Déserts

Le désert d’ici-bas je m’en souviens encore quand j’avais les pieds couverts de glaise de boue et tout autour – solitude – c’était immense et beau les becs criards des engoulevents tournoyant et claquant leurs ailes au dessus de ma tête où le ciel première classe contenait vaillamment un bon paquet d’étoiles à des années-lumière c’était fort dans mes yeux tous ces trucs de la nature grandiose même s’il faisait froid dans la chambre cellule où je dormais les genoux repliés près des épaules le corps recouvert de pelures sous le duvet quechua et une couverture grise qui n’avait de pureté que la laine j’étais seule et gelée dans la nuit rien de chaud seulement ma fente profonde et ces quelques larmes qui coulaient dans le vide alors tous les soirs m’accrochant au bord de l’abîme je caressais mon sexe avec mes doigts glacés et jouissais dans cet immense et beau.
*
On survole aujourd’hui des terres brûlantes – on est comme l’ange très haut – le sol est un patchwork de brun, de jaune et d’ocre où les champs sont peignés en sillons réguliers avec des oliviers semés dessus des cercles de pénombre des nœuds de solitude à travers la ciselure des nuages on voit des lacs et des rivières qui ont absorbé tellement de chaleur et tellement de lumière que les berges asséchées et racornies blanchissent comme nos vieilles cicatrices ici on n’entend plus les hommes et on ne les voit plus – je ne vous entends plus et je ne vous vois plus – je me gorge d’images arides d’images ardentes et rouges – je suis comme l’ange très haut – je pense aux visages couverts de poussière aux bouches de la soif aux rides des paupières et le contraste entre la dureté de la terre et le bleu du ciel me donne envie de pleurer.

Veuves

Elle a enroulé sur sa tête
un châle sombre qui retombe
sur ses épaules.
Elle avance pieds nus
dans ses chaussures déformées
pressant un maigre ballot de linge
contre sa poitrine.
Sa chevelure a blanchi.
Son regard est aussi froid
que l’air de la montagne
aussi limpide que l’air
du Mont Qassioun.
Ses chevilles et ses poignets
sont couverts de terre
de sang et de poussière.
Le ciel peut gronder
ou passer à l’orage
le sol peut trembler
ou se fendre
elle poursuit sa route
elle emprunte des voies
défoncées
elle vacille sur les pierres
tranchantes
elle tombe
elle se relève
elle tombe
se relève encore
elle
dévastée.


Ces ombres entrevues
ces femmes, ces fantômes
où vont-elles, qui sont-elles ?


Elles n’ont plus de voix
pour le dire
elles ont soif
elles ont faim.
elles souffrent.
Sur tous les chemins
les maisons sont en ruine
la terre a brûlé sous les bombes
les hommes font la guerre
et les enfants sont morts.
Alors, elles vont là-bas
ou ailleurs qu’importe
puisqu’elles ont tout perdu.
Elles marchent entre les tombes
sur les cendres
et parmi les décombres
sans espoir et sans but
hormis peut-être celui de fuir
le désastre et la mort.

Rosa Rosam Rosae

Elle savait déjà tant de choses, avec le temps qui se répète et se rabâche. Elle avait appris beaucoup beaucoup de choses, bien assez, pensait-elle, pour tout ce qui est important et nécessaire : parler, lire, écrire, aimer, aimer encore, aimer toujours et faire l’amour. Elle savait faire ce que tout le monde sait faire, c’est-à-dire à peu près tout ce qui compte, à peu près ce que tout le monde sait et elle le faisait à peu près bien, croyait-elle. Mais elle se trompait, elle ne savait pas grand-chose d’elle et de l’essentiel.


Un jour, un autre est venu avec sa langue. Une autre langue. Une langue qu’elle ne connaissait pas. Qu’elle n’avait jamais apprise. Une langue étrangère, une langue qu’elle n’avait jamais entendue auparavant, mais qu’elle comprenait, une langue différente et surprenante. La langue nouvelle avait tout chamboulé. Elle et sa vie.


