Aux cimes des marronniers

En ce premier Instant
L’ Aube, le Couchant
N’existent plus.

À l’ heure où tu t’Endors
En ton cœur Ralenti…

Au mien qui bât Plus Fort ;
Inversement Proportionnel !

En cet Instant de Fer
Où mes vers malhabiles
Se mêlent, Psalmodiés,
À ceux que tu m’avais laissé.

En cet Instant de Feu
– Étrange, mes mains ne 
Tremblent pas –
J’y parsème
– Incertaine –
Mes expirations.

Elles ravivent
La Matière
Qui s’était Embrasée…
Elles nous Embrasseront.

Mais je sais bien
Pourtant
– Que lâche ou Prisonnière-
Je garderai secrets
Ces Amoncellements!

En cet Instant Perché
Au bord de l’Iréel,
Nos pulsations Liées
Frôlent jusqu’à tes lèvres;
Tes yeux Abandonnés;

De Gainsbourg à Cendrars;
De Cendrars à Ferré…

En cet instant Précis,
Je me sens Expulsée,
Par-delà les fenêtres,
Aux Cimes des Marronniers…

En ce premier Instant
Nos veines en Kilomètres
– Imprudentes-
Se souviennent.

Comment les honorer?

Ce sont les poignards aiguisés qui attendent l’heure promise

C’est ce jour de deuil où l’appel est tombé comme une interrogation suspendue

Fracturée

Le parcours de cette attente arrimée d’une tristesse figeante ouvre ses bras à son corps étendu.

L’heure de la perte n’existe plus, elle écrit son histoire au passé mais le présent y ajoute ses mains.

Elles sont poreuses, elles n’écoulent plus

Tout y passe

Et le jour par sa clarté merveilleuse l’accompagne le long des remparts.

Sous les heures vides
de l’ennui à l’aiguille
l’encre glissée
dedans la peau
leurs idées bleues
en pointillé
un pentacle raté

Métal aigu
ou rappe sa mère
les mains courent le jeu-garçon
écran vert – gris et
mèches roses pour rideau mental
de mauvais poèmes grondent
sur nos cils moites

Descente de quatre-quart
comme l’heure du goûter brûle l’encens, cacher les clopes
entre le temps du repos ; puisqu’au lieu de sombrer l’esprit tricote des idées,
juste avant la fin du jour dont on a survécu, soulagé
face au sommeil de l’enfance
choisir d’écrire aux mûres
l’instant soufflé de l’adolescence.

ce matin là
très tôt
le vent s’est levé
dans ma nuit
comme un souffle
il m’a traversé
la lumière du dehors
m’a sortie d’un rêve d’eau
*
le vent violent
de ce matin de novembre
ensoleillé
me rappelle le mistral
me rappelle le pays
mon cœur
divisé en deux
c’est douloureux
et doux
comme l’exil
*
la passé coule sur mes joues
le vent balaie des larmes pleines
comme des ballons gonflés
elles rejoignent l’autre rive
*
je pense au temps d’après
je suis toujours à la recherche
de ce qui n’existe pas
je ramasse des bribes
je les assemble
tant bien que mal

pour que ça forme un tout
bien propre
une existence
*
le temps je le poursuis
mais ne le trouve
qu’en dedans
*
novembre à presque 30 degrés
c’est l’été
ou bien l’hiver?
l’automne ne finira donc pas
cette année?
pire été meilleur automne
ça compense
pour les jours de pluie
en juin juillet
*
oserai-je penser
qu’il n’y aura pas d’hiver alors?
*
je me cherche
à tous les coins de rue
je me suis trop souvent
perdue dans mon propre corps
*
l’hiver est à deux pas
il peut survenir
n’importe quand
en novembre
ou en décembre
tout faire basculer
en un jour

tout recouvrir
*
je veux seulement vivre
les premières neiges
de décembre
peut-être une tempête
mais pas plus
trop d’hivers ont passés
comme des années
*
le froid
toujours aussi
je l’espère je l’attend
comme un cadeau
*
c’est au beau milieu de l’hiver
que j’ai maintes fois
rencontré mon été invincible


Le temps d’une éclaircie, l’heure des ombres, la lumière filtre.
Je pose l’écume, goutte, distillation. Douceur, le jour se teinte
Rasante lumière, rester pour elle, un peu plus tôt chaque jour. J’écris dans – la rasante lumière.
Particule d’encre, constitutive présence, échappent à nos mailles trop serrées.
Défaire la déglutition, dénouer le biais, sentir le relâchement du corps – brisure palpable,
copeaux soyeux.
Tintement de roche, la paume ouverte, j’écorsette les mots au jour qui penche.
Calfeutrer mes larmes, douces salaisons.
Équille
Cajole
Épanchette
Sous la table, les pieds à plat.
Mouvantes saisons pour l’écriture, carnets d’écorchures, papiers châtaignes.
Extinction du soleil : je ferme la porte du bureau.

