Combien chaque absence dessine le vide sans rien en retour
les mots rentrés dans les fantômes des pensées
le non-dit prend ses chemins sinueux
s’en va pour rien
accrocher le cœur en douce
abolir le non-lieu /non-lien des macros blancs

le dire rien me salue
dépose un léger d’existence
avance dans les faux semblants s’échappe /touche l’envers du décor
une question se pose : un lieu d’être rien peut être
en embuscade tapi dans l’heure de la nuit
je n’ai pas lieu d’être ?

le manque d’un vrai dire et comment je ne deviens rien
j’entre dans le rien dire comme mes pieds nus dans le sable encore froid issu de la nuit
j’entre dans le rien dire – le rien qui dit le manque
dévaste-résiste-s ’emmêle en douce au-delà de l’écho d’exil

apprivoiser le rien et
s’ouvre une révolution par l’effraction du vide et
s’entendre soi même dire rien
je m’offre nue à moi-même vide de désespoir

immobiles les paupières baissées
perdue dans le placard des absents
tomber dans le silences des cachettes fermées
faire apparaître ces riens qui n’existent pas

un rien vide -rien dire – rien faire

voir moins que rien – rien d’importance – rien vu de tel

quoique ce soit pas du tout sûr – un petit rien du tout – un petit peu comme avant

pas envie – pas grave
déjà le non vu de demain ne vaut rien

ne rien produire- le rien vrai non bâti – faux rien non construit

ne rien fabriquer – œuvre absente
ne rien ajouter

coincer sa bulle de vide – berdeller – glandouiller
explorer le vide à la recherche de non-objet
rien à ajouter – ne rien retirer
rien de connu
rien à voir
le non objet est rêve, temps arrêté parsemé d’intime
nourri de l’indifférence
le blanc des murs reflète silence et vide

et aussi la liberté d’être au monde
les vides ont leur mémoire
le silence prolonge le rien
le vide dit le plein invisible de tous ces riens

Tes doigts ferment les paupières
de cette personne qui n’a jamais
été
et qui n’a jamais su te voir
– mais si bien t’avoir, 
te posséder, 
t’émouvoir.
Sur leur peau, tu dessineras
des yeux
toujours grands ouverts
pour te regarder 
– refléter le vide 
de tes prières
sans échos.

Tu accepteras que tu as perdu
ce duel,
tu commenceras à faire
le deuil,
et tu revêtiras une voilette
de l’amour que tu as donné
– pas reçu –
qui allongera ton visage 
de quelques pieds
et obscurcira ton fard
de quelques teintes.

Mais surtout,
tu n’oublieras pas
– tu n’oublieras rien –
de te retourner,
pour voir,
le miracle
– on dirait un mirage –
des yeux dessinés
qui ricochent leurs faisceaux
– et tirent le rideau –
sur les étreintes du futur.

Maintenant
n’est pas vain,
– c’est une promesse
de l’instant où le bleu n’est plus nuit
mais jauni, comme l’iris
des yeux qui se tourneront 
vers ton soleil.

Demain,
c’est certain,
tu seras l’éclat
qui irradiera 
dans de nouveaux bras.

Maintenant

Ton effacement sera ta façon de resplendir

Ce quelque chose qui te disait son poids, sa forme, sa mesure, sa grandeur, tu ne l’entendras plus

tu ne sauras plus expliquer le monde

Ni savoir qui il est

Tu seras dedans le jour et le nuit

Mais tes yeux seront des grottes

Des morceaux de roches gravées

tu remarqueras ta trace, quelque chose de toi 

En passant quelque part

 sur le fragile espace 

Tu laisseras le peu de jours que tu détiens filerUn éclair

 lent poussera sur ton épaule

Tu seras le réceptacle du coeur qui bat

Vanités

Tu déjoues la calcification des cerises
tu enfreins la loi du velours et du vermoulu
tu regardes : l’étang qui baigne les racines sans futur
les koï qui œuvrent sur l’aval des prières
tu préfères, bien sûr, les nymphéas
tu demandes « qui déferle sur l’horizon que l’on n’a pas vu ? »

