Sous ton ciel bleu

Tu es bleue, toute bleue,
Toi qui es assortie à ses yeux
Tu reposes sur sa tête,
Toi qui lui donnes cette allure de marin
Tu es sobre et discrète,
un simple cordon blanc sur ta visière,
Toi qui caresses son front
Tu es son premier visage,
Toi qui étais là au premier RDV
Tu es reconnaissable entre mille,
Toi qu’il emporte partout avec lui

Tu es là
Ce soir-là
Tu es là

Toi qu’il ne veut plus quitter
Tu tiens chaud à son crâne
Moi je brûle
Je brûle si fort

Et je crève d’envie de goûter ses lèvres

Je m’approche
Tu ne dis rien
Toi qui le connais si bien
Toi qui te colles à ses pensées
Je m’approche
Tu ne dis rien
Je t’attrape

Tu me couvres désormais le front
Toi qui me donnes, à moi cette fois,
ce petit air de capitaine
Provocatrice
à demi-nue

C’est lui maintenant qui s’approche

Tu ne dis rien
Tu attends
Il m’attrape
Il m’attrappe moi
pas toi
Par la taille
Tu demeures silencieuse
et tu brûles toi aussi
Toi qui sous ton ciel bleu
l’instant d’après
Abrites notre premier baiser

Rêve

Tu es un rêve redouté

Qui  révèle une terne réalité.

Tu es un rêve obsessionnel

Qui exagère toujours et encore.

Tu es le rêve envié

Qui permet de m’évader.

Tu rêves de ce  jardin luxuriant

Qui ne permet pas de  cueillir le fruit défendu.

Tu te rêves, port marin peint par  Claude Lorrain

Qui accueille un galion chargé d’or à ras-bord.

Tu rêves de  ce quai de gare de banlieue triste

Qui  ne voit   jamais s’arrêter ce train-fantôme.

Tu  rêves d’être un chien lapon dans la neige

Qui talonne les sabots des rennes en troupeaux.

Tu es trappeur du Grand Nord arctique

Qui troque ses peaux contre de l’alcool de contrebande.

Tu rêves d’être ce journaliste dans un salon

Qui soufflette un ministre  au milieu des officiels.

Tu rêves d’être le héros victorieux

Qui affronte les forces obscures.

Tu rêves minuscule moustachu, de chaparder ce  gruyère

Qui est accroché sur ce piège à mâchoires en bois clair.

Tu rêves de dériver sur ce fleuve sombre

Qui te conduit lentement vers ce palais désert.

Tu rêves d’accueillir Jacques Chirac

Qui vient diner d’un plat de cochonnaille.

Tu te demandes  éveillé, si tu peux vivre au-delà de tes rêves ?

Toi, tu n’es qu’un module de réservation
qui affiche complet pour les mois à venir
Tu es la pâle page web
qui joue la blanche indisponible
Tu es la boîte de réception vide
qui attend les invités de la fête
Tu es l’auto-reply bilingue
qui traduit ton absence dans toutes les langues

Tu es le signal électrique
qui éloigne ta réalité de la mienne
Tu es le corps dépossédé
qui physiquement n’est qu’une main
Tu es ce bureau de bois pâle
qui t’étreint davantage que je ne le ferai jamais

Il est serré contre tes genoux
là où se lovent les amants
Il n’y a plus de place pour nous
dans ton monde tout est plus grand

le fleuve sans draps

A 6h
tu mets tes chaussettes bleues
comme ton pull
ma pochette
ta veste
la gourde

il est 6h
où sont mes gants
le froid
la pluie
le fleuve qui déborde
prends les grands draps
tu murmures
tu peins en blanc
l’enduit
les affiches
le chauffage

il est 6h
où sont mes gants
couper mes ongles
acheter des chaussons
ne pas dormir
oublier le réveil
le matin
la nuit
le soir
ton anniversaire
les bougies
les allumettes qui tombent
la poussière sur le toit
prendre le balai
nous coiffer
mettre un bonnet

6h
les gants sur la table
le coup d’éponge
senteur verveine
la tasse dans l’évier
que tu recolles

