Il débarque dans cette ville – inconnu, anonyme – immédiatement, il ne se sent personne. A l’instant même où son regard se pose sur ce spectacle aussi rythmé que consternant, son coeur se serre. Il pressent le mauvais présage pourtant ignoré de tous. Il est écrasé par les immeubles, dévisagé par la foule, asphyxié par le bruit – brouhaha ininterrompu, ritournelle sans fin, agitation bourdonnante et stérile. Ses yeux s’attardent sur ce que les autres ne voient plus. La souffrance, elle le captive. La désolation, elle le subjugue, il la hume. C’est irrespirable se dit-il en desserrant le foulard qui lui entoure le cou mais ce n’est pas ça. Il étouffe toujours sous la chaleur écrasante du béton, de la crasse et du bitume. Il ne voit pas l’architecture harmonieuse ni le passé que ces édifices racontent, il est hermétique à la beauté tant l’ombre est terrassante. Ce qui lui crève les yeux à lui, ce sont les gens que l’histoire a laissé sur le carreau, à même le trottoir ou dans le caniveau, c’est la sempiternelle rengaine de la triste comédie humaine. Depuis la nuit des temps toujours, des vies inégales. A l’intérieur, il est effondré, fracturé comme le monde dan lequel il vit et ses affres le reprennent, ses plaies sont de nouveau béantes. Il s’était cru plus fort, il s’était cru capable de quitter le refuge de sa chambre pour se frotter au monde. Mais le vertige le gagne, il manque de tomber / Il se réfugie derrière la première porte ouverte, il ferme les yeux et alors, il se souvient. Il se remémore les saveurs de l’âge tendre, territoire indemne que la noirceur n’était pas parvenue à conquérir. Les après-midis à la mer, les sorties vespérales et gourmandes dont les effluves sucrés recouvraient le goût des peaux salées, par les larmes et les embruns. Il rappelle à son oreille les sonorités infantiles qui accompagnaient ses souvenirs, petite musique suave mêlant le bruit des oiseaux, des enfants et des vagues, entièrement libres sur ce littoral radieux. Il pense à sa mère, à son sourire le matin au réveil, à ses yeux accueillants, au calme de ces matins joyeux où l’enfance régnait en maître – enfin il respire.
Tag / Raconter une histoire super librement avec Adelheid Duvanel
Ce matin-là elle s’est réveillée,
Ses cheveux avaient été coupés
Elle n’a jamais su par qui.
Quand elle s’est croisée, la pauvre
Ils se sont dressés sur sa tête
Ça a fait des courants d’air
Et d’électricité.
Son mari, qui était chauve
Lui a dit m’enfin
De quoi tu te plains
Ils repousseront, tes cheveux,
Et sûrement même bien mieux.
—Faut dire qu’elle n’était pas très bien coiffée
Sa coupe était plutôt ratée—
Mais la malheureuse a répondu
Belle ou moche, n’empêche
Personne n’a envie
De se réveiller un mardi
Avec une tête pas choisie
Ça fait des pellicules
Et des ch’veux gris.
Elle ouvre la bouche et aucun son n’en sort. Ses yeux se plissent en une fente mince, minimale qui semble filtrer la lumière autant que ses pensées. C’est par absorption des rayons qui pénètrent dans la pièce, exposées en particules, une suspension pailletée qui retombent en tourbillonnant autour d’elle.
La lumière entre, la traverse et synthétise des émotions, l’esquisse d’un sourire, l’esquive d’un tourment. La lumière tourne et fouille. A cet instant, quelque chose s’éclaire en elle qui s’épanouit sur son visage. Je sais ce qu’elle s’imagine. Toujours elle revient dans sa journée à cette évidence. Le décompte du rythme, les pas, les variations. Elle chorégraphie, voilà ce qu’elle fait. Et les mains prennent le relais de la bouche muette mais mouvante, dessine dans l’espace :
une danse.
Elle a toujours procédé ainsi depuis qu’elle est toute petite, prenant modèle sur ses professeurs, sur les professionnels qu’elle a croisés. Les mains ont leur grammaire propre, déliées, leur grâce est un langage. Elle tournent, se tendent, orientent, graciles, les doigts. Chaque mouvement est une indication du corps. C’est ainsi qu’elle crée.
