À bout, les mots

J’ai de grands yeux, mon corps se courbe sur le qui-vive
Quand elle va répondre j’attends parce que j’ai hâte
J’ai soif
Alors que ma terreur d’être vide siphonne l’air de mes poumons
J’essaie de lire l’intérieur de son regard

Ses mots sont comme la mousse sur les arbres nus en hiver

Il y a le nord et il y a le reste, je crains le vent qui efface mes pas furtifs dans la neige, je crains le soleil qui capture ma solitude et adresse ma sensibilité en oubliant le timbre sur l’enveloppe
Le destinataire va payer et m’en vouloir mais tant pis  

La pluie qui poudroie rassure ma fragilité, la sentir par les trous de ma chaussure ancre ma flamme et sillonne mes veines jusqu’à mon cœur asséché
Ce n’est pas ma faute, ça ne suffit jamais

Je pose des questions et je combats les réponses
« Tu poses des questions et tu combats les réponses », c’est parce que je ne les aime pas ; toujours elle dit une chose et elle la reprend
Ça ne suffit jamais
Je dis la vérité et c’est comme mentir, le fil pour marcher est tout petit,
on est dans une rue étroite d’où il n’est pas facile de partir

Le temps de répondre « c’est un problème de train » que déjà je suis dans une gare inconnue, si elle est inconnue comment choisir où aller, si je ne sais pas où aller comment se donner rendez-vous, si je n’ai plus rendez-vous pourquoi rester sur le quai, si le train ne passe qu’une fois qu’est-ce que je fais, « s’il ne passe qu’une fois j’espère que les quais bougent », qu’est-ce qu’elle raconte, c’est le puzzle des gens dessus eux qui pose problème

C’est comme un puzzle avec une configuration qui change sans cesse, dont il manque une pièce mais jamais la même, c’est comme essayer d’attraper de l’eau, garder dans ses mains quelque chose qui veut s’échapper, c’est comme avoir les pieds sur deux continents différents sans jamais choisir
Je vois bien, il attend et il a hâte, il me regarde et cherche à voir du pays sans quitter la gare, « nos trains arriveront peut-être en même temps », il dit des mots et parle de géographie et ses yeux déroulent délicatement un champ de ruines, il serre dans son point la boussole cassée et quand il cligne des yeux pour respirer j’entends chaque couche de paupière se refermer l’une sur l’autre
Et l’une sur l’autre et l’une sur l’autre et l’une sur l’autre
Et l’une « sur l’autre oui c’est vrai tu n’y peux rien » ce n’est pas sa faute 
« Pardon » ; la mousse sur les arbres ça ne suffit jamais
Il ne sait pas que ça veut dire quelque chose

« Je n’y crois plus », à bout,
les mots.

La petite fabrique

Viens, approche, il faut que tu saches, je vais te parler de cette chose,…
De cette chose précieuse, unique même,
De cette chose à saisir, à prendre à bras le corps,
De cette chose à ne pas regarder passer, mais parfois à contempler,
De cette chose au caractère incertain et grandiose,
De cette chose rien qu’à toi … Qui sera ce que tu en feras dans ta petite fabrique.

De cette chose
Tellement intense et parfois si monotone,
Tellement joyeuse et parfois si triste,
Tellement courte et parfois si longue,
Tellement remplie et parfois si vide,
Tellement changeante,
Tellement éphémère,
Tellement surprenante,
Tellement étrangère.
Alors lance-toi sans retenue,
Travaille dans ta petite fabrique avec enthousiasme,
Même si tout n’est pas parfait, c’est vrai,
Fais preuve de courage, de persévérance, d’abnégation parfois,
Ne réduis jamais la voilure
Pour t’engager dans la folle aventure de cette chose : la Vie

La musique de l’âme

C’était lui désormais son compagnon le plus fidèle. A force, elle connaissait les différentes facettes de sa personnalité, reconnaissait son pas lorsqu’il arrivait et savait caractériser ses subtiles nuances, ses différents timbres, son intensité. Si bien qu’elle ne savourait pas le silence, mais les silences, qu’elle s’amusait à réécouter pour procurer un peu de musique à son âme.


