Ce corps
            qui ne respire pas
            qui ne tient pas debout
            qui ne fait pas de bruit
            qui n’accueille pas les tendresses


Ce corps de non-droit
Ce corps de non-lieu
Ce corps de non-amour
Ce corps de non-merci
Ce corps de non-oui
            noir-blanc
            obscur-clair
sans interrupteur 
sans nuance

Ce corps sans vie sans essence sans odeur
            pas de bouche pour sourire
            pas de mains pour caresser
                        soi ou un autre
            pas de cheveux pour le vent
            pas de jambes pour les collants
            pas de pommettes pour piquer le blush Dior de maman
            pas de blagues de façade
            pas de bonjour de politesse
            pas de discussions qui fleurissent
            pas d’amours qui fanent
            pas de fleurs
                        pas de pas ni en avant ni en arrière

            pas de doigts pour la rencontre des sexes
            pas de sexe pour la rencontre des doigts
                        pas de désir pas de sensation
                                                            aucune possibilité d’étreindre


Ce corps non-existant qui hurle
            qui ne peut pas hurler
Ce corps non-aimé qui voudrait s’aimanter
            qui ne peut pas aimer
Ce corps vide
            qui n’existe pas
            qui ne peut pas se remplir
            qui ne peut pas se vider

ce corps – mon corps

                                                                        mort-né ou bien né mort.
                                                                        né mort ou bien mort-vivant.
                                                                        ou peut-être vivant mort écrasé par le poids de 
                                                                                    ce corps – mon corps
                                                                                                ton corps 
                                                                                                vos corps

Culbute de mots sous les crânes

UN être

Voix et grain en carte de visite

Ma voix qui visite tous tes grains,

Le grain de ta voix qui me rend visite 

DEUX êtres 

Nous visitons nos voix

Cachés sous nos grains

DES êtres 

Nos fantômes gravent les existences

Mes existences, j y grave des fantômes 

Nous gravons notre existence sous le regard de nos fantômes

Fantômes gravés 

Tranquille existence

La voix des fantômes visitent nos existences

Léger grain 

Etre un corps fantôme et visiter sa propre existence
visiter les êtres autour
visiter le Réel
fantomatique
être sans consistance
sans contour
sans visite
être son propre visiteur
dans son propre viseur
être son propre fantôme
se hanter soi même
être brume et brouillard

se dissoudre
se débattre
chercher le grain qui résiste à la désagrégation
le grain de la voix
le grain des corps
corps de sable ou de papier
voie de choix, viseur de soi
être ver et souffle
se rabibocher soi-même
être un corps de voix
voix de sable ou de papier
et fabriquer un machine bien huilée autour des grains de soi

Le temps
Est un kaléidoscope
Avide de signes indéchiffrables
En tourbillons ;
De ses fragments en vitraux
Me parvient ta voix désirée…

Mon territoire aride,
Ton territoire perdu,
Dans le dédale de l’oubli
Ne font plus qu’un;
Ils peuvent se toucher…

Tout comme 
Au temps de notre intimité
Que l’on croyait
Acquise et due…
Ses contours déformés
Me sauvent de la morsure.

Le grain
De ta voix
Ne désertera pas mes tympans :
Bande-son intarissable
Où je frissonne de plaisir
Et de larmes…

Et ce grain
Prend corps ;
Il envahit mon corps ;
Et je bénis ce doux dialogue.

Fantôme,
Pardonne-m’en,
Je ne saurai 
Te laisser te reposer !
J’aspire trop à tes cendres;
Je les respire
Comme
Le parfum de ta chevelure
Qui appelle au toucher !

Les photographies
Ne me sont
D’aucun secours ;
Vides de tes vibrations !

Seules me reviennent
Les couleurs
Dont tu aimais te parer;
Elles s’ancrent dans mes rétines,
Derrière mes paupières closes…

Notre passé est 
Une extension de mon corps
Plus naturelle
Que la rotation de la terre 
Sur elle-même :
Cela ne m’est pas douloureux.

Territoires : VECCNE, SETMECAGVMJJ

Voix, vois mais corps.
Etre bien, oui, être bien.
Car cheveux même grain.
Certain tympans jamais dans fantômes,
N’appellent le toucher, gravent l’intimité, voient
Et visitent la temporalité.

Séparer les traces, séparer les êtres, exister les
Existences.
Troubler les fantômes.
Mais voix,
Etre bien, être bien corps;
Car cheveux grains même, m’aiment.
Appeler l’écoute,
Graver les tympans,
Visiter le toucher.
Mais être bien, être bien, car même, sur certain
Jamais dans, car même, sur certain,
Jamais dents.

S’en donner à corps voix

Le corps est,
La voix existe.


Le corps, enveloppe charnelle de nos voix,
Protège nos voix intérieures,
Territoire de nos voix où elles prennent corps.


La voix, existence projetée de nos corps,
Touche nos tympans,
Territoires de nos corps où elle se grave.


Les territoires de la voix font exister nos corps,
Ils s’étendent en elle,
Prolongent, par la voix, leurs territoires.