Chien et loup
Ça commence entre chien et loup, ce moment où la lumière s’émousse doucement. L’ombre bleue survient progressivement. Elle envahit d’abord la terre, les arbres. Elle se dessine en nappes, en nébuleuse un peu floue qui recouvre ce qu’il reste à voir. C’est le moment où les yeux se plissent pour distinguer encore quelque chose dans l’obscurité. Pour s’habituer au noir. Elle s’avance à son rythme, s’étend, se répand. Elle repeint. S’éternise. Le paysage se brouille dessous, puis disparaît.
Toujours ce mouvement lent, comme ralenti, suspendu, surprend par sa radicalité.
On dit qu’elle tombe mais c’est faux, la nuit noie.
Gare de l’Est
Les murs de la gare surplombaient la nuit. Les soirs d’hiver, le vent soufflait sur les visages des quelques banlieusards ramassés dans le petit abribus. Ils attendaient le bus de 3h du mat. Mathushan était là, chaque nuit. Lorsque le bar fermait, il rangeait ses roses et se précipitait vers le bus. « Ce bus de banlieue était assez confortable. Pas comme ceux de son enfance, au Sri-Lanka » pensa-t-il la première fois qu’il monta dedans. Et pas comme ces bus du jour encombrés. Ce bus avait des sièges molletonnés. Quand il le prenait à l’aube, il pouvait enfin dormir, après des heures à arpenter les rues, les bars, les
restaurants, il dormait à poings fermés.
Et soulageait ses articulations.
Le plafond de la gare coupait l’horizon, fendant la nuit noire.Des filles discutaient ce soir-là sous l’abri. Et des hommes, beaucoup d’hommes passaient. Le balai des alcooliques, des crackhead, des miséreux et des violents de Paname se répétait, comme chaque nuit. Lui ne les voyait quasiment plus. Personne ne le voyait non plus. La gare vide. Esseulée. Moment suspendu et tendu. C’est un moment qu’il avait appris à aimer.Ce bruit autour de lui qui se dilue dans la nuit douloureuse. Des hommes tiraient les filles par leurs bras, il sursauta. Se retourna. Le bus arriva, il monta vite. Un corps s’étendait par terre à l’entrée du bus. L’homme cria et se mit à rire. C’était un de ces fous habituels, qu’il croisait dans ces bus. Il fila dans la nuit. Il s’endormit, la gare s’assombrit, disparut, Paris disparut: dehors les arbres ployaient sous le vent. Plus que 30 minutes, estima-t-il, le bus de nuit était toujours beaucoup plus rapide que celui du jour.
30 minutes de sommeil avant de retrouver son lit.
Il se réveilla. Ville-Evrard. C’était son arrêt. Une longue route à l’horizon perçait deux parcs. D’un côté, Ville-Evrard, l’un des plus grands hôpitaux psychiatriques du pays. Sa voisine s’est faite plantée une fois par un fou en cavale. C’était un accident, avaient-ils dit, ce qui l’étonna à l’époque. Après tout, c’est vrai qu’il était étonnant qu’un tel hôpital dans un pays si riche laissait souvent ses fous s’échapper.
Chez lui, le silence régnait. Dans l’interstice de l’aube et de la nuit, il s’engouffrait chaque soir, son corps endolori le maintenant à peine éveillé, pour rejoindre son lit où il s’effondrait. Son nez le piquait étrangement de plus en plus chaque soir. Un sommeil lourd
l’emporta comme à chaque fois. Des rêves il n’en faisait plus. Pas plus que des
cauchemars. Sa fille dormait déjà lorsqu’il rentrait. Son fils aussi. Lui se réveillait
généralement à 15 heures. Il ne les voyait que deux heures lorsqu’ils rentraient de l’école,
et avant de retourner travailler.
