Tout se déchire lorsque tu ne dors plus.
A la seconde où tu récupères ton corps pour dire,
Jamais plus.

On a imprimé le silence sur ta peau,
Cousues tes lèvres,
Etranglé ton cœur, ébranlé ton âme,
Utilisé tes os en guise de sex-toys.

Tu dormais et tes yeux clos peignaient les feux de mon visage.

Moi, je vais là où chantent les incendies.
Là où le ciel s’écroule et se fond dans les barbelés.
Là où les disques se rayent,
Là où les anges se font laminer la gueule.
Là où la chance est une raclure et là où sont nichées les zones endormies,
Couvertes de suie.

Briser les non-dits,
Crier les amours,

Broder les rages.
Tu rêves ces verbes et lorsque tu ne dors plus,
Que tout se déchire,
Je me fonds dans tes pupilles et tu

Tombes

Tombes.

Tombes.

Dans le précipice des possibles.

Ecoute ces chemins pavés de gloire :

Tu saigneras les poètes maudits,
Tu désenchanteras les contribuables,
Tu soulèveras les palais pour les muer en forêts,
Tu effaceras le silence incrusté sous tes ongles,
Tu reconfigureras ton ossature pour l’écrire chimérique, songeuse, terrifiante,
Et tu vomiras des litres de sang sur les toits d’or et d’argent.
Et puis, une fois que tu auras vécus tous ces possibles,
Tu oublieras le sommeil.
Le sommeil sur tes lèvres.
Tu habiteras près de la mer,
Tu enquilleras les heures creuses avec le sourire.
Un sourire qu’on répètera comme un conte,
Comme une légende,
Comme une chanson.
Impossible à oublier,
Refusant de s’étioler,
Dans la rumeur des corps fracassés.

Je suis à l’entrée.
De ta maison.
Toi d’abord.
Je suis chez toi. Tes parents. Pas chez nous.
Le lac en face.
L’eau douce, couleur d’acier.
Nager tous les jours, taire le corps.
Anesthésier.
Trembler. Un peu.
Souffler fort, une fois, deux fois, trois fois, encore.
Le sang revient.
Tu veux que je suive ton rythme. Attends.
Partout. À chaque départ. À chaque carrefour.
Oublier les choses d’avant. Marcher plus vite.
Toucher plus fort, se réchauffer.
Là où il y a des règles, il y a des frictions.
Là où il y a de la contrainte, il y a de la résistance.
Entre toi et les autres. Entre toi et moi.
Je ne suis pas forte. Pour les efforts.
Je suis ici et ailleurs. Là-bas, et nulle part.
Tu voudras tout, je ne prendrai rien.
Tu rempliras, je serai vide.
Il faudra du temps, du repos, des jeux, de l’espace.

Je te donnerai ce que je ne possède pas encore.
Je construirai des feux.
Pour me calmer.
Et tous les jours,
Même invisible, même inconnue,
À moi-même.
Ce sera une course de fond, je trouverai la cadence
Je suis derrière, attends.
Je cherche du bois ou de la vieille pierre,
Pour nous bâtir une maison.
Et respirer, dehors.

Extrémité du seuil

Tu es revenu en souffle
Pour transparaître et inonder l’espace
La frontière de nos deux corps, c’est la limite, le seuil,
Là où si le pas arrive l’autre suivra


Tu n’as plus de physique, l’enveloppe est partie
Balancée, poussée par le courant,
Le courant il brosse l’air, on dit que c’est courant, que c’est normal que le coeur lâche,
Que ce n’est qu’un muscle, que c’est normal


Le silence s’est installé à ta place
Qu’est ce qu’il faut de coeur pour qu’un jour il soit amené à disparaître, qu’il soit amené à
s’écrouler
La masse
Immense de ton corps enroule l’espace


Tes bras ils m’entourent et le doigt dessine, il imagine, dresse les caresses, ajuste la
frontière, la limite, l’extrême extrémité de ma peau
J’imagine

Autre rive

Au bord mais jamais à bord
je reste ici les pieds pendus dans le vide
à balancer des mots d’un côté de l’autre
toi tu es là-bas sur l’autre rive
à glaner sur tes propres chemins
tes émerveillements
à respirer des parfums qui ne sont pas les miens
à laisser flotter tes jours amples et remplis
moi sur ma rive aux cris sans écho
bien concentrée sur mes ombres
qui s’ agitent au bout de mes doigts
je rêve du bleu dans l’embrasure du soir

l’inaccessible bleu

et je resterai paisible sur mon rivage
à déposer à l’ encre rouge
dans la marge des jours
des rafales de mots
petits cailloux du désir
petites langues d’air
que l’on essaime au sol
pour ne pas se perdre
pour ne pas disparaître
je continuerai d’arpenter mon chemin
sans plainte ni regret
ni oubli

A l’extrême limite, tout prêt de basculer
il y a le tressaillement, et il y a le souffle accéléré Il y a la voix qui me grimpe aux tempes
Il y a les mots hachés, happés par ma bouche
et puis il y a la peau, le grain, le grossissement de la loupe de mon oeil sur chaque parcelle du corps, la pupille éclatée de tout vouloir boire
Crâne encastré à tes bordures, à flanc de tes montagnes, tes cratères
Mon abîme de chair, là où je voltige, haute volée, plongeon de cœur
S’il n’y a pas cette terreur soudaine
cet essoufflement brutal ce vertige
s’il n’y a pas cet arrêt sur image
là où subsiste encore cette possibilité d’une fiction
Je pourrais me dissoudre entièrement
Qui sait s’il y aura encore des espaces grands comme des espoirs, si nous serons sauvés du vide qui
grignote tout autour, si nous nous sauverons nous-mêmes du pire
Se perdre surtout, s’absenter de soi-même pour regagner ses rives plus forts et continuer de marcher en
funambule, sur cette corde raide, deux à deux, en aveugles, c’est comme cela qu’on voit le mieux les choses
Il faudrait avoir le courage de ne pas baisser les bras, de briser tous les tabous, d’abattre tous les murs qui se dressent au bord
Il faudrait encore basculer, encore brûler, encore tomber, là, dans tes abysses, yeux grands ouverts
Et puis les fermer

