Je vogue sans m’inquiéter

Je crois
que je n’ai jamais aimé
L’été…

Enfant,
Il m’était
Solitaire.

Il m’engourdissait le corps et  l’esprit.

Juin, Juillet, Août
me volaient
le langage
Et j’arrivais muette aux amis retrouvés !

Je n’oublierai
Jamais
Cette
violence saisonnière
Et le souvenir
D’une naissance estivale
Prometteuse
De peurs intimes.

Je ne pourrais affirmer
Que l’automne
Me portait
En félicité
Mais il me délivrait
d’une écrasante retraite
Et me promettait

L’hiver
Réconfortant !

Je reste
un être
Des saisons
Rudes :

J’y retrouve le goût de marcher ;
De lire ;
D’écrire ;
De parler au matin
Et d’observer une nature en contrastes!

L’été me vole
Mes rythmes
Rituels :


Les longues soirées de discussions
Ne m’égaient pas !

Je préfère
Me coucher
À l’heure de l’astre d’or
où je peux
Guetter
les rumeurs de la maison
Qui me bercent jusqu’au sommeil…

Au réveil d’été,
Le soleil me précède
Et dévore mon plus pur plaisir :
Mes insomnies,
A moi seule
Dédiées…
les heures lentes de pénombre
où le mystère
Et le danger
Sont moins des craintes que des alliés !

Le délire sur lequel je vogue sans m’inquiéter !
Il me permet
souvent
De remplir
Mes carnets !

Peut-être un jour
Aimerais-je l’été ;
Comme certains créent
Leur premier  noël !
Pour être heureux faut-il d’abord l’imaginer ?
Encore faut-il vraiment
Le désirer.

Tisons d’Halloween

Une citrouille égarée dans un poirier
Grimpée de branche en branche
Par fils vrilles et tiges
Festives et funéraires
Clémentissime thermomètre
Potimarrons et mandarines
Accrochées saison des sorcières
Farandoles et pompons d’araignées en goguette
Squelettes à castagnettes s’en vont claquant
Tropiquement des dents
Dans le charivari camaïeu
L’automne indien indéfini sur son balai oblique
Ronde assourdie de l’orange résistant
S’incruste dans le vert et le brun
Ourlé du vieil or persistant
Les vitrines s’habillent de toiles vaporeuses
Etoiles déterrées de mois remisés
Divinités chtoniennes convoquées
Tous : morts vivants et fantômes conviés
A guincher avec chauves-souris
Nyctalopes et mygales en plastique.

Il n’y a pas de petits brûlés

« C’est trop beau ce qu’il y a dans ta tête tata. »

Voilà.

Aspérités qui s’envolent, déclic en cataclysme et puis

Scène d’urgence, comment j’ai entrepris l’urgence, comment je me suis promenée sur la crête de ma peur pour ressentir la montagne par la sève de mes pieds

Dans l’urgence je cours ou je m’allonge, je suis tellement allongée que je grandis des pieds à la tête, mon urgence rend tout fugace et saccadé et me crispe dans un paradoxe : avec l’urgence le temps se dilate et c’est long, à sa façon l’urgence agrandit le temps, le rend musqué et plein de bruits d’abeilles

Dans l’urgence l’espace s’organise en rangés. Nous devenons des bouts de viscères parallèlement agencés, brûlants, terreux, sanguinolents, silencieux, endurants, vieux, plus vieux, tant on a de temps devant nous. Mon urgence me piège parce qu’elle rassure mon corps fourbu en mettant au rebus un temps mon court-circuit nerveux.

Après, toujours, comment j’ai fait

Après, toujours, comment c’est possible

Après, au pendant qui est juste avant après, comment j’ai déposé ma tête dans le coton pour qu’elle devienne papillon, comment j’ai dévié l’accès de mon fleuve de mots vers le séisme de ma peau, de ma viscérale tempérance, de ma contraction épidermique, de mes pores, comment j’ai exsudé l’angoisse en remettant mon urgence à sa place, sur une table, entourée de gens qui cherchent avec moi le sens à tout ça

Il n’y en a pas

Tant pis et puis tant mieux

Mon urgence est regardée sous toutes les coutures, envisagée au gramme près, combattue goutte à goutte et lentement tout au long des heures qui s’écoulent, jusqu’à ce que