Dans sa chambre aux volets constamment clos, il s’habille. Il passe une petite heure avec
ses enfants quand ces derniers finissent tôt. Son jean lui tombe sur les chaussures, des
mocassins larges marron. Le jean recouvre quasiment ses pieds. À 17 heures trente, il
sort, reprend le bus. Du haut de son 1 mètre 70, il se hisse pour attraper une canette de
coca. Et puis sort. Dans le sifflement du vent, dehors, les arbres ployaient toujours. L’automne arrivait.Il s’engouffra dans le bus où trois poussettes bloquaient l’entrée.
Soupir.Une jeune femme le regarda, la tête collée à la vitre. « Elle semble triste », se dit-il.Il détourna le visage. Il n’aimait pas voir les gens tristes.
Son trajet durait en moyenne une heure trente. Souvent plus. Lui aussi avait pris l’habitude de coller son visage à la vitre. Dehors, le soir s’abattait. Les routes disparaissaient avec l’arrivée du soir. Des jeunes hommes faisaient vrombir des motos trafiquées en roulant près du bus. Le paysage s’enfuma, s’évanouit dans un amas de noir.
Un jeune se mit à hurler dans le bus, dans un langage qu’il ne comprenait pas. Puis une réponse arriva : “Jésus, c’est le fils de Dieu et toi t’es le fils de qui toi ? hein?” cria l’un des fous du 113. Mathusan s’éloigna, depuis que sa voisine se fit planter, il préférait être prudent. Mais le fou avait bien raison, pensa–t-il. C’était qui son père à lui, pour qui se prenait-il à brailler comme ça ce gosse?
Dehors, la nuit tombait. Lui revenait en tête, en boucle, des rêves incandescents, ses rêves de jeunesse qui précipitèrent sa fuite de son Sri Lanka natal. Des rêves défaits par le cours de l’histoire, et par la perte de la guerre.
Terrible nostalgie des choses qui n’ont jamais été.
No ou la légèreté
Il n’y avait plus personne dans le couloir des brasses. Le dernier nageur était sorti dans un nuage de vapeur et s’était jeté vers l’escalier des vestiaires, il devait être en retard.
No reprenait sa respiration, elle avait enchainé cinquante minutes de nage libre, c’était pas mal pour une reprise. Son corps lui semblait léger. Elle bascula sur le dos, se propulsa d’un mouvement des jambes et se laissa dériver en planche, les bras le long du corps, les cheveux lâchés. Elle se sentait comme un nuage de lait dans une tasse de thé chaud.
Les yeux fermés, il lui semblait que la frontière du derme, ce millimètre de chair censé marquer dans la vie de tous les jours la limite entre soi et le monde, n’avait plus la même continuité. Des plaies indolores béaient projetant son être partout en photophore, infusant l’entièreté du bassin et au-delà, blutant sa lumière bleutée aux coins de l’univers. Elle retrouvait cette même sensation, si
nette le jour de l’accident, de façon plus diffuse mais plus enveloppante.
Ce jour-là, quand le scooter l’avait percutée par derrière, elle avait compris pour la première fois qu’elle n’était pas dans le monde, qu’elle n’avait pas plus d’individualité qu’un sachet de thé n’a d’individualité. Elle n’était qu’un intervalle entre le monde et lui-même, dans le temps. C’est étrange que les accidents de la route provoquent des prises de conscience existentielles, mais c’est ce qui est arrivé.
Quand elle a senti le goudron sur elle, après le premier choc (elle traversait le passage piéton, le scooter arrivait vite, les gens sont pressés), elle n’a pas eu mal, la douleur est venue après – quand elle a senti le goudron, elle s’est dit, pour la première fois peut-être depuis sa naissance : je ne suis rien et je n’ai peur de rien. Je suis libre.
Rosa Rosam Rosae
Elle savait déjà tant de choses, avec le temps qui se répète et se rabâche. Elle avait appris beaucoup beaucoup de choses, bien assez, pensait-elle, pour tout ce qui est important et nécessaire : parler, lire, écrire, aimer, aimer encore, aimer toujours et faire l’amour. Elle savait faire ce que tout le monde sait faire, c’est-à-dire à peu près tout ce qui compte, à peu près ce que tout le monde sait et elle le faisait à peu près bien, croyait-elle. Mais elle se trompait, elle ne savait pas grand-chose d’elle et de l’essentiel.
