Viande ou bois

J’étais de la viande. On me l’avait dit, toute en muscle et en nerfs. Résistante. Cette bouée qu’on nomme corps, je surnageais. Je pouvais aller loin. J’étais steaks bien saignants pour courir le 100 mètres. J’étais coeur fortifié et souffle ralenti, la pulsation en décompte de mes résultats sportifs. J’étais oeil vif et sang frais à la veine, juteux, bien rouge. J’étais cette combinaison gagnante, l’efficacité, l’endurance, la foulée longue, élégante. Cuissot de biche. Jusqu’à ce que quelque chose cède, ce point de bascule où le corps ne répond plus. Les paumes moites, les membres tors. Par où passe le corps. Fait grève, titube, tombe. Se sclérose, se bloque, prend ombrage naturel de ce qui jadis était lumière. Je suis désormais ce bois dur, vivant mais inerte. Je suis composée de branches infléchies, raides, gelées dans leur propre sève, dans leur jus d’arbre. Je suis devenue cette écorce qui craque sous le moindre mouvement, qui crépite sous sa main.

Je suis devenue ce tronc qui peine à pousser droit vers la lumière.

Devenu chien

Ce que j’étais pure armure
100 % renforcée
contre le harassement
trajectoire ferme : droite
devant s’évanouissaient les doutes
j’étais bulldozer qui aplanit
les routes plus jamais bosselées
rectitude dans le regard
qui aplanit les revers
de médailles
jusqu’à la chute
mailles fendillées du coeur
devenu chien dressé
à se relever à la force
de la laisse queue basse
traînant arrière-train
pièce maîtresse rangée
à son fourreau la truffe
nettoyant le ciel
vautré dans sa fourrure
le poil dans le prolongement
de l’œil tressé noir
le jappement d’homme
sous l’animal

L’homme qui danse

L’homme qui danse
Un fou, un roi
Une âme sensible, celui qu’a les clés du paradis


Avec des Jambes de sportif
Et l’âme d’artiste
Fort avec des pieds doux comme des nuages
Il Marche sûre, certain qu’un jour changera ce petit monde
Monde injuste mais incroyable


Un nouveau monde fait de désir et de luttes
Un monde où les rêveurs auront toujours les meilleurs places
Un monde sans frontières où la mer chante


Un jour nous serons prêts à toutes les folies
Ce jour finira jamais, sera comme des vacances
Pleine de neige et soleil
Où tout sera possible.
Ça sera le monde qu’on veut.


Des danses jusqu’à l’aube
Avec des envies infinies
Qu’est ce qu’c’est ?
Un oiseaux un être humain
Il y a pas de réponse
On peut tout imaginer
La pensée c’est la clé de l’avenir


Ce jour sera beau et bleu
Il sera comme un rêve
Un monde de notes musicales
Un monde avec de belles couleurs à douter de la photographie
Un monde pas éphémère
Un monde nature
Notre petit grand monde
Où nous serons ce que nous sommes

j’ai été vierge au mât de colère
j’ai été mât vert de colère pour les vierges
j’ai été polisseuse d’angles pourvu que la guerre n’éclate
j’ai été suivante et plus que bretelles propres à remonter le moral fixe des parents
j’ai été sourdine à grosses graules
j’ai été entomologiste de psychés

je suis devenue louve à plein temps ligne léchant ce qui louvoie semeuse de désirs à récolte précoce
guerrière désarmante je suis devenue la putain de mon monde pour que rien
ne m’échappe

Vague et rivage

J’ai été l’eau tranquille coulant paisiblement comme celle de la fontaine, se perdant sur le sol quand personne n’avait soif. Gouttes sans importance que nul n’osait goûter. Un jour, tu as eu soif et tu t’es arrêté là juste devant moi. Tu as bu
de mon eau.

Alors, je suis devenue vague découvrant son rivage, je venais caresser par les jours magnifiques, le grain de ton corps sage ; tu défaisais le mien, voyais mes paysages. Je venais t’embrasser tout au bord de tes yeux. Par les jours de pluie, de gros temps, de tempête, je lêchais toutes tes larmes, mêlais les miennes avec.


Fou, tu prenais mes baisers comme des milliers d’embruns. Tu t’es même perdu dans mes cheveux épars. Arabesques, étincelles t’entourant tout entier.

Flux, reflux. Vague et rivage infiniment s’enlacent. Ensemble, nous sommes devenus ce mouvement éternel.

En dents

Tu as été cette enfant avec un trou à la place d’une dent de devant. Tu as pleuré, mais pas longtemps. Tu passais ta langue sur ta gencive, c’était doux, un peu bizarre ce trou. Tu étais fière, grande, ils allaient voir à l’école.


