Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : Lichtenberg

  • L’échec cuisant du néant :
    Diffuser la rumeur qu’il s’oppose au grand Tout
    De sa propre existence, de son sens propre, vidé
    Anéantir c’est détruire ce qui est.
    Et tout-ce-qui-est-n’est-pas-nécessairement-grand.

    Si j’avance aussi frêlement qu’on érode le rien
    Si je m’auto-néantise dans un vide sublime façon syndrome de Stendhal
    [Ce que je fais 12 fois l’an lors de crises de trop-pleins en écoutant du rap français grand cru
    1996 jusqu’à épuisement de ma rage]
    Si je clame innocence quand j’ai mauvaise presse auprès de l’une de mes parts enténébrées
    Evidez-moi évidemment seule je n’y parviens pas

    Rien de plus rebattues que les cartes d’une Gitane
    Qui me susurrent : « mais ma chérie qu’est-ce que tu crois ? »
    Et moi de répondre : « ô rien, rien. Mais à cela ardemment je crois. »

  • La danse est une suite de mouvements des membres.
    Le rythme est donné par l’extérieur,
    la pulsation vient du dedans :
    l’impulsion électrique qui fait le bras se soulever,
    le genou dans un sens bouger,
    les pieds et les épaules de l’autre côté.


    Je pense parfois que les membres
    cherchent à fuir pour vivre leur vie.
    Je me dis que si je laisse faire,
    tout ira à vau l’eau.
    Les pieds battront sur place,
    le bassin ne peut pas aller bien loin,
    mais les avant-bras, les poignets, les mains,
    pourraient bien se désolidariser,
    et partir chacun de leur côté.


    Peut-être que la danse est la poésie des membres
    Elle donne forme à l’ensemble.
    Elle aligne les mouvements comme des mots.
    Elle empêche que tout se sauve et s’évente.
    Elle est une corde qui lie tout.
    Une force qui ramène le sens vers l’intérieur.

  • Il est
    un magnifique mouvement circulaire dont le regard serait le centre,
    une ronde sans angles, un tournoiement sans detours.
    Autour, des miroirs réfléchissent des centaines de fois l’image pivotante de la vue.
    Ce qui est là n’est déjà plus ici.

    Je vois
    Du plus profond de mon œil unique, je te contemple.
    Regard solitaire qui fait de moi cyclope,
    L’oeil humide, je plonge dans les vagues mauves de ton iris
    Submergé par de tristes souvenirs, ton regard s’appuie sur le mien pour se maintenir à la
    surface.

    mais la marée descend,
    et sur l’estran gît la moisson
    de tes impressions rétiniennes
    cils épars
    varech odorant
    Sainte-Lucie à la recherche de son oeil

  • Le miroir reflète dans les yeux le miroir
    Les yeux dans les yeux se regardent de près
    L’ombre suis le marcheur
    le marcheur est dans l’ombre
    Le chemin est dans l’ombre
    et le marcheur s’éteint

    Au sommet, au plus haut
    les pas tapent encore ; à l’écho se reflètent
    La lumière revient, le soleil à son plein

    Ombre
    Je te suis quand derrière moi le soleil me suis

    Sommet
    Je t’espère quand dans l’ombre je t’atone mes pas

    Lumière
    Tu allumes mon ombre

    Cailloux cassant
    Vous rythmez mes pieds

    Les monts découpés
    noirs et charbons, flanqués de lumière :
    Ils contrastent nos ombres
    C’est moi, mes amis, ma famille, mes ancêtres 

    qui montent là haut, tout en haut

    À la cime des sommets.

  • Respirer, c’est inspirer et expirer
    C’est absorber l’air et le rejeter
    Respirer fait battre le cœur
    La respiration influence ses battements
    Rythmes cardiaques et respiratoires s’accordent

    Et, pourtant, les gens sans cœur respirent
    Ceux dont le souffle est coupé
    Ont le cœur qui bat à cent à l’heure
    Et l’on respire de la même façon
    Avec un cœur de pierre ou un cœur gros comme ça

    Exploration intérieure
    J’examine ma respiration
    Air, cœur, sang, circulation
    Inspirer, expirer
    Battements
    Il ralentit, il accélère

    Le cœur se muscle,
    Se met au diapason
    Air, cœur, sang, circulation
    Enfermé dans sa cage
    Il est libre de ses battements


    C’est lui qui décide
    Air, cœur, sang, circulation
    La simple volonté
    Ne suffit pas à arrêter
    Cette mécanique humaine bien huilée

    Est-on vraiment libre quand on respire ?

  • On se couche pour être allongé.e, tu t’assois pour être assise. Vous pouvez rester debout pour être debout. Puis la respiration est faite d’inspirs et d’expirs. Ou d’expirs et d’inspirs. Mais pas les deux en même temps.
    Quand le rêve commence, j’oublie de respirer bien sûr. Pourtant je vis, à la fois tout et à la fois rien. Je m’exalte, me disperse, me caresse…me stigmate, me courbe et me plaque lorsque je m’oublie comme alliée.
    Faut-iel une énième secousse pour que le mouvement rappelle la chair. Retour tantôt droite dans mes bottes, tantôt toujours bien à côté.

  • Une rose est une rose
    Est une rose 1
    Aucune sans épine
    Etendards fragiles
    Barbelés de beauté
    Fils cousus d’un monde
    Aux pétales brûlées


    Un corps est un corps
    Est un corps
    Le mien grêlé d’échardes
    Les yeux funambules
    Sur des sarments de ronces
    Ma peau, un récif d’orties
    Je pique à fleur de mots


    Trémière aux flancs des murs et murailles
    Pétales pâlies des parfums de suie
    Suie je suis et suis
    La course d’un vent de foudres et d’incendies
    De folies


    Le monde est monde
    Est immonde
    Le temps écosse ses levures dans mon ventre
    Avec l’haleine acide des blessures
    Que la nuit ne suture plus
    Je suis d’aubes et d’épines.

    1 Gertrude Stein, dans son poème « Sacred Emily », 1913.