Un jour, un autre est venu avec sa langue. Une autre langue. Une langue qu’elle ne connaissait pas. Qu’elle n’avait jamais apprise. Une langue étrangère, une langue qu’elle n’avait jamais entendue auparavant, mais qu’elle comprenait, une langue différente et surprenante. La langue nouvelle avait tout chamboulé. Elle et sa vie.
La langue, d’abord, avait pénétré doucement les yeux. Les signes, noirs sur blanc, étaient entrés, aspirés par les pupilles, et ils n’en étaient plus jamais ressortis. Immédiatement séduit, son esprit s’en était emparé avidement. Elle avait fait son chemin, sans forcer, la langue de l’étranger. Elle était parvenue au centre, au point névralgique. Elle s’était installée dans la tête, dans la place, là, dans le cerveau, sans demander, si oui ou non, ceci cela. Mine de rien, elle avait bousculé les convenances, les habitudes, les savoirs, les vieilles connaissances, les a priori, les règles, les réticences. Elle s’était assise, là, bien confortablement, au centre, comme un reine, adoubée, souriante, confiante, maîtresse absolue en son royaume sur ses sujets.
Et puis, descendant petit à petit, dans la bouche, dans la gorge, dans la poitrine, se roulant dans la salive, cognant les dents, glissant contre les parois de chair humides et roses, la langue de l’autre s’était mêlée, entortillée, à celle de la fille. Elle prit corps et, pénétrant le corps, elle occupa de plus en plus d’espace, tant d’espace, qu’il était devenu dorénavant impossible à la fille de penser et de vivre, sans elle.
La langue l’avait embrassée. Et ce fut fait. Il était trop tard pour désapprendre, pour méconnaître, pour faire semblant, pour oublier. Elle l’avait sur le bout de la langue, sur le bout des doigts, elle l’avait à l’esprit, elle la savait parfaitement, elle la connaissait par cœur, cette nouvelle langue, ces mots de l’autre, ces tournures, ces articulations, ces silences, ces rythmes, courts et lents, ces ponctuations, ces respirations, ce souffle. Elle en était emplie. La langue la possédait, la possédait si bien qu’elle en rêvait. Elle rêvait de la langue dans la langue. De jour comme de nuit, elle en rêvait.
Ce langage de l’autre était devenu, à présent, quoi qu’elle fasse, dise ou pense, essentiel.
Divergence et focus
Elle enduit ses mains, rassemble ses cheveux. Pour la chaleur et les idées éparses. Il y a une heure, elle s’était allongée de tout son long sur le carrelage froid. Une immobilité juste apparente. Car chaque cellule se dépose par gravité avec les secondes qui passent. Les muscles relâchent doucement. Le sol en ami. La victoire toujours renouvelée d’y déposer son poids gramme par gramme.
Elle pense à ce film 21 grammes qu’elle n’a pas vu mais dont elle se souvient. Toujours étrange cette mémoire qui s’allume à un mot, une situation, une odeur. Ces flash qui déboulent à l’improviste et dont il faut bien faire quelque chose. Les accueillir et les laisser partir. Suivre leur lumière un bout d’instant. Se dire qu’ils n’arrivent pas par hasard, les prendre comme un appel. Un sens possible.
Elle roule sa tête comme pour en vider le sable, masse son crâne serré. Elle attrape ses genoux entre ses bras, écoute la plainte de sa hanche, se balance pour étirer le bas du dos toujours raide. Elle lance ses pieds vers le ciel, tourne ses chevilles. Elle pense aux nourrissons qui ne savent pas encore que leurs pieds sont une partie de leur propre corps. Leur étonnement jubilatoire. Elle a relu le matin une phrase de Boris Charmatz. Les danseurs sont le fruit des expériences qu’ils ont traversées. Elle se dit que c’est le cas de tous les artistes, les artisans, les travailleurs, les enfants, les humains. Façonnés par leurs vécus et heureusement aussi par leurs imaginaires. Sinon un insupportable déterminisme, déjà trop présent, même d’esprit et de corps.
