Bienvenue
Ma femme fatale
Mon enfant reine roi oiseau
Ma surprise mon insupportable
Ma craie jaune rouge et verte
Bienvenue
Ma princesse des bas-fonds
Ma terrificatrice
Mon choix d’amour d’oubli d’inceste
Bienvenue
Mes contradictions détresses sourires ogres
Bienvenue
Mes soiffes mes plaisirs
Ma peau nue le vide en moi fumant
Bienvenue
Mes oreilles branlantes hurlantes brulantes
Bienvenue
Ma fatalité
Bienvenue
Ma mère et mon père
Mes sœurs mortes dans l’œuf sans
Mes ancêtres de tous les ramages
Et les fruits des arbres oui, tous
Bienvenue
Bienvenue
Bienvenue
Bienvenue

Venez je saigne
Venez je commence tout juste à m’aimer
Venez je me cogne
Venez putain vous me manquez
Venez je m’habille en noir et noir
Venez je sais que vous m’sauverez
Venez je me ramasse à la pelle
Venez venez venez venez

Au revoir les petits oiseaux
Au revoir le chant des papillons sauvages
Au revoir les gais pinsons
Au revoir la rivière qui danse la dense danse du temps
Au revoir les croc mitaines
Au revoir les étoiles tant adorées
Au revoir les chameaux couleur camel du chameau à bosses-attend, combien yen a déjà
Au revoir la vie vive vida vita

Via de la soif joie roi
Et moi ?
Au revoir
Les choses toutes petites
Minuscules. Minuscules et
Magnifiques. Magnifiques
Toutes petites choses
Au revoir
Oh tiens ma peau
Tiens je te dis au revoir

Bienvenue à toi
La sorcière la femme
La pute la guenon
La mystique la guerrière
La modèle l’andalouse
L’immense la fourmi
La galeuse la pétasse
La dame l’enfance
L’animale
La poilue ailée griffeuse
La cracheuse coureuse rongeuse
La pointue rampeuse nageuse
La grimpeuse lécheuse songeuse
La bleue verte jaune rouge
La lundi mardi mercredi jeudi vendredi
Bienvenue à toi
Oh oui

Écoute
La voix des ancêtres
Écoute
Le dessous dedans sous terrain
Écoute les couleurs elles dansent
Écoute les lettres
Écoute la ponctuation
Écoute le bruit du silence
Écoute quand ça tait
Écoute les voix mutiques
Les instants élastiques
Les plantes sauvages
Écoute tes dents
Écoute ton ventre tes pieds
Tes chevilles
Les genoux que tu as

Écoute les
Écoute comme tu n’as jamais tendu
Pas tes oreilles pas tes mains
Pas tes yeux
Mais
TA PEAU

 » Do witzenia« … je raccroche le téléphone. Silence en moi. Cœur qui bat.

Il l’a dit. Il s’enrôle en Ukraine, soldat pour la liberté aux frontières de sa terre natale.
Il l’a dit, en riant, sa voix pleine de fièvre et de folie. Comme une flèche décochée qui attendait depuis bien longtemps ce prétexte là. Sa prédiction de mourir jeune serait donc réelle ?

Une courte vie d’extase, d’orgueil, d’adrénaline, de visions fulgurantes.

Le choix lucide de tout cela. Une vie à vouloir vivre chaque seconde entièrement sans rien retenir, sans aucune attache. Une vie à se brûler le corps, avec un cœur sculpté dans une armure de plomb.

J’avais lu en lui dès notre rencontre l’impressionnante folle sagesse dans ses yeux bleus divergeants qui semblaient envelopper tout l’espace. J’avais ressenti l’appel du combat, la fascination pour la mort, et puis cet absurde paradoxe de douceur presque enfantine, cette sensibilité extrême, cette intense et si douloureuse opposition entre un père guerrier, et une mère, inexistante artiste évaporée. Il incarnait les deux, le génie artistique tout en finesse dans un corps d’Achille, homme montagne.

