Ode à la culotte menstruelle

La culotte menstruelle,
Tu l’enfiles
Et hop !
T’es partie pour la journée.
Simple.

Pas le plastique couleur de violette, senteur de mort et bruit de scotch.
Pas l’ogive de coton, celle, oubliée, qu’une médecin, spéléologue, est allée, pince à la main, chercher tout au fond de ta cavité.
Pas la pilule oubliée avec la régularité d’une horloge.
Pas le fil de plastique, gorgé d’hormones, coincé dans le col, parfait, s’il ne vous rend ni obèse ni dépressive.
Pas le calice, effet ventouse.
Non plus, la serviette éponge de ta mère, accrochée au fil à linge, dont l’absence informait les vieilles alentour d’une grossesse en cours.

Non,
La culotte menstruelle c’est
La disparition du flux dans l’épaisseur noire.

Et le moment venu c’est
La réapparition du flux,
Trop longtemps encagé dans la violette et l’ogive.

Non pas Lady Macbeth, frottant sans relâche, priant pour sa disparition.
Non, le contraire, plutôt.
Du tréfonds de l’épaisseur noire,
Le sang.

Les doigts dans le sang, retour à la vie.
Sous le jet, sortir les eaux rouges du noir.
Mouiller, tordre.
Regarder le rouge serpenter dans la bonde.
Encore.
Mouiller, tordre, rouge.
Mouiller, tordre, rouge.
Enfin, retour à l’eau claire.

Machine. 30°.

Et puis,
Quand le moment viendra,
Rejoindre,
Sous l’eau claire,
Orques, belugas, narvals et globicéphales.

J’étais où personne n’était
En ces lieux où persona non grata
Je n’étais nulle part au présent
Toujours passé par là, revenu de tout
Je suis ailleurs à présent, même sans savoir où
J’avais plaisir d’avoir, comblé d’aller partout
Parlant parlant parlant
Je suis vide maintenant
Prêt à m’emplir de nouveau
Cherchant à aspirer le son de voix neuves
De qui veut bien me parler
M’adressant à tout va
Je volais le temps des autres
Je jouais à faire durer
Sans savoir quoi mais toujours le soleil
Désormais je rends ce temps ruiné
Je reste présent sous l’ondée
M’offrant
Perméable à tout ce qui veut bien
M’envahir

la fulgurance et la perte

J’étais un pirate sur une mer infernale et je tentais d’attraper dans mes filets les presque morts qui me demandaient juste de sourire. Je suis à présent la presqu’île, le demi-mot qui a trop ri pour convenir et l’océan fendu m’a retourné trois fois. J’étais l’étendue et la confiance tranquille, je suis le trou noir, j’engloutis. J’étais ce que l’on me demandait d’être, je suis l’excès de mes propres souhaits. J’étais douceur, lactée, bleutée, sucrée, algue dansante, souple et solaire, je suis la vase noire, odorante et stagnante, s’accroche à tous les pieds qui voudraient bien s’approcher. Je me retire lentement à chaque vague habitée de coquilles vides, de coraux blancs.
Je suis le fond de la lumière, la fin de la vitesse, la fulgurance et la perte.

je n’avais rien
je m’préoccupais 
de rien

le piquant de ta langue 
contre la mienne
excitation – chargée

soupirs – nicotinés
on s’acoquine
dans un brouillard électrique

ça m’pique
ça m’transperce

devine
encore
nos deux corps
ouverts

partout – encore

un élan
une nuit comme ça
résolue

vouer aux jeux des flots de peau

et le ciel se casse
sans la nuit

Je suis né d’une idée, sorti de terre,

érigé dans un ensemble.

Ma base reposait sur six pieds

qui ont foulé mon sol au quotidien.

J’étais l’arche de Noé de mes 6 pieds

et de leurs invités.

On chantait en moi, on dansait en moi,

on ne laissait pas le temps à la vie

de claquer ma porte,

on poussait mes murs pour faire de la place

à la légèreté,

on ouvrait mes fenêtres pour laisser

éclater les rires dégustés en entremets.

Aujourd’hui il ne reste que deux mains,

lestées d’un cœur lourd,

pour porter mon passé

dans des cartons, trier les poussières

de vie amassées en souvenir lointain.

Ne pleure pas, j’ai bien vécu,

je peux être et avoir été.

Je suis appartement témoin,

du temps jadis et de demain.

