je n’avais rien
je m’préoccupais 
de rien

le piquant de ta langue 
contre la mienne
excitation – chargée

soupirs – nicotinés
on s’acoquine
dans un brouillard électrique

ça m’pique
ça m’transperce

devine
encore
nos deux corps
ouverts

partout – encore

un élan
une nuit comme ça
résolue

vouer aux jeux des flots de peau

et le ciel se casse
sans la nuit

Je suis né d’une idée, sorti de terre,

érigé dans un ensemble.

Ma base reposait sur six pieds

qui ont foulé mon sol au quotidien.

J’étais l’arche de Noé de mes 6 pieds

et de leurs invités.

On chantait en moi, on dansait en moi,

on ne laissait pas le temps à la vie

de claquer ma porte,

on poussait mes murs pour faire de la place

à la légèreté,

on ouvrait mes fenêtres pour laisser

éclater les rires dégustés en entremets.

Aujourd’hui il ne reste que deux mains,

lestées d’un cœur lourd,

pour porter mon passé

dans des cartons, trier les poussières

de vie amassées en souvenir lointain.

Ne pleure pas, j’ai bien vécu,

je peux être et avoir été.

Je suis appartement témoin,

du temps jadis et de demain.

CRÉER :

Je m’écouterais, tu fabriquerais des liens sans jamais en finir. Tu coudrais les mots, les tissus et tous les autres matériaux pour que je puisse en faire des œuvres à chanter, déclamer, hurler, ou murmurer.
Je tracerais, d’une main sûre, les contours de ma carte imaginaire.
Tu y passerais tes doigts dessus, pour y créer des reliefs.
Puis nous échangerions de rôle, tu tracerais la tienne et j’y ajouterais les reliefs.
Puis nous les surperposerions, et nous découvrions les similitudes ou les oppositions de nos gestes libres : des frontières imaginaires entre ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous voudrions devenir. Nous laisserions l’espace pour marquer au feutre noir, les chemins à parcourir.
La création comme un fluide, qui circulerait entre mon tu et ton je, fait de nos forêts internes.

Le cœur tordu

Tu voudrais fuir
dans la neutralité la plus totale
des espaces noirs ou blancs ou rien en s’est encore passé
Retrouver ou ne rien retrouver
Exactement là se trouve l’ambivalence ambiguë
Tout effacer pour voir recommencer
une infime probabilité
d’attente de vie de passé retenti ressenti dépéri
Explorer un gouffre qui n’a pas d’odeur
Tous les souvenirs encerclés dans un filet
sont mélangés et je ne sais comment déjà
la chance et le hasard, toutes les corrélations
c’est une foire en tourbillon de visages et de cris
des couleurs diluées qui décortiquent
un cœur, nos cœurs, le cœur, tordu.

Parce que les cigarettes me fatiguent
Parce que nos frères nous trahissent
Parce qu’on décide de s’enfermer
Parce qu’on ne sait pas ce qui est le mieux
Parce qu’on voudrait ne plus seulement imaginer
Parce que tout me traverse
Parce que je m’enthousiasme et m’émeut dès que je le peux
Parce que c’est l’inconnu
Parce que je ne me sens comblée que quand je suis dans la mer
Parce que Papa et Maman sont de plus en plus loin
Parce que je suis la méchante, c’est comme ça
Parce que je suis une petite fille
Parce que je suis une grande reine
Parce que je propage la lumière et la joie
Parce que j’aurai toujours la tristesse au fond de moi
Parce que je bois trop
Parce que tout le monde boit tout le temps.

Les paniers ont effleuré nos bagues
Les greniers se sont vidés sur nos têtes
Les vidéos ont inventé des seconds rôles


je t’aime dans la tristesse du cœur et la morsure du chien que tu soignes
je t’aime dans les après-midis qui s’embrassent à regarder la lumière sur les murs
je t’aime dans la musique et les feux rouges des grandes allées que l’on connaît


Depuis je n’ai pratiquement rien mangé, une fleur de bourrache et du café.


Est ce qu’on est compagnons?
Est-ce-que tu m’accompagnes ?
Es-tu accompagné ?
Jusqu’où veux-tu m’accompagner ?
Est-ce-qu’on aurait pu vivre à la campagne ?
Et en rester là ? Est ce que tu te sens « là », là où tu es ?
Est ce qu’à l’intérieur de toi c’est encore la campagne ?
Est ce que je serai ta compagnonne ?