Il était entré dans ma vie de la même manière qu’il savait en sortir : imprévisible et radicale, une bourrasque de vent qui sème le chaos et entraine une onde de choc sur son passage. J’avais vu venir par la forêt ce géant au sourire d’enfant perdu, qui ne parlait pas ma langue, gêné dans son corps trop grand et trop fort. Trouvant enfin un asile dans notre maison accueillante, il s’était agenouillé pour caresser le chien. Il m’a fallu peu de temps pour prendre conscience de ce conflit intérieur, cette bête féroce née pour tuer, qui luttait sans répit avec la sensibilité du peintre au regard qui transperce, le tout petit enfant blessé qui avait grandi entre des murs pleins de moisissures, d’injures et de coups, contraint de se fabriquer une épaisse carapace d’acier inoxydable et de nombreux masques mythiques dont il jouait à loisir pour construire sa propre légende.

À présent, je crois avoir tout reçu, les coups et la douceur, la violence implacable, et la vision hors norme. Son corps d’immortel infatigable, sa concentration et sa maîtrise totale de ses moindres mouvements font de lui un être à part. Conscient de cela, il en joue et renforce cette aura qui brûle, insupportable pour la plupart. Il s’en moque. La terre entière peut bien le détester, il s’en moque.

Et pourtant, aujourd’hui encore, je raccroche le téléphone. Le silence en moi me montre à quel point je me suis mentie : non, je ne l’ai pas cerné, je ne le cernerai jamais, aucune prise, aucune attache sur cet être énigmatique qui me fascine pourtant, dans ce mouvement d’attraction et de répulsion.

Dans le vide laissé en moi, les questions se cognent contre mes tempes : pourquoi m’appelle-t-il ce matin pour m’annoncer cette nouvelle et me dire que rien n’est important ? Souhaite-t-il encore provoquer un séisme en moi, ou bien est-ce qu’une infime fissure a su s’immiscer en son centre, brèche que le soldat orgueilleux n’avouera jamais ? Aurait-il su recevoir ne serait-ce qu’un grain de sable, une poussière de tout l’amour que mon cœur lui offre ?

Il n’y a aucune réponse à attendre, il a raison : ce n’est pas important. Rien n’a d’importance d’ailleurs et tout n’est que croyances qui s’entrechoquent. Nous mettons tant d’énergie à lutter, à combattre, pour défendre nos idées, nos points de vue, lutter ensemble et contre nous-même.

De ses yeux qui percent les apparences et lisent entre les lignes, il a gratté les couches en moi qui masquaient des ombres bancales et maintenaient des béquilles fragiles, il a interrogé chaque contradiction, jusqu’à me mettre face au précipice que j’avais moi-même masqué avec soin. Il a agrandi férocement et consciencieusement la déchirure devenue béance.

Mais que pourrais-je dire sinon merci ? C’est sans doute grâce à tout cela, qu’aujourd’hui je sais où est ma place, et quelles sont mes armes face à toutes les guerres internes et externes à nos frontières  : ma place est ici, dans la quiétude de cette forêt, dans la contemplation, à choisir de rayonner la lumière. Mes armes sont l’Art, les mots, la Beauté et l’Amour. Mon choix est fait. Radical et sans appel.

Je choisis.  »Powodzenia », bonne chance l’Ami, merci pour ton appel.

Sois douce

Sois douce, ma colère
ne te laisse pas emporter
par mes pensées,

elles veulent en découdre.

Brouillonnes
pressées
instables
elles explosent

si on ne les craint pas.

Sois une arme
qui décide quand
et qui
elle blessera.

Sois douce
calme toi
réfléchis.
Trouve mes mots
ne les dis pas
réfléchis.
Colle ta langue à mon palais
ne bouge plus
réfléchis.
Goûte mon sang
ne le bois pas,
réfléchis.

Mâche ma haine
ne l’avale pas
réfléchis.
Bois mon sang
ne te saoule pas
réfléchis.

Et quand il n’y aura plus de vent
pour dévier ta flèche,
ne réfléchis plus.

