La cage

Elle n’est qu’instinct. La base.

Elle prend ce qu’elle veut, quand elle veut

Reine des sous sols putréfiés

Elle entend au loin les enfers, la cage qui grince, les plaintes de l’acier froid

Les anges déchus qui ricanent

Elle bande ses phalanges

Elle craque ses cervicales

Boxe son ombre,

Invente un récit, une tragédie

Nous regardons cette routine inlassable, ce tempo d’air coupé par les poings

Os saillants qui ouvrent l’espace temps en deux le moment d’un jab, l’instant d’un cross

La où tout est possible, où le moi se perd dans l’inconnu

La fauve grogne ses scories, dégaine ses fureurs

La porte est écho des bruits lointain

Les hurlements sont feutrés

J’ai le ventre chaloupé

Le cœur dénudé

Nous sommes sans foi, sans loi, sans dieu

Abandonnés dans la crasse de l’humanité, ici tout en bas. Cinquième sous sol.

Nous sommes à genoux  devant le chaos ordonné devant La reine sombre des cages, Eva.

Elle deale la peur

Elle creuse en low kick imaginaire jusqu’aux confins de  l’obscurité  des miséreuses qui l’affrontent

Traverse du coude leurs corps, leurs solitudes, leurs espoirs

Elle se nourrit de leurs peurs

Comme elle, ils bravent le sol sale qui leur sert de lit depuis l’Age de 4 ans.

Les oubliés sous X des guettos.

Mélodies de sous sol, toujours en mineur

Pas plus bas. L’enfer à 40 Hz

Dans son coin, il la regarde

Il fume une enfance de damné,

Le caillou croise, translucide, extra lucide.

Il crame sur l’alu, la paille emmène les effluves extatiques la vipère aspic astique les synapses vers l’acrobatique, promet un run épique.

Ca tourne, sort des murs, se rêve en time laps, l’azur en fractal.

Des aigles s’inventent au plafond, résonances de leurs traces patrouillant la fange divine, veines de glaces vers l’orage qui pointe au fond du couloir. Le tonnerre de cris s’annonce.

Les vapeurs illicites l’électrisent tous les soirs, à la même heure

A l’endroit où elle combat

Pleine du seul vide

Nous errons aux confins d’une dimension que nous inventons

Sphérique, autour d’elle,

Aux pieds de notre maitresse des abimés

L’autre là-bas lit Nietzsche tout haut sur un son trap bien lourd, bien deep, kick bien sale

Le néon cligne de l’œil, hache le présent au scalpel

Un mec ouvre la porte. Il dit « C’est à toi ! »

Le couloir est sale, graff de larmes et de colères acryliques

On entre dans la salle étouffante de sueur. Transpire la rage.

La cage est là.

Le son est chaos

Ils sont tous furieux, les biftons à la main

Les bouches ouvertes.

Ecume des ombres

Ils n’ont ni sexe, ni race, ni âge

Ils n’ont pour moral que leurs désirs immédiats

Devant nous, la cage vibre sous les tambours de pieds qui martèlent le sol.

Métrique de guerre en 12/8, la clave du diable.

Une Nak Muay est dans la cage, huilée, tatouée total cover, affutée katana, chargée à bloc de Mèth pour repousser la peur hors de sa sphère de pensée. Les cervicales craquent, les muscles partent en spasmes,

Son visage est creusé, ridé, des oueds courent sur son front, ses joues rougies aux larmes de sang

Sa ride du lion feule.

Je mate ses cheveux, fourchus, piquants, vénéneux, tressés en enfer.

Elle porte un short bleu taché de défense immunitaire, de virus de celle d’hier.

Nous, on galère pour avancer  

On repousse tous ces cons qui semblent vouloir empêcher Eva d’entrer dans la cage

Elle va encore leur prendre leur oseille

Comme chaque soir

Elle porte un short rouge

Elle entre, se jette sur short bleu

Elle envoie low kick, une série courte et puissante pour démolir les fondations. Faire mal.

