5h du matin

Cinq heures
s’écoulent dans ma bouche—-
n’importe laquelle ;
qu’elles le veuillent ou non
préservées des chants sourds de la veille.
Cinq heures
s’écoulent à travers mon silence—-
immémoriales ;
toutes à moi et si lointaines à la fois
aussi lointaines que le réel.
Cinq heures
veulent boire à la fontaine de mes rêves—–
avant qu’elle soit tarie ;
jamais ne me seront rendues
pas plus que les eaux rêveuses
de cette nuit.
Cinq heures
Filent comme un éclair—–
Hors champs ;
mais la clé de leur temps
restera toujours gravée dans ma mémoire

Quelque part

Ce moment où tu ne dors plus tout-à-fait

Ce moment où tu n’es pas tout-à-fait réveillée

Les yeux clos pour conserver encore un peu tes rêves

Blottie dans la chaleur des couvertures

Contraste avec la fraîcheur de ta chambre

Cet entre-deux où tu es hors du temps

Tu retiens encore un peu de sommeil

Tu laisses le dehors s’éveiller et le petit jour pousser la nuit

Non, pas tout de suite, c’est si bon

Ton esprit vagabonde et s’active au ralenti

Ton corps s’alanguit pour savourer l’instant

Que tu fais durer encore et encore

Tu te demandes pourquoi, mais pourquoi donc faut-il se lever le matin

Tu sens ton cerveau se remettre en place, petit à petit,

Démêlant les pensées qui y arrivent en vrac, sans queue ni tête

Puis tout de même tu ouvres un œil, à demi, puis l’autre aussi

Et telle une chatte, tu étires tes membres encore tout engourdis

Tu sens ton corps émerger du sommeil, un peu à regret tout de même

Tu jettes un œil à ton réveil

Oui, il est temps

Courage

Dommage

La journée s’annonce belle

Le soleil filtre à travers les persiennes

Merci le jour

Merci la vie

Soleil couchant

Extinction des feux

et le brasier intérieur s’allume.

Rejouer sa vie les yeux fermés

le cerveau grand ouvert.

Cette phrase que j’aurais dû répondre

ce rendez-vous qu’il ne faut pas que je manque

cette personne qui me manque

et qui n’est plus là.

Les ribambelles de pensées

attendaient patiemment

se déplient

font les chauve-souris

dans la cave de mon intimité.

C’est comme une douche

mais ici l’eau est tiède

et collante.

Elle coule

s’immisce dans chaque interstice de mon corps-fourmilière.

Et le corps

qui s’efforce d’obéir à la tête qui fait

pars – mmm non reviens – va t’en – non, reste.

Le corps

qui ne sait plus où donner de la tête qui lui dit

muscle par muscle

abandonne-toi

relaxe

malaxe

Mais elle n’en fait qu’à sa tête, la tête

tactiquement

insaisissable

elle le ghoste.

Et le portable

veilleuse comme un flash dans la tronche

désactive le mode avion

et la cohue du métro débarque dans mon lit.

Se plonger dans un autre bassin

couvrira peut-être

les voix de ma vie imparfaite.

Et les moutons

qui au début sautaient docilement la barrière

de fils en aiguilles se dérobent

disparaissent

échappent à l’attention de mon berger distrait.

Parfois, je lui tends la main

je le prends comme il est

on se disperse ensemble

on saute de pensée en pensée sans s’attacher

on goûte l’air et on repart

là où nous menons le vent

là où

le soleil couchant.

Déjà hier, la peur au ventre
La nuit longue, parsemée de réveils
Les rêves alambiqués, désorientés
Le vertige du précipice et la chute
la sensation du trou sans fond
Aucune accroche


Le lendemain, ton baiser sur ma joue,
ta main dans la mienne,
tes yeux dans mes yeux rougis
Morve aux larmes mêlées
Respirations saccadées
Mâchoires serrées
Gorge nouée
Coeur explosé
Entrailles recroquevillées
Mains lourdes
Jambes tremblantes


Mon corps se fait rempart, édifice chancelant
Protection fragile
de mes terreurs infantiles et de mon être évanouissant

Les feuilles chuchotent,
la rumeur court,
qu’à l’aurore pourpre demain matin,
l’automne éclaboussera mes tristes jours de teinte vermeille et ocre et carmin.

L’été termine sa course folle. Soleil ardent, nuits passionnées…
Et moi, si belle, si forte et si frivole, je ne veux pas le voir faner.

Mais c’est trop tard, tout flambe autour de moi, tout brûle,
jeunesse, amours et espoirs vains,
le monde vacille, le temps s’écoule,
s’enfuie, se dilapide et glisse lâchement entre mes mains.

Je cours et me débats sans cesse de cette cruelle fatalité.
Pour échapper à mon destin, je danserai toute la nuit jusqu’à voir l’aube s’embraser.