tu oseras dans un an
l’oxyde de fer sur la laideur
la rousseur d’une peau surexposée
l’étymologie inversée de la rivière

en ce moment, il fait jour il fait chaud il fait lourd

il pleut des anémones
de mer
une conque de pierre ensablée dans le Sahara acide

tu enveloppes la terre
tu neutralises l’insonorisation
tes pupilles font face au vent salé
ton corps délabré fouette le paysage
comment ? tu étires tout ton être jusqu’au figuier

tu n’entames pas la délicatesse des éléphants

un long roulis élégant
un serpolet dans l’eau de vaisselle
par le soleil, obligé
d’exhaler le noyau d’une cerise caché sous une feuille

tu trempes dans l’ère duveteuse
tu saccages le désir
comment es-tu arrivé jusqu’à moi ?
tu es un camélia violet
tu absorbes les colères
au printemps, les recraches,
en été, les enterres,
à l’automne, les fracasses
et les piétines tout l’hiver

et là ce dimanche
tu seras aspiré tes mains se poseront soudées à la balustrade
tu sentiras la mémoire du métal dans tes os
tu entendras la voix des mains qui ont touchée la balustrade il y a 333 milliards de secondes
tu sentiras la voix caresser tes mains qui seront douces comme la suie
tu seras touché par la voix par tes doigts par la moelle de tes doigts
tu seras traversé par l’ombre des mains de la voix
tu sentiras tes acides percer l’ombre en étoile
tu verras par les trous la lumière te parler
tu sentiras la lumière en toi se couper en écho pluie de cris saturés
tu te sentiras ouvrir la pluie avec ces mains d’ il y a 333000 milliards de millièmes de secondes
tu seras envahi par l’horizon intérieur seulement
tu seras invité à mettre ton doigt à angle droit
tu écouteras la voix et tu scrolleras la mer jusqu’aux abysses de toi
tu  goûteras l’écume de l’inconnue
tu seras caressé au cœur léché à l’hippocampe sucé au cortex
tu  retrouveras la voix dans l’infime

maintenant tu es devenu ce que tu es
tu es l’éponge du Fenua
et tu as aspiré toutes les mers
tu as lavé ton corps au commencement de tout
tes yeux ont volé le feu aux dieux
tu brûles tu es poussière d’étoile muette
tu enfonces ton index dans ta bouche
lève le au mistral
tu sauras d’où vient le sens des choses
monte tes yeux au ciel vers le fantôme d’un nuage ours
attend qu’il change mais
il te pissera dessus
tu te diras que le dimanche soir même les nuages sont
tristes

C’est un voyage

C’est un voyage. Des ombres de passants ont surgi du désert. Un chien aboie qui déchire le silence.

On voudrait s’accouder au balcon des vestiges. On regarde la mer, on tait car le silence est criant d’inconnus.

C’est un voyage. Les profondeurs fourmillent de reliques insaisissables.

Des ombres sillonnent les dalles opaques et piétinent vivement les bouffées de tiédeurs.

On évoque la source.

C’est un voyage. On ouvre grand les yeux. On chantonne en silence des airs lointains d’avant qu’on soit.

Un chat grille son poil sur un sentier pétré.

On isole une forme, une image, la parcelle d’un présent que l’on voudrait toujours.

Et l’on pressent le chemin qui s’étire comme une mue lascive et suspendue.  

Méiose trip

Vos paupières sont lourdes. Sentez que vous n’existez presque plus. Sentez-le.

Maintenant, éprouvez le feu qui vous transperce. C’est un glaive dans votre poitrine, il pénètre votre cœur derrière vos côtes, exactement entre les deux ventricules, et il en tranche la chair en deux coups successifs, de haut en bas puis de bas en haut.