La langue, d’abord, avait pénétré doucement les yeux. Les signes, noirs sur blanc, étaient entrés, aspirés par les pupilles, et ils n’en étaient plus jamais ressortis. Immédiatement séduit, son esprit s’en était emparé avidement. Elle avait fait son chemin, sans forcer, la langue de l’étranger. Elle était parvenue au centre, au point névralgique. Elle s’était installée dans la tête, dans la place, là, dans le cerveau, sans demander, si oui ou non, ceci cela. Mine de rien, elle avait bousculé les convenances, les habitudes, les savoirs, les vieilles connaissances, les a priori, les règles, les réticences. Elle s’était assise, là, bien confortablement, au centre, comme un reine, adoubée, souriante, confiante, maîtresse absolue en son royaume sur ses sujets.
Et puis, descendant petit à petit, dans la bouche, dans la gorge, dans la poitrine, se roulant dans la salive, cognant les dents, glissant contre les parois de chair humides et roses, la langue de l’autre s’était mêlée, entortillée, à celle de la fille. Elle prit corps et, pénétrant le corps, elle occupa de plus en plus d’espace, tant d’espace, qu’il était devenu dorénavant impossible à la fille de penser et de vivre, sans elle.


La langue l’avait embrassée. Et ce fut fait. Il était trop tard pour désapprendre, pour méconnaître, pour faire semblant, pour oublier. Elle l’avait sur le bout de la langue, sur le bout des doigts, elle l’avait à l’esprit, elle la savait parfaitement, elle la connaissait par cœur, cette nouvelle langue, ces mots de l’autre, ces tournures, ces articulations, ces silences, ces rythmes, courts et lents, ces ponctuations, ces respirations, ce souffle. Elle en était emplie. La langue la possédait, la possédait si bien qu’elle en rêvait. Elle rêvait de la langue dans la langue. De jour comme de nuit, elle en rêvait.


Ce langage de l’autre était devenu, à présent, quoi qu’elle fasse, dise ou pense, essentiel.

À pierre fendre

J’ai poussé la pierre
j’ai fait rouler la pierre
j’ai cogné la pierre
j’ai tapé la pierre du pied
j’ai shooté dans la pierre
j’ai envoyé la pierre valser
j’ai fait valdinguer la pierre
mon pied la pierre et vlan
hors de mon chemin la pierre !


La pierre a roulé
la pierre a ricoché
la pierre a dégagé au loin
la pierre a fini dans le fossé
la pierre a mordu la poussière
la pierre a atterri à l’envers voilà
c’est la place qui lui revient !


La pierre est dans les broussailles
la pierre est dans les ronces
la pierre est dans les orties
la pierre est dans l’ornière
tant pis qu’elle y reste !


Elle a crié la pierre
elle souffre
elle suffoque
elle étouffe
elle brûle
elle gèle
elle subit un calvaire
elle est au fond du trou
je sais qu’elle a mal
je le sens bien
et je crains le pire
mais comme moi
elle n’a qu’à s’y faire !


Oui, j’ai shooté dans la pierre
qui était sur ma route ce matin
mais pourquoi demander pourquoi ?
pourquoi jouer les innocents avec moi ?
pourquoi demander l’air de rien ?
alors que tu sais très bien pourquoi.
J’ai shooté dans ce gros caillou
c’est parce que j’étais en colère
contre toi contre moi
le pied le caillou la colère
le poème le dit
tu n’as qu’à le relire.


La colère est dans la pierre
la pierre est dans le fossé
tout au fond avec le chagrin
le chagrin la colère la pierre
son cœur s’effrite comme le mien
il est tout gelé tout sec
et pourtant il saigne toujours
crois-moi.

