Le vertige, Héméra !

Héméra n’était qu’un Vertige.
Plus fort que la Sensation d’un Vertige.
Vertigineux le Danger.
Vertigineux le Manque.
Vertigineuse la Perte.
Vertigineuse la Douceur de la Joie.
Vertige du Danger au Précipice de l’Enfant Né: 
La fureur de survivre et le manque de souffle en scellèrent le Destin.
Le Vertige prît Héméra dans ses bras.
Elle le porta sur ses épaules.
Et elle tangua à la Voltige.
Entre Force de Vie et Lutte contre cette Vie qui la Dévorait.
Pour et contre Vous.
Pour et contre Elle-même.
Pour et contre Tout.
3 ans : Vertige de l’Attente et de l’Espoir.
L’Enfance est un Espoir esseulé en tournoiement.
3 ans : Héméra n’était pas vue.
Et elle ne fut plus « Je ».
Elle devint « Elle ».
Celle qu’on ne nommait pas.
9 ans: Vertige du Manque étourdissant.
Épais comme Terre de Boue.
Et de ce manque naquirent des Lettres.
Lettres sans fins en Insomnies.Lettres infinies en Rêves Eveillés.
9 ans: Dans un Éblouissement elle devînt Poétesse.
Héméra ne le soupçonnait pas.15 ans: Vertige de la Faim.
Faim de Vous et Écoeurement.
Écœurement du Monde qui ne vous comprenait pas. 
Du Monde qui ne la comprenait pas.
Et la Faim était un Appel à l’Horizon Renversé.
15 ans: Héméra et le Vertige-Ami devinrent Chair et Peau!Inséparables!
21 ans: Vous n’Étiez Plus depuis un an.
Vertige du Silence en Évanouissement. 
Silence des Foulées en Cortège sur le pavé d’une Église:
Le Ciel se Décomposat en Tremblements. 
Silence depuis le Temps de l’Eglise: 
Héméra ferma les portes du temps à Double Tour.
Et le Vertige prît Corps,
S’empara de son Corps.
Il lui souffla ces mots:
« Au Vertige du Vent tu seras son Drapeau ! »
22 ans: Héméra disparût, 
Emportant son Vertige-Ennemi.
Je lui souhaitais de Tout mon Être
La fin des Vertiges du Passé.
Elle serait Nuage Doux aux Abords du Levant.
Elle se laisserait Voir pour la première fois.
Elle redeviendrait « Je »:Vertige de la Joie.
Elle ne tanguerait plus en Tempêtes: 
Votre Funambule au fil de la Vie,
Notre Héméra.

Le grimoire

Un carnet gris de poussière
Trouvé sur une étagère
Dès la première page
On déchiffre un message :
« Prenez garde à ce grimoire !
Surtout n’allez pas croire
En un simple répertoire.
Faîtes-en bon usage
Réservez-le aux sages.
Respectez le privilège
De connaître ces sortilèges . »

Contre la douleur, celle qui tiraille
Celle qui tenaille
Qui tous les jours persiste
Qui tous les jours résiste
Celle qui vous déchire
Celle qui fait gémir
Qui brûle tous vos membres
Qui hante votre ventre
Celle qui vous réveille
Qui vous tient en éveil

Faites chauffer de l’eau
Versez dans des bocaux
Pour moitié ajoutez
3 brins de caresse
5 branches de tendresse
7 gousses de douceur
1 pincée de pudeur
1 soupçon d’humour
Et le reste d’amour.
Faîtes infusez le tout
Et ensuite buvez…buvez
Buvez à volonté.

