire combien de cartes trompeuses ont été établies pour leurrer les grands- voiles sur toutes les mers du monde et garder jalousement le secret de vos vents … Et vous vous vantez peu du nom moins poétique, dont on vous affublait il y a fort bien longtemps : Trade winds ; sacrifice du rêve de tous les vents poètes, vous rapportiez beaucoup. Et quand vous traversez les terres émergées et fréquemment arides ; quand vous soufflez au-dessus des zones désertiques ou semi-désertiques, vous entretenez l’aridité de ces régions comme cet harmattan, qui dans le Sahara, en été, et en toute saison, assèche les abords de l’ouest de l’Afrique. Moi, c’est sûr, on ne m’aime guère, on me trouve violent, téméraire, glacial et par trop tumultueux. Mais je ne cache rien, je suis entier, tel est mon caractère … Et puis, viendra un jour où l’on me suppliera de refroidir la Terre avant qu’elle ne succombe à toute cette sécheresse qui la fait suffoquer. »

Deux fois par an, quand on passe une certaine latitude, tour à tour, la nuit remplit le jour puis le jour remplit la nuit.
C’est une histoire ancienne, on la raconte encore parfois au bord des lacs du Grand Nord dans ces forêts tapissées de myrtilles, qui sentent le pin.
Le Jour au Soleil Étincelant et la Nuit à La Lune Douce se partageaient alors le temps quotidien à parts égales, et les êtres du monde vaquaient à leurs occupations le jour et dormaient la nuit. Un matin alors que le soleil se levait, le Jour dit à la Nuit :

  • Moi, Jour au Soleil Etincelant, je suis le plus bénéfique aux être de la Terre. Grâce à moi, les fleurs des prairies poussent, et les fruits sur les arbres des forêts mûrissent.
    Grâce à moi, les beautés de ce monde sont visibles, les couleurs vibrent. Je suis et la chaleur et la douceur de vivre. Qui donc n’aime pas le jour sur cette Terre ? Qui n’aime vivre au Grand Jour ?
    Qui a peur de moi ? Je suis, à coup sûr, de nous deux le plus indispensable au monde terrestre. »
    La Nuit aussitôt répliqua : 
  • Moi, Nuit à la Lune Douce, je suis l’alter égo que tu ne peux pas voir, tout ébloui que tu es de ta propre lumière. Tu n’y peux rien, ainsi est fait Jour aveuglé par son orgueil et qui ne voit pas qu’à la lumière est nécessaire l’obscurité. Les êtres et les choses du monde se reposent sous mon toit et dans leurs constellations, mes étoiles aux reflets d’argent diffusent une lumière ancienne pleine de sagesse. Je suis l’abri des poètes et des poétesses, de celles et ceux qui voient dans l’invisible, l’ami des chouettes et des hiboux, et c’est sous mon regard attentif que les enfants du monde apprennent à
    rêver. »

Mais le Jour n’était pas convaincu. La Nuit lui proposa que deux fois par an, chacun leur tour, l’un et l’autre occupent toutes les parts du temps. Les jours où le Jour occupait toutes les parts du temps ne changèrent pas les habitudes des êtres de la Terre : ils continuèrent à vaquer à leurs occupations et ils se protégèrent de la lumière pour dormir. Mais les jours où la Nuit occupait toutes les parts du temps, les humains inventèrent les fêtes pleines de magie, les sabbats de sorcières pleins de joie, la lueur des bougies et les fêtes du feu, et le monde accoucha des lucioles. Et le jour dut admettre que les beautés du jour étaient aussi indispensables que celles de la nuit.

Un lac et un torrent
Parlementent sous la pluie
De qui prendrez-vous le parti ?

—Moi, je suis calme et avisé,
dit le lac
L’été je clapote
Et l’hiver je me glace
Mes ridules de sagesses
Sont souples et douces 
comme la peau du lait.
Quant à toi le torrent 
Tu ne vis que dans l’instant
Ton flot vif-argent
N’est que babillages
Il discourt dans son lit 
Sans jamais s’apaiser

Et le torrent contrarié,
Ne manque pas de rétorquer
—Pour moi, pétard,
Tu n’es qu’une flaque d’ennui
Un vrai puit à potage 
Un coup de chaud 
et tu t’assèches,
Vieux crapaud
Dans ton fauteuil bourbeux

— Je boue pas, j’érode
Fripon insolent
Retourne donc chez ta mère
Dans les tréfonds de la terre
Ça nous f’ra des vacances
Tes enfantillages nous épuisent
Nous les vieux 
Les gardiens de ces lieux.

— Comme tu voudras,
Se rengorge le torrent
Mais je gage que sans ma course
Jusqu’à ta vase
Tu désemplisses à grands pas.

Parole en l’air et en terre

Je suis parole en l’air
éjectée par un souffle
vertical
un soupir tendu vers
l’arc du ciel
une caresse sur la joue
des nuages
le sourire
des étoiles
qui murmurent

Et toi qui es tu
qui me tires dans le bas
dans le râle épais
des cratères
m’attrapes le pied
figes l’élan de mes phrases ?

Je suis parole en terre
J’effondre les murs et giffle
l’herbe des sentiers
essore les ruisseaux
éteins le soleil
ferme les bouches
émiette les mots
crache les cris

Je t’exhorte
Rejoins-moi dans les profondeurs
sombres les gouffres
noirs du feulement
Creuse-toi
Coule-toi
en moi

Je suis parole en l’air
et demeure ferme dans
la légèreté
de la lumière
la ronde
des mots
le ruissellement tendre
du verbe

Eloigne-toi
Dégage toi
loin
de moi
Que rien
de toi
ne touche rien
de moi

Mètre du temps

Seniors – y Senioras !