Et voilà ce qu’il y a

Assez
d’être exploités
maltraités
dénigrés
on a travaillé
sans protection
sans répit ni repos
solitude
harcèlement
dépression
confinement
déconfinement
reconfinement
on a enchaîné avec une guerre
sur le continent avec
les prix qui explosent
l’hôpital en lambeaux
le rail qui déraille
les profs qui démissionnent
le réchauffement climatique
canicules inondations feux de forêt
catastrophes à venir
et tutti quanti…
On en a assez !
Mais priorité des priorités
la compétition est au pouvoir
vous êtes le mépris
vous êtes sans vergogne
vous dites qu’il faut
quoi qu’il en coûte
économiser pour le PIB
repousser la retraite
renoncer aux droits humains
aux droits tout court
mais pas aux vôtres et
vous condamnez
vous dénoncez
chômeurs, grévistes, manifestants,
féministes, LGBT, queers,
écolos-radicaux, ultra-gauche,
« wokisme », « islamo-gauchisme »
et tutti quanti…
On en a assez !
De bidouillages en bricolages
de petites en grosses magouilles
dans la dépendance
du placard à balais
vous faites pitié
vous nous faites honte
on ne vous croit plus

on n’a plus confiance
on en a assez !
Assez !
Assez !
Assez !
Dans la rue
les casseroles résonnent
et vous riez !
C’est parce nos armes sont émoussées
elles ne tranchent pas assez
pas assez !

À l’avenir :
« Tremblez…
les paradis bâtis sur des enfers chancellent,
c’est la fin qui commence,
c’est la rouge aurore de la catastrophe,
et voilà ce qu’il y a
dans ce rouge que vous riez ! »

Il y a

Il y a du sable collé sur mes joues
ou peut-être est-ce autre chose
mes jambes qui
plus vite que moi
mes jambes qui
vont et viennent
toujours plus vite
vont et viennent
toujours plus loin
mes jambes qui
plus vite que moi
comme folles
vont et viennent
repoussant loin
l’horizon
quand je deviens
quand je deviens
papillon ou
peut-être autre chose
quand je deviens
un truc léger
une luciole
une fumée
une mouette
une plume
un papier de soie
un voile blanc
quand je m’envole
quand je deviens une
ou bien un
quand je deviens un
ou bien une
que sais-je
presque rien
un cerf-volant écarlate dont
on a lâché la ficelle pour
qu’il s’échappe
froufroutant dans
le vent et sous
les jupons
de la mer mousseuse.

De l’entregent

Tous ces gens devant, qui se lèchent derrière comme chats-chiens, devant tous ces gens, ces gens tout le temps, qui s’embrasent de rien, mine de, qui baignent dans du saindoux amer, ces huiles huileuses, ces miaulements mielleux, ces bouillants silences à lire entre les lignes, collants, sur/sous les mots, tous ces éternuements qui larmoient, te brouillent et t’embrouillent, tout le temps, ces gens, ce beurre de tartine, ce baratin baratté et confiture acide, tout le temps, ce blabla, ces fritures de graisse figée, blanche, ces grasseries qui se frittent, s’avalent, se lèchent, par devant derrière, ces écailles fricassées de poissons, ces anguilles glissantes, sans égard entre ces gens, ces écueils d’entre-jambes, qui n’en pensent pas moins, méprisants, ces écartèlements, ce grand écart, ces gens qui se lèchent, chats-chiens, devant derrière, par derrière le devant, ces petits riens de rien qui font grand trou, froid, ce grand tout tant qu’on n’en fait rien, NADA, ces os de bois secs sans clairière, ces déboisements, et que je te déboise et que vont toujours les langues bon train, par derrière, tous ces gens, du pareil les mêmes absolument, qui se reniflent, ces gens derrière des images, ces gens cachés sous de belles images, de belles images multipliées, surexposées, en veux-tu en voilà, tiens, c’est à l’avenant !
Suis-je le plus puissant, suis-je la plus belle ? Partout, oui, des images animées par devant, des miroirs pour noyer le poisson, à dessein devant, mais derrière il en va tout autrement, sans te montrer ces gens qui ils sont derrière évidemment, mais un peu quand même, un peu comme ils disent cependant, je t’aime, je t’adore, ton devant, ton derrière…, c’est ce que disent ces gens, ils disent ces mots devant, bien en avant, des mots que l’on entend, des que l’on devine, montre moi ton devant je te montre mon…, le tout plein de bons sentiments, mais par derrière c’est moins convainquant, c’est vide , c’est polluant.