Les formes du trou

Mais de quel trou tu parles ? Je parle du trou c’est tout et des formes qu’il prend je parle du trou sans fond du fond sans fond où en tombe sans crier gare et dont tu vois pas le bout et donc tu n’en sais pas LA forme c’est plutôt une sensation de forme juste là dans ton corps peut-être dans l’estomac et peut-être plutôt la forme d’une enclume aiguisée qui pèse et qui coupe et qui te laisse pas d’autre choix que de t’assoir de d’attendre que ça passe mais ça passe pas donc t’es là assis pendant des heures et l’enclume elle t’empêche de te lever et tu la sens juste elle l’enclume et tu peux penser à rien complètement à rien tu peux penser excepté à cette pensée vide comme un trou un ravin escarpé dont le fond t’aspire mais ce ravin ça peut être aussi un sable mouvant qui t’englue le corps et la pensée étant donné que le trou sans fond il t’aspire tout et que tu n’as pas de prise te fait glisser ou t’engluer c’est un peu des deux oui c’est les deux ensemble bouger c’est trop penser c’est trop tellement trop que même les substances sont incapables de t’aider parce qu’avec les substances tu peux encore moins avoir de prise parce que l’objectif des substances c’est de te détendre de t’empêcher de trop penser et les pensées tu les sens pointer le bout de leur nez mais elles sont jamais formulées je parle même pas de les dire mais de les formuler rien que dans ta tête ta tête entrouée ton ventre noué par l’enclume qui t’immobilise elle t’immobilise sans t’empêcher de tomber encore plus dans le trou sans fond du fond sans fond et même que tu te regardes tomber c’est infernal tu voudrais bouger un bras pour te raccrocher mais l’enclume elle t’entroue davantage tu peux que te regarder tomber dans le trou sans forme ou alors une forme d’entonnoir avec un fond de plus en plus sombre une forêt obscure à côté c’est un puit de lumière mais t’es quand même bien égaré hors de la voie droite tu ne fais que chuter dans l’entonnoir les sons les paroles glissent et au bon d’un moment t’es bien obligé d’admettre que t’es dans le trou d’une dépression très sévère oh c’est pas la petite déprime des couineurs toi tu ne peux même pas couiner parce que l’enclume elle t’obstrue t’es dans le silence et l’inertie mais une inertie en forme de chute oui c’est ça la forme d’une chute la chute dans le trou du trou que quand tu essaies de voir le haut y a quelqu’un qui déjà le rebouche alors tu voudrais gueuler qu’il y a toi dans le trou que tu veux remonter mais vas gueuler quand tu ne peux même pas couiner pourtant tu as tout le temps de rassembler le peu de force que tu as pour gueuler un bon coup mais non y a rien qui sort et t’en as même pas envie que ça sorte tu te dis même que t’es trop faible et que tu mérites ça d’avaler les pelletées de terre qui viennent du haut de l’entonnoir tu ne peux plus lutter c’est tout tu écoutes les bruits qui sortent des bouches tu ne les entends plus tu voudrais mais tu ne peux plus au bout d’un moment tu veux même creuser toi même et là c’est un fond sans fond plus profond c’est une crise suicidaire qu’on t’explique ah bon tu dis ils te répondent oui oui vous êtes pas sorti de l’auberge ça va être long on va vous donner d’autres substances ils répètent que ça va être long de dissoudre l’enclume aiguisé

Nous marchons librement
Nous chantons en marchant
Nous marchons en riant
Nous sommes le liant

Ils veulent défaire le liant
Faire taire nos chants
Faire de nous et de notre pensée des délinquants
Ils criminalisent nos mouvements

Indistinctement
Ils ont transformé notre marche
Ils veulent en faire un match
Dans une nasse ils ont enfermé notre marche

Nous décidons de poursuivre la marche
C’est notre marche à nous et comme on veut on marche
Au rythme de nos pas librement marchés
Nous marchons nous marchons

Ils forment en face un mur bleu humain
Notre marche est une marée humaine
C’est ce qu’ils veulent
De l’humain contre de l’humain
De bons humains autoritaires
De mauvais humains contestataires

Leur mur veut disloquer nos belles vagues gaies poussées par le vent
De quand nous marchons librement
Nous y sommes bien dans notre marche nos chansons à l’unissons
Ils se mettent aussi dans un unissons, bien soudés
De tous côtés
Leur mur est devenu carré
Ils nous est maintenant impossible de librement marcher
Notre marée stagne
Il y a un peu d’écume au dessus de leur mur devenu carré
C’est l’écume grise des gaz
Leurs gaz font sur notre marche un orage
Notre marée se fait grosse et mouvementée
L’écume devient rosâtre parfois 
À cause des coups portés et qui font comme comme des éclairs
Le tonnerre commence
Notre marée filtre dans le mur carré

Le carré est plus petit
Le gros de la marée est comprimé
Derrière le mur des chars à eau se mettent en mouvement
Nous ne marchons plus librement

Nous ne marchons plus du tout
Nous devenons la proie de leurs coups
Nous répondons par des coups
Ils nous agrippent par le cou et nous plaquent sur le bitume
Ils appuient leurs genoux sur notre marche stoppée

Ils savent qu’ils nous font mal
Le mur était leur auxiliaire
Ils justifient leur fonction
Ils sont à toutes les jonctions
Ils nous lancent des injonctions

Ils triomphent sur abandon

ILS SAVENT DÉJÀ QUE NOUS REVIENDRONS

Un jour vraiment nous marcherons librement
Et notre marche stimulera nos pensées LIBÉRÉES
Et nous serons sans pitié. 