J’allais, épaules voûtées, m’appliquant à faire table rase des agapes et bonheurs d’autrefois, des paysages de l’enfance. Repasser, défroisser, doucement lisser la nappe blanche sous ma paume pour faire des miettes un petit tas.
Je mâchouillais des humeurs malsaines, je griffonnais des mots sans queue ni tête et j’absorbais des peurs à vomir, sans les rendre, des angoisses sans fondement. Naissait et périssait l’espoir, en vain et dans un même élan, quand s’additionnaient les doutes sur les baisers reçus et la duplicité à lire sur les bouches. Bonne élève, je m’appliquais à taire le meilleur et le pire. Tout et n’importe quoi, je le gardais pour moi ordonnant les trois temps d’une valse muette, une chanson triste qui me venait en tête, où seuls les grains de poussière tournoyaient dedans. J’étais petite, j’étais farouche.
Le monde tremblait sournoisement. Il écrivait l’histoire sans fin du temps qui passe, du temps qui blesse. Il écrivait le livre de l’éternel recommencement. Je suis devenue vielle femme. Les rêves ont noyé les peines, les pages assoiffées d’encre ont bu toute l’eau des larmes, les tempêtes sont apaisées, le ciel d’orage se découvre, les arbres babillent avec le vent et les couleurs sont plus intenses. Les petits bonheurs m’enchantent et me consolent à présent.

Aux cimes des marronniers

En ce premier Instant
L’ Aube, le Couchant
N’existent plus.

À l’ heure où tu t’Endors
En ton cœur Ralenti…

Au mien qui bât Plus Fort ;
Inversement Proportionnel !

En cet Instant de Fer
Où mes vers malhabiles
Se mêlent, Psalmodiés,
À ceux que tu m’avais laissé.

En cet Instant de Feu
– Étrange, mes mains ne 
Tremblent pas –
J’y parsème
– Incertaine –
Mes expirations.

Elles ravivent
La Matière
Qui s’était Embrasée…
Elles nous Embrasseront.

Mais je sais bien
Pourtant
– Que lâche ou Prisonnière-
Je garderai secrets
Ces Amoncellements!

En cet Instant Perché
Au bord de l’Iréel,
Nos pulsations Liées
Frôlent jusqu’à tes lèvres;
Tes yeux Abandonnés;

De Gainsbourg à Cendrars;
De Cendrars à Ferré…

En cet instant Précis,
Je me sens Expulsée,
Par-delà les fenêtres,
Aux Cimes des Marronniers…

En ce premier Instant
Nos veines en Kilomètres
– Imprudentes-
Se souviennent.

Comment les honorer?

Écrire sans consignes
une nuit sans sommeil
allongé sans forme
dans un lit sans beaux draps

On écrira
au début sans consignes
sans qu’on signe à la fin
on écrira

Des jeux de mots à la con
qu’on écrira
dans la marge du supplément

On massera perplexe
son cuir ex–chevelu
puis on poussera 
le pouce et l’index
au creux des yeux 
entre les deux
la base du nez
équilibrer la tension
attention de se foutre 
du tiers et du quart
le doigt dans l’œil
jusqu’à Ostende  

Le goût de rien

Prendre la moitié de quelque chose, réserver.
Verser dans la cocotte un tiers de n’importe quoi, ébouillanter, laisser frémir. Puis, saisissez ce que vous voudrez, à feu vif.
Dans le mixer verser quand même un soupir, une larme et un zeste de néant, pas plus.
Veillez à recueillir le fumet de ce qui cuit, et écumez avec une passoire, je sait que ce n’est pas facile mais vous devriez y arriver avec une boite à odeurs ou un sac en plastic. Apres avoir baissé les feux, saisissez vous enfin de tout un tas de truc, pour les ajouter à cette chose qui patiente depuis déjà un moment, calmement certes mais qui attends et se fane. Alors tout un tas de trucs, entendons nous bien, ca n’est pas n’importe quoi, enfin faites attention à la cuisson quand même, blanchir n’est pas bouillir.
Donc rajouter trois cuillérée à soupe de vide, deux pincées d’absence, et un peu de sueur
de la veille, ce qui est bon est toujours un petit peu dégoutant.


Maintenant concentrez vous, éteignez tous les feux, vous pouvez rajouter le fumet au dessus de la cocotte ou vous aurez disposé le contenu du mixer et la chose assaisonnée apprêtée, qui attends de vous être présentée.
C’est le moment de goûter, le meilleur moment.
Vous me direz : « oui, le gout des larmes et de la sueur la belle affaire », ou bien « circulez il n’y a rien a voir ». Finalement je ne sais pas je n’ai pas d’avis là dessus, c’est une cuisine maigre sans matière et sans matière grasse, mais le goût devrait y être.

Le goût du rien.