Et puis

J’arrête de chercher l’issue, j’arrête l’issue, je prends une plume sur mon drôle d’oiseau et dessine délicatement la porte de devant, l’une d’elle, je ne sais pas laquelle que déjà, elle existe

Appuyée sur le bois, la main sur le cadre qui forme la porte et debout dans l’absence de lumière, une petite fille

« Bonjour, qu’est-ce qui vous arrive ? Vous avez peur de mourir ? On va voir ce qu’on peut faire. »

Il y a une femme, on dit qu’elle est schizophrène mais elle tout ce qu’elle dit c’est qu’elle voit un pygmée. Il l’accompagne partout, il ne dit rien, il ne dérange pas. C’est une question de contexte après tout. Il y a une autre dame, on ne lui demande rien et elle dit « franchement je ne pense pas me suicider ». Il y a un homme, on lui propose une sortie pour qu’il voit autre chose que sa solitude, pour changer un peu, et il dit « franchement je ne vais frapper personne je vous jure ».

Mon urgence s’effritant lentement au son régulier du bip qui scande le flux et le reflux de mes émotions, il y a un homme, comment je l’ai vu passer l’année dernière, au début de tout ça, dans le couloir. Actuellement il est désormais face à moi, je ne sais pas quand c’est arrivé, il a sa tête enveloppée de blanc avec seuls les yeux et la bouche et le nez exemptés de soins parce que, il faut bien vivre j’imagine. Je vois au fond de ses yeux qu’il n’y croit pas. Même sans voir il doit bien avoir remarqué qu’il ressemble à une pochette surprise. Sous ce linceul attend le visage de Lazare. Retour de flamme. La mort a passé une tête mais non. Ses yeux sont en butte avec la réalité mais c’est peut-être à cause de la drogue : il a moins mal mais le réel la drogue elle s’en fout.

A force d’attendre, je n’ai plus dormi, je n’ai plus mangé, j’ai construit cette pensée qui est venue se déposer comme une petite pluie fine sur mes électrodes, qui se sont lentement dissoutes et alors il était temps de partir.

En sortant je croise le regard de mon compagnon le grand brûlé.

*

J’ai envie de dire quelque chose mais je ne sais pas quoi dire à quelqu’un qui a des yeux sans visage. J’ai peur de faire mal, j’ai peur comme de transpercer le si fin film par lequel la grande ruche hospitalière tente de restaurer ce qui est parfois plongé dans les abîmes du vivant.   

A la toute fin, ainsi, je me dis qu’il n’y a rien au-delà de l’urgence, rien à dire,

rien de suffisamment grand et beau à dire. Alors la petite fille s’assoit auprès de lui, je l’imite pour faire bonne figure, enfin si on peut dire, on ne lui demande rien et elle dit

« Bonjour, qu’est-ce qui vous arrive ? Vous avez peur de mourir ? On va voir ce qu’on peut faire. »

Dors, dors, ton corps d’or

Parmi la tourbe et la poussière.

Tu passeras la lisière 

Comme l’enfant dans les bras de la mère,

Tu ne connaîtras plus de frontière

Entre l’ici et l’ailleurs. 

Tu laisseras ici-bas

Ton corps jadis si lourd et si fort,

Tu t’en iras,

Aussi léger que la lumière.

Surtout ne regarde pas en arrière 

Et que mes larmes ne te lient l’âme,

Tu délieras un à un tous les liens

Tu n’en laisseras aucun.

Caché dans les recoins du cœur

Un simple brin te retiendrait sur la berge,

Celle où je me tiens, debout, face au chemin.

Toi tu traverseras et rejoindras la claire lumière.

Celle qui effraie, celle qui éblouit.

Rejoins-la, je t’en prie,

Comme une goutte de pluie

S’offre à l’océan – sois l’océan.

Va maintenant. Il est temps.

Un syndrome à Stockholm

Les murs m’ont tombée.

Les trottoirs m’ont glissée.

Les arbres m’ont débranchée.

Les forêts m’ont ombrée.

Les étoiles m’ont filée.

Les ballons m’ont crevée.

Les océans m’ont noyée.

Les bateaux m’ont coulée.

Les bites m’ont amarrée.

Les ongles m’ont incarnée.

Les peaux m’ont ecchymosée.

Les dents m’ont claquée.

Les langues m’ont ensablée.

Je t’aime avec quatre gifles, cinq gifles, six gifles sur les joues.