Le décompte
Dix, Neuf, Huit…Quatre, Trois!
Mia, Angel, Angelina…
Qui de nous effleurera 
La feuille ou la plume
Au seuil d’une fragilité ?


Dix, Neuf, Sept…
Cinq, Un!
Si tes yeux exploraient les miens
Et mes doigts tes cheveux
Je garderai en moi
Cette grâce discrète
Et mon sourire ému
Au seuil de liens secrets.


Je nous appellerai Louves
Renardes ou Sacha
Aux seuils amoureux des forêts.


Mais tu n’es qu’une larme
Sur la peau de ma joue.


Filant mes insomnies
Au seuil d’une douleur éperdue.


Dix, Neuf, Six…
Deux, Zéro !
La chute du décompte
D’une infinité de morsures !
Morsures d’un blanc linceul hurlant
Au seuil de nos corps déracinés !
Morsures d’une infortune
Au seuil de mon coeur qui se tait
De n’avoir déjoué le décompte
Le temps de caresser
Ton nom

D’un au-revoir.
Dix, Neuf, Huit…
Quatre, Trois !
L’amour comme feuilles en forêts…
L’amour
Ne se dénombre pas.
Mia!
Angel !
Angelina !

Je t’écris

je t’écris du fil du soir
là où tout s’allume là où tout s’éteint
où la lumière fuit
et lune commence

regarde
habitue ton regard
à la transparence du noir
c’est là que je prends corps
que je luis 
volatile

je t’écris de la frontière
du rêve et de l’éveil
de l’espace 
entre chaque cil 
qui dessine tes paupières

écoute
quand je prononce
des lettres sur la vitre
le vent les cristallise
apprends à les reconnaître 

je t’écris depuis le silence depuis tes premiers mots
dans ta chambre
l’obscurité reprend son puzzle
laisse-la faire 
écoute ma voix
qui cherche à le défaire

ressens 
mon amour
depuis la nuit des temps depuis le jour de toi
mes cheveux ont le même poids
que ton souffle
la couleur de ta voix

je t’écris depuis toujours depuis partout
je t’écris et je te porte 
je te suis je te soutiens
je te berce quand tu pleures 
je te hisse quand tu ris

tu ne me vois pas 
parfois tu me penses
tu me cherches tu me sens tu me devines
dans la lumière divine
d’un rayon sur la branche

habitue ton regard 
à la transparence du noir
tu entendras mon chant 
susurrer au silence
là où tout redevient là où tout recommence

Quand j’aurai tout traversé, et trouvé le repos,
Quand mon corps disparaitra, et sera enterré,
Quand la vie m’aura quitté, et serré l’étau,
Quand je ne serai plus là, et que le temps me fera défaut,
Je vous en prie, pleurez votre peine,
Mais rendez-moi ce qui m’appartient,
Ne pleurez pas pour moi, vos larmes seraient vaines,
Riez, si vous le voulez, car l’humour coule dans mes veines,
Une fois parti, je marcherai,
Car la marche m’a habité,
Une fois parti, je sourirai,
Car j’aurai fait ce qu’il fallait,
Une fois parti, je me souviendrai,
Car un vécu n’est pas secret,
Quand je partirai,
Je veux que ce soit en paix,
Quand je partirai,
J’espère que vous continuerez,
Quand je partirai,
Non, pas besoin de laisser de trace,
Quand je partirai,
Je laisserai simplement la place,
Si un jour je m’en vais,
Pitié ne me regrettez pas,
Si un jour je m’en vais,
Souvenez-vous de ce qui était là,
Si un jour je m’en vais,
Je souhaite qu’à mon enterrement,
Y’ait un micro, une platine,
Du son qui pète les tympans,
Si un jour je m’en vais,
C’est quitte ou double,
Si un jour je m’en vais,
Le bilan sera trouble,
Si un jour je m’en vais,
Alors ma vision sera double,
Entre mes méfaits,
Et ce qui mérite que l’on m’adoube,
Parce qu’un jour je m’en irai,
Alors je veux rester ici,
Parce qu’un jour je m’en irai,
Je veux faire les choses ici,
Parce qu’un jour je m’en irai,

Je veux semer des graines,
Parce qu’un jour je m’en irai,
Pas besoin qu’on se souvienne,
Je m’en irai ailleurs,
Dans un autre temps,
Je m’en irai ailleurs,
Un autre univers,
Je m’en irai ailleurs,
Pour créer encore plus grand,
Je m’en irai ailleurs,
Là où l’appel est le plus puissant,
Parce qu’un jour je m’en irai,
Je choisis de rester ici,
Nulle part je suis chez moi,
Parce que partout je me sens chez moi,
Je me sens noir, blanc, métisse,
Et parfois même un peu chinois,
Je vivrai une fois,
Avant de vivre autre chose ailleurs,
Autant que cette fois,
Pose les pierres pour le meilleur…