Cramer mes jours, flamber mon corps,
brûler d’ardeur d’ivresse et de bonheur,
se consumer jusqu’à redevenir cendre et poussière,
courir toujours, printemps, été, automne, hiver.

Le temps d’un instant, l’or loge maintenant

Le temps d’un instant, reconnecter aux sens …

Ouïe, goût, toucher, vue, odorat.

Le temps d’un instant, reconnecter au sens …

Pourquoi ai-je fait ceci ? Pourquoi ferai-je cela ?

Impermanence de l’instant, permanence du possible temps. Décider de s’apporter non-jugement, auto-compassion et clarté dans ses choix.

Le temps d’un instant, reconnecter à soi.

Parfois le matin, parfois le soir, parfois en journée, parfois la nuit.

Allongé, debout, assis.

Parfois dehors, parfois dedans.

En marchant, en tailleur, à plusieurs et seul en même temps.

Chaque instant est une possibilité, chaque expérience devient une opportunité.

Se laisser guider par une voix, bercer par une mélodie, charmer par le son d’un bol du Tibet, ou simplement cueillir ici le silence faussement silencieux du moment. Tout est permis.

Apprécier le grain de raisin et savourer la vie, la vigne, le soleil, la terre et toutes les petites mains qui lui ont fait faire ce chemin.

Se délecter du verre d’eau pour regoûter à la saveur de l’extraordinaire dans l’ordinaire quotidien.

Réapprendre à entendre, se décentrer, chercher combien d’oiseaux chantent en ce moment ou qui bricole au loin.

Les yeux fermés, s’amuser à compter combien de voiture sont passées, bourdonnement d’abeilles, valse de feuilles, rire d’un enfant ou gouttes de pluie, écouter la musique de la vie.

Les yeux ouverts, remplir son cœur d’un coucher flamboyant ou apaisant, apprécier la beauté des couleurs dégradées et leur unicité, l’engrammer pour transformer l’éphémère en éternité.

Laisser sa peau s’exprimer au contact du sable, de la chaise ou du vent. Chaleur, confort, humidité. Se sentir vivant.

Des tensions ? Des émotions ? Quelles sont leur forme, leur couleur, leur expression ?

Pied gauche, pied droit, même sensation ? Relier le corps au cœur en dirigeant sa pensée.

Respirer. Simplement. Rythme naturel ou forcé. Visualiser l’oxygène qui entre par le nez, s’amuser à vérifier jusqu’où aujourd’hui, mon inspiration viendra se diffuser. Hier, je l’ai senti jusqu’au mollet.

J’aimerais bien, mais je n’ai pas le temps. Alors doubler ce moment, il est urgent de prendre le temps !

Tiens, une idée spontanée, profiter de ma douche pour apprécier l’eau qui ruisselle sur mon corps nu, vapeur d’eau chaude, notes boisées du savon, relâchement des muscles, retrouver la douceur du toucher, s’énerver du soudain courant d’air frais.

Une autre fois, remettre à l’honneur des sensations oubliées : avoir faim, avoir froid, par la pluie être mouillé. Ça se passe où déjà quand je suis contrarié ? Ah oui, mon corps me parle, j’avais oublié.

Poser l’intention de l’attention. Être pleinement là.

Savourer la gratitude pour tout ce qui est déjà.

Le temps d’un instant, laisser hier et demain de côté.

Lâcher l’avant et l’après, observer avec curiosité ses nuages de pensées. Les laisser passer.

Moment parfois forcé, parfois choisi, parfois suggéré.

Accueillir ce qui est, tantôt inconfortable, tantôt très agréable. Ne pas forcément se relaxer.

Moment fini sitôt commencé. Et moments qui n’ont de cesse de se succéder.

Indéfini et connu à la fois.

Moment précieux. Instant cadeau. 

Faire le choix, pour un moment, de revenir dans l’ici et maintenant.

S’offrir le pouvoir de l’instant présent.

Dans la pénombre
toutes les nuits
à la même heure
quatre heures –
dans la chambre
rodaient des loups.

Tournée vers le néant
ne pouvant ni toucher
ni atteindre personne
puisqu’il en est ainsi
de la distance qui se creuse
jour après jour
et agrandit les ombres
puisqu’il en est ainsi
des multiples écrans
qui s’élèvent entre les hommes
des murs si hauts
si hauts qu’ils deviennent
infranchissables.


Je vous tenais pourtant
dans mon regard encore
fidèle dans mon regard seulement
dans mon regard attentif toujours
à vos couleurs, à vos formes
à vos gestes, à vos tremblements
pour mémoire, je vous tenais
frissonnant sous les draps
jusqu’à l’aube.


Pour porter votre odeur
votre goût à mes lèvres
quelque chose de vous
quelque chose de doux
quelque chose d’humain
pour m’apaiser je soulevais
mes mains au dessus de mon visage
les faisant danser
ainsi comme des pantins
je remuais l’air statique
et tout l’éventail d’artifices
que les premières lueurs
du jour font danser sur les murs.