Elle commence sa danse au sol, déverrouille les articulations. Mettre de l’air. Une succession de contractions et de relâchements. Finalement comme la vie. Donner son poids sans s’alourdir.
Garder la direction, ajuster son axe. Chercher son centre pour pouvoir se laisser tanguer.
Envoyer du souffle dans les espaces qui coincent, les zones étriquées où le corps suffoque.
Elle a toujours puisé son énergie dans les sensations qui l’assaillent. Autant en faire une force. Elle sait injecter dans le tendu et le lourd de la poésie dansée. Un attendrissement de mots et de gestes.
Les contours de la pièce deviennent plus nets, le monde autour plus présent. Elle est prête pour sa journée.
Rejoindre la danse du monde de plain-pied.
La danse du monde.
La danse terrible d’un monde tenaillé.
Mais la vie toujours.
Le mouvement.
Sortir.
Sortir les espoirs chevillés au corps
Osmosis
Secret de beauté
Partir dans un pays lointain.
Regarder l’envers des choses.
Parler une autre langue, plus simple, plus directe qui changera ton rapport aux êtres et te rendra plus hardie.
Le français est comme un fleuve, la langue des scrupules, des détours, des méandres.
Avec une autre langue, insensiblement quelque chose migre dans l’espace de ton cœur sans que tu le décèles.
Changes de vêtements, comme un déguisement, entraines toi à te fondre dans ce qui t’entoures.
Ressens la température, la chaleur, la sueur, une autre température, la qualité d’une autre fibre sur ta peau.
La soie rêche sur ton dos.
Dors nue.
Cultives ta nudité.
Savoures la.
« Se faire masser régulièrement des pieds à la tête, avec de l’huile tiède,
Pendant une heure au moins ?
Transpirer dans une petite cuve en plastique,
être douchée avec de l’eau très chaude .
Frottée avec des graines pilées, rincée.
par deux petites vieilles aux mains râpeuses. »
Et la tu commences à bouger dans ton fort intérieur, insensiblement.
Tu t’es assouplie.
Tu commences à t’ouvrir comme une pomme au beurre passée au four.
Tu es prête.
Il te faut quelqu’un maintenant.
Peut être n’importe qui, mais ce n’est pas si sur.
Tu entends sa voix, une fois au téléphone,
C’est le début.
Tu laisses tes cheveux libres sur tes épaules
D’y repenser, la paume de tes mains s’écarquille.
Tu t’enfonces jusqu’aux chevilles dans les pétales de fleurs violettes et jaunes qui jonchent le sol.
Il fait un temps doux et léger.
Tu marches à ses côtés, et c’est d’une lenteur étrange, sa démarche te contient, t’accompagnes, t’enrobes.
Tout est incroyablement suave.
Tes cellules entières pompent un fluide délicieux au parfum délicat.
Une douceur s’est insinuée dans ta poitrine, intense, rebelle.
Elle ne veut pas partit de là et toi tu ne veux pas qu’elle parte.
C’est cette douceur qui fait que tes yeux brillent H 24.
Qu’une chaleur bienfaisante campe entre tes cuisses.
Que ton sourire est plein de lumière.
Que ton visage s’affine.
Que ta peau devient fine et translucide.
Cette douceur tu dois la cultiver en toi pour qu’elle grandisse encore, emplisse tous les interstices de ton
corps et s’encre définitivement dilatant ton regard qui va se poser comme une boussole sur toute la beauté du monde.
Alors, va dans la forêt, sens le vent et le soleil sur ta peau, et tes cheveux, respire l’odeur de la terre, écoute le murmure des pins, le bruit de l’océan tout proche, qui gronde.
Et, aime.
Quelques passants attendent le couchant avec ferveur.
Observera-t-elle le spectacle elle aussi ?
Au pied du grand bloc de pierre, seule ombre du paysage, elle attend.
Elle se dit : « ces gens ont de la chance. »
Elle veut saisir la sienne.
Ses jambes dénudées font des allées et venues pendant que ses poumons se concentrent pour inspirer l’air chaud.
Elle est en vie. Elle voudrait exister.
Elle se souvient d’avant. A quel point tout était doux.
Le soleil et son corps sont en feu.
C’est l’heure.