Elle enchaine, séries de coups de coudes qui coupent le front, sang qui s’évade, le sol se tache de bleu, enchainement jab, jab, crochet gauche au foie, bleu se courbe, relevée par uppercut, genoux, encore genoux, cross, bleu est sonnée, cassée, aveuglée d’un flot magenta puis Eva rouge ne la lâche plus, middle, middle, genoux sauté et coude haut du crâne, bleu tombe, rouge sourit, s’élève coude vers les anges. La butée olécrânienne d’Eva vient écraser la pomme d’Adam de bleu,

On pleure, on lâche l’émotion, ouverture des vannes, défoncés à l’adré.

Eva monte sur le grillage de la cage au son d’un run hardcore assourdissant « bitch, bitch I fuck you my sweet corpse, I love your curves », le corps de bleu éjacule du sang, les biftons affluent dans le short d’Eva, pole danse des bas fonds.

« Vénère  ce soir » lance ma walkyrie du béton.

Elle me prend la bouche puis me dis «  Tu veux essayer ? »

Veuves

Elle a enroulé sur sa tête
un châle sombre qui retombe
sur ses épaules.
Elle avance pieds nus
dans ses chaussures déformées
pressant un maigre ballot de linge
contre sa poitrine.
Sa chevelure a blanchi.
Son regard est aussi froid
que l’air de la montagne
aussi limpide que l’air
du Mont Qassioun.
Ses chevilles et ses poignets
sont couverts de terre
de sang et de poussière.
Le ciel peut gronder
ou passer à l’orage
le sol peut trembler
ou se fendre
elle poursuit sa route
elle emprunte des voies
défoncées
elle vacille sur les pierres
tranchantes
elle tombe
elle se relève
elle tombe
se relève encore
elle
dévastée.


Ces ombres entrevues
ces femmes, ces fantômes
où vont-elles, qui sont-elles ?


Elles n’ont plus de voix
pour le dire
elles ont soif
elles ont faim.
elles souffrent.
Sur tous les chemins
les maisons sont en ruine
la terre a brûlé sous les bombes
les hommes font la guerre
et les enfants sont morts.
Alors, elles vont là-bas
ou ailleurs qu’importe
puisqu’elles ont tout perdu.
Elles marchent entre les tombes
sur les cendres
et parmi les décombres
sans espoir et sans but
hormis peut-être celui de fuir
le désastre et la mort.

Rage

La rage ça me prend de face, de plein fouet. D’abord, ça bouillonne, ça gonfle, ça vibre comme si les vitres de mon visage allaient se briser. Le couvercle que je tente de poser sur ma colère ne tient plus. Il se soulève à chaque fois que quelque chose m’écorche le cœur. On dirait que je suis une cocotte minute au bord de l’explosion. Ça siffle quelque part. Pour prévenir que ça bout. Que je suis à bout. Au bout du bout. Que dans un instant ça va péter. Bombe à désamorcer. La soupape, la valve, le clapet anti retour ! Mais ça ne suffit pas. Ça finit par déborder. Le feu sous la cocotte ne s’éteint pas en tournant le bouton. Si tu souffles dessus, le feu ne s’éteint pas, il se réactive, il reprend du poil de la bête. La bête c’est moi. Ma mâchoire : crocs plantés dans ma propre bouche, ma proche chair, retournés contre moi. Mon poil se hérisse. Rien ne peut me caresser. Mon poil est dru comme un tapis de fakir, une plante épineuse, un cactus. Celui qui pose sa paume risque gros. Il risque un jet ininterrompu de mots assassins, de phrases vénéneuses. Qui sait qui en sortira suffisamment indemne pour souhaiter encore ma compagnie, qui sera encore assez brave ou fou, qui sera suffisamment immunisé pour s’immiscer entre ma rage et moi.
Ma rage et moi, on ne fait qu’un.