CRÉER :

Je m’écouterais, tu fabriquerais des liens sans jamais en finir. Tu coudrais les mots, les tissus et tous les autres matériaux pour que je puisse en faire des œuvres à chanter, déclamer, hurler, ou murmurer.
Je tracerais, d’une main sûre, les contours de ma carte imaginaire.
Tu y passerais tes doigts dessus, pour y créer des reliefs.
Puis nous échangerions de rôle, tu tracerais la tienne et j’y ajouterais les reliefs.
Puis nous les surperposerions, et nous découvrions les similitudes ou les oppositions de nos gestes libres : des frontières imaginaires entre ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous voudrions devenir. Nous laisserions l’espace pour marquer au feutre noir, les chemins à parcourir.
La création comme un fluide, qui circulerait entre mon tu et ton je, fait de nos forêts internes.

Le cœur tordu

Tu voudrais fuir
dans la neutralité la plus totale
des espaces noirs ou blancs ou rien en s’est encore passé
Retrouver ou ne rien retrouver
Exactement là se trouve l’ambivalence ambiguë
Tout effacer pour voir recommencer
une infime probabilité
d’attente de vie de passé retenti ressenti dépéri
Explorer un gouffre qui n’a pas d’odeur
Tous les souvenirs encerclés dans un filet
sont mélangés et je ne sais comment déjà
la chance et le hasard, toutes les corrélations
c’est une foire en tourbillon de visages et de cris
des couleurs diluées qui décortiquent
un cœur, nos cœurs, le cœur, tordu.

Parce que les cigarettes me fatiguent
Parce que nos frères nous trahissent
Parce qu’on décide de s’enfermer
Parce qu’on ne sait pas ce qui est le mieux
Parce qu’on voudrait ne plus seulement imaginer
Parce que tout me traverse
Parce que je m’enthousiasme et m’émeut dès que je le peux
Parce que c’est l’inconnu
Parce que je ne me sens comblée que quand je suis dans la mer
Parce que Papa et Maman sont de plus en plus loin
Parce que je suis la méchante, c’est comme ça
Parce que je suis une petite fille
Parce que je suis une grande reine
Parce que je propage la lumière et la joie
Parce que j’aurai toujours la tristesse au fond de moi
Parce que je bois trop
Parce que tout le monde boit tout le temps.

Les paniers ont effleuré nos bagues
Les greniers se sont vidés sur nos têtes
Les vidéos ont inventé des seconds rôles


je t’aime dans la tristesse du cœur et la morsure du chien que tu soignes
je t’aime dans les après-midis qui s’embrassent à regarder la lumière sur les murs
je t’aime dans la musique et les feux rouges des grandes allées que l’on connaît


Depuis je n’ai pratiquement rien mangé, une fleur de bourrache et du café.


Est ce qu’on est compagnons?
Est-ce-que tu m’accompagnes ?
Es-tu accompagné ?
Jusqu’où veux-tu m’accompagner ?
Est-ce-qu’on aurait pu vivre à la campagne ?
Et en rester là ? Est ce que tu te sens « là », là où tu es ?
Est ce qu’à l’intérieur de toi c’est encore la campagne ?
Est ce que je serai ta compagnonne ?

J’allais, épaules voûtées, m’appliquant à faire table rase des agapes et bonheurs d’autrefois, des paysages de l’enfance. Repasser, défroisser, doucement lisser la nappe blanche sous ma paume pour faire des miettes un petit tas.
Je mâchouillais des humeurs malsaines, je griffonnais des mots sans queue ni tête et j’absorbais des peurs à vomir, sans les rendre, des angoisses sans fondement. Naissait et périssait l’espoir, en vain et dans un même élan, quand s’additionnaient les doutes sur les baisers reçus et la duplicité à lire sur les bouches. Bonne élève, je m’appliquais à taire le meilleur et le pire. Tout et n’importe quoi, je le gardais pour moi ordonnant les trois temps d’une valse muette, une chanson triste qui me venait en tête, où seuls les grains de poussière tournoyaient dedans. J’étais petite, j’étais farouche.
Le monde tremblait sournoisement. Il écrivait l’histoire sans fin du temps qui passe, du temps qui blesse. Il écrivait le livre de l’éternel recommencement. Je suis devenue vielle femme. Les rêves ont noyé les peines, les pages assoiffées d’encre ont bu toute l’eau des larmes, les tempêtes sont apaisées, le ciel d’orage se découvre, les arbres babillent avec le vent et les couleurs sont plus intenses. Les petits bonheurs m’enchantent et me consolent à présent.