Gratte les cordes de ton âme -fort avec le bout de tes doigts
Bois un café blanc- avec un peu de menthe, d’anis et une goutte de fleur d’oranger
Avale une cuillère de miel pour adoucir ta langue
Reviens au silence
Prends ton tapis
Avec tes mains propres, essore ton coeur
Enlève ces chaussures trop petites – et mets de la crème sur les cores de tes pieds
Apaise le contour de tes yeux – assassins potentiels,
Lève-les vers le Ciel et enduits toi du bleu, du blanc
Le gris, laisse-le entrer, accueille-le
Dis non – mais ne ferme jamais la porte à une bouche qui a faim
Lave tes draps tâchés de lait – le lait du dégoût et de la déprime
Épluche les jours qui ne se retournent pas
Explore le temps qui est là, juste devant toi – ne le laisse pas filer comme le vent
Retiens ta langue, tes mots qui blessent comme une hache
Épaissis ton silence – les murs te remercieront et la lampe aussi
Accroche ton manteau, décrispe les trapèzes
Mange le fruit de ta solitude
Fais coulisser ton foie qui ne draine plus.
Ménage tes réflexions intestinales.
Assiège tes peurs et ton chagrin qui ne naît que par toi
Entoure-toi de gens beaux et bons comme une sauce qui mijote au soleil – de leurs odeurs de repos et de défis.

Les pas

J’allais avoir six ans
Dans le jardin d’Eden,
Parmi les coccinelles,
Les oiseaux, les sauterelles,
J’entendais juste ses pas,
Assurés, affectueux,
Sur le menu gravier
Des allées potagères,
Un craquement familier,
Céréales croustillantes,
Sous les sabots aimants.

Hélas, tous les menus graviers,
Un jour cailloux devinrent,
Puis un roc acéré,
Pour construire une dalle,
Où l’on ne fait qu’un pas,
Ton ultime demeure.
Je me retrouvai seule,
Dans l’allée potagère,
Mes oreilles fouillant,
Mais n’entendant plus rien,
Restai seule à pleurer,
Le craquement familier,
Et les pas croustillants.

Dans le printemps soudain,
De ce menu gravier,
Me parvinrent quelques sons.
C’était bien ce craquement,
Qui tintait à nouveau,
Enfantines céréales,
Sous les semelles d’un cœur,
Celui d’un beau jeune homme,
Aux pas doux et aimants,
Il fit réapparaître,
Pour deux âmes qui résonnent,
Dans le jardin d’Eden
Ces chers pas croustillants.

Il est ce soir
où tu as souhaité
envelopper les
mondes à connaître
le mien d’abord
le tien ensuite et
je n’ai su abandonner que
ce que tu as pu retenir

mon regard
le vrai sous le
tapis de la parodie

mais désillusionné 
tu as été
jusqu’à ce que tu te rappelles 

il rassemblait au-delà de
tes désirs déments
en aucun cas démentis

de-ci de-là 

l’ampleur de nos
vies comme des cimes

Sous la pluie

La nuit ?
exterminatrice, jamais à heure fixe
du noir à débordement
ne refoule rien : déferle

Le noir ?
flux à visage unique, avance masqué, grimé tarasque
absorbe tout sur son passage, serait une éponge
rafle toutes les mises à la fin

La pluie ?
brille éparpillée éclatée au pare-brise
emporte la poussière dans ses vibrations sans mauvaises
intentions de ciel lessivé

La lumière ?
s’invite là impatiente sautille brève
ne se laissera pas décimer
par tant d’ombres

La route ?
s’avale dure et dense goudron gravide
garde ses monstres pour plus tard

L’essence des qu’est-ce que

Qu’est-ce-que l’ouïe ?
C’est l’aile noire de l’aigu
déchire le ciel fouille sa branche
C’est la voix en morceaux brillants
virevoltent sous la fenêtre
C’est le long roulis vert des plaines
tremble le front à la vitre du train
C’est mon cœur sûrement
s’assoupit dans l’oreille

Qu’est-ce-que la vue ?
Sont les tessons de feu
frissons vifs du fleuve
C’est le visage suspendu
dans le cadre photo
C’est la gamine tresses rousses bonnet bleu
ses bottes dans le nuage de pigeons
C’est l’écorce orange derrière mes yeux
où pressent mes doigts

Qu’est-ce-que le toucher ?
C’est le chaud courbe du bol
sur le vert formica
C’est le rêche c’est le doux
c’est me prolonger d’étoffe
C’est des mots écrire le noir
sur la pulpe des doigts
C’est depuis ta peau trop blanche
sa glace au creux de moi

