Je marche à côté de tempêtes
J’ai les pieds qui cisaillent le sol, qui déplacent la poussière, qui font surgir
Mes jambes
Du dessus, apaisée et droite, j’avance de cette énergie perpétuelle et foudroyante
Derrière ce qu’il y a je ne sais plus, ce sont devenues des histoires comme des livres
Partiellement j’aime ce bazar qui fit de moi un temple de phrases
Puzzle de bibliothèque, j’ai souvent les mains engourdies qui cherchent leur chemin dans ma montagne de mots
jamais tout à fait rangée,
jamais tout à fait accessible,
jamais tout à fait rassemblée,
toujours lourde, toujours aimante, opaque, désirée, ensevelie
Autonome dans ses flux saisonniers
Il y a des trous dans la montagne, des trous qui laissent passer la tempête
Dans la tempête c’est l’univers qui trouve enfin son chemin
Je m’arrête en son milieu comme on rentre à la maison
J’ai le foyer ardent des marins qui ont peur de rentrer et de retrouver les choses exactement comme elles étaient
jamais tout à fait figées,
jamais tout à fait possibles,
toujours très définitives,
toujours très uniformes et exemptes de sillons, de terre meuble, de feuilles mortes qu’on ne balaye pas,
de sentiments qu’on n’a pas peur de laisser vivre, comme ça, pour eux-mêmes
En eux-mêmes étonnants et pénétrants
J’ai l’horizon calme
Devant ce qu’il y a je ne sais pas
J’y suis, j’y vais, j’y reste en un roulis de fibres délicatement tissées
Je suis solide parce que quand je regarde une carte je ne comprends pas ce qu’elle raconte
Dis-moi que tu sais où je suis si ça te rassure,
alors que,
J’ai remarqué un évènement vital, lorsque je vais voir là-bas si j’y suis, j’y suis toujours.
Ce n’est pas parce que je ne sais pas où je suis que je n’y suis pas.
J’ai un cauchemar qui me mange la peau
C’est comme une allergie qui trace des lignes porteuses de drame
J’ai l’insomnie des gens heureux,
c’est usant un torrent qui reste coincé dans l’embouchure et construit patiemment sa porte au goutte-à-goutte
Ami présent, en scandant ma vie toujours et jamais tu réveilles le tempo de mon cauchemar
Étonnant et pénétrant
Je dois vous dire : merci pour cette vie riche
Laisser vagabonder son cauchemar, perdre sa trace derrière et puis devant
Être de joie, même quand les jours sont tourmentés par le vent
Fraterniser avec la peine pour s’envoler tout contre
Et être libre parce que toi mon cauchemar, tu n’auras pas ma peau
C’est à mon amour que tu te destines.

Pierre de lune

Un météore
Un scintillant
                  Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite
                   Félicité.

Merveilleux Éphémère
Que l’aube nous offrait.

Des enfants comme nous
Avions bien des bonheurs,
Des rires qui étincellent,
Des chants pour faire danser
Les pétales
                     D’ambre
                                    À la rosée.

Un millénaire
Un éternel
                  Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite 
                     Félicité.

Merveilleuse, Éphémère,
Que nous avions portée!

Si ton éclat s’éteint,
Il me sert dans ses bras ;
Désarmée et sans larmes, 
Le cœur noir-obsidienne, 
Je ne 
          Dormirai
                          Pas.

Dans l’univers
Un éthérique
                       Bout de Beauté.
Une petite
Toute petite 
                     Félicité.

Merveilleux éphémère!

Nos raisons envolées,
Que devrions nous taire 
À la Terre dérobée ?
Que dire au ciel tremblé ?
Tant de promesses,
Tant de souhaits!
Le rouge cornaline
D’une joie qui se tait.
Rouge-sang cornaline…
                      Insidieux
                                      Regrets.

Microscopique
Notre Essentiel 
                  Bout de Beauté!
Microscopique
Notre petite Félicité.

Merveilleuse,
Éphémère 
Pierre de Lune 
Irisée.

