L’âme des bois

Les gouttes étincelantes du ciel
Tombent en fines particules d’étoiles
Et glissent, une à une, lentement au sol,
Se dérobant entre les feuilles éparses et virevoltantes
Aux couleurs pourpres et flamboyantes
De l’automne sanctuaire
Où l’âme des bois soupire de plaisir,

Lorsque jaillit la sève de l’écorce de l’arbre centenaire

Qui encense l’atmosphère humide
De mille senteurs de miel ensorcelantes,
Se mélangeant aux odeurs de l’humus organique

Qui émerge de la terre,

Eveillant les papilles des sous-bois candides
Baignés d’une douce lumière éternelle.
Telle est la magie d’un matin
Qui éclaire le reste du monde.

I&I a tree

Je suis un être végétal. Autour de moi, je croise des regards qui ne savent rien d’une âme en couverture végétale peut-être simplement parce qu’ils sont trop accolés à l’adjectif humain. Aucun ne me voit tel que je suis, arbre, plan ou excroissance végétale. Mes pieds sont la partie émergée de racines que le sol abrite dans sa chaleur. Seulement, personne ne le sait parce que personne ne les voit. Mon torse est tronc, mes bras sont branches, ma ramure chevelure. Ou l’inverse. Tout petit, je me plantais dans les jupes de ma terre pour saisir en son sein la chaleur d’une maman attentive. Pacha Mama m’allaitait de sa sève sucrée comme l’énergie de la vie. L’énergie végétale ! L’adolescence se passa en légume habitué aux poussées sauvages des jours de pluie ensoleillés le lendemain. Des délires me poétisaient la tête alors que les fumées des herbes montaient seulement jusqu’au plafond que j’avais bas comme un ciel d’hiver. Délires végétaux des parfums de zamal ! Plus tard, mes rejetons, belles fleurs parmi d’autres, colorés de croisement divers se plaisaient dans un jardin au sein duquel j’étais à la fois plus vieux et moins animal. Plus végétal. Mais enfin ! Comment peut-on être à la fois humain et végétal ? me crient des gens qui ignorent l’inhumain. C’est pourtant simple, c’est un long poème de Claude Nougaro, une plume d’ange aux étincelles magiques depuis les branches d’un noyer pour transformer l’homme en nouvel arbre aux feuilles couvertes de vers. Je suis végétal, je me sens végétal, merveilleusement végétal.

Et vous ?

je lave
ta peau amère
l’orange sanguine singe mes veines
tes yeux n’ont pas de trêves
tes yeux sont des prières
je courre à travers la plaine
d’un coup je dors
et je me baigne
la rivière est mon festin
je lis dans les lignes de la main
que tu as faim
tu grattes à la porte
comme l’érosion du silence
tu avances avec le printemps dans le ventre
tu aiguises ton sang tâché de cendre
il faut attendre
allongé dans les herbes trop lentes
le ciel a le goût du lait maternelle
la lumière est une tendresse éternelle
je plie les joues
et je souris
accrochée à ton cou

Le vertige, Héméra !

Héméra n’était qu’un Vertige.
Plus fort que la Sensation d’un Vertige.
Vertigineux le Danger.
Vertigineux le Manque.
Vertigineuse la Perte.
Vertigineuse la Douceur de la Joie.
Vertige du Danger au Précipice de l’Enfant Né: 
La fureur de survivre et le manque de souffle en scellèrent le Destin.
Le Vertige prît Héméra dans ses bras.
Elle le porta sur ses épaules.
Et elle tangua à la Voltige.
Entre Force de Vie et Lutte contre cette Vie qui la Dévorait.
Pour et contre Vous.
Pour et contre Elle-même.
Pour et contre Tout.
3 ans : Vertige de l’Attente et de l’Espoir.
L’Enfance est un Espoir esseulé en tournoiement.
3 ans : Héméra n’était pas vue.
Et elle ne fut plus « Je ».
Elle devint « Elle ».
Celle qu’on ne nommait pas.
9 ans: Vertige du Manque étourdissant.
Épais comme Terre de Boue.
Et de ce manque naquirent des Lettres.
Lettres sans fins en Insomnies.Lettres infinies en Rêves Eveillés.
9 ans: Dans un Éblouissement elle devînt Poétesse.
Héméra ne le soupçonnait pas.15 ans: Vertige de la Faim.
Faim de Vous et Écoeurement.
Écœurement du Monde qui ne vous comprenait pas. 
Du Monde qui ne la comprenait pas.
Et la Faim était un Appel à l’Horizon Renversé.
15 ans: Héméra et le Vertige-Ami devinrent Chair et Peau!Inséparables!
21 ans: Vous n’Étiez Plus depuis un an.
Vertige du Silence en Évanouissement. 
Silence des Foulées en Cortège sur le pavé d’une Église:
Le Ciel se Décomposat en Tremblements. 
Silence depuis le Temps de l’Eglise: 
Héméra ferma les portes du temps à Double Tour.
Et le Vertige prît Corps,
S’empara de son Corps.
Il lui souffla ces mots:
« Au Vertige du Vent tu seras son Drapeau ! »
22 ans: Héméra disparût, 
Emportant son Vertige-Ennemi.
Je lui souhaitais de Tout mon Être
La fin des Vertiges du Passé.
Elle serait Nuage Doux aux Abords du Levant.
Elle se laisserait Voir pour la première fois.
Elle redeviendrait « Je »:Vertige de la Joie.
Elle ne tanguerait plus en Tempêtes: 
Votre Funambule au fil de la Vie,
Notre Héméra.

