Subversif me dit-il
Je n’aimais pas les lois
Je n’aimais pas les patrons
Les villes cages
Je voulais vivre seul
La montagne
Mener la vie
Accepter la solitude
Liberté garantie
Je n’aimais pas les vestes militaires
Je n’avais pas de famille
Pas de travail fixe
Pas de télévision
Ni voiture
Ni crédit à la banque
Ni internet
Je ne figurais pas dans
Les études de marchés
Les sondages
Je m’étais construit
Dans les marges
Existence subversive
Dans mon époque
On n’écoute pas mes causes
Me regarde de travers
Là-haut
L’espace qu’il me faut
Bloc erratique
Mélèze séculaire
Sous le soleil
Dans le vent
Subversif vraiment ?

Comment apprivoiser la vieillesse ?

D’abord, armez vous de patience – patience et moteurs de temps font plus que morses ni que pages : il se peut que la vieillesse tarde à venir. Ne désespérez pas, elle finit toujours par se présenter. Au besoin, faites des mots croisés ou trouvez un emploi en attendant.

Une fois cela fait, baissez les armes. S’armer et se désarmer sont des signaux envoyés à la vieillesse : nous avons les capacités de tenir le siège, mais nous l’accueillerons en amie. (En réalité nous n’avons pas le choix, mais l’illusion du choix nous rassure).

Deuzio, parlez-lui cinq minutes chaque jour. Le matin, par exemple, avant de vous brosser les dents. L’oublier serait le meilleur moyen de la vexer. Elle ne viendrait plus effleurer nos épaules. On la croirait disparue. Elle nous tomberait dessus à l’improviste, et nous écraserait d’un coup. 

Puis, prenez un objet coupant, une râpe à fromage par exemple. Faites glisser la râpe sur votre visage, au coin des yeux, de telle sorte que de petits sillons apparaissent. Répétez l’opération jusqu’à ce que la vieillesse vienne s’y lover. La ride est le ramage de l’âge. 

Pensez aussi à faire l’inventaire de vos organes invisibles. La vieillesse raffole des organes usagés. Sélectionnez les plus amochés, servez-les dans un petit bol d’argent, comme les croquettes du chat. Vous verrez, dès la première bouchée elle ne vous quittera plus. 

Voilà pour l’aspect corporel. Vous êtes en bon chemin. Mais il vous manque l’essentiel. Pour apprivoiser la vieillesse, il faut aussi transformer votre âme. Commencez par oublier tout ce qui est oubliable. Ce ne sera pas long. Regardez droit devant vous, à l’intérieur, le plus loin possible.

Ensuite, réunissez le matériel nécessaire et fabriquez-vous des souvenirs. Ne lésinez pas sur les moyens, c’est une étape importante. Quand vous aurez tous vos souvenirs devant vous, ils prendront vie et deviendront vos amis. Ils vous diront de les suivre. Suivez-les. 

Levez la tête. La vieillesse est là, devant vous, pour la première fois. Elle est affreuse, régalienne, repoussant remugle. Ne courez pas. Ne fuyez pas. Si vous courez, elle vous rattrapera et vous dévorera. Regardez là en face. Peu à peu, elle vous semblera plus belle. 

Enfin, faites la ronde autour d’elle avec vos souvenirs. Chantez, dansez, changez les os en flûtes à bec. Souriez-lui, embrassez-là. Laissez là picorer dans votre main, et quand il n’y aura plus de grain, fermez les yeux.

Comment faire pour être ?

D’abord, de prime abord, avant tout, retirer tous les conditionnements inhérents à l’existence, un à un.

Chose non aisée car la plupart sont inconscients!

Pour autant, il est fondamental de recommencer inlassablement, sans répit, car les injonctions inconscientes ont la dent dure.

Recommencer à chaque instant volé. Persévérer, jouer de tout cela.

Attrapez le violet de la fleur qui s’épanouit et embaume, l’être est là…

Soyez touché par la caresse d’un rayon de soleil, l’être est là…

Écoutez le silence du sommeil de l’autre aimé, l’être est là…

À un moment donné, par surprise, un voile s’élève subrepticement et l’être apparaît avec simplicité presque timidité. Il a toujours été là mais tellement ignoré.

Il apparaît plein de lumière même en pleine nuit.

Il apparaît avec reconnaissance et humilité d’être enfin considéré.

Il a été patient et accompagnant tout ce temps durant.

Temps qui pour lui n’existe pas.

les organismes sont habitués / leurs parents ont été sélectionnés / complètement « hors nature » / vont finir par se croire au printemps / si le froid nous rattrape, il y aura un crash / il y en a qui continuent à faire des feuilles, alors que ce n’est plus le moment / faire de la photosynthèse, cela leur donne du sucre / ce n’est pas une nourriture équilibrée / les plantes ne vivent pas seules / ne changent pas de mode de vie / il faut aussi penser aux pathogènes / ils meurent massivement / il y a une sorte de purge / il y a des espèces qui ne savent plus très bien vivre / nous devons / faire migrer vers le Nord

Comment devenir un athlète oral ?