« Chut ! En voilà un qui arrive. Je le reconnais à son pas humide celui-là, le silence mélancolique. Il me rapporte le bruit des minuscules graviers, un jour de mars, sur lesquels tu marchais pour me faire un cadeau. Il s’enveloppe du tapage de nos rires éclatant au soleil dans la brisure des vagues d’été sur les rochers. J’y perçois jusqu’au frôlement délicat de ta main passant sur mon épaule, jusqu’à la caresse de tes yeux, plus silencieuse encore, et, parfois, jusqu’aux tristes variations de toutes nos paroles tues. »


Mais, ce silence mélancolique était tantôt rompu par le bruit de ses larmes qui coulaient sur sa joue, tantôt par le sourire des souvenirs déplissant la finesse de ses lèvres et plissant celle de jolies pattes d’oies, ornant le coin de ses yeux. Pour échapper à sa mélopée, elle plongeait à nouveau dans le monde des silences, d’où lui parvenaient alors des modulations infinies, qui l’embarquaient dans de nouveaux paysages aux sonorités intérieures.


« En voici un autre. Qu’il est tonitruant, celui-là ! J’aime ce silence poétique, joyeux, frivole. Il tintinnabule au rythme de ses mots, où résonnent les rimes, s’entrechoquent leurs échos. Il remplit les vers, ceux de Sepúlveda, Sand et puis ceux de Prévert. Il prend même un stylo pour le faire crisser sur n’importe quel
carnet, le bleu de préférence, c’est lui le plus discret. Lorsqu’il est pressé, je l’entends tapoter des lettres sur le clavier. Et puis toute cette musique qui se joue en silence, fait résonner les cordes, les pieds, les strophes et les sonnets. Je les répète dans ma tête et me laisse porter par leur douce mélodie. »

Régénérée par ce silence poétique, elle pouvait à présent pénétrer la respiration du monde. A ce moment-là, tout lui parlait. Le silence était fort, puissant, rassasiait tout son être.
« Ah, te voilà enfin ! Laisse-moi t’admirer et te respirer un peu. Approche encore plus près. Que m’apportes-tu aujourd’hui ? … Laisse-moi deviner, le son de la lumière qui bouge et

des couleurs du vent ; les murmures de la pluie, l’ostinato de la pie, les pas feutrés du chat et toute la joie des fleurs … Le frémissement des frênes ou les pleurs du saule, les battements ailés de toutes ces troupes d’insectes ou l’attente mutique de ce noble échassier dans l’aube ligérienne, … »

Ça y est, elle vagabondait dans l’univers des silences, attentive à la respiration du monde. C’est à cet instant précis que quelque chose d’explicable, d’inaudible, d’inouï se produisait en elle. Elle atteignait le Silence des silences.


« C’est bien Toi, cette fois ? Je t’attendais, je sais que tu te plais à me faire languir, Silence des silences… Mais, je sais que tu es là, je te vois, je te hume, je te touche, je t’entends. Tu me transporte dans toute ta symphonie, celle de ma respiration lente, régulière, du tempo de mon cœur, des mouvements de mes
mains, du clignement de mes yeux et tous ces infrasons se mêlent à la respiration du monde pour me rasséréner. Nos deux respirations n’en forment alors plus qu’une. Et, j’entends le chœur, l’empilement de nos voix, Silence des silences, tel Le Chant du monde, venu pour m’apaiser et faire taire tous les bruits. »

Silence

Chut !

Écoute le silence

De mon cœur qui bat la

cadence

Des sortilèges qui lient nos

destins.

Chut !

Écoute le silence

De ce qui m’abime
De l’invisible indicible

Que je sais si bien cacher

Chut !

Écoute le silence

De ce fil qui se tend et se tord
Sur des remous de remords

Où je marche en équilibre
Si maladroitement.

Chut !

Écoute le silence

De ce qui m’anime
Et m’enflamme

Quand tout est passion et drame

Chut !

Écoute le silence

Qui remplit tout ce vide
De souvenirs intenses

De promesses sans nom murmurées
Sur ta peau

Chut !

Écoute le silence

Il sait si bien parler
Et chuchoter en soupir

Ce secret si lourd à porter

Chut !

Ecoute le silence

De toutes mes absences

Il te crie tous ces mots vérités
Que je ne te dirai pas

Chut !

