Déambuler !

Tu es le clandestin 
Tu es l’aventurier 

Le nomade-inventeur

Toutes les rues
De toutes les villes 
Sont les tiennes 

Tu en fais la lumière 
Et les obscurités 

Je garde les jardins ; J’en créerai les méandres invisibles !

Dans tes empreintes, solitaire, je suis passée. Comme toi, j’ai senti le mouvement de la vie ! Je n’ai pas erré au hasard; J’ai aboli les lois dans ma traversée!

Tu me disais 
N’écoute 
Ni les itinéraires 
Ni les destinations 

j’ai marché aussi longtemps que le corps l’exige ; Sans crainte de l’éprouver par la fatigue…Suis-je devenue ta compagne anonyme ?

Flâneurs 
Unis
Universels
Vagabonds le temps d’exister 
Sommes nous des démunis 
Ou 
Est-ce le monde 
Qui nous appartient un peu 
Le temps de déambuler ?

Vierge

C’est un peu fou quand on y pense.

Tes doigts ont changé bien sûr
mais à chaque fois qu’ils me touchent,
ils semblent me découvrir,
me chercher, s’émerveiller,
craindre de me perdre.

Alors je surgis à nouveau
au monde et à toi.
Encore
et encore.
Qui touche comme ça ?
Quels doigts donnent à notre peau
l’odeur d’un nouveau-né ?
Ceux des autres s’habituent,
s’endorment, s’éloignent
ou frappent, nostalgiques,
sur quelques touches de piano
un peu usées.

Ceux d’une mère jamais.

Tour à tour leurs caresses
sont celles d’une feuille,
du vent ou de l’eau,
dont la fontaine est de jouvence.
Le temps, juste le temps de ces caresses,
on se demande si on a vraiment vieilli.

Je marche à côté de tempêtes
J’ai les pieds qui cisaillent le sol, qui déplacent la poussière, qui font surgir
Mes jambes
Du dessus, apaisée et droite, j’avance de cette énergie perpétuelle et foudroyante
Derrière ce qu’il y a je ne sais plus, ce sont devenues des histoires comme des livres
Partiellement j’aime ce bazar qui fit de moi un temple de phrases
Puzzle de bibliothèque, j’ai souvent les mains engourdies qui cherchent leur chemin dans ma montagne de mots
jamais tout à fait rangée,
jamais tout à fait accessible,
jamais tout à fait rassemblée,
toujours lourde, toujours aimante, opaque, désirée, ensevelie
Autonome dans ses flux saisonniers
Il y a des trous dans la montagne, des trous qui laissent passer la tempête
Dans la tempête c’est l’univers qui trouve enfin son chemin
Je m’arrête en son milieu comme on rentre à la maison
J’ai le foyer ardent des marins qui ont peur de rentrer et de retrouver les choses exactement comme elles étaient
jamais tout à fait figées,
jamais tout à fait possibles,
toujours très définitives,
toujours très uniformes et exemptes de sillons, de terre meuble, de feuilles mortes qu’on ne balaye pas,
de sentiments qu’on n’a pas peur de laisser vivre, comme ça, pour eux-mêmes
En eux-mêmes étonnants et pénétrants
J’ai l’horizon calme
Devant ce qu’il y a je ne sais pas
J’y suis, j’y vais, j’y reste en un roulis de fibres délicatement tissées
Je suis solide parce que quand je regarde une carte je ne comprends pas ce qu’elle raconte
Dis-moi que tu sais où je suis si ça te rassure,
alors que,
J’ai remarqué un évènement vital, lorsque je vais voir là-bas si j’y suis, j’y suis toujours.
Ce n’est pas parce que je ne sais pas où je suis que je n’y suis pas.
J’ai un cauchemar qui me mange la peau
C’est comme une allergie qui trace des lignes porteuses de drame
J’ai l’insomnie des gens heureux,
c’est usant un torrent qui reste coincé dans l’embouchure et construit patiemment sa porte au goutte-à-goutte
Ami présent, en scandant ma vie toujours et jamais tu réveilles le tempo de mon cauchemar
Étonnant et pénétrant
Je dois vous dire : merci pour cette vie riche
Laisser vagabonder son cauchemar, perdre sa trace derrière et puis devant
Être de joie, même quand les jours sont tourmentés par le vent
Fraterniser avec la peine pour s’envoler tout contre
Et être libre parce que toi mon cauchemar, tu n’auras pas ma peau
C’est à mon amour que tu te destines.

Je me suis écorchée l’âme
Dans ton regard
Et j’ai pansé les non-dits.

Tu as bousculé nos certitudes
Tu n’as pas eu le courage de ta magnificence.

J’ai balbutié nos regrets
J’ai vomi tous nos maux
Sur le papier froissé.

Tu as largué les amarres
Pour balayer tous nos orages
Qui malmènent mon corps meurtri
De toutes nos turbulences.

Sans un ciel où t’attendre
Je reste là, clouée au sol
Émiettée par ton absence.
Mais je danse et j’écris,
Et parfois, même je ris,
Je pleure aussi.
Et toi,
Toi, tu m’oublies dans d’autres bras,
Dans d’autres lits.

Mais comment fait-on ?
Comment fait-on pour rester en vie
Juste après,
Juste après ça ?

Bourdon

Une femme et le silence

J’écouterais le bourdon
sous les fleurs du prunier
ton suspens me soulève
jusqu’au pollen fossile
tu dors innombrable et un
contre mon ouïe élimée|usée
je serais le bruit blanc
des jours sans passé
j’aiguiserais mon souffle
tu transpires dans l’estuaire
des labyrinthes
ton écho oscille
osselets | coquillages | élytres
je recouvrirais de sable
le corps étendu
les paupières entre elles
les sutures des lèvres
tu souris à la fraicheur
très exacte des algues
déposés sur nos ventre
ton offrande à marée basse
se retire des épidermes
Devrais je avaler mon cri
d’une seule lapée ou
chanter plus fort que le bourdon ?

Je ne te vois pas mais je te sais, je te sens. Tu es là, quelque part dans l’espace infini de ma wifi. Je mange mon fantôme quotidien. J’avale mes propres couleuvres.

J’allonge une main vers toi, la longueur d’une page (presque) et ta main absente me disperse, me court-
circuite. Je disjoncte, je ne suis plus à la terre.

Je te parle dans ma tête et ton regard absent me frotte. Ton acide me troue. Je me liquéfie.
Bleue ta voix à distance. Feu ton souffle me rougit à blanc. Je brûle encore, le sais-tu ?
Entends-tu quelque part l’histoire qui raconte le désir ? Saurai-je effacer la distance ? Aurai-je le courage
d’articuler ton nom à pleine bouche ?