Je t’aime avec le cuir d’une laisse sur les cuisses.

Je t’aime avec le bois d’un balai sur les omoplates.

Je t’aime avec l’obscurité d’un placard sous les yeux.

Je t’aime avec la tête penchée sur son sexe.

Je t’aime avec un refus mort-né dans le ventre.

Je t’aime avec la lame d’un couteau sur les veines.

Je t’aime avec de la neige sous les pieds nus.

Je t’aime avec le goût des médicaments dans la gorge.

Je t’aime avec un syndrome à Stockholm.

Connais-tu le mot éducation ?

Que sais-tu du mot protéger ?

Quand as-tu appris le mot frapper ?

Pourquoi as-tu écrasé le mot fragile ?

Qui en toi a encouragé le mot inceste ?

Qu’as-tu retenu du mot mère ?

As-tu aimé ton enfant ?

Le vent m’a dévoilée.

La fleur m’a rosée.

L’aube m’a levée.

La mer m’a coquillagée.

Le ciel m’a lactée.

La pluie m’a lavée.

L’oiseau m’a duvetée.

La berge m’a abritée.

Le fruit m’a écorcée.

Le feu m’a rallumée.

La folie m’a exfoliée.

La parole m’a libérée.

La poésie m’a remembrée.

Cet être aimant

C’est une force irrésistible. Cette attirance qui te fait lever la nuit, pour rien, puisqu’il n’est pas là. Enfin, si, tu le sais toi qu’il est là, tout ton être le ressent, toute ton âme te le crie. Là, c’est ici et partout à la fois puisque cette attirance envahit ton espace. C’est une force irrépressible. Cette attirance qui prend toute la place dans ta tête. La place de ceux qui t’entourent, de ce que tu aimes, la place de ce que tu penses. C’est une force incontrôlable. Cette attirance vers la deuxième partie de toi. Tu le sais toi qu’il est connecté puisque tout te le rappelle : l’air que tu respires, le livre que tu lis, les couleurs de l’oiseau. C’est une force indomptable. Cette attirance qui te fait oublier qui tu es. Enfin, si, tu le sais toi qui tu es, tout son être le ressent, toute son âme te le crie. C’est une force obsessionnelle. Tu voudrais y échapper mais c’est impossible. Tes yeux écoutent sa voix, sa peau effleure ton oreille, tes mains devinent son parfum et ta bouche garde le goût de son image, comme une deuxième partie de toi… Cet être aimant.

La quitter

Comme on quitte sa source devenue méconnaissable

Grise

Un pied dans l’abîme effrayant concocté par les dieux tutélaires.

La quitter

Et y laisser sa part la plus aimante

sa part d’enfance ô déchirement

Parce que trop de douleur sinon –

La quitter

Et ramasser la faute à pleines mains

Et partir revêtue de ce nouveau costume.

Moi la devenue claudicante

L’indigne. Courir

Ne pas se retourner

Parce que trop de nuit sinon 

trop d’engouffrement.

Ô vous chers soleils qui vous éteignez un à un

soyez doux et réconfortants !

Et toi mon âme tais-toi

Et toi mon âme contiens-toi

Dans mon dos Cerbère achève son sinistre travail.