Cent hivers sans hiver

Dans un automne qui tire à sa fin, l’été indien s’épuise. Il entretient encore un rayon de sourire sur ses feuilles déteintes. Elles, elles s’accrochent aux branches et dansent jusqu’au bout du vent sur les notes de l’avent d’hiver.
Et l’hiver me ramène à avant, avant quand je vivais dans des pays sans saison, ni printemps, ni été, rien que les pluie ou la chaleur, parfois les deux.
J’ai senti l’hiver au milieu de montagnes de sable en plein désert de Libye, inventant des histoires de voyages extraordinaires au cours desquels s’imaginait l’incroyable, derrière une dernière dune.
Toujours la dernière. Encore une. Pour voir.
L’hiver m’a évité parce qu’il s’était offert un safari pendant qu’en Ouganda, je parcourais les lacs du
Queen Elisabeth National Park au coeur d’une réserve à qui personne n’a retiré son nom de colonisé.
Moi j’étais invité à mettre les couleurs du vrai sur les Polaroïds de mon enfance.
Au milieu des vagues du lagon de Saint-Gilles, l’hiver était réunionnais. Il ne m’a pas empêché de courir après des demoiselles agitant leurs nageoires entre les coraux. La première année. Juste la première année. Après, il était trop froid.
L’hiver arrive. Encore. Et dans cet hiver de Provence, je prépare l’allumette qui enflammera la première bûche.

Dans la pénombre
toutes les nuits
à la même heure
quatre heures –
dans la chambre
rodaient des loups.

Tournée vers le néant
ne pouvant ni toucher
ni atteindre personne
puisqu’il en est ainsi
de la distance qui se creuse
jour après jour
et agrandit les ombres
puisqu’il en est ainsi
des multiples écrans
qui s’élèvent entre les hommes
des murs si hauts
si hauts qu’ils deviennent
infranchissables.


Je vous tenais pourtant
dans mon regard encore
fidèle dans mon regard seulement
dans mon regard attentif toujours
à vos couleurs, à vos formes
à vos gestes, à vos tremblements
pour mémoire, je vous tenais
frissonnant sous les draps
jusqu’à l’aube.


Pour porter votre odeur
votre goût à mes lèvres
quelque chose de vous
quelque chose de doux
quelque chose d’humain
pour m’apaiser je soulevais
mes mains au dessus de mon visage
les faisant danser
ainsi comme des pantins
je remuais l’air statique
et tout l’éventail d’artifices
que les premières lueurs
du jour font danser sur les murs.


Parliez-vous ?
Non, vous ne disiez rien.


Du bout des doigts, je tendais
des lianes de branche en branche
des cordes de clocher à clocher
des guirlandes de fenêtre à fenêtre
j’inventais des ponts
suspendus pour sortir de l’ombre.


Pour conjurer l’angoisse et l’insomnie
je poursuivais des chemins éreintants
où j’errais seule pour renouer
la soie de l’eau filante
entre deux rêves et recoudre
au ciel de la chambre un drap
brodé de milliards d’étoiles.
C’était loin.
C’était long.


Je cousais, je brodais
j’entrelaçais des rêves de paille
des fantasmes, des contes de Perse
usant mes yeux, mes doigts
allez savoir pourquoi
à ces enfantillages, ces mirages.


Seule, dans la nuit des loups
à quatre heure
j’avais peur, j’avais froid
j’étais redevenue petite
toute petite, si petite.
J’appelais.
Pas un mot.
Pas un murmure.
Personne.


M’entendiez-vous ?
Non, vous n’entendiez pas.
Je dansais, je pleurais
je riais, je cousais, je brodais
des étoiles, des mots, des astres
mais tout faisait silence
parfaitement.

Tisons d’Halloween

Une citrouille égarée dans un poirier
Grimpée de branche en branche
Par fils vrilles et tiges
Festives et funéraires
Clémentissime thermomètre
Potimarrons et mandarines
Accrochées saison des sorcières
Farandoles et pompons d’araignées en goguette
Squelettes à castagnettes s’en vont claquant
Tropiquement des dents
Dans le charivari camaïeu
L’automne indien indéfini sur son balai oblique
Ronde assourdie de l’orange résistant
S’incruste dans le vert et le brun
Ourlé du vieil or persistant
Les vitrines s’habillent de toiles vaporeuses
Etoiles déterrées de mois remisés
Divinités chtoniennes convoquées
Tous : morts vivants et fantômes conviés
A guincher avec chauves-souris
Nyctalopes et mygales en plastique.

Éveil

Les fantômes sortent à minuit. C’est ce qu’on dit
Moi, à minuit, je dors ou je danse mais rien ne me hante
Mon spectre a la pâleur de l’aube
Il vit sur le fil qui sépare le sommeil de la veille
Sur ce fil je suis flou, j’oscille entre les milles lits dans lesquels j’ai flotté
Je n’existe pas encore, je ne suis plus tout à fait mort
Je cherche un mur, une odeur, une chaleur, une voix, un soleil
Pour ne dire où et quand et qui je suis
C’est elle la première à me répondre (c’est toujours elle)
Elle me tire dans le souvenir et me pousse dans l’et si
Entre trop réel et trop possible
Elle sort les dents, elle m’exaspère, je la vénère
Puis les membres se resserrent, une brusque chaleur gonfle
Je regagne mes limites physiques
Tandis l’esprit continue de vaguer et elle glisse dans les creux et s’y niche
Il faut me lever, basculer la tête, avaler un café, bien que cela ne suffise jamais
Je devrais sauter du lit dès la première paupière soulevée
En un instant galoper loin de la brume et du mou
Mais ce serait renoncer à l’arôme des rêves qui s’attardent parfois