Ce qui subsiste

Premier tableau

Il faut toujours que les outils soient prêts. Installés sur la grande table, les pinceaux sont disposés dans un ordre précis, selon les formes et les tailles. Il y a les pinceaux plats : longs, courts, biseautés, usés, bombés, en amande, les langues de chat, les éventails. Il y a les pinceaux ronds : longs, étroits, bouts pointus, effilés, traînards. Il y a aussi divers couteaux et spatules, des traceurs, des éponges, des rouleaux et des feutres. Il y a un sac de papiers de soie colorés, des chiffons, de la colle, du médium, un récipient d’eau claire et une grande palette. Les tubes de peinture sont classés dans des compartiments, par couleur, de la plus claire à la plus foncée.
Avant de commencer, c’est un rituel immuable : elle ouvre des recueils de poésie. Elle les feuillette, s’attarde sur des pages, souligne quelques vers. Puis, le casque sur les oreilles, elle choisit la musique qui l’accompagnera. De la musique classique souvent, ou du jazz. Sans parole toujours.

Des choses de l’enfance lui reviennent alors en mémoire. Des choses simples. Des paysages. Des émotions. La lumière, les couleurs. La courbe douce des collines dans le bleu intense du ciel. Le ruban de la rivière qui serpente dans les champs. La forêt de chênes où elle aimait se perdre. Les parfums du jardin. Les pétales ronds et délicats des églantines et ceux des roses anciennes. Le blanc pur du lys. Les teintes plurielles et capricieuses des nuages. Et les verts, toutes le nuances de vert, des plus tendres aux plus obscures.


La voici, devant la toile vierge avec ces images-là qui surgissent, avec ces souvenirs qui affluent et, comme la musique inspire, elle se saisit des couleurs, elle les manipule, les combine, les superpose. Sur la toile, la peinture jaillit. Des taches émergent du néant. Des couleurs primaires éclatent ici et se fondent là. Des lignes droites épurées éclatent en bouquets, s’écartent, se nouent, se courbent. Des zones chaudes réveillent les teintes froides. L’émotion bouscule les formes qui s’interpénètrent. La terre côtoie le ciel. Le jour chasse la nuit. Dans le même caractère organique que la musique qui flue dans les oreilles de l’artiste, la composition de la toile se structure et s’harmonise entre réserves subtiles et vastes mouvements. Une fenêtre abstraite s’ouvre toute grande et le paysage advient qui vibre dans l’espace.

Deuxième tableau

Ils ont installé l’œuvre dans le jardin. Une sculpture en pierre blanche entre deux arbres de Judée. Les troncs sont énormes comme des anacondas et ce sont des lianes tortueuses qui s’enroulent sur elles-mêmes et les branches fleuries font une voûte au dessus de l’enfant. Les fleurs en grappes commencent à faner et elles s’envolent et elles tourbillonnent puis retombent, toutes délicates, sur le corps potelé, sur ses épaules arrondies et sur sa petite tête chauve. On a laissé tous ces pétales le recouvrir et qui lui font, à présent, comme une tunique rose pourpre.

Il est couché sur le flanc, appuyé sur un coude et sa joue repose dans sa main. Il a les yeux mi-clos et un sourire très doux sur les lèvres. L’enfant qui a servi de modèle ressemble à un jeune moine ou à un ange.
Tout est silencieux et paisible, ici. Le temps fait une pause.

Troisième tableau

Jusque-là endormi et replié sur lui-même, le corps se réveille au son des percutions. Dans le faisceau lumineux qui le poursuit, d’abord maladroit et trébuchant un peu, le danseur se déploie enfin. Il s’élance, se mêle et épouse parfaitement le rythme trépident de la musique. Il trace des lignes brisées, des courbes amples, des cercles, des spirales. Il semble obéir à un rituel occulte qui se joue de l’espace et de la gravité. C’est un flux ininterrompu d’acrobaties, de pirouettes, de mouvements hétéroclites. Les gestes sont capricieux, vifs, brusques, tendres, cruels, ludiques et spontanés comme caractère d’enfants. Le danseur bondit, se roule sur le sol, marche, court, vrille, tourbillonne jusqu’au vertige. Ce corps en transe et qui exulte, se fige soudain. Les tam-tams et les djembés se sont tus. Le danseur chute sur les planches et, dans une ultime contorsion, son corps s’affaisse et se tasse. Comme un animal craintif et peureux, frappé dans sa chair par le tragique de l’existence, le danseur se recroqueville et s’enroule autour de sa blessure.