Chemin sur un ventre

Tu prendras ta nouvelle paire de nageoires et ira nager
Dans le lac de lait
Jusqu’à être devenue assez grande
Pour sortir du lac T’ébrouer sur des coussins des peaux différentes Tu t’appuieras tant bien
que mal sur tes minuscules genoux tes petits coudes osseux
En regardant partout autour de toi Tu t’émerveilleras de la première forme qui vient
De la première couleur
Tu regarderas Tu t’habitueras Tu découvriras les yeux des autres
Qui seront là-bas avec toi
Gris et verts et marrons et bleus peut-être un peu rougis ou violets ou dorés parfois je ne sais
pas
Tu mangeras de toute la nourriture et boira de toutes les boissons qu’on te proposera
Du haut de la haute chaise d’où tu surplomberas la table dressée pour tous les convives
Différents à chaque nouvelle lune
Tu apprendras à rêver et donc à lire À entendre À déchiffrer ce monde d’après
Cela sera le plus rapide et le plus sûr
Tu recevras tant de cadeaux que tu ne sauras où les ranger Ce qui tombera bien
Puisque là où tu vas, il n’existe pas vraiment d’espace pour ranger
Que tout déborde toujours et toi avec Tu verras
Tu déborderas à un moment à un tel point que Tu
Iras t’échouer sur une peau qui se trouvera là comme si elle était faite juste pour toi
Ce qui je te le souhaite sera effectivement le cas
Mais je m’avance et n’en ai pas ici le droit ici Je dois reprendre T’écrire les recommandations
qu’on m’a enjoint de t’écrire
Je ne peux rajouter à ma guise des infos trop intimes Mais le rapport suffit
Tu avanceras ensuite au grand carrefour sombre, à l’orée d’un orage ou d’une tempête, Tu
franchiras toi-même les bois laissés là désolés avec ou sans cigarette ; Là fais selon tes
possibilités et ne masque pas trop ton regard
Lorsque tu auras pris beaucoup de temps à réfléchir à la musique qui t’environne, Aux chants
des créatures ailées et au conciliabule des feuilles
Dans la première plaine ou le premier bosquet que tu découvriras
Tu composeras un bouquet de fleurs
De celles qui n’existent que là-bas, Je n’en connais pas le nom
Et tu les couleras sur la peau de tous ceux qui te soutiennent sur ton parcours (même de loin)
De cette échange de présents s’élèvera une voix
Comme sortie de nulle part et de partout à la fois
Elle te dira comment faire ensuite
Pour la suite du parcours
Tu marcheras Marcheras encore T’allongeras sur une voile déchirée : une paupière cousue au
rivage d’une mer, Tu te lèveras à l’aube, Apprendras longtemps de la voix
Puis quand elle s’éteindra, ramasse la paupière et fais-en ton sac
Mets-y les visions que le paysage te donnera

N’oublie pas d’embrasser la peau qui te colleras toujours
Et ainsi viendra ton tour Tu écriras des indications à ton tour
Sur cette peau si collante et aimante qu’elle sera aussi la tienne, Comme je le fais en ce
moment même sur ce ventre qui n’est pas le mien Mais que j’aime tant
Toutes les peaux aimées peuvent porter cette écriture
Ne t’inquiète pas Tu aimeras Tu verras et
Tu l’écriras pour un autre fruit qui aura germé là
A vos côtés
Je te le souhaite, Je te le souhaite tellement
Bon voyage maintenant
Suis ma voix
(…)

Parce que je te vois marcher sur la passerelle, dans un sens puis dans l’autre

Parce que tu as le visage de chaque passante mal frippée

Parce que tu te gares parfaitement sur cette place de parking

Parce que tu fais tes courses dans ce magasin qui fait le coin

Parce que tu habites dans ces quelques rues qui furent terriers

Parce que tu bois dans ce bar, et ce bar et ce bar encore

Parce que tu danses sur chaque pizza

J’ai soufflé les lumières de la ville et le paysage urbain s’est éteint. De ma chambre sombre, je vois les arbres qui jaunissent et brunissent jour après jour. Un nichoir vide me dévisage de son œil creux de l’autre côté de la vitre. Sur la colline d’en face, il y a une maison, je n’ai jamais été jusque là. Aucune route en vue, aucun homme non plus, trois câbles électriques seulement traversent le ciel feuillu. Je suis loin de tout. Je suis loin de toi. Je dois être loin.

Parce que tu rôdes dans les théières et le chocolat

Parce que tu flottes dans les bouteilles de cava

Parce que tu m’épies sous les t-shirt de ma garde-robe

Parce que tu dors dans chaque lit, chaque drap, chaque pli

Parce que tu gis dans les paquets de clopes froissés

Parce que tu m’attends derrière les portes ouvertes des toilettes

Parce que tu glisses encore sur la tyrolienne

Mais tu as trop de cachettes. Alors je ferme les volets. Je clôt le monde. Je me resserre autour de moi. Dans la chaleur du corps, il ne peut y avoir que la paix. Les murs sont ma peau, la tuyauterie mes veines, je me nourrirais de ma propre chair et boirait les larmes qu’il me reste. Mais ce n’est jamais assez profond.

Parce que tu danses sur le revers de mes paupières

Parce que tu ris dans le silence de mes oreilles

Parce que tu chantes cette playlist que je n’écoute plus

Parce que tu m’as offert de précieuses insomnies

Parce que tu peuples le sommeil quand je le trouve

Parce tu veux toujours plus de temps

Parce que je ne peux pas me fuir