Le vacarme du silence

La maison est détruite, elle ne sera plus la gardienne de ceux qui y avaient élu domicile
La porte est devenue cendre, elle ne s’ouvrira plus en un battement accueillant
Chaque pièce, chaque objet y a perdu sa fonction, on leur a retiré leur essence
Les manteaux resteront accrochés à la patère, les parapluies fermés
Dans la cuisine, la fourchette ne servira plus à nourrir aucune bouche
Dans le salon, les livres ne seront plus tenus par aucune main
Dans la chambre, le lit n’accueillera plus aucun corps pour le repos
Dans la salle de bains, le miroir n’offrira plus asile à aucun reflet
La salle à manger ne réunira plus de tablées chamarrées et joyeuses
Non, des corps y sont étendus, leur sang imprègne le plancher d’un rouge lourd et
visqueux, encre indélébile inscrite dans le sol
Un peu d’eux est ici pour toujours, à jamais
La vie a quitté la maison, les larmes ne la ressusciteront pas
I        I        I
I        I        I
I        I         I
I        I        I
Elles iront irriguer les cimetières où les gens ont en partage la souffrance
Ils n’y sont plus ennemis mais camarades, ils n’y sont plus étrangers mais semblables
Affectés dans leur chair, en proie à une détresse effroyable
J’ai pitié de ces tombes à qui l’on retire le droit d’offrir aux âmes fatiguées le répit
J’ai pitié de ces tombes qu’on viole jour après jour pour déposer en leur sein des corps
arrachés à ceux de leur mère et à leur existence
J’envie la bonté de ces pierres qui contiennent les cris désormais silencieux poussés par
des fantômes aux morts inhumaines
J’ignore comment elles supportent le vacarme qui s’élève autour et dedans, comment
elles absorbent les pleurs, recueillent le chagrin et restent sans haine, sceau inviolable
entre deux mondes, entre l’autre et soi

C’est assez !

Pourquoi une baleine bleue vient-elle pleurer dans mes nuits ?

Je me réincarnerais en cétacé pour la consoler.

Je  ruserais avec les  meutes féroces des navires de chasse,

Moi Moby Dick moderne, pour les faire sombrer mortellement.

Je déclamerais  un unique et solennel somptueux Requiem,

Au fond des abimes insondables de la cathédrale océanique

Où les grandes orgues liquides se déchaineraient.

Il défait son manteau, l’accroche au mur.

Le mur est fendillé. Dans la nuit on ne voit pas ses craquelures. Comme des fils tordus par le rire.  

Je m’éclaire de peu.

Il s’allonge sur le canapé de velour. Comme tous les jours il attend.

La pierre posée sur la table du salon, pousse son chant. Une plainte.  

Elle est à l’unisson avec le tiroir-caisse de la salle du fond, au rez-de chaussée.

Il croise les jambes, ses chaussures sont crottées. Il ne les a pas retirées.

Sa manche trempe dans la tasse. Il ne s’en aperçoit pas. Il est plongé dans ses pensées, ou est-il dans la vague ?

Les pensées arrivent par centaine, en passant par l’espace du dedans, de l’histoire, des replis de l’intime.

La vague, elle, est une chienne. Un rictus. Je ne supporte plus sa présence aveuglante.

Je ne veux pas lui retirer ses chaussures, je passe donc devant lui pour rejoindre la fenêtre que j’ouvre. Dehors est un matin d’avril sans bruit. Je ferme la fenêtre sèchement. Clac. Bien sûr il ne me dit pas tout. Ses cernes. Son odeur de terre. Les griffures sur les mains et dans le cou.

Je ne sais où me mettre. Son corps au repos a pris tout l’espace du salon. Ses mains ne bougent pas, croisées derrière sa tête.

Je n’ose pas le déranger. J’ouvre une bouche puis la referme, mon souffle est lent.

La table sur laquelle je suis accoudée ressemble à celle de ma mère. Celle qu’il y a dans la première pièce de la maison quand on entre. Des gerbes de fleurs.

Je roule une cigarette. Il lèche son pouce. Il y a du miel du pain. Nous partageons ce lieu, cet espace. A présent je suis comme une mouche dans un bocal. Je vais de la table basse au guéridon, de la cuisine

J’entre dans le précipice de son histoire.