Le grimoire

Un carnet gris de poussière
Trouvé sur une étagère
Dès la première page
On déchiffre un message :
« Prenez garde à ce grimoire !
Surtout n’allez pas croire
En un simple répertoire.
Faîtes-en bon usage
Réservez-le aux sages.
Respectez le privilège
De connaître ces sortilèges . »

Contre la douleur, celle qui tiraille
Celle qui tenaille
Qui tous les jours persiste
Qui tous les jours résiste
Celle qui vous déchire
Celle qui fait gémir
Qui brûle tous vos membres
Qui hante votre ventre
Celle qui vous réveille
Qui vous tient en éveil

Faites chauffer de l’eau
Versez dans des bocaux
Pour moitié ajoutez
3 brins de caresse
5 branches de tendresse
7 gousses de douceur
1 pincée de pudeur
1 soupçon d’humour
Et le reste d’amour.
Faîtes infusez le tout
Et ensuite buvez…buvez
Buvez à volonté.

Les formes du trou

Mais de quel trou tu parles ? Je parle du trou c’est tout et des formes qu’il prend je parle du trou sans fond du fond sans fond où en tombe sans crier gare et dont tu vois pas le bout et donc tu n’en sais pas LA forme c’est plutôt une sensation de forme juste là dans ton corps peut-être dans l’estomac et peut-être plutôt la forme d’une enclume aiguisée qui pèse et qui coupe et qui te laisse pas d’autre choix que de t’assoir de d’attendre que ça passe mais ça passe pas donc t’es là assis pendant des heures et l’enclume elle t’empêche de te lever et tu la sens juste elle l’enclume et tu peux penser à rien complètement à rien tu peux penser excepté à cette pensée vide comme un trou un ravin escarpé dont le fond t’aspire mais ce ravin ça peut être aussi un sable mouvant qui t’englue le corps et la pensée étant donné que le trou sans fond il t’aspire tout et que tu n’as pas de prise te fait glisser ou t’engluer c’est un peu des deux oui c’est les deux ensemble bouger c’est trop penser c’est trop tellement trop que même les substances sont incapables de t’aider parce qu’avec les substances tu peux encore moins avoir de prise parce que l’objectif des substances c’est de te détendre de t’empêcher de trop penser et les pensées tu les sens pointer le bout de leur nez mais elles sont jamais formulées je parle même pas de les dire mais de les formuler rien que dans ta tête ta tête entrouée ton ventre noué par l’enclume qui t’immobilise elle t’immobilise sans t’empêcher de tomber encore plus dans le trou sans fond du fond sans fond et même que tu te regardes tomber c’est infernal tu voudrais bouger un bras pour te raccrocher mais l’enclume elle t’entroue davantage tu peux que te regarder tomber dans le trou sans forme ou alors une forme d’entonnoir avec un fond de plus en plus sombre une forêt obscure à côté c’est un puit de lumière mais t’es quand même bien égaré hors de la voie droite tu ne fais que chuter dans l’entonnoir les sons les paroles glissent et au bon d’un moment t’es bien obligé d’admettre que t’es dans le trou d’une dépression très sévère oh c’est pas la petite déprime des couineurs toi tu ne peux même pas couiner parce que l’enclume elle t’obstrue t’es dans le silence et l’inertie mais une inertie en forme de chute oui c’est ça la forme d’une chute la chute dans le trou du trou que quand tu essaies de voir le haut y a quelqu’un qui déjà le rebouche alors tu voudrais gueuler qu’il y a toi dans le trou que tu veux remonter mais vas gueuler quand tu ne peux même pas couiner pourtant tu as tout le temps de rassembler le peu de force que tu as pour gueuler un bon coup mais non y a rien qui sort et t’en as même pas envie que ça sorte tu te dis même que t’es trop faible et que tu mérites ça d’avaler les pelletées de terre qui viennent du haut de l’entonnoir tu ne peux plus lutter c’est tout tu écoutes les bruits qui sortent des bouches tu ne les entends plus tu voudrais mais tu ne peux plus au bout d’un moment tu veux même creuser toi même et là c’est un fond sans fond plus profond c’est une crise suicidaire qu’on t’explique ah bon tu dis ils te répondent oui oui vous êtes pas sorti de l’auberge ça va être long on va vous donner d’autres substances ils répètent que ça va être long de dissoudre l’enclume aiguisé

Nous marchons librement
Nous chantons en marchant
Nous marchons en riant
Nous sommes le liant