Liberty

Je vois ces balles jaunes
Liberty
Ping-pong, Ping-pong 
Liberty
D’un jour où 
La poésie a ricoché
Liberty
Dans les ruelles perdues
Liberty
De l’âme humaine
Au carré,
Ping-pong 
Liberty
À Damas
Au Caire
Au cube
Liberty
Mais ici
Osef
Émile
Même si
Au cube lui-aussi
J’entends au loin 
Ping-pong, Ping-pong 
Dans les ruelles pentues 
Je vois des armes et des hyènes 
À l’affût comme perdues 
En haut des 
Ping-pong, Ping-pong 
Et la poésie sauvera le monde
Liberty.

Se rappeler les souffles coupés

Je voulais te dire vers ton petit visage – ce dont tu te rappelleras
aux années qui s’ajoutent – car tu risques parfois de détester ce
monde mais soit sans peur sous le ciel :

Mettre un pied dehors tôt le matin
c’est comme découvrir un arbre sous la brise après une
opération des yeux

Regarder les vagues venir à nous
c’est comme se mettre sous une couette après une longue
journée

Trouver le soleil
c’est comme laisser glisser une première gorgée de thé

Faire un sourire à une inconnue
c’est comme aimer son propre regard dans un miroir de poche

Retrouver un ami
c’est comme sentir venir le mot juste

Écrire
c’est comme observer des nuages avancer

Manger des frites
c’est comme toucher les mains de quelqu’un qu’on aime

Dans les heures qui poursuivent les jours tu pourras t’asseoir et
continuer de penser les petits riens, chercher celle que l’on dit
subjective, faire du bien à l’horizon de ton front

Se rappeler les souffles coupés
c’est comme t’écouter respirer

Floue

Je suis floue. Flottante au milieu de nulle part. Je suis flouée dans un vide abyssal, un flou artistique embué d’un nuage de maux anarchiques et dissemblables, disséminés dans un corps trouble, tremblant, troublé, shooté à l’argentique d’une vision achromatique. Je suis floue tel un fantôme qui apparaît léger et fluide sans vraiment exister et qui disparait.
Je suis floue à la lueur du jour. Je suis floue aux battements métronomiques du temps qui s’allonge jusqu’aux nuits somnambules où la brume nocturne floute ma vue d’un brouillard opaque et sournois. Je suis floue. Je me cogne au mur de mes peines et l’écho de ma voix résonne et se perd dans un puits sans fond aux méandres obscurs de l’obscurantisme du monde. Je suis floue. Je suis floue malgré les ajustements et les lignes conductrices qui gouvernent mes mots qui me mènent en bateau qui se cogne, désossé, contre les récifs abrupts et s’enfonce dans les eaux noires et profondes de l’océan qui malmène mon cœur qui vocifère, flou lui aussi, quelques balbutiements inaudibles.


Je suis floue.
Fugace, je me noie en silence.

Bonne

J’ai entendu « elle est bonne ». J’ai entendu ça souvent. Regard concupiscent et tutti quanti. Vide quantique et que nenni. Queue a la parole. Queue a toujours une grande gueule. Queue ne sait rien dire d’autre que « t’es bonne ».

J’étais « bonne » et souvent ma main dans la gueule démangeait.
Ma main a tendance à être bonne aussi sauf si mots d’ortie, sauf si gestes brusques. Si gestes moins bons qu’en apparence. Si gestes ne nous veulent pas que du bien.
La bonté ne se décrète pas.

Si j’étais bonne ça se saurait. Bonne à quoi d’abord ? Bonne à coucher dans son lit, la poupée qui dit oui ? Bonne à tout faire, à acquiescer à tout ? Bonne à enfiler des perles, à prêcher le faux pour savoir le vrai, à tourner sa langue à mesure des baisers qui passent ? Bonne à repasser sur l’envers des sentiments insuffisants pour l’équilibre ? Je fus bonne. On me donna le bon Dieu sans confession. On me coucha dans son grand lit d’ours. On me prit pour ce que je n’étais pas.