Cette nuit j’ai rêvé dans le corps d’un bateau

Cette nuit j’ai rêvé dans le corps d’un bateau.
je me suis sentie vide jusqu’à midi,
le poids de mon propre corps insupportable avant qu’il
ne soit rejoint par celui des autres.

louée j’ai fait trois fois la même boucle idiote,
j’ai semé le circuit du plantage son moulin
et les longue girafes du zoo
j’ai rêvé d’être coupée en deux à chaque traversée de l’Amstel,
le fleuve comme un couteau.
j’ai buté contre la même péniche et sa propriétaire,
peinte et lustrée comme un dictionnaire,
a hurlé.
dans le PVC-miroir j’ai eu l’impression de m’abîmer moi-même

j’ai porté des vieux des jeunes des cravates des baskets.
j’ai senti les bulles du mauvais champagne s’écraser
sur le mauvais cuir,
le mien ma peau leur fête.
par leurs bouches j’ai parlé français allemand et russe.
au creux de moi il y avait l’eau du canal
et celle des larmes et les bulles
et l’urine qui n’avait pas été projetée en dehors des hommes fontaines.

j’étais la ligne dure qui sépare les liquides,
celle qui donne l’illusion du haut et du bas.
mais au réveil, j’étais sèche de transports.

Amour couture

Est-ce que tu sais que quand on s’aime on se coupe ?
Est-ce que tu sais que quand on s’aime on se coupe de plusieurs façons ?
D’abord on se coupe en deux dans le sens vertical de la symétrie
Est-ce pour être équitable ?
Presque
On donne un œil, une oreille, un poumon, une jambe, un sein, un trou de nez, une moitié de bouche, une
moitié de langue
Et quand l’amour coupe au milieu
les deux moitiés glissent
Comme des flans
En tombant elles s’éloignent
Tu as déjà coupé un flan en deux ?
Le problème tu vois
C’est que le cœur n’est pas au milieu
Il n’est que d’un côté
Alors il n’y a qu’un seul des amoureux qui le possède
On dit que c’est celui qui aime le plus
Est-ce que tu crois que c’est normal ça ?

Au début de l’amour on se coupe à la tranche d’un pétale
On se coupe de velours
Au milieu de l’amour on se coupe la parole
Avec des mots couteaux à beurre
A la fin de l’amour on se coupe de soi même
La coupe pleine


Moi j’aimerais que l’amour ça couture
J’aimerais que ce soit des étoffes
Qui s’accrochent par un fil
Pour faire une robe
J’aimerais la porter
Et être jolie dedans
Alors on pourrait imaginer
Que l’amour soit un vêtement
Qui glisse sur le dos
Un kimono de satin frais
Ou un pull de laine feutré
Juste pour s’en habiller