Tout le monde le sait, la langue est un muscle. Nous préconisons une approche originale pour la travailler, un entraînement hybride. Il s’agit d’alterner des phases intensives et d’autres plus douces, d’endurance, avant celle de récupération.

D’abord, il faut échauffer, tendre et relâcher, la tirer, la soulever, la soupeser, tirer à nouveau dessus  pour l’assouplir.

Quand la langue est prête, on peut commencer les premiers exercices. On prononce sans effort des mots faciles, sans grande signification, des mots anodins, indéfinis.

Puis, vous passerez à l’étape supérieure. Vous devez toujours et avant tout penser au phrasé, au niveau sonore, à bien faire tinter les voyelle, bien poser les consonnes. Pensez aussi à interpréter la ponctuation, parfois même, chantez-la. 

L’accélération requiert une force cardiaque pour articuler les mots compliqués ou ceux qui engagent. Attention de ne pas vous laisser submerger par l’émotion des mots. Certains sont véritablement traîtres, ils nous terrassent avant même de les énoncer. Certains mots nous assassinent. Pourtant, il faut s’accrocher et les dire tout de même. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour les faire entrer dans le cœur à coup de langue. Il faut que la langue joue les mots, qu’elle les crie si besoin, qu’elle fouette les mots, jusqu’au sang. Puis, il faut enchaîner des mots, des mots, des mots, ventiler, inspirer, des mots, des mots, des mots, maîtriser l’allure, la diction, le souffle, des mots, des mots, marathonez un peu, cela fait du bien à la langue

Dans une seconde phase, on laissera retomber le rythme, l’énergie, la douleur ressentie, lentement, sans pression, en respirant profondément, jusqu’à ce que la langue se relâche totalement, qu’elle reprenne une position normale dans la bouche, positionnée au repos, contre le palais. Alors seulement, le silence pourra réinvestir la place.

A la fin, tous les organes auront retrouvé le calme, au niveau le plus bas, d’avant l’entraînement.

Le manuel

D’abord entrer sous la tente
Se déposer sur un grand tas de pierres comme un cadavre
S’endormir allongée droite comme les rayons d’une roue
Puis dans le froid se mettre à tourner comme un chaman
Aller vers ton corps


Ensuite observer les mouvements de l’amour qui tournoient `une boule de feu dans la neige
Oublier que je suis seule très loin dans un fossé
Oublier la disparition
Deuil deuil deuil

.
Le rouge est une couleur primaire

Le rouge est une couleur chaude

Le rouge est une couleur complémentaire du vert

.

Fillettes en pèlerines et capuchons pointus

Gourmandes elles goûtent les groseilles

Tirent sur les grappes les grains en bouche

Elles avancent le long du pré

À la queue-leu-leu vers leur vie

.

Je tire sur la perle de verre rouge

Et tout le collier sort du bois

C’est connu comme le loup rouge

Cette histoire-là

.

Sort de moi une enfilade

Gouttes de sang pointillées sur fond vert

Carnivores

Printanières

Véronèse sous magenta

Gentils coquelicots nouveaux

.

Étendue sur l’herbe chaude tout près

Le delta de mon estuaire

Source de tout le rouge

Des origines à nos jours

Immobile je bouge

.

L’amour primaire brille sur le pré

Étoiles de mer

Couleur grenade sur fond fougère

De gouttelettes perlées

Sillage voie lactée

Écarlate écarquillée beauté

Rouge et vert

Complémentaires

Tu m’as prise
par surprise
jamais je n’y aurais cru
à cet amour-là

Entre Rosa et moi
tu étais restée seule
quelques années
seule
et
vide
traversée de vents froids
en haut sur la colline

Puis
toi et moi
nous nous sommes habitées

Toi m’enrobant de tes pierres anciennes
m’abritant de ton dos
m’ouvrant par l’œil de tes fenêtres
à l’air à la mer au jardin
et à l’horizon bleu

Je te répare tu me restaures
tu m’envoûtes je t’écris
je te couche tu me touches
en mots je te porte à ma bouche
tu m’aimes je te poème
je te lave tu me berces
ton sang irrigue mes veines
ton sol poli de dalles rouges
les paupières de tes volets jaunes
la lumière arpentant tes pièces
tes murs larges comme l’espace
de mon épaule à mon poignet
et l’ample ciel t’embrasse

Ta faille secrète aurait la couleur de la peur
peur d’un promoteur
l’irruption sur
ton promontoire
d’un
bulldozer crevant
tes entrailles
peur de crever salement
pour le faux saphir d’une piscine
une villa blanche façade liftée dents refaites

Toi tu restes digne
ignorant les menaces
dédaignant les modes et les frénésies
somptueuse et modeste
vénérable
véritable
héroïne du quotidien
sentinelle
fidèle à l’instant
tu demeures

Et silencieuse tu respires
recueillant les images de nos vies invisibles
l’ordinaire les passions les chagrins les rires l’ennui
tu les protèges
entre