À l’approche de la rencontre avec le Saigneur,
Grand maître du temps-ruban
dont chaque parcelle nous est décomptée,
Sachons choisir quelle version de nos vies
nous voulons nous conter.
Aimons nos mains qui se rident
pour mieux permettre à notre humeur de se dérider.
Arborons nos cheveux qui se grisent
à la mesure de notre aptitude à nous laisser griser.

Perdons toute gêne, maintenant que nos gènes, nos enfants eux-mêmes,

s’emploient à disperser.
Chérissons nos chairs, tendres dépositaires
de folles soirées-baisers.

Offrons nos corps, encore et encore et en corps-à-corps,

à mains et doigts experts,
à maints vents et marées.
Savourons le bonheur d’élire, à notre guise,
la bonne heure du lever ou celle du coucher.
Soyons pragmatiques, les mois filent vite,
cessons de regarder défiler le passé.
Seniors-Seigneurs, à mieux nous estimer,
à mieux nous écouter,
devenons Rois et Reines,
Maîtres et maîtresses du récit de nos destinées.

La cérémonie du Tout est Là.

Solennelle, retentissante, La voix dit : « Tout est Là! »

L’oreille entend et se rend à l’évidence.

Une pensée répond : « Oui, ce n’est pas faut… »

L’écho de la voix résonne… : « Tout est Là! »

La tête s’incline, se soumet.

Les yeux observent : les meubles, table, chaises, lunettes, papiers, ordinateurs. Les murs, les fenêtres, arbres, immeubles, ciel…

Oui Tout est là, ce n’est pas faut. C’est vrai alors… c’est simple.

Les entrailles se rebiffent : « Pas possible! Pas possible que cela soit si simple ! »

Les émotions viennent d’ailleurs, elles se présentent sans être invitées…

Il y a donc un ailleurs que Là ! Ah ah!

La pensée duelle s’active, s’en donne à coeur joie : Oui mais les émotions apparaissent dans cet instant là donc Tout est bien là à sa juste place… l’ailleurs est imaginaire pas réel… blabla blabla…

La cognition dans sa pleine raison d’être fait surchauffer le cerveau qui rend l’âme.

STOP! Revenons en au « Tout est Là! »…

La voix a bien résonné dans la tête.

Restons en là, c’est simple, les objets, le corps, l’environnement, le calme.

Merci

On les voit arriver de loin, les cris, ils soulèvent une brume mauvaise comme poussières sous sabots de colères. Ils cavalcadent, s’avancent aux grands pas de leurs couleurs vives. Ivres de phrases, de slogans et de discours, ils envahissent tout l’espace ; s’imposent dans la nécessaire violence de leurs révoltes. Des mots, ils font des murs, ils font des armes qui en brisent d’autres. Ils hurlent, vocifèrent, revendiquent et laissent derrière eux des tables rases où gisent les restes de ce qu’on taisait, avant.

On le décèle dans les failles, les brisures, les débris, le silence. C’est un calme qui précède ou qui suit un grand vent, un souffle qu’on suspend ou reprend. Il s’infiltre comme un écho dans des ciels trop vastes, comme un geste qu’on retient pour ne pas qu’il frappe ; il occupe les lieux dans leurs creux. Des mots qui blessent, il fait onguent ; des cris colères, il casse les marges. Il ouvre un temps de prudence et d’intuition, et laisse derrière lui des chambres fragiles où rêve le monde qu’on voulait, avant.
On les écrit parfois sur une même portée, les silences et les cris. Une clé d’ut ou de sol les tresse sur les bords d’un même élan, une bouche aux lèvres meurtries en frotte parfois les cordes au fond d’une même gorge. Ils tonnent ensemble dans les mêmes poitrines, s’interrompent aux mêmes tournants ; on les chante parfois partisans, les cris et leurs silences.

Et moi, laboureur, je célèbre la joie de la perpétuelle moisson,

Et toute semaille contribue à l’espoir du Renouveau,

Et le Renouveau c’est se rapprocher de la Connaissance,

Et la Connaissance c’est un Travail précis sur soi et autrui,

Et le Travail c’est un choix exigeant,

Et l’Exigence c’est une réflexion sur le Bien,

Et le Bien c’est ma voie, c’est ma vie.

Et moi l’agnostique de la ville, j’ai horreur de ta Terre,

Et ta Terre c’est l’asservissement monotone,

Et l’Asservissement c’est être prisonnier de la Nature

Et la Nature c’est trop Imprévisible,

Et l’Imprévisible c’est l’angoisse de ne pouvoir bruler ta Vie

Et ta Vie c’est jouir sans te torturer l’Esprit,

Et l’Esprit c’est une invention pour t’empêcher de vivre à ta guise.

Rouge/ Blanc

Blanc culmine élabore
Rouge approche efforce
Blanc empile observe
Rouge fouille fulmine
Blanc se confond avec la neige
Rouge y meurt
Rouge a peint le coeur des animaux
Blanc celui des nuages
Rouge n’ausculte met le feu pour toute réponse
Blanc patiente
Bruit blanc
Rouge colère
Un jour Blanc et Rouge s’épousent et voient la vie en rose.