Ailleurs

Pars. N’importe où. Mais efface tes traces. Pose ton regard au loin. Impulse un mouvement, choisis une mesure. Un rythme qui t’est propre. Respire, à fond.
Souris tout le temps. Surtout quand c’est difficile. Donne-toi du lest. Lâche. Absorbe. Jusqu’à ce que tu trouves, de la force. Évite les pistes sombres. Saute les barrières. Alpague des inconnus. Pendant les heures creuses. Demande aux gens qui vivent vraiment dehors. Comment ils font, eux. Quand tu manques de courage ou te plains. Ta douleur contre la leur. Tu échanges ?

Tu es plus fortuné que tu ne crois, si tu as un toit. Écris ce que tu vois. Ou tu as marché, à qui tu as parlé. Aujourd’hui, et hier, et avant-hier. Et demain. Surtout demain. Comment c’était et quelle sera la prochaine route. D’abord, vérifie tes mains, tes pieds, tes pas sur le sentier. Comment le temps passe, tu ne t’en soucieras plus. Dessine des étoiles, pas sur un écran. Cherche la compagnie de ceux qui te veulent du bien. De tes épaules alors tomberont des pierres, des gouttes, du tonnerre. Peut-être. Qui sait ? Même toi tu ignores, tout ce que tu peux laisser derrière.

Quelque chose va grandir, d’énorme à l’intérieur. Va pousser, te guérir un peu. Pas complètement. On ne guérit jamais complètement. C’est un leurre. C’est ce qui compte le plus. Ce qu’ils nomment « sauvage » en toi. Qu’est-ce qu’ils en savent. Tu erreras en silence, vers des jetées, des forêts, des océans, peut-être. C’est beau. Un beau cliché. Ne le partage pas tout de suite alors. Garde tes images. Elles deviendront des visions. Tu absorberas tout ce qui n’est pas communiqué.

Cela nous concerne tous. Sinon ils te couperont en morceaux. D’un mot, d’un commentaire. Ils agripperont tout ce qu’ils peuvent. Et immoleront ta Foi. Pour la jeunesse, c’est encore pire. Dès la naissance. Se hâter de vivre. Peut-être passons-nous notre temps à attendre. Quelque chose qui n’arrivera jamais. Mais qui nous meut, jusqu’à la fin. Pour chercher ailleurs, ce qui se trouve, ici.

Ce silence est assourdissant. Tu l’entends ? Non, pourtant on n’entend que lui.
Ce silence-là bruisse, ne passe pas, ne s’estompe pas.
Il enfle e n f l e e n f l e dans l’air saturé de sons.
Il occupe tout l’espace.
Il reste coi dans son opacité croissante.
Il souffle, gronde, grogne tout bas.
Il tisse quelque chose comme un CRI – muet.
Un braille de fantôme qui s’immisce dans le haut de mon crâne.
Le vent hurle pour lui.
LE-SILENCE-NE-CESSE-SONNE-SONNE. IL-ME-PERCE-LES-TYMPANS.

C’est l’été. Midi. Tout un an qu’elle les attendait , les espérait ces retrouvailles.

Ces noces

Se baigner dans le soleil, la chaleur, la lumière méditerranéenne de toujours.

Les pas sont brûlants, elle doit recouvrir ses pieds pour avancer sur les grains de sable.

A cette heure haute, la couleur s’efface ,

Face au ciel impitoyable dardant ses lames mates sur la plage.

Une brume métallique voile les parasols

Les autres êtres disparaissent

Leurs visages dans l’ombre sous de vastes chapeaux sombres, leurs yeux clos dissimulés derrière des étranges verres noirs.

Elle, elle n’en a jamais porté de ces espèces de verres noirs. Elle a les yeux noirs. Elle a vingt ans.

Le soleil, elle l’a toujours regardé en face, elle, la beauté ténébreuse, indomptable.

Mais aujourd’hui, quand elle relève la tête et fixe l’astre, le soleil sombre très vite. Il se consume, comme un papier que l’on aurait jeté dans l’âtre, le fête finie. Le noir vivant, volatile imprime sa rétine.

Impuissante, elle ne voit plus, elle ne peut que sentir les rayons triomphants du soleil qui la font scintiller.