6h
descendre les escaliers
ton manteau à la main
le couvercle tombe
le carrelage, la glue
sur la liste de courses

il n’est plus 6h
le casque sur le coude
tu le mets sur la tête
l’essence
le plein
tu démarres
prends les grands draps
le renard qui traverse
le pont sous les pieds
le fleuve qui déborde
les draps dans le coffre
la clé pour ouvrir
la gouache au plafond

6h
tu lèves les bras
tu mets tes gants
les chaussons sur les pieds
le bonnet sur la tête
tout habillée
une carapace
un homard

6h
grandir
changer d’année
gratter la peau
mettre une chemise
et des boutons
puis
recoller le couvercle
la théière
garder au chaud
tout mettre dans le bain
l’éponge sur les ongles
les cheveux qui tombent

6h
tu as soif
tu n’es pas dans le courant
le fleuve
la noyade
et tu dors
tu plies les draps
la gouache est tombée dans l’eau

vanille-fraise

La maison pulse pulse pulse
______________ omniprésente

Elle vivante
__________ et toi
qui soufflé boursoufflé
___ t’affaisses de tristesse
___ en un râle affligeant
________________ L’aube se lève à peine


________________ Au loin
j’entends le plissement
____________ des monts schisteux
entends toi. qui vague orageuse
soupire
________________Je repose mon corps
__________ abruti
__________ de fatigue
dans la houle du souffle nocturne

Rose matinale
__________ aimante
les lueurs pâles
rose_______ dilue les cernures
creusées par l’air conditionné
__________ __________ __ La maison
__________ __________ _______ crac
__________ __________ _____ à nous

__________ __________ Tu demeures
et puis soudain la mer

__________ ____ Gouttelettes d’acier
__________ frient l’immensité bouffie

Toi si loin
dis-tu bouche
______ sertie de broussailles
dis les plaies les béances
qui s’accusent entre nous
_______tiraillent

Les œillets vanille-fraise
s’électrisent les jeunets
__________ Je dresse des listes
ma vie incarnée _______ avec toi
__________ qui paupières engluées
__________ __mâchonnes tes dires
La maison bruisse

d’ombres
Flottent les couleurs
__________ ____ changeantes
__________ _____ de nos alphabets

Fantasme à quatre temps

Espace

On dit que la distance entre Terre et Lune varie constamment selon la position de la Lune sur cette orbite – à l’échelle de l’Univers, l’unité de distance est donnée en seconde-lumière – Toi, tu serais la planète que l’on dit bleue comme une orange. Et moi, je serais ce satellite en rotation absolument synchrone avec toi. Toujours pâle et jamais même – tantôt gibbeuse, tantôt ronde ; parfois rousse, parfois blonde – je te montrerais continûment la même face. Tout l’univers serait à sa place. Et, en ce sens, nous irions parfaitement, main dans la main, comme de vieux amants.

Interface

Sur les écrans, oscilleraient deux images. Deux visages y figurent. Deux souffles, deux essences, deux chairs en puissance dans la constellation des cristaux liquides. Tu m’apparaîtrais ainsi dans un faisceau de lumière crue. Je te ferais face aussitôt, emprisonnée dans un rectangle quelconque. Pixelisés dans la zone magnétique, nous serions réunis le temps d’un mot doux, d’un baiser virtuel. Soudainement, le tunnel se refermerait et nous recracherait dans le néant. Fondus au noir, black-out, nous serions éjectés dans nos solitudes respectives. En exil.

Surface

Ce serait ce lieu, un serment sur la langue, rêvé de nuit comme de jour, dessiné sur la page à l’encre sympathique, pétri longuement entre nos doigts. Ce serait un lieu bâti par nous, pour nous, mot à mot, phrase à phrase, champs contre champs, pierre après pierre, au corps à corps, peau à peau. Ce lieu serait notre gîte quelles que soient les saisons. Un nid pour nos caresses. La canopée serait un ciel de lit étoilé pour nous. Ce serait un abri dans les feuillus sur la terre arable et fertile où je te dirais oui, toujours ; où tu me dirais oui toujours. Un refuge.

Profondeur

Un frisson à fleur de peau, un balbutiement de la chair, ainsi s’afficheraient l’amour et le désir. Venu des tréfonds, de la nuit des temps, de bien avant le langage parlé ainsi serait mon désir de toi, inextinguible. Mon amour de toi, infiniment. Tu serais ce feu en mon centre, les flammes du plaisir sur mes joues. Ton nom, absenté ici, serait inscrit sous ma peau frémissante. Ton nom, qui m’est cher et doux, je l’aurais écrit secrètement dans le noyau de mon corps tremblant.