Parliez-vous ?
Non, vous ne disiez rien.


Du bout des doigts, je tendais
des lianes de branche en branche
des cordes de clocher à clocher
des guirlandes de fenêtre à fenêtre
j’inventais des ponts
suspendus pour sortir de l’ombre.


Pour conjurer l’angoisse et l’insomnie
je poursuivais des chemins éreintants
où j’errais seule pour renouer
la soie de l’eau filante
entre deux rêves et recoudre
au ciel de la chambre un drap
brodé de milliards d’étoiles.
C’était loin.
C’était long.


Je cousais, je brodais
j’entrelaçais des rêves de paille
des fantasmes, des contes de Perse
usant mes yeux, mes doigts
allez savoir pourquoi
à ces enfantillages, ces mirages.


Seule, dans la nuit des loups
à quatre heure
j’avais peur, j’avais froid
j’étais redevenue petite
toute petite, si petite.
J’appelais.
Pas un mot.
Pas un murmure.
Personne.


M’entendiez-vous ?
Non, vous n’entendiez pas.
Je dansais, je pleurais
je riais, je cousais, je brodais
des étoiles, des mots, des astres
mais tout faisait silence
parfaitement.

Tisons d’Halloween

Une citrouille égarée dans un poirier
Grimpée de branche en branche
Par fils vrilles et tiges
Festives et funéraires
Clémentissime thermomètre
Potimarrons et mandarines
Accrochées saison des sorcières
Farandoles et pompons d’araignées en goguette
Squelettes à castagnettes s’en vont claquant
Tropiquement des dents
Dans le charivari camaïeu
L’automne indien indéfini sur son balai oblique
Ronde assourdie de l’orange résistant
S’incruste dans le vert et le brun
Ourlé du vieil or persistant
Les vitrines s’habillent de toiles vaporeuses
Etoiles déterrées de mois remisés
Divinités chtoniennes convoquées
Tous : morts vivants et fantômes conviés
A guincher avec chauves-souris
Nyctalopes et mygales en plastique.

Éveil

Les fantômes sortent à minuit. C’est ce qu’on dit
Moi, à minuit, je dors ou je danse mais rien ne me hante
Mon spectre a la pâleur de l’aube
Il vit sur le fil qui sépare le sommeil de la veille
Sur ce fil je suis flou, j’oscille entre les milles lits dans lesquels j’ai flotté
Je n’existe pas encore, je ne suis plus tout à fait mort
Je cherche un mur, une odeur, une chaleur, une voix, un soleil
Pour ne dire où et quand et qui je suis
C’est elle la première à me répondre (c’est toujours elle)
Elle me tire dans le souvenir et me pousse dans l’et si
Entre trop réel et trop possible
Elle sort les dents, elle m’exaspère, je la vénère
Puis les membres se resserrent, une brusque chaleur gonfle
Je regagne mes limites physiques
Tandis l’esprit continue de vaguer et elle glisse dans les creux et s’y niche
Il faut me lever, basculer la tête, avaler un café, bien que cela ne suffise jamais
Je devrais sauter du lit dès la première paupière soulevée
En un instant galoper loin de la brume et du mou
Mais ce serait renoncer à l’arôme des rêves qui s’attardent parfois

Je vogue sans m’inquiéter

Je crois
que je n’ai jamais aimé
L’été…

Enfant,
Il m’était
Solitaire.

Il m’engourdissait le corps et  l’esprit.

Juin, Juillet, Août
me volaient
le langage
Et j’arrivais muette aux amis retrouvés !

Je n’oublierai
Jamais
Cette
violence saisonnière
Et le souvenir
D’une naissance estivale
Prometteuse
De peurs intimes.

Je ne pourrais affirmer
Que l’automne
Me portait
En félicité
Mais il me délivrait
d’une écrasante retraite
Et me promettait

L’hiver
Réconfortant !

Je reste
un être
Des saisons
Rudes :

J’y retrouve le goût de marcher ;
De lire ;
D’écrire ;
De parler au matin
Et d’observer une nature en contrastes!

L’été me vole
Mes rythmes
Rituels :


Les longues soirées de discussions
Ne m’égaient pas !

Je préfère
Me coucher
À l’heure de l’astre d’or
où je peux
Guetter
les rumeurs de la maison
Qui me bercent jusqu’au sommeil…

Au réveil d’été,
Le soleil me précède
Et dévore mon plus pur plaisir :
Mes insomnies,
A moi seule
Dédiées…
les heures lentes de pénombre
où le mystère
Et le danger
Sont moins des craintes que des alliés !

Le délire sur lequel je vogue sans m’inquiéter !
Il me permet
souvent
De remplir
Mes carnets !

Peut-être un jour
Aimerais-je l’été ;
Comme certains créent
Leur premier  noël !
Pour être heureux faut-il d’abord l’imaginer ?
Encore faut-il vraiment
Le désirer.