Le rideau tombe. Les lumières électriques nous aveuglent et dehors c’est la nuit.

J’allais, épaules voûtées, m’appliquant à faire table rase des agapes et bonheurs d’autrefois, des paysages de l’enfance. Repasser, défroisser, doucement lisser la nappe blanche sous ma paume pour faire des miettes un petit tas.
Je mâchouillais des humeurs malsaines, je griffonnais des mots sans queue ni tête et j’absorbais des peurs à vomir, sans les rendre, des angoisses sans fondement. Naissait et périssait l’espoir, en vain et dans un même élan, quand s’additionnaient les doutes sur les baisers reçus et la duplicité à lire sur les bouches. Bonne élève, je m’appliquais à taire le meilleur et le pire. Tout et n’importe quoi, je le gardais pour moi ordonnant les trois temps d’une valse muette, une chanson triste qui me venait en tête, où seuls les grains de poussière tournoyaient dedans. J’étais petite, j’étais farouche.
Le monde tremblait sournoisement. Il écrivait l’histoire sans fin du temps qui passe, du temps qui blesse. Il écrivait le livre de l’éternel recommencement. Je suis devenue vielle femme. Les rêves ont noyé les peines, les pages assoiffées d’encre ont bu toute l’eau des larmes, les tempêtes sont apaisées, le ciel d’orage se découvre, les arbres babillent avec le vent et les couleurs sont plus intenses. Les petits bonheurs m’enchantent et me consolent à présent.

Au-delà d’ici

Orpheline
ni l’œillet, ni l’olivier
ni la rose rouge corolle
ni l’origan, ni l’odorante ombelle
ni les dieux omnipotents de l’Olympe
ni l’opéra opulent de la vie
aucun ne me console
depuis que tu es parti.

Transparente,
je suis devenue obsolète
je ne sais plus quoi dire
quoi faire d’original, de singulier
je n’avais pas d’autres horizons
que celui des montagnes bleutées
qui entourent notre maison
et depuis ton départ
elles m’emprisonnent.

Désœuvrée,
je ne suis qu’ennui et tristesse
et me sens tout à fait grotesque
de n’avoir jamais quitté la région
et le pays qui m’a vue naître
ma vie est devenue banale
sans aller, sans retour, sans contour
je suis mal fagotée, malhabile
mains nues et mal à l’aise
dans ma robe de laine.

Désormais
pour sortir de l’ornière
de cet univers opaque
de l’attente qui me consume
et lentement me somnole
je marcherai vers l’inconnu
résolument au-delà
et sans me retourner
je serai indisciplinée et rebelle
j’occasionnerai le mystère et l’occulte
j’opterai pour des onguents capiteux
des parfums envoûtants, des orgies d’opiacées
j’opérerai des onctions, des jonctions, des oxymores
je proclamerai des oraisons, des oracles
je chanterai des hymnes à l’envers
je disperserai aux oueds les ouragans de sable
j’ourdirai toiles et opuscules obscurs
j’ordonnerai l’onyx, l’obsidienne, la pierre de lune
autour des mes chevilles et de mes poignets
je dormirai sur des tapis soyeux brodés
d’ocre jaune et de terre de Sienne
je volerai en Afrique avec l’ortolan
avec le passereau j’irai jusqu’en Orient
je redonnerai la parole aux cailloux et aux pierres
j’ensorcellerai l’eau du torrent pour en faire du miel
je comprendrai la grammaire du temps
la voix des arbres, des fleurs et des bêtes
je dissiperai mes tourments à tout vent
je t’oublierai définitivement
et la vie reviendra
légère, souriante et belle
je serai à nouveau femme
à nouveau vivante.