Neige

J’aime cette neige
Qui tombe en douceur
Virevolte et joue
Avec les yeux des enfants

Elle s’amuse avec eux
Comme elle le faisait avec
Le guetteur impatient
De ciel d’hiver

Que j’étais

J’aime comme les flocons
Mouillent leurs joues
Pleines
De mes baisers

Je m’émerveille de ces traces
De petits pas dans la neige

La neige
Son joli craquement
Comme une chanson

Elle dit
J’amortis ton pas
Pour le rendre léger

Elle dit
J’accompagne ton pas
Pour le faire avancer

Mais la neige devient sale
Mais la neige devient lourde
Elle s’écrase
Sur un sol meurtri

Mais la neige devient laide
Mais la neige devient rouge
Elle arrête nos pas

Où plus rien n’attend

Nos pas solitaires
Qui traînent leur poids
Se figent
À chaque craquement
Qui déchire le ciel
Qui déchire l’enfance

Une fois à l’abri
De la neige
De tout ce qui tombe
Je chasse les flocons
De leurs joues glacées
Et dépose mes baisers

Sur des larmes sans âge
Des larmes que je bois
Pour m’unir à la vie
À ce qui coule
À ce qui emporte
À ce qui lave
À ce qui s’en va

Sans faire de bruit

Pierre de lune

Un météore
Un scintillant
                  Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite
                   Félicité.

Merveilleux Éphémère
Que l’aube nous offrait.

Des enfants comme nous
Avions bien des bonheurs,
Des rires qui étincellent,
Des chants pour faire danser
Les pétales
                     D’ambre
                                    À la rosée.

Un millénaire
Un éternel
                  Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite 
                     Félicité.

Merveilleuse, Éphémère,
Que nous avions portée!

Si ton éclat s’éteint,
Il me sert dans ses bras ;
Désarmée et sans larmes, 
Le cœur noir-obsidienne, 
Je ne 
          Dormirai
                          Pas.

Dans l’univers
Un éthérique
                       Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite 
                     Félicité.

Merveilleux éphémère!

Nos raisons envolées,
Que devrions nous taire 
À la Terre dérobée ?
Que dire au ciel tremblé ?
Tant de promesses,
Tant de souhaits!
Le rouge cornaline
D’une joie qui se tait.
Rouge-sang cornaline…
                      Insidieux
                                      Regrets.

Microscopique
Notre Essentiel 
                  Bout de Beauté!
Microscopique
Notre petite Félicité.

Merveilleuse,
Éphémère 
Pierre de Lune 
Irisée.

Je préserve ma peine 
Pour mieux t’y abriter.
Je garde en souvenir
De nos instants 
Diaphanes
Un silence
d’Opale.
S’il 
     Pouvait
                   Nous 
                          Bercer.

Un matin d’Avril

Un matin d’Avril
la route recouverte
enneigement
les roues glissent
le milan noir
dans la pupille
le lierre terrestre
tressé de neige
agrippe le vernis frais
une aspérité
lentement les flocons
frôlent la porcelaine
le visage s’écarte
il est sous une buée
d’os et de givre
apocalypse blanche
entre les lèvres
il ne parlera plus
bourgeon muet
sous l’avalanche
des mains laineuses
en forme de nids
entrelacées de souffle
une épaisseur tendre
au delà du paysage
couché dans la neige
il ne fait rien de mal
des gouttes emperlées
abreuvent les moineaux
échappés de ses yeux.

Un matin d’Avril

Un matin d’Avril
la route recouverte
enneigement
les roues glissent
le milan noir
dans la pupille
le lierre terrestre
tressé de neige
agrippe le vernis frais
une aspérité
lentement les flocons
frôlent la porcelaine
le visage s’écarte
il est sous une buée
d’os et de givre
apocalypse blanche
entre les lèvres
il ne parlera plus
bourgeon muet
sous l’avalanche
des mains laineuses
en forme de nids
entrelacées de souffle
une épaisseur tendre
au delà du paysage
couché dans la neige
il ne fait rien de mal
des gouttes emperlées
abreuvent les moineaux
échappés de ses yeux.

Des fous rires fous

Le gris du ciel sur mon visage
Un chagrin fou
Arc-en-ciel pour enfants pas sages
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Les larmes coulent sans cesse
Un chagrin fou
Ils jouent à princes et princesses
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mes lèvres de tristesse sont muettes
Un chagrin fou
Leurs bouches joyeuses caquettent
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mon corps inerte cherche son ombre
Un chagrin fou
Lumière alerte sur boucles blondes
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

La nuit se pose sur ma vie
Un chagrin fou
Le jour se lève sur l’enfance à l’infini
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Se heurtent à mon gris qui se traîne,
Puis finalement s’affole
Et abandonne.

Il est ce soir
où tu as souhaité
envelopper les
mondes à connaître
le mien d’abord
le tien ensuite et
je n’ai su abandonner que
ce que tu as pu retenir

mon regard
le vrai sous le
tapis de la parodie

mais désillusionné 
tu as été
jusqu’à ce que tu te rappelles 

il rassemblait au-delà de
tes désirs déments
en aucun cas démentis

de-ci de-là 

l’ampleur de nos
vies comme des cimes