Ecarte mes doigts
libère-la
écoute-la siffler
regarde-la voler

chevauche-la
et ferme les yeux.

Elle sait où elle va.

les mains pleines de terre

appuyées contre un arbre,

les phalanges qui surgissent de l’obscurité

une mèche qui flotte dans le vent,

une main qui essaye de la rattraper,

comme si elle allait s’envoler

quelques grains de sable dans ma paume,

il brûle et glisse laissant une trace invisible,

il coule comme l’eau devant moi

une vieille âme dans un corps jeune,

des rides sous les joues rebondies,

des yeux qui en ont vu, une bouche qui se tait,

une flamme bleue à la place du coeur

L’âge des nues

Je ne sais pas pourquoi j’aime tant les nuages
Ils ne ressemblent à rien
Ainsi ils peuvent être tout et n’importe quoi.
Navires dans la mer d’un ciel calme
Lampadaires tous doux posés sur ma tête
On m’a toujours dit que j’avais la tête dans les nuages,
C’est sans doute pour ça que j’aime les observer.
Immobiles, silencieux, ils sont si paisibles.
Des barbes de père noël
Des barbes à papa du ciel
Des barques dans mon imagination
Pièces de puzzle qui s’emboîtent
Ventres vides gonflés de silence
Robes de mariées lentement s’approchent de l’autel de l’espace.
Ils ont tellement de place pour jouer à un deux trois soleil
Restent sans bouger, patients et libres.
Sans Frontière, sans règle, ils se déploient.
Je les aime ces couvertures du ciel
Ce sont mes lits imaginaires
Ils me racontent de belles histoires
Uniques à chaque fois que j’ouvre la porte de l’air.
Des wagons de paix dans lesquels je voudrais monter, sauter, danser.
Les nuages sont fiers de ce qu’ils sont,
N’ont pas peur de notre regard face à leurs différences,
Du plus petit au plus gros, du plus beau au plus moche,
Ils se prélassent nus sur la plage ensoleillée de l’espace.
Ils sont si faciles à dessiner, ils font des vagues sur le papier.
Des bouteilles jetées au ciel, des messages codés.
Ils sont les chefs d’œuvre de l’univers
Dessins empilés, collés dans le vide.
J’aimerais que le vent les fasse tomber
Pour les serrer dans mes bras
Pour les coller sur un cahier
Créer ainsi une bande dessinée.
Le ciel est tous les jours fils de saint Exupéry
Je suis le petit prince
Oui c’est comme si je lui disais quand je lève les yeux :
Dessine- moi quelque chose.
Le ciel lui un jour m’a dit
Nous allons plutôt jouer ensemble au Pictionnary
A toi de deviner ce qu’il y a au bout de mes crayons.
Je les ai aimés car ils m’ont fait me poser des questions :
Comment tenir en suspens, dans le vide, comment marcher sans jambes, comment voir sans
yeux où l’on va, comment ne pas brûler sous le soleil ?
Toutes ces questions ont fait d’eux des êtres vivants dans mon monde.
Ils sont ainsi devenus des amis éphémères, de passage, sages comme moi.
Je les ai aimés car j’ai cru qu’eux aussi avaient peur d’exister et que le ciel les grondait et les
faisait pleurer car ils prenaient trop de place dans l’espace.
J’aurais aimé dans l’avion ouvrir le hublot pour les attraper et les cacher dans ma valise.
J’aurais aimé sortir jouer avec eux à cloche-pied.
J’avais peur qu’on leur fasse mal en les transperçant.
Ils sont si silencieux dans leur sommeil
Ils rêvent tout le temps

Des enfants innocents, un royaume posé là, dans la paix, le silence, où la différence n’a pas
d’importance. Tout le monde se respecte à la récréation du ciel. Toutes les formes, les genres
se mélangent dans une atmosphère flottante de bonheur.
Chut, écoutons ce qu’ils ont à nous apprendre : le pouvoir du rêve et la magie de l’imagination.