Ils veulent défaire le liant
Faire taire nos chants
Faire de nous et de notre pensée des délinquants
Ils criminalisent nos mouvements

Indistinctement
Ils ont transformé notre marche
Ils veulent en faire un match
Dans une nasse ils ont enfermé notre marche

Nous décidons de poursuivre la marche
C’est notre marche à nous et comme on veut on marche
Au rythme de nos pas librement marchés
Nous marchons nous marchons

Ils forment en face un mur bleu humain
Notre marche est une marée humaine
C’est ce qu’ils veulent
De l’humain contre de l’humain
De bons humains autoritaires
De mauvais humains contestataires

Leur mur veut disloquer nos belles vagues gaies poussées par le vent
De quand nous marchons librement
Nous y sommes bien dans notre marche nos chansons à l’unissons
Ils se mettent aussi dans un unissons, bien soudés
De tous côtés
Leur mur est devenu carré
Ils nous est maintenant impossible de librement marcher
Notre marée stagne
Il y a un peu d’écume au dessus de leur mur devenu carré
C’est l’écume grise des gaz
Leurs gaz font sur notre marche un orage
Notre marée se fait grosse et mouvementée
L’écume devient rosâtre parfois 
À cause des coups portés et qui font comme comme des éclairs
Le tonnerre commence
Notre marée filtre dans le mur carré

Le carré est plus petit
Le gros de la marée est comprimé
Derrière le mur des chars à eau se mettent en mouvement
Nous ne marchons plus librement

Nous ne marchons plus du tout
Nous devenons la proie de leurs coups
Nous répondons par des coups
Ils nous agrippent par le cou et nous plaquent sur le bitume
Ils appuient leurs genoux sur notre marche stoppée

Ils savent qu’ils nous font mal
Le mur était leur auxiliaire
Ils justifient leur fonction
Ils sont à toutes les jonctions
Ils nous lancent des injonctions

Ils triomphent sur abandon

ILS SAVENT DÉJÀ QUE NOUS REVIENDRONS

Un jour vraiment nous marcherons librement
Et notre marche stimulera nos pensées LIBÉRÉES
Et nous serons sans pitié. 

Liberty

Je vois ces balles jaunes
Liberty
Ping-pong, Ping-pong 
Liberty
D’un jour où 
La poésie a ricoché
Liberty
Dans les ruelles perdues
Liberty
De l’âme humaine
Au carré,
Ping-pong 
Liberty
À Damas
Au Caire
Au cube
Liberty
Mais ici
Osef
Émile
Même si
Au cube lui-aussi
J’entends au loin 
Ping-pong, Ping-pong 
Dans les ruelles pentues 
Je vois des armes et des hyènes 
À l’affût comme perdues 
En haut des 
Ping-pong, Ping-pong 
Et la poésie sauvera le monde
Liberty.

Se rappeler les souffles coupés

Je voulais te dire vers ton petit visage – ce dont tu te rappelleras
aux années qui s’ajoutent – car tu risques parfois de détester ce
monde mais soit sans peur sous le ciel :

Mettre un pied dehors tôt le matin
c’est comme découvrir un arbre sous la brise après une
opération des yeux

Regarder les vagues venir à nous
c’est comme se mettre sous une couette après une longue
journée

Trouver le soleil
c’est comme laisser glisser une première gorgée de thé

Faire un sourire à une inconnue
c’est comme aimer son propre regard dans un miroir de poche

Retrouver un ami
c’est comme sentir venir le mot juste

Écrire
c’est comme observer des nuages avancer

Manger des frites
c’est comme toucher les mains de quelqu’un qu’on aime

Dans les heures qui poursuivent les jours tu pourras t’asseoir et
continuer de penser les petits riens, chercher celle que l’on dit
subjective, faire du bien à l’horizon de ton front

Se rappeler les souffles coupés
c’est comme t’écouter respirer

Floue

Je suis floue. Flottante au milieu de nulle part. Je suis flouée dans un vide abyssal, un flou artistique embué d’un nuage de maux anarchiques et dissemblables, disséminés dans un corps trouble, tremblant, troublé, shooté à l’argentique d’une vision achromatique. Je suis floue tel un fantôme qui apparaît léger et fluide sans vraiment exister et qui disparait.
Je suis floue à la lueur du jour. Je suis floue aux battements métronomiques du temps qui s’allonge jusqu’aux nuits somnambules où la brume nocturne floute ma vue d’un brouillard opaque et sournois. Je suis floue. Je me cogne au mur de mes peines et l’écho de ma voix résonne et se perd dans un puits sans fond aux méandres obscurs de l’obscurantisme du monde. Je suis floue. Je suis floue malgré les ajustements et les lignes conductrices qui gouvernent mes mots qui me mènent en bateau qui se cogne, désossé, contre les récifs abrupts et s’enfonce dans les eaux noires et profondes de l’océan qui malmène mon cœur qui vocifère, flou lui aussi, quelques balbutiements inaudibles.


Je suis floue.
Fugace, je me noie en silence.