Je préserve ma peine 
Pour mieux t’y abriter.
Je garde en souvenir
De nos instants 
Diaphanes
Un silence
d’Opale.
S’il 
     Pouvait
                   Nous 
                          Bercer.

Je ne sais pourquoi j’aime mes mains
Pourtant elles sont minuscules
On voudrait les attraper qu’il faudrait les ensevelir dans une autre
Une autre main
Les faire disparaitre pour les réchauffer
Elles sont froides Souvent
Elles ont la peau sur les os
La légèreté que cela leur procure les fait voltiger au grès des besoins
Certains doigts qui les composent sont tordus C’est la bosse de l’écriture
Tu la connais ? Sur le côté
Juste là en haut Ça part sur la droite
Où le stylo plume dans la jeunesse a creusé son sillon en même temps que les traces
sur la feuille
Mes mains sont devenues une langue
Elles façonnent les mots
Elles rient
Elles s’énervent
Elles apprennent aux autres
Elles parcourent mon onde cérébrale
De signifiant en signifié
Elles courent aussi vite que la pensée
Ou elles essayent
Mes mains sont longues et jeunes
Mais le temps a déjà dessiné ses rides
Pour marquer tout ce qu’elles ont
Tout ce qu’elles sont
Elles sont parfaites
Pour pointer du doigt les détails de la vie

J’ai eu du mal à m’extraire de moi-même pour ne pas bouger dans le tunnel froid et glacé dans lequel mon corps entier vient de glisser. Tout juste respirer alors que les premiers sons saccadés et dysharmoniques de cette machine martèlent mon cerveau et ma moelle épinière qui se sont, eux aussi, figés dans le temps. Ne plus penser, juste se concentrer sur les premiers mouvements chorégraphiques d’une danse que pourraient m’inspirer ces bruits anarchiques, les transformer en notes de musique. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse dans ma tête.

Je me suis extraite de moi-même quand les premiers mots ont été prononcés. C’est ma vie qui vole en éclat et qui vient de tomber à terre. J’ai le souffle coupé. Respirer, Respire, Respire ! J’ai besoin d’air. J’ai consigné tous ces maux sur un papier et je l’ai froissé. Penser à cette musique plus vivante que cette appréhension qui reste floue comme ma vision qui faiblit. Se concentrer encore sur l’harmonie de mes notes intérieures plus forte que cette intuition d’un processus machiavélique qui commence à évoluer en moi. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse sur le fil de la vie.

Mon corps s’est extrait de moi-même, je suis tombée à terre. Je ne bouge plus dans le tunnel froid et glacé. Le bruit sourd et acéré des sons métalliques de la machine martèle mon cerveau et ma moelle épinière et fracasse un peu plus mes pensées jusqu’à résonner dans mes os, jusqu’à les faire taire. Dans le couloir blanc aseptisé, les odeurs se mêlent à la peur. Je suis animal, je pressens le danger qui approche. Éloigner cette pensée, minute par minute, je ne vais plus danser.

Un jour, j « é crierai » l’indicible. Et je crie.
Et j’écris.

Miroir de feu

Nous y voilà.
Dans ce palais des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps plane, chante, exulte sous les reflets chandeliers de ton désir.
Tu me contemples, tu me déshabilles en douceur, tu m’éclaires.
Je m’élève.
Regarde-moi voler.
La masse festive ne peut m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je veux embrasser tes rêves.
Je veux que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantaisie, un poème, un ange qui chute.
Tu avances. Tu me regardes tomber du ciel.
Je t’offre un sourire.
Je me tire dans le silence de la nuit.

Nous y voilà à nouveau.
Dans le club des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps tangue, chante, se pâme sous les reflets chandelier de ton désir.
Tu me mates, tu me désapes, tu m’éblouis.
J’essaye de m’élever.
Aide-moi à voler.
La masse festive est prête à m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes (pourquoi ne viens-tu pas ?).
Je veux baiser tes rêves.

