L’échec cuisant du néant :
Diffuser la rumeur qu’il s’oppose au grand Tout
De sa propre existence, de son sens propre, vidé
Anéantir c’est détruire ce qui est.
Et tout-ce-qui-est-n’est-pas-nécessairement-grand.

Si j’avance aussi frêlement qu’on érode le rien
Si je m’auto-néantise dans un vide sublime façon syndrome de Stendhal
[Ce que je fais 12 fois l’an lors de crises de trop-pleins en écoutant du rap français grand cru
1996 jusqu’à épuisement de ma rage]
Si je clame innocence quand j’ai mauvaise presse auprès de l’une de mes parts enténébrées
Evidez-moi évidemment seule je n’y parviens pas

Rien de plus rebattues que les cartes d’une Gitane
Qui me susurrent : « mais ma chérie qu’est-ce que tu crois ? »
Et moi de répondre : « ô rien, rien. Mais à cela ardemment je crois. »

La danse est une suite de mouvements des membres.
Le rythme est donné par l’extérieur,
la pulsation vient du dedans :
l’impulsion électrique qui fait le bras se soulever,
le genou dans un sens bouger,
les pieds et les épaules de l’autre côté.


Je pense parfois que les membres
cherchent à fuir pour vivre leur vie.
Je me dis que si je laisse faire,
tout ira à vau l’eau.
Les pieds battront sur place,
le bassin ne peut pas aller bien loin,
mais les avant-bras, les poignets, les mains,
pourraient bien se désolidariser,
et partir chacun de leur côté.


Peut-être que la danse est la poésie des membres
Elle donne forme à l’ensemble.
Elle aligne les mouvements comme des mots.
Elle empêche que tout se sauve et s’évente.
Elle est une corde qui lie tout.
Une force qui ramène le sens vers l’intérieur.

Respirer

Respirer, c’est inspirer et expirer
C’est absorber l’air et le rejeter
Respirer fait battre le cœur
La respiration influence ses battements
Rythmes cardiaques et respiratoires s’accordent

Et, pourtant, les gens sans cœur respirent
Ceux dont le souffle est coupé
Ont le cœur qui bat à cent à l’heure
Et l’on respire de la même façon
Avec un cœur de pierre ou un cœur gros comme ça

Exploration intérieure
J’examine ma respiration
Air, cœur, sang, circulation
Inspirer, expirer
Battements
Il ralentit, il accélère

Le cœur se muscle,
Se met au diapason
Air, cœur, sang, circulation
Enfermé dans sa cage
Il est libre de ses battements


C’est lui qui décide
Air, cœur, sang, circulation
La simple volonté
Ne suffit pas à arrêter
Cette mécanique humaine bien huilée

Est-on vraiment libre quand on respire ?

Il est

Il est
un magnifique mouvement circulaire dont le regard serait le centre,
une ronde sans angles, un tournoiement sans detours.
Autour, des miroirs réfléchissent des centaines de fois l’image pivotante de la vue.
Ce qui est là n’est déjà plus ici.

Je vois
Du plus profond de mon œil unique, je te contemple.
Regard solitaire qui fait de moi cyclope,
L’oeil humide, je plonge dans les vagues mauves de ton iris
Submergé par de tristes souvenirs, ton regard s’appuie sur le mien pour se maintenir à la
surface.

mais la marée descend,
et sur l’estran gît la moisson
de tes impressions rétiniennes
cils épars
varech odorant
Sainte-Lucie à la recherche de son oeil

L’entropie rêveuse

On se couche pour être allongé.e, tu t’assois pour être assise. Vous pouvez rester debout pour être debout. Puis la respiration est faite d’inspirs et d’expirs. Ou d’expirs et d’inspirs. Mais pas les deux en même temps.
Quand le rêve commence, j’oublie de respirer bien sûr. Pourtant je vis, à la fois tout et à la fois rien. Je m’exalte, me disperse, me caresse…me stigmate, me courbe et me plaque lorsque je m’oublie comme alliée.
Faut-iel une énième secousse pour que le mouvement rappelle la chair. Retour tantôt droite dans mes bottes, tantôt toujours bien à côté.

Le miroir dans le miroir

Le miroir reflète dans les yeux le miroir
Les yeux dans les yeux se regardent de près
L’ombre suis le marcheur
le marcheur est dans l’ombre
Le chemin est dans l’ombre
et le marcheur s’éteint

Au sommet, au plus haut
les pas tapent encore ; à l’écho se reflètent
La lumière revient, le soleil à son plein

Ombre
Je te suis quand derrière moi le soleil me suis

Sommet
Je t’espère quand dans l’ombre je t’atone mes pas

Lumière
Tu allumes mon ombre

Cailloux cassant
Vous rythmez mes pieds

Les monts découpés
noirs et charbons, flanqués de lumière :
Ils contrastent nos ombres
C’est moi, mes amis, ma famille, mes ancêtres 

qui montent là haut, tout en haut

À la cime des sommets.

Une rose est une rose
Est une rose 1
Aucune sans épine
Etendards fragiles
Barbelés de beauté
Fils cousus d’un monde
Aux pétales brûlées


Un corps est un corps
Est un corps
Le mien grêlé d’échardes
Les yeux funambules
Sur des sarments de ronces
Ma peau, un récif d’orties
Je pique à fleur de mots


Trémière aux flancs des murs et murailles
Pétales pâlies des parfums de suie
Suie je suis et suis
La course d’un vent de foudres et d’incendies
De folies


Le monde est monde
Est immonde
Le temps écosse ses levures dans mon ventre
Avec l’haleine acide des blessures
Que la nuit ne suture plus
Je suis d’aubes et d’épines.

1 Gertrude Stein, dans son poème « Sacred Emily », 1913.