Peut-être étais-je bonne. Peut-être n’étais-je bonne à rien d’autre. Bonne à rien.

cent formes

au passage du temps usé (long cylindre étroit sans début ni fin) des ombres dissoutes (miettes de pain éparses sur la peau formica) se meuvent en silence (une cuvette à l’émail d’eau claire) peut-être murmurent (une traite d’oblique grise, la pluie derrière la fenêtre) peut-être appellent (cercles concentriques agrandissent la pierre jetée dans l’eau) bougent et frémissent (rectangles et plis verticaux des rideaux sous les anneaux de bois). Je connais une grande attrition de fatigue (si mince le trait de la ligne puis le point le point tout rond le point seul au bout) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (ses petites billes amères me montaient et descendaient dans l’estomac) ni celui de la conversation (des étoiles imbriquées comme des engrenages à tout rompre), je ne sais pas si c’est la vie (une vague de vent ébouriffe les herbes s’échouent contre les pierres) ou bien si c’est la mort (un raclement de gorge la première pelletée de terre.)

au passage du temps filé (la griffe d’une plume sur le goudron) des ombres dissoutes (un flocon sur le bout de la langue) se meuvent en silence (taches noires sur le voile du vieux miroir) peut-être murmurent (marches du colimaçon, escalier étroit, poussière des pas) peut-être appellent (cône vibrant s’élargit se réduit comme un soufflet d’accordéon) bougent et frémissent (blanc froissé du papier à cigarette entre les doigts). Je connais une grande attrition de fatigue (l’épais gluant sucre au fond de la tasse) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les têtes jacassent en sorties de messe) ni celui de la conversation (une page tourne une page tourne une…), je ne sais pas si c’est la vie (la cascade gaie d’une chanson à sa fenêtre) ou bien si c’est la mort (deux mains serrées dans leur geste d’araignée.)

au passage du temps dépassé (les deux dents rouillées de la fourche) des ombres dissoutes (une feuille de papier calque) se meuvent en silence (l’échiquier sous l’abat-jour vert) peut-être murmurent ( le seau contre la pierre du puit) peut-être appellent (les crocs du boucher aux s sanglants), bougent et frémissent (dentelle d’ombre dansée du feu). Je connais une grande attrition de fatigue (la couverture rabattue au pied du lit) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (l’anneau du train fantôme et ces visages hurleurs) ni celui de la conversation (une table allonge l’autour des silhouettes fausses) je ne sais pas si c’est la vie (une chaussure miniature suspendue sous le rétroviseur) ou bien si c’est la mort (une croix contre le bleu.)

au passage du temps repassé (le rond café lisse la tasse) des ombres dissoutes (le flou coton dans la poubelle) se meuvent en silence (les allées des bibliothèques) peut-être murmurent (deux lèvres glissent contre la peau) peut-être appellent (mouchoirs agités comme des fanions), bougent et frémissent (la casserole grise dépite le feu). Je connais une grande attrition de fatigue (le fer noir des quais de gare) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (les cris de l’école débordent sur le trottoir) ni celui de la conversation (une photo de carte postale aux bons baisers) je ne sais pas si c’est la vie (la poigne de l’eau glacée) ou bien si c’est la mort (un sol de marbre.)

au passage du temps mangé (les vignettes dans les albums) des ombres dissoutes (le rectangle déchiré, une porte ?) se meuvent en silence (la main du chiffon de poussière) peut-être murmurent (la chaise de paille sous la treille ) peut-être appellent (des grains de blé roulent la paume), bougent et frémissent (une étoile filante, l’accroc évaporé). Je connais une grande attrition de fatigue (le noir absolu sous la coquille-paupière) qui me délaisse vers elles. Je n’ai plus le goût de l’agitation (la torsade des fumées, le remous des klaxons) ni celui de la conversation (le dur du mur le froid du dos) je ne sais pas si c’est la vie (les coups du tambour dans la poitrine) ou bien la mort (une voix d’eau s’écoule de moi.)

air-air

L’air est flou et gris et debout devant moi mais je ne le vois pas. Il a la forme et la vitesse d’un missile. L’air est grand et gras, l’air est un ogre qui nous avale, l’air nous grignote tout autour, il nous rétrécit. L’air est grandes dents, mordantes quand il fait froid. L’air est ongles pointus qui nous griffe, qui lacère la peau, qui la glace. L’air est aigu comme un cri. Il est pointu, raidi, direct comme un poing.
L’air est espacement, est enjambées. Il a enfilé ses bottes et nous parcourt, il avance à grande foulée, il flotte au dessus, nous surplombe de tous ses membres. L’air a de grandes jambes. L’air est caractériel, d’humeur changeante. Il ne sait jamais sur quel pied danser. On attend qu’il se radoucisse. Devant le soleil, il se tient coi, pris de langueur subite, il s’assouplit. Dans le vent d’hiver, l’air devient bras dur, bras armé. L’air trace à la scie sa route dans notre ossature, grince jusque dans notre cerveau. Il sait hurler entre nos oreilles, il sait siffler mieux que moi et râler, et gémir, et hurler à nouveau.
L’air a alors une si grande bouche, à nous hacher en deux, comme mer gelée.