Pourquoi tu refuses de voir ce qui est pourtant là, sous tes yeux. Pourquoi tu te réfugies dans l’ombre sans cesse. Pourquoi tu enfermes cette lumière qui cherche à émaner, qui tente de se frayer une issue. Comment tu peux ignorer une partie de toi comme cela. La façon que tu as de mettre l’amour au centre. Le souhait que tu poursuis de faire renaître le désir chez les autres.
Pourquoi tu ne te l’autorises pas à toi aussi. Pourquoi tu crains tant la clarté. Elle ne fera de mal à personne, elle ne se présentera pas vitesse lumière, débordante, brulante, explosante. Non, elle éclairera seulement la route à d’autres âmes aussi tortueuses que la tienne. Elle te consume si tu la gardes captive et d’ailleurs quelle injustice tu commets en la séquestrant comme cela.
Desserre l’étreinte de ce que tu gardes pour toi, n’étouffe pas cette ardeur. Tu es une flamme vivace, tu es incandescente, tu es insaisissable, tu es désir. Ce feu ne brûlera les yeux de personne, tu n’es pas Dieu tout de même, ne te perds pas dans cette chimère. Tu n’as pas le pouvoir d’éclairer le monde, juste quelques vies à côté de la tienne. Tu peux être Prométhée. Celle qui jure seulement d’éclairer le coeur de ses semblables. Celle qui ne les laisse pas s’enfoncer dans l’ombre. Celle qui rayonne pour diffuser cette lueur précieuse et tendre.
Auteur / revue Miroir
La traversée
Premièrement
Le cliquetis métallique de la clef dans la serrure, puis le bruit sourd de mes pas sur le carrelage bigarré années soixante-dix des escaliers. Leurs soixante-dix marches me conduisaient, une fois la porte refermée, jusqu’à cette longue et interminable rue, sombre encore à cette heure matinale, dans le vrombissement des moteurs, les klaxons des voitures et leurs vapeurs. Ces monstres aux yeux jaunes, perçant l’aurore hivernale et le silence de ma solitude, ne cessaient de me tourner autour. La gare au loin.
Deuxièmement
La gare sur ma gauche. Je passais parmi les loups, figés là à jamais, condamés à regarder les trains et leur ombre offerte par la lumière des réverbères. Je les caressais, m’attardais dans cette ronde que formait la meute pour puiser de sa force. Puis, à nouveau les escaliers menant sur un joli croissant de lune en bois ; cette passerelle surplombant les lignes des voies ferrées. Seule, capitaine,
comme à l’avant d’un paquebot. Crissements sur l’acier. Le soleil freinait des quatre fers. La gare en dessous.
Troisièmement
La gare sur ma droite. J’admirais les couleurs interdites sur les murs du quartier. Invitation au voyage : personnages de Chine en plein milieu d’un champ, le bateau sur la mer avec un goéland. Hier encore ils étaient gris. Le ciel le resterait aujourd’hui, la nuit avait déjà fait don de toutes ses nuances subversives. L’air encore frais prenait vie sous mes pieds, me donnait des ailes. La voix séduisante se répandait sur les quais, me suggérant ses destinations. J’accélèrais le pas pour ne pas le manquer. Début de journée au bureau. Me remettre sur les rails. La gare derrière.
la ronde de l’insomnie
insomnie
agitation, corps chauds
pensées qui me trottent en tête
insomnie – déni
angoisse ;
mais aussi,
affection de la condition noctambule
(abstraitement)
belle insomnie, compagne de lit
premier café,
pour t’oublier
plus tard, quand
l’insomnie me tend le miroir
de mes cernes grises
je la chérie secrètement, et je la déteste en même temps
insomnie diurne
quand on aimerait mettre en pause les pensées
et simplement ne pas commencer
une nouvelle journée
dans le métro, je vois les visages,
aux traits creusés
et je devine les insomnies ;
chroniques, cramponnées
l’insomnie de la chauve-souris
sortie de sa grotte,
ultra-sensible et ultra-voyante
par ses ultra-sondes
avance en amas insomniaque dans le noir
égérie de l’insomnie
insomnies plurielles ;
je ne dors pas
je n’erre même pas la nuit
je panse mes insomnies
P. et ses draps de lit
son insomnie
continue
depuis 1 an
la rend indisponible
cadrage – plante et lumière de l’insomnie
6pm / am ?