Ecoute le silence

Il s’agite, bouscule, et

bascule
Avant la chute …

La tête danse sous un chapelet
de cheveux emmêlés
On passe sa main et c’est
comme chercher l’aiguille
dans la botte de nœuds

chaque incisive perce
le matin au même endroit
précisément là où il saigne
il faut laisser au jour
le temps de cicatriser

la lumière a des pulsions
fait des zooms exprès
des effets stroboscopiques
elle refuse de caresser le sol
à la fin elle se réfugie au ciel

C’est ici que tout commence et c’est ici que tout finit, il te faudra te souvenir pour t’émerveiller encore de ce qui n’est plus.

Souviens-toi des couleurs et des sensations des quatre saisons, de l’automne à l’hiver, du printemps à l’été, des transformations de la nature, de tes petites mains qui fouillaient la terre pour y dénicher le ver de terre et des papillons qui volaient autour de toi et qui parfois se posaient sur ton épaule, tu les suivais en courant, le chien en faisait tout autant.

Souviens-toi de tes racines, souviens-toi de qui tu es, souviens-toi d’où tu viens.
Sois humble face à la grandeur de la nature,
Ne détruis pas, ne pollues pas, ne gaspille pas.
Tu n’es qu’un passager sur Terre.
Un infiniment petit d’un infiniment grand qui te respecte bien plus que tu ne le feras jamais.
Sois tolérant avec les autres et envers toi-même.
Sois indulgent, sois fier de toi et de tes choix, choisir c’est renoncer mais c’est aussi s’affirmer, quel que soit le chemin sinueux ou tout droit c’est celui qui te mènera à toi.

Si tu tombes relève toi, pleure et surtout n’aies pas honte de tes larmes, mais ne baisse jamais les bras. Des découragements tu en connaitras, les moments de joie tu les apprécieras comme une cerise sur le gâteau de la vie, saisis les embellies, profite de chaque instant comme si c’était le dernier, et n’abandonne jamais.

Parle à la Lune et aux étoiles. Elles te guideront. Si tu me lis je n’ai pas abandonné, je ne t’ai pas laissé, je ne t’ai pas trahi. Je suis juste partie plus loin, plus haut, plus beau mais je veille sur ce petit bout de toi qui est un petit bout de moi, sache que je suis là et je serai toujours là pour toi, à travers toi.

Regarde en toi, cherche dans ton cœur la réponse est là.
Je t’aime au-delà des mots, au-delà de la vie, au-delà de l’espace et du temps.
Je t’aime à l’infini …

Blanc de neige

La pluie de janvier
froide et misérable
givre le sol de glace

Ceux pour qui la neige
est source de tous maux
ne disent pas un mot

Dans les prévisions
pas un seul flocon
signe d’hivers changeants

Je marche sur l’asphalte
gris et froid et dûr
mes pas secs qui claquent

Mon pied droit s’enfonce
dans une neige bien fraîche
sortie de mon enfance

Toute emmitouflée
haute comme trois pommes
fière dans la bourrasque

J’escalade un mont
mon frère en amont
deux aventuriers

Un immense banc de neige 
recouvre une cabine
cache un téléphone

Une photo est prise
nos pieds dans le vide
sommet de l’hiver

Le seuil

Me voici au seuil. Des autres et de ma vie, à ce tranchant de l’âge qui fait tumulte. Depuis mon seuil, je vous contemple. Vous les autres, à d’autres seuils, seuils d’autres vies. Nous nous observons et l’inflexion de vos regards voudrait réconforter. Vos yeux signifient je comprends, du bout des paupières, de l’ancien seuil de ma vie traversé pour cette île où tout te paraît calme. En vérité, on oublie ce qui est désagréable, les sandwichs avalés trop vite pour mieux les faire descendre, les feux d’incendie qui retardent nos trains et les messages laissés sans réponse, on oublie qu’hier nous étions trop pressés de vivre.

Depuis mon seuil, je m’évertue à grandir et à rester petite. A porter cette envie de créer qui me dépasse, s’étend, s’épanche, et alors vous savez détourner le regard comme s’il y avait quelque chose d’indulgent à ne pas vouloir voir les autres faire leurs armes. Nous portons l’impatience des grandes révolutions. Nous nous évertuons. Je le sens dans mon ventre, sous mes cils et sur ma peau toujours marquée par l’acné. Je le sens quand je dors, quand je me réveille, les rêves à moitié dissipés et que je refuse de faire semblant de vouloir autre chose que ce que je veux, parce que je sais ce que je ne veux pas, me résigner.