La voix


Extension immortelle
De nos corps,
De notre être.

Le corps dit le grain dit la trace
Qui dit trace dit corps dit voix

La voix dit le corps dit le grain
Qui dit grain dit voix dit trace

La trace dit la voix dit le corps
Qui dit corps dit trace dit grain

Le grain dit la trace dit la voix
Qui dit voix dit grain dit corps

Le corps dit le grain dit la voix
Qui dit voix dit corps dit trace

La trace dit le corps dit le grain
Qui dit grain dit trace dit voix

La voix dit la trace dit le corps
Qui dit corps dit voix dit grain

Le grain dit la voix dit la trace
Qui dit trace dit grain dit corps

Le corps dit la trace dit le grain
Qui dit grain dit corps dit voix

La voix dit le corps dit la trace
Qui dit trace dit voix dit grain

Le grain dit la voix dit le corps
Qui dit corps dit grain dit trace

La trace dit le grain dit la voix
Qui dit voix dit trace dit corps

Le corps dit la trace dit la voix
Qui dit voix dit corps dit grain

Le grain dit le corps dit la trace
Qui dit trace dit grain dit voix

La voix dit le grain dit le corps
Qui dit corps dit voix dit trace

La trace dit la voix dit le grain
Qui dit grain dit trace dit corps

Le corps dit la voix dit le grain
Qui dit grain dit corps dit trace

La trace dit le corps dit la voix
Qui dit voix dit trace dit grain

Le grain dit la trace dit le corps
Qui dit corps dit grain dit voix

La voix dit le grain dit la trace
Qui dit trace dit voix dit corps

Le corps dit la voix dit la trace
Qui dit trace dit corps dit grain

Le grain dit le corps dit la voix
Qui dit voix dit grain dit trace

La trace dit le grain dit le corps
Qui dit corps dit trace dit voix

La voix dit la trace dit le grain
Qui dit grain dit voix dit corps

Moi toujours à côté
Je n’entends que la mort
Elle dit je t’écoute
Moi j’écoute la mort
À côté elle dit
Je t’entends
Moi je dis
Écoute à côté
Entends la mort 

Quelqu’un mesure l’étendue 
Des sanglots entendus à l’aube
L’aube sanglote l’étendue
De la mesure du quelqu’un
Les sanglots eux mesurent
Ce quelqu’un étendu sur l’aube 


Mon nom est gris mon prénom est vide
Mon prénom gris vide mon nom à l’est
Mon nom grise le vide de mon prénom 

Le vent et le souffle logent hors des serres 
La peur contre–écrit
La peur serre mon souffle 
Je loge dans l’écrit du vent

Qu’en pensez-vous ?

Je pense que je pense à toi.
Et toi, est-ce que tu penserais par hasard que je pense trop à toi !
Si tu penses vraiment ce que tu penses et ce que je pense, c’est que tu penses à moi.
Et moi j’ai tendance à penser que tu penses que je pense trop à toi et que tu penses trop à moi.
Plus généralement je pense que les autres pensent que je pense à je ne sais quoi. Et là, je pense à leur retourner le compliment.
Parfois je pense que je ne suis pas en train de penser, et je me trompe moi-même, et je pense que je trompe mon monde car ce monde se trompe en pensant que je suis en train de penser. Ça me fait penser que pendant que je pense je suis. Et quand je ne pense pas j’en déduis dans une manière de faux syllogisme que je n’existe pas, même si dans les pensées des autres j’existe encore.
Ce n’est pas ma faute si je trompe mon monde quand je ne pense pas. Bref il faudrait que je pense à toujours penser, car ainsi je serais l’être pensant qui pense à penser.
Qu’en penses-tu, Toi à qui je m’efforce de ne pas penser ?
Et vous qu’en pensez-vous ?

Elle dit que
le temps trouble la voix
que la voix avec le temps se trouble mais
si elle ne peut mesurer encore l’épreuve du temps
elle sait le trouble cependant dans son propre corps
et dans l’extension du corps qu’est la voix
que c’est un grain particulier qui transporte la sienne
et que ce grain, bien au-delà d’elle,
porte sa voix qui est unique.


Elle dit aussi que
des êtres qu’elle aurait aimé garder près d’elle
il ne reste plus que des traces
des traces troubles sur les photographies mais
que les voix de certains sont gravées sur ses tympans
que ce sont les voix de ceux dont elle est séparée
et dont elle aurait voulu qu’ils soient toujours là
et que s’ils n’ont plus d’existence pour ses yeux
leurs voix en revanche subsistent
gravées sur ses tympans.


Elle dit encore que
les fantômes sont des existences
que les fantômes existent
qu’ils sont les êtres qu’elle veut garder près d’elle
et qu’ils la visitent intimement
et que, si elle tend l’oreille
elle entend ces voix comme à la radio
parce que ces voix se sont inscrites
sur ses tympans définitivement.


Elle dit que
quelles que soient les épreuves
le temps ne troublera pas ces voix-là.
Elle dit qu’elle n’en est pas certaine mais
que c’est ce qu’elle croit.