Zoom à travers la fenêtre ;
A., victime de l’insomnie
se pense génie
dans ses insomnies
D. marche dans la rue
un dimanche, la nuit
elle me le dit
et je sens, à distance, les prémices de son insomnie
M. dans l’avion
me skype
ne dort plus
elle me donne des insomnies
joie de l’insomnie
et des palpitations
temps qui s’étiole
et fait sentir les replis de la vie
monde infini
de l’insomnie insomniaque
moments de vie
plus vivants,
que la vie
– Le lit appelait les savates
Les savates appelaient le Soleil
Les savates prenaient la forme
d’un tableau de Mondrian
Le lit prenait la forme de mes obsessions
Le lit donnait le courage aux oiseaux
Les oiseaux donnaient le courage au Soleil
Le lit chantait la chanson du café
Le café coulait sur mes espérances
comme un livre précieux
Le lit faisait une dissertation
sur la pollinisation des pissenlits
Les savates rejoignaient la danse
Le lit buvait le café que j’avais laissé
pendant que le Soleil pleurait
La disparition des hérissons
Le lit n’avait pas de cœur
Le cœur n’avait pas de courage
Le courage ne prenait pas de café
Il préférait une tasse de thé
avec un nuage de lait
sans Soleil
Le lit ne lisait pas
Le lit enserrait mes souvenirs
autour de la gorge
comme une cow-girl ratée –
Premièrement
il y a l’aube qui gicle sur le mur
des tâches dorées en pointillé
comme des mots à relier
Deuxièmement
il y a l’écriture qui se boit au café
au lait pour adoucir les voix fortes
des Espagnols dans les airs
Troisièmement
il y a le vent argenté qui paye
la beauté de la mer en moutons
des kilos de laine à compter
Quatrièmement
il y a les heures qui attendent
le bus de nuit sans rêve
le sommeil profond et le réveil
Le matin
Premièrement, le désert
Éphémère solitude
sans bruitage.
Quelques oiseaux
pour seul oasis.
Deuxièmement, l’obscurité
qui glace les phalanges,
une à une réchauffées
par la brise de l’air conditionné.
Troisièmement, le ciel
qui finit par brûler.
A travers le pare-brise,
dans l’habitacle: un incendie.
Spectacle chromatique.
Les mains encore engourdies.
Enfin, la lumière.
Qui fait mal.
Les yeux brillent.
Le précieux matin s’éteint.
Le monde fait à nouveau du bruit.
Premier
le vent est dans la mer
mais la mer peut envoyer quelques gouttes dans le vent
devant cette mer et ce vent, la femme danse avec du bois
le bois, on dirait qu’il danse avec la femme, mais c’est faux
lui, il est juste le bois
le bois qui ne coule pas dans la mer
Deuxième
c’est un amoureux qui est sur le sable
mais le sable est aussi un peu sur l’amoureux
sur le bas de son pantalon par exemple
mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres
le sable est dans beaucoup d’endroits
il est dans la mer
Troisième
La femme qui danse et l’amoureux ensablé
se regardent sans se toucher
ni se parler
ni rien d’autre, d’ailleurs
Pendant ce temps-là :
toujours demeurent la mer et le vent.
Feu
J’avais la bouche
distillée
et la tempe
chronomètre
L’inertie des corps
et l’équilibre instable
Il y avait
des Andromèdes
et des Esters.
::::::
J’ai le coeur en
observance et
l’alliance thérapeutique
Effets secondaires sur
l’échelle de Beck
Nombre de prises je
Zest et je
troubleS
dans le Spectre.
::::::
Jamais plus d’hydroxyle
même précipité
jamais plus de pourrait
mieux
administré
jamais plus de protons
ni d’al-calins
Le livre m’a connaissance de la
douleur
Le robot m’a joué
Le couteau m’a brouillé
La fenêtre m’a chemin des
écoliers
Le stylo m’a n’être personne
Le café m’a dialogue au paradis
Le coussin m’a déstabilité
L’assiette m’a L’établi
Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Je t’aime avec tes cendres
Je t’aime avec ta couleur du
texte
Je t’aime avec ta valeur
militante
Je t’aime avec tes escaliers
Je t’aime avec tes marges
Je t’aime avec tes espaces
verts
Je t’aime avec tes bordures de
merde
Prends-tu tes antidépresseurs ?
Connais-tu tes paires ?
Que peux-tu me dire des propos
de l’araignée mise au mur ?
Sais-tu les origines tragique
de l’érudition ?
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?
As-tu posé réclamation auprès
du gouverneur de La rosée ?
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?
Que sais-tu de la vie
clandestine ?
Le livre m’a Connaissance de la
douleur
Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Prends-tu tes antidépresseurs ?
Le robot m’a joué
Je t’aime avec tes cendres
Connais-tu tes paires ?
Le couteau m’a brouillé
Je t’aime avec ta Couleur du
texte
Que peux-tu me dire des propos
de L’araignée mise au mur ?
La fenêtre m’a Chemin des
écoliers
Je t’aime avec ta valeur
militante
Sais-tu Les origines tragique
de l’érudition ?
Le stylo m’a N’être personne
Je t’aime avec tes escaliers
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?
Le café m’a Dialogue au paradis
Je t’aime avec tes marges
As-tu posé réclamation auprès
du Gouverneur de La rosée ?
Le coussin m’a déstabilité
Je t’aime avec tes espaces
verts
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?
L’assiette m’a L’établi
Je t’aime avec tes bordures de
merde
Que sais-tu de La vie
clandestine ?
Il n’y a plus d’amour à l’aube
1 UN
dans le drap un petit trou
nos cœurs béants
qui revient là ?
l’absent·e l’amant·e
2 DEUX
matin lessive
le trou s’effile
borde béance
maintient les fils
on retient là
à tout moment
le soleil tourne
3 TROIS
s’agrandit
use les jours-nuits
tu passes touches
native des seuils
oui ?
entre la porte et le couloir
ma montre se dissout
4 QUATRE
la nuit déchire
comment ?
bisou en se quittant
sa main serre en passant
une promesse caresse
nos effleurements
5 CINQ
nuit après nuit s’éventre
le noir
bouche vide
et pourquoi ?
être aimée
persistent
corps vivantes