Tu es devenue cette femme qui encadre de rouge le blanc de ses dents définitives. Tu marques mon col, peins mon cou de tes lèvres, mais ça c’est un secret. Tu souris beaucoup, il faut arrêter. Ça me donne envie de t’embrasser, de devenir à ta bouche moi aussi définitif.

Aménager le destin

Quelque part ou partout

J’ai été con 

Je suis devenu un vieux con

J’ai été sportif

Je suis devenu mou du genou

Du reste

Tout le monde a été jeune

Plus tard tu verras

Quelle heure est-il

Quel moi sommes–nous

Quelle moissonneuse boiteuse

Récoltera le temps passé

À ne rien faire qu’attendre

Encore et toujours 

Ton tour viendra

Aménager le destin 

J’étais déjà en creux 

La ronde bosse devenue

Au premier instant de la première nuit
Elle avait veillé le nourrisson. Le nourrisson tout juste né en silence…
En silence il lui avait sourit et tout s’était éclairé.

Éclairé d’une lumière forte qui suspendait le temps. Le temps contre lequel il lui avait toujours semblé lutter; 
Lutter, douce, fébrile, désespérée ;
Désespérée dans son enfance inversée…

Inversée à veiller sur les autres, comme mue par une contagion! Contagion à laquelle elle cédait ; Dont il faudrait bien se délester…

Se délester pour que l’enfant quitte la fusion; Quitte la fusion pour devenir une et plusieurs !

Une et plusieurs au grée de la terre en mouvement ; Mouvement qui toujours l’avait effrayée : orage assourdissant !

Assourdissant en ses nuits fondatrices où elle avait vogué au bord du gouffre !

Gouffre dont l’esprit et le coeur ne se défont qu’au prix d’un lent voyage !

Voyage intérieur, discret, qui cette première nuit s’ était clos.

S’était clos alors qu’elle avait pensé. 

Pensé et crier comme une nouvelle certitude; Certitude subite :  » Je suis quelqu’un de bien ! » 

Quelqu’un de bien et la honte s’était éloignée : vaincue enfin.

Vaincue alors qu’elle lui donnait son nom auquel le nouveau né lui répondit dans un souffle d’instinct!

Un souffle d’instinct qui scella le plus secret serment; Serment d’amour muet; Muet. Muet et évident.

Je ne suis pas
Une terre docile
Ou germent
Les mythes des aïeux…

Les sédiments qui me façonnent
Ne sont pas
Immobiles.

Je ne suis pas de ceux
Qui se contentent
De l’eau calme des lacs
Où s’enlise
La parole qui libère…

Je ne suis pas de ceux
Qui refusent
De gravir les monts rocailleux.

Désormais
Le passé
Demeurera le passé 
Je le désarmerai…

Désormais
J’ouvrirai
Mes sens aux éléments ;
Je ne serai des impatients
Aveugles
Aux beautés.

Désormais
J’accepterai tes bras
Loin
De leur leg désavoué.

Désormais ; Désormais
Je prends
Les chemins ouverts ;
Mes pas moins hésitants,
Je délaisse
Les sans-issus…

Désormais ; Désormais
La colère, le pardon
Ne m’appartiennent plus; 
Forte de ta naissance,
Mes plaies
Se cicatrisent ;
Perdent de leur puissance…

Désormais ; Désormais,
Je suis moi
Lentement ;
Je suis moi 
Simplement.
Et je deviens notre boussole.

Désormais ; Désormais,
J’observe notre évidence
D’être 
Entières
L’une à l’autre:
Étonnement sans fin

Le temps
Est un kaléidoscope
Avide de signes indéchiffrables
En tourbillons ;
De ses fragments en vitraux
Me parvient ta voix désirée…

Mon territoire aride,
Ton territoire perdu,
Dans le dédale de l’oubli
Ne font plus qu’un;
Ils peuvent se toucher…

Tout comme 
Au temps de notre intimité
Que l’on croyait
Acquise et due…
Ses contours déformés
Me sauvent de la morsure.

Le grain
De ta voix
Ne désertera pas mes tympans :
Bande-son intarissable
Où je frissonne de plaisir
Et de larmes…

Et ce grain
Prend corps ;
Il envahit mon corps ;
Et je bénis ce doux dialogue.

Fantôme,
Pardonne-m’en,
Je ne saurai 
Te laisser te reposer !
J’aspire trop à tes cendres;
Je les respire
Comme
Le parfum de ta chevelure
Qui appelle au toucher !

Les photographies
Ne me sont
D’aucun secours ;
Vides de tes vibrations !

Seules me reviennent
Les couleurs
Dont tu aimais te parer;
Elles s’ancrent dans mes rétines,
Derrière mes paupières closes…

Notre passé est 
Une extension de mon corps
Plus naturelle
Que la rotation de la terre 
Sur elle-même :
Cela ne m’est pas douloureux.