Qu’est-ce-que l’olfaction ?
C’est l’ombre de la rue
remâche ses recoins d’urine
C’est le gras jaune métro
tombé sur l’étal des brioches
C’est le diesel chalutier ronronne
Colle sa fumée aux grues de la criée
C’est la lumière d’Afrique
son parfum d’épices étalés

Qu’est-ce-que le goût ?
C’est la sueur et le sel
c’est le sang et son fer rouge
C’est se brûler à l’amer café
Le cendrier et la cigarette allumée
C’est le verre de vin frais
le dernier avant de fermer
C’est je saurai plus jamais rien des qu’est-ce que c’est
quand je suis terminé définitivement dégoûté

Chifoumi

Pierre ?
lourde ne roule pas
n’amasse aucune mousse sous la chaussure
terrasse la terre puis la berce (ou l’inverse)
pèsera toujours sur les feuilles

Feuille ?
Nous ferait croire qu’elle sait voler
jonche jonche jonche après avoir chuté
se déchire d’un coup de ciseaux

Ciseaux ?
Lames élimées enjambent cette cible
sur les pointillés une dérive
une voie rapide à cisailler

Je ne te vois pas mais je te sais, je te sens. Tu es là, quelque part dans l’espace infini de ma wifi. Je mange mon fantôme quotidien. J’avale mes propres couleuvres.

J’allonge une main vers toi, la longueur d’une page (presque) et ta main absente me disperse, me court-
circuite. Je disjoncte, je ne suis plus à la terre.

Je te parle dans ma tête et ton regard absent me frotte. Ton acide me troue. Je me liquéfie.
Bleue ta voix à distance. Feu ton souffle me rougit à blanc. Je brûle encore, le sais-tu ?
Entends-tu quelque part l’histoire qui raconte le désir ? Saurai-je effacer la distance ? Aurai-je le courage
d’articuler ton nom à pleine bouche ?

je digère l’espace

je dis
je digère l’espace
je me distends
je me dispense de mes autres vies
je dissimule la plus grande part
je ne pense guère que pour moi-même
je me gonfle de tous mes organes
je suis auto-suffisant
dans l’ombre je distingue mal
les autres
j’exerce mes yeux
je guette leurs méfaits
ils surgissent à la lumière pure
je les observent distinctement
leurs manies m’exaspèrent
leurs gestes m’effraient
je ne veux surtout pas qu’ils s’approchent
s’ils me touchent je meurs
j’agonise de leurs chuchotements
je veux qu’ils disparaissent
alors ils disparaissent
alors je reviens à mon centre
je reviens à mon calmement respiré
état premier du ventre
je m’apaise
je m’arrondis
je me distends
je digère l’espace

éclaboussée

je me dirige à la baguette
je ne me passe rien
posture droite rigide du corps
et de l’âme verticalité
impeccable
je parque tout un troupeau
au garde-à-vous
dans mon ventre
toute vie contenue
rien ne dépasse
le vent souffle à travers sans rien déranger

il ne manquerait plus que ça
une tempête un tsunami
qui gronderait tout au fond
qui organiserait sa propre fronde
se lève descend en toi – même –
brise les ponants supprime le nord
ce grand désordre ourdi
cet affolement dans les flux
dans le flot qui jaillit
tout t’échappe tu ne gagnes plus rien
à empêcher

je me laisse ravager submergée par
quelque chose que je ne connais pas
la vague peut-être
de la vie
déferle devenue typhon
là où j’étouffais
mes poumons explosent
d’un rire inconnu
dans le gras du corps
un ras-de-marée
abrase l’horizon
et lance une lumière
douce elle coule
à mes pieds
je suis inondée
je patauge dans la joie
éclaboussée

Parey un ti voulvoul | Comme un cheveu de pelé

Kan Zarlor y tomb su nou
parey un ti voulvoul ki rod su ban pièr
li lé transporté
ti lamp ti lamp dan’ l’air frais
la ramèn amwin
la ou mon ban zié lé an fé
sàt moment ou
kan mi imazine out figure
ek le ban zetoile ki gilit aou

et ou rire aou
y rézone dan fon dan’ cascade
y plonge dan keur batan’
y bat ann’dan

Quand le trésor nous atteint
comme un cheveu de pelé qui bouge sur les pierres
il est transporté
doucement dans l’air frais
ça m’a ramené
là où mes yeux étaient en feu
ce moment, où,
quand je me souviens de ton visage
et de ces étoiles qui te chatouillent

et ton rire à toi
il résonne dans le fond des cascades
il plonge dans le coeur battant
il bat à l’intérieur