Les fleurs sauvages

Je déteste être enfermé dehors. Je préfère ma cabine de douche. Un mètre carré qui contient le monde.Je parle en elle. Elle absorbe tout de moi, même ce qui n’existe pas encore. Parfois, elle me fait dire des choses horribles.Que puis-je à cela?Il y a les gouttes qui tombent d’en haut. C’est comme la pluie. Elle descend du ciel. La pisse des anges. Cette eau est jaune. Certains de moi, vers mon poumon droit pensent que le voisin d’en haut presse des canaris. Pour en extraire le jus, l’essence de vie. Alors je me nettoie avec cette vie. Ici, je suis Dieu, je vis dans les nuages. Sur la paroi de la douche mon index écrit sur un nuage. Je ne contrôle pas ce que j’écris. Jamais. Mon doigt est bien plus créateur que mon cerveau. Il est autonome, unique, exempt de déterminisme. Il danse, il écrit avec ses tripes, mon doigt. Avant il caressait les peaux, les sexes, les lèvres mais maintenant il caresse les mots, les syllabes. Il imagine. Il me sauve des démons.J’ai un arrière grand père logé dans mon pancréas. Il était alcoolique et un peu con. J’aime bien quand il parle. On dirait un dialecte sous acide.«  Je Est Amour ». On pourrait penser qu’il s’ennuie. Mais non. Il n’est pas seul . Il y a aussi tous mes morts. Ici, dans ma prison de Plexiglass, s’invitent en moi tellement d’êtres que l’eau du monde entier ne suffirait pas à nettoyer leur crasse. L’alcool serait mieux. Beaucoup de vin pour se mélanger au sang. Dans le sang, le vin passe inaperçu. Ils ont la même couleur. As tu remarqué comme cette eau qui tombe au sol au ralenti me brûle? Je saute pour éviter qu’elle ne me touche. Mais il y a tellement de gouttes que je brûle comme une sorcière au moyen âge. Les molécules d’eau entrent. Je brûle de l’intérieur. Des larmes de feu me dévorent. Je m’incendie.J’ai peur. Je crie. Les fréquences à 3000 hz courent sur les parois humides, rebondissent sur les gouttes, changent les formes, changent le monde, détruisent le langage, recompose l’univers. Un bouquet de chaos. Les mots inventent des fleurs sauvages. Je parle pour écarter le feu de l’eau. Mes mots, leurs lettres, les « e » et les « t » surtout se battent sans relâche. L’eau s’ouvre en deux quand les phrases sont belles et je peux voir un arc en ciel. L’eau est sensible aux mots qui apaisent. Elle est calme et douce quand je chante. Elle transporte le beau. Elle entre par les pores de ma peau quand ça lui plait et ces mots voyagent en moi et tout est parfait. Je vois des couleurs se mouvoir sous le derme. On dirait une boule à facette. Mon intérieur se paye un after de malade. Quand les mots sont tristes, l’eau les emmène dans les canalisations dégueu pour rejoindre d’autres mots sales. Et je vois des livres se constituer dans les égouts de la ville. Des chefs d’oeuvre parfois. Des bouquets de néant sublime. Une essence d’absolu. Mais qui les lit ? Y a t’il des bibliothèques dans les égouts? Il devrait. C’est de là que tout recommencera. Il n’y aura que poésie. « Hâte Will be over ».Je ne sais pas comment toutes ces lettres s’organisent sur ma langue. On dirait que des fourmis s’agitent sur les papilles, les bourgeons du goût. Elles forment des mots aléatoires avec leurs pattes, comme les puces de sables. Certaines lettres tombent de ma langue. Elles se suicident . Ou s’enfuient. Ou refusent la phrase qui s’invente. Certains mots sont conformistes. Hier, j’ai perdu le « u », évanoui, parti par le siphon. J’irais sur la plage des Catalans le retrouver. Cul, lu, su, alu, uluberlu. On ne peut décemment laisser le « u » disparaître trop longtemps. Sans le « u »: « Je sis fo de vos » chanterait Polnareff. C’est naze. Je ne suis que le vecteur de ce qui me dépasse. Tout ce qui passe par moi, ce qui vient, se transforme, se recompose. La réalité, je la saigne, je l’ouvre en deux. Je la fouille. Mais je ne trouve que des mensonges. Ou je ne trouve rien. La vraie réalité préfère être inventée. Comment expliquer autrement que le tapis de bain m’emmène visiter les étoiles? Comment expliquer alors que ce miroir soit aveugle? Comment expliquer que mon ombre soit une cigogne? Comment expliquer autrement que cette eau qui coule sur moi devienne lave. Qu’elle soit en train de me pétrifier devant vous. Me laisse ainsi ici. Pour l’éternité. A penser me penser. Dans la multiplicité des êtres qui m’habitent.

Elle –
taciturne dans le coin tout au fond.
On disait d’elle – elle n’a pas la langue dans sa poche
et depuis qu’il lui a dit – je me suis toujours senti seul avec toi,
son coeur est sourd.

L’avalanche en plein dans le corps,
elle n’entend plus la neige tomber.

Certaines blessures sont enfouies, celles dont on se souvient
comme un rayon de soleil en hiver, sur la brise endormie du matin,
celles dont elle s’accommode.
Et puis il y a les blessures béantes qui suintent sous sa peau intacte ;
brûlantes dans chaque recoin,
elles n’épargnent aucun sourire.
Il y a aussi celles 
freinant la vie sans vergogne, 
qui soudain se laissent panser par des promesses,
choyer par l’irrésistible abri de l’amour ;
soudain se laissent épauler par un brin de lumière,
un élan de folie,
un demi centimètre d’espoir.

Certaines blessures arrachent et recollent,
d’autres
éteignent les goûts et les couleurs.