Ce silence est assourdissant. Tu l’entends ? Non, pourtant on n’entend que lui.
Ce silence-là bruisse, ne passe pas, ne s’estompe pas.
Il enfle e n f l e e n f l e dans l’air saturé de sons.
Il occupe tout l’espace.
Il reste coi dans son opacité croissante.
Il souffle, gronde, grogne tout bas.
Il tisse quelque chose comme un CRI – muet.
Un braille de fantôme qui s’immisce dans le haut de mon crâne.
Le vent hurle pour lui.
LE-SILENCE-NE-CESSE-SONNE-SONNE. IL-ME-PERCE-LES-TYMPANS.

Fragments gastéropodes

L’escargot se love dans le cerveau
crâne éveillé │ microgravité
ralenti sous la voûte des mots
le corps mou sans squelette
enfouit sous les astres de l’oubli
cherche la coquille│ses débris
après la pluie et l’insomnie.
L’escargot s’est échappé
de la boite aux lettres
sa langue rappeuse sur l’enveloppe
creuse des trous │ papivore
papier émissaire d’une absence
la missive illisible s’enroule
à jamais sans destinataire.
L’escargot fait le grand saut
du prunier au figuier
juste à l’instant où tu appelles
voix viscérale │ alanguie
ses tentacules célestes
décélèrent le trouble
pressé contre l’écorce.
Tu passe un pacte
avec l’escargot
il laisse l’herbe folle
celle que tu raffoles
tu lui confies le secret
de ton squelette précaire
ses spirales │ ses volutes
creusées par l’entaille
où il pourra dormir.

Une vie

Des yeux tournés plus haut
bleus│bleus intenses
à chavirer une goélette
dans les Altocumulus
elle déploie sa voilure
elle s’élève dans les lettres
radieuse adolescence
elle retourne le sang
des tocadors à genou
à la corde d’une guitare
elle attache ses pattes
d’échasse sauvage
juvénile
avant la migration de l’azur
vers les Apennins
son dos et ses ailes noirs
deviennent louve
son ventre blanc se gonfle
elle allaite l’allégresse
d’une langue nouvelle
revenue en elle
instinctive│primitive
elle s’échappe
de nos paysages
elle rassemble ses oisillons
leurs fronts│leurs cous
leurs corps fragiles
elle les porte à bout de bras
sur le fil ténu des jours
dans le nid effiloché
de l’agonie précoce
elle offre ses seins gonflés
elle s’imbibe de leurs chants
aria│requiem│oratorio
elle est revenue à la mer
aux cris des oiseaux
ses yeux tournés plus haut
bleus│bleus intenses.

Héliotropisme

Je ne sais pas pourquoi j’aime
les graines du tournesol
plonger mes mains
dans la chaleur des baies
sentir l’odeur embrasée
jusque dans mes draps
les craquer sous la dent
décapsuler le fleuron
jaillir | saillir en spirale
suite de Fibonacci
jusque dans la gorge
la graine multiple
reforme l’hélianthe
interne en demi cercle
cérébral ouvert en deux
propice à l’héliotropisme
prémâchées | remâchées
recrachées | recréées
les germes éclats solaires
s’enfoncent dans les pupilles
tournoiement tragique
d’une réalité jusqu’alors
immuable | inodore
le visage explose au zénith
dans le creux de l’hélix
une vérité corrosive
la fanaison intrinsèque
par l’acte final
de la graine en soi.

Tu ne crois pas

Tu ne crois pas ?
Que les jours se ressemblent
et que ma tête est vide.
Que le chat a très faim.
Que les paroles s’envolent.

Tu ne crois pas ?

Que les hommes se lassent
et que les fleurs se fanent.
Que l’avenir sera beau.
Que nos corps se réclament.

Tu ne crois pas ?

Que j’ai trop de travail.
Que le jardin respire.
Que ce pull te va bien.

Tu ne crois pas ?

Que nos jours sont comptés.
Que le monde est foutu.
Et qu’il faut profiter.