J’exige que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantasme, une prière, un ange déchu.
Tu arrives. Tu me regardes tomber du ciel.
Je te donne un sourire.
Je caresse le silence de la nui
Nous y voilà encore.
Dans le taudis des splendeurs passées.
Où je traîne ma danse tel un miroir en cendres.
Mon corps brise, gronde, se repaît des reflets chandeliers de ton désir.
Tu me mates, tu m’arraches la peau, tu m’obscurcis.
Je ne peux pas. M’élever.
Laisse-moi voler.
La masse me séquestre dans la fête.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je violerai tes rêves.
J’exige que ton cœur me vénère.
Comme on vénère Dieu.
Tu es là. On me regarde tomber du ciel.
Je te donne tout.
J’avale le silence de la nuit.

À l’abris des brasiers

Elle n’aurait
Disparu
Dans leurs secrets
Et elle n’aurait sombré
Dans leurs silences.

Et 
Les tristes poussières
Les cendres illusoires
Et les rues sans appels
Ne seraient plus
Les 
Siennes!

Elle n’aurait pas
Chuté
Du plus haut des plus hauts
Désespoirs inentendus !

Tu ne l’aurais suivie
Aux souterrains des amertumes…

Elle n’aurait pas créé
Cette
Béance
En toi !

Et tu n’aurais pas
Peint
Ces silhouettes
Sans visages…

Silhouettes en démesures
Aux teintes tant estompées
Qu’elles s’en 
Evanouissent…

Meurtrissures perdues
Dans le noir des cratères !

Et
Le blanc
Des glaciers
N’aurait pas assiégé
Nos vies !

Aux rumeurs
Scintillantes de mes rires
Vous n’avez 
Rien 
D’indicible
À dire!

Si ce n’est un amour
Que l’on oublie
De dire !

Dont vous me faites le don.

Fière, je le porte!

Et le don, également,
Éphémère passant
Du
Vertige
Du 
Temps.

Fière, je le porte!

Tu n’aurais disparu
Elle n’aurait disparu!

Je n’aurais été
Mise
À l’ombre des douleurs
Pour devenir gardienne
D’un foyer
Bien éteint.

À l’abri des brasiers
Des deuils qui consument
Je ne serais exil
N’en aurai pas
Besoin.

Des fous rires fous

Le gris du ciel sur mon visage
Un chagrin fou
Arc-en-ciel pour enfants pas sages
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Les larmes coulent sans cesse
Un chagrin fou
Ils jouent à princes et princesses
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mes lèvres de tristesse sont muettes
Un chagrin fou
Leurs bouches joyeuses caquettent
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mon corps inerte cherche son ombre
Un chagrin fou
Lumière alerte sur boucles blondes
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

La nuit se pose sur ma vie
Un chagrin fou
Le jour se lève sur l’enfance à l’infini
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Se heurtent à mon gris qui se traîne,
Puis finalement s’affole
Et abandonne.

Poissons brûlants

Au fond de l’eau les écailles
bruissent | recueillent
reflets opalescents
sédiments à demi mots
ouïes offertes | éblouies
nous glissons sur la matière liquide
nous revenons à l’avant monde
où nous étions de lave et d’eau
dans la poitrine du soleil

Au fond de l’eau les écailles
vibrent | écorchent
reflets magnétiques
sédiments au bout de la langue
lèvres renflées | exagérées
nous buvons la matière liquide
nous sommes au bord du monde
aux mailles de nos doigts
dans la bouche du soleil

Au fond de l’eau les écailles
écartent | exilent
reflets insulaires
sédiments engloutis
ventre échoué | rouillé
nous marchons sur la matière liquide
nous sommes au monde
ailleurs confondus
dans la brûlure du soleil.

Un matin d’Avril

Un matin d’Avril
la route recouverte
enneigement
les roues glissent
le milan noir
dans la pupille
le lierre terrestre
tressé de neige
agrippe le vernis frais
une aspérité
lentement les flocons
frôlent la porcelaine
le visage s’écarte
il est sous une buée
d’os et de givre
apocalypse blanche
entre les lèvres
il ne parlera plus
bourgeon muet
sous l’avalanche
des mains laineuses
en forme de nids
entrelacées de souffle
une épaisseur tendre
au delà du paysage
couché dans la neige
il ne fait rien de mal
des gouttes emperlées
abreuvent les moineaux
échappés de ses yeux.