Lumière

lueurs saillantes de la lumière
séquencées selon le point du jour
ne faiblissent pas
se renforcent dans chaque puits où
le souffle est surenchère
se sont caillassées jadis de rivières
rougies – marées de coquelicots
(à quatre pattes pour les cueillir)
lueurs animales sans défense
se fortifient d’air tendre à l’heure du blé
crépiteront bientôt de paillettes de givre
rase dérivée vers un autre axe
embrasseront une terre dure et pierreuse
hier la lumière lévitait aujourd’hui trône
bien assise son bras levé vers demain
silencieuse elle impose
ses éclipses – sa respiration
terrifie quand elle brille
par son absence
aux arbres ramassera leurs ombres tombées
en tension de feu ses fumigènes
la lumière se décalque
s’écoule goutte à goutte
son filtre de forêt piqué d’aube
elle signe chaque clignement sur des troncs éclatés
d’un tatouage à vif – sa vision des choses
je la rêve d’un seul œil
évadé de son enclos noir de nuit
je la bois avant la brûlure de plein été
l’autre reste muet et flou
pour mieux accueillir la chaleur
quelques degrés supplémentaires
l’inclinaison dans l’angle droit de la paupière

Premier son peut-être indécelable pour l’une des deux oreilles peut-être la traversée de l’os comme un gémissement sourd une griffure dans la jointure


Deuxième son amplifié dans la pliure du genou un craquement la course des nerfs leur galop en surface quelque chose flotte à l’intérieur qui prend feu


Troisième son la plainte gravit la pente jusqu’au crâne le choc s’entend loin au cœur centaines de bêtes à l’œuvre la plaie vive brûlante tout le corps irradié

Des mots

Premier mot quasi muet murmuré comme dit pour soi-même ce souhait du jour que l’on aurait arraché à la nuit comme une plume

Deuxième mot plumé papillonne clairsemé bordure de lèvres susurré sorti de son nid tout ébouriffé pouffant ses heureux hasards dans l’attente ou la promesse à venir

Troisième mot souvent promis jamais tenu décline ses prédictions ses aventures le son produit chantonne un air que l’on respire de la bouche à la bouche

Quatrième mot déraciné s’accroche à la langue qu’un flot brutal fait dévaler sa pente inversement proportionnelle la durée de vie écourtée rentré dans la gorge

Murs
Il y aurait quatre pans autour de nous, de brique ou de plâtre. Ils seraient hissés tout autour, rétrécissant l’espace, le cloisonnant. Ils pèleraient à force qu’on gratte puisque nous serions enfermés. Nous serions animaux levant la patte, le signe que les murs seraient insuffisants à délimiter notre territoire. Nous les aurions voulu plus larges. Nous aurions voulu les abattre pour laisser entrer la lumière.

Fenêtres
C’est pour ça que nous aurions percé les murs. Nous y aurions laissé entré la lumière par de petites ouvertures de la largeur de nos bras. Nous pourrions les ouvrir et les fermer. Les fenêtres feraient un pas en avant et les yeux nous précéderaient à l’extérieur. Les vitres réverbéreraient l’éclat des choses. Ce serait façon d’illuminer les murs.

Portes
Nous aurions choisi de percer de plus grandes ouvertures de la hauteur du plus grand d’entre nous. Nous aurions installé un panneau à ouverture latérale. Ce serait comme une fenêtre mais très haute qui permettrait de sortir entièrement. Les portes feraient un pas en avant et nos pieds nous précéderaient à l’extérieur. Ils seraient aussitôt suivis de notre corps entier. Et de nos yeux qui avaient parcouru tout l’horizon avant, par les fenêtres. Tout notre corps pourrait alors emboîter le pas des yeux, puis des pieds et alors, le monde serait à nous.

Monde
Ce serait une immensité. Il serait tellement vaste qu’il semblerait infini, qu’on ne pourrait jamais le parcourir en entier. Jamais nous n’en serions rassasié. Le monde serait ce que nous avions longtemps rêvé et auquel nous avions désormais accès, grâce aux fenêtres, grâce aux portes.