À présent vous voyez vos deux cœurs séparés battre et flotter dans une lumière rougeâtre, côte à côte mais distincts, et vous seul.e savez ce qu’ils sont, or-pierre, ange-démon, ce sont là des exemples banals de dualités, mais vous, vous expérimentez quelque chose de beaucoup moins grossier, quelque chose de beaucoup moins concevable : votre division ; qui n’appartient qu’à vous ; unique, inconcevable, indicible.

De plein fouet vous recevez cela : votre propre division.

Désormais, vous n’existez plus pour la voix qui vous parle. Vous avez pénétré dans le monde réel. Respirez.
Vos deux cœurs séparés battent à des rythmes différents dont l’assemblage est harmonieux ou chaotique. Écoutez-les.
Lorsque vous aurez bien entendu le chœur de vos deux cœurs, une voix s’élèvera de vos lèvres et

Avec ou contre ou entre eux, vous

Chanterez.

Plus tard peut-être, après le silence, vous ouvrirez un œil, puis l’autre, et vous retournerez dans ce monde-ci. Vous aurez tout oublié : la méiose la musique votre voix et l’air que vous chantiez.
Il n’en subsistera, peut-être, qu’une seule note.

Juste mon cœur qui cogne

« Le temple est en ruine en haut du promontoire » 

Cette voix qui n’est pas mienne. Pourquoi ? 

« Et la mort a mêlé dans ce fauve terrain »  

Je récite le second vers.  

La troisième, le lycée, le professeur, 

Alexandrins, scansion, assonances, 

Musique antique, paysage champêtre, 

Dieux, pâtre, satyre puant aux pieds de bouc, 

Naïade sans défense au bord d’une source fraiche. 

J’ai un carquois d’or. Heredia. 

Chevelure blonde roulant sur mes épaules. 

Son solitaire d’une flûte. Je suis Pan. 

Orchestre, rideaux cramoisis, 

Troisième rang, La Mer. Debussy. 

Sur le haut de la dune aux carex,  

Assis, les yeux noyés dans l’océan. 

Elle émerge du flot.  

Le vent la noie lentement dessous le sable. Disparition ! 

Illusion ? Personne sur la grève. Un rêve ? 

Ressac incessant d’un fracassant souvenir. 

Un tunnel sombre sans fin. Cet accident dans ce tunnel. 

« Les déesses de marbre, et les héros d’airain », disparus. 

Seuls demeurent mes alexandrins lycéens. 

Enterrée. Solitude morbide. Elle a rejoint l’antique ruine. 

Plus de plage, plus de dune, plus de temple, 

Plus rien. 

« Juste un cœur qui cogne dans le silence de la mer » 

à qui veut savoir
je n’écris plus à l’encre ______ sur du papier
______ ______ ______ _____ pas le temps

l’enfant s’est réveillé
le cas échéant __ peut-être __ éventuellement
j/e ______ ______ ______ ______ _ humilité
promets ce que vous voulez ______ ___ tout
j/e ______ ______ me ______ ____ _soumet
______ ______ ______ évitons les questions

boirai en silence votre médiocrité

_pour ceci cela et le reste
voilà ______ ______ ______ ___ sans espoir

______ ______ joint mon CV

ne dis rien __ de qui je suis ___ce que je fais
sans rêve __ j’ai traversé la rue __ sans trêve
j/e ______ _____ fille sage _____ _____ rien
sourire cousu main ______ ____ immaculée
______ ______ alignons les astres ____ oui
reste disponible ______ ____ ______ docile
juste comme il faut ______ où vous voulez
ailleurs _je n’ai aucune idée conviendra aussi

j/e suis joignable __ ici__ et là
sans sourciller vous __ salue __ sincèrement

______ ______ dans l’attente

regard baissé _____ __ vous fait la révérence
______ ______ ______ ____ remerciements