Depuis mon seuil, j’aime votre seuil. Votre seuil qui dit patience, vos ridules d’expression et vos fronts marqués d’avoir trop parlé sans mots, rien qu’en levant les sourcils. J’aime votre seuil parce qu’il me donne de l’espoir. Vos visages ont assez vécu pour dire tout passe et le penser. Nous luttons pour un billet de train mal composté, les sandwichs descendus trop vite, nos amours mal dessinés, nous luttons pour nous connaître, nous luttons pour publier, nous luttons par vanité, par jeunesse. Vous souriez, parce que vous savez que tout passe. De seuil en seuil. Mais pas le désir.

Paon-Du-Jour

Mon corps, Écoute-moi !
Ce soir, tu te transformes.
Mon corps, Écoute-moi!
Tu te fais Paon-Du-Jour.
Pour ne vivre qu’un jour,
Dans ta robe de soie.

Mon corps, Écoute !
Le Paon-Du-Jour c’est l’ Éphémère !
Le Paon-Du-Jour c’est le Rouge Absolu !
Prends-en tous les atours.
Incarne-le et vas-t’en!

Mon corps, tu comptes les jours.
C’est difficile !
 » Combien font 35 par 365?
Et si l’on prend en compte
Les années bissextiles ? »
Débarrasse-toi de ces questions !
Elles ne te servent pas !

Mon corps, Écoute-moi !
Le Paon-Du-Jour est Beau.
Le Paon-Du-Jour est Multiple.
Accompli la métamorphose.
Tu seras Beau et Multiple
À ton tour.

Pose ton Front
Contre le torse de l’homme que tu aimes.
Puis ton Nez.
Puis ta Bouche.

Expire l’air de tes poumons.
Tout l’air de tes poumons.
Ton souffle y ouvrira une voix.
Tu t’y engouffreras.
Il sera ta matrice !
Il sera ton cocon !

Empli l’espace du corps aimé.
Prends-en toutes les formes :
Ce Dos épais qui porte la maison.
Qui n’en frémit pas !
Ces mains qui ébauchent des mondes.
Des jours plus vastes que les jours !
Et ce cerveau en odyssée !
Ces mouvements qui savent bercer !
Dont tu ressens le rythme.
De l’intérieur.

Tu n’auras plus besoin de ton propre dos.
Tu n’auras plus besoin de tes propres mains.
De ton propre Cœur ou de ton Ventre.
Invisible et à l’Abri.
Soulagé.

L’émergence,
C’est la naissance du Papillon. 
Empreinte le chemin inverse !
Puisque tel est ton Souhait.
Oublie tes Hésitations !
Puisque tel est ton Souhait.
Ta place prise en lui,
Le monde t’oubliera.
N’en ressens pas de regrets !
Le monde t’oubliera.
Mais pas ce Corps,
Que tu habites,
Enfin.

J’ai une question

Il y a cette manière, ça doit avoir la forme d’une envie
Où il y a besoin de faire clignoter
Un objet
Un flipper
C’est un objet qu’on a envie de voir clignoter
On ne sait pas pourquoi, on s’en fout, c’est comme une série on a commencé alors

Les objets, certains, sont des talismans
Ils me suivent sur le quai de la gare

Je monte dans le train, je les laisse sur le quai, ils m’ont vu faire il n’y a pas de doute sur mes intentions, et vingt minutes après ils sirotent leur café nul sur la banquette en face de moi en lisant le journal, un vrai en papier, ils ont amené un copain

J’avais pensé, les objets, beaucoup, sont là pour nous épanouir
Pour nous aider,
A perdre moins de temps, à nous libérer, à nous construire, à se souvenir pour nous, à oublier, à faire de la place, à remplir l’espace, à nourrir, à enchaîner
Parce qu’il y a la suite

Parfois je fugue
J’ai un petit sac discret
Loyal
L’écosystème est déboussolé, une maison vide ne dit rien
J’aime bien
Personne ne gagne 
Ça ne dure pas

Je ne préviens pas et puis je suis rentrée
Je préfère
Un objet qui prend racine en attendant s’éteint

Mais ce flipper

Il y a cette envie vague souterraine
De parvenir à faire clignoter son corps tout entier
Tout le monde en a envie
Défi, jeu, chasse, amusement, échappée, mentir cinq minutes, remplir, rire, réussir, parvenir
À tout allumer

Fais attention à toi, qui ne sais pas être magnifique
Je te parle mal, ma douceur rouge est pudique
Je veux te dire : il y a des objets magiques, ce sont des gens