une tasse est vide
souvenir du café
au fond encore l’amour
*
il y a un briquet
pour les rêves
sur la table de nuit
*
la baignoire se vide
le sang continue de tourner
en rond
Catégorie / Tristan Mat
Bréviaire du concept en étreinte
L'attente Ce serait un jeu, une oppression parfois jusqu'à la joie, tout chiffre devenu vain : regarder le monde exactement sans toi. L'image Ce serait un don sans dette qui donnerait un au-delà à la chambre, sans qu'il n'y ait rien entre nous que l'air des caresses. Le lit Il serait seulement son nom sans souci de façon ni de matière, forme parfaite pour nos tableaux soumis à nul regard, cadre ne se souciant pas d'être dépassé, surtout ne voulant pas être dressé. La main Je la regarderais, tienne, chaque fois dans le monde. Elle serait le multiple et le mouvement, et toujours l'ironie double : insinuation pour courtoisie, effleurement pour impatience, gifle pour passion. La joie La joie elle serait tout, presque rien. Toujours voulant celle de l'autre pour la sienne. La vague Elle ne serait pas que précision, mais une répétition toujours changeante. Tu serais surprise. Rien n'irait de l'avant, rien ne tomberait. Par la danse, il n'y aurait plus ni dedans ni dehors. L'horizon La lumière serait à plat comme porté par une eau sans vague pour aboutir à ton triangle touffu, niant seul la géométrie pour la luxure. Miroir Ce serait des renversements à foison : tes mains appuyées comme si le mur était terre, nos regards parallèles pour que nos yeux se pénètrent, l'oeillet à la joie d'être bouche, toi régnant d'être inclinée.
une bonne journée ce serait un étang vert calme et du bleu une bonne journée ce serait un miroir humble une bonne journée serait courte avec cinq saisons nettes une bonne journée ce serait une peau impavide une bonne journée ce serait le conditionnel dans ta cage une bonne journée ce serait du ciel dans la grotte une bonne journée ce serait cendres donnant lumière une bonne journée ne dirait rien contre le silence une bonne journée laisserait un chiffre sans écho une bonne journée un fruit posé faisant de la table un autel une bonne journée c'était un pli dans le temps à venir
C'est un rêve. Une lande petite, chambre sans mur. Les couleurs sont ignorées. On ne se demande pas d'où vient la lumière, sa pauvreté. Une main à 3 doigts : les langues. Il n'y a pas d'ailleurs, même si autour d'une table, l'ennui et la peur, dans le calme, abattent leurs cartes, face à face. L'amour révèle tout l'intérieur, d'un coup. On ne sera jamais plus profond dans le temps C'est un souvenir. Le blanc est lumineux et lent. La multitude n'est pas de ce temps. Le nombre n'a pas de mot, ni l'unique. La main maintenant se tend : le vide est connu alors. Je voudrais un don pour vous, mais le gravier luit seulement dans mon eau. Le vôtre existe.
Elle est comme une autre sera l’autre
Elle est comme parure quand nue
Elle est comme de nuit à mes doigts
Elle est comme nom au réel près
Elle est comme le rien de l’amour
Elle est comme ma mise en oubli
Elle est comme l’ombre hors du rêve
Elle est comme revenue enfin
Elle est comme dans je t’aime comme
La lumière sourd du sombre de ta peau. Tu es retrouvée à la rive, même après l’étreinte. Tu surgis pour la rue antique, son pavé noir miroir, le mur caressé de rondeurs. Tu es dans les phrases que je ne toucherais pas. Une seule ouvre la chambre où le silence comble. Tu marches en avant de mon temps et la neige t’es parure. Nous étions – avant que tu ne sois, avant que je ne sois. Tu resteras près de la rivière au soir, sans fardeau de nom et de visage. Tu es l’amour le plus lointain.
que l’eau soit neige
que la table soit vide
que l’adieu soit lumière
que le pain soit simple
que l’animal soit silence
que l’étreinte soit vaine
que l’enfant soit oubli
que le regret soit sel
que la musique soit ici
que la pluie soit joie
que le livre soit sans mitan
que le mort soit nu
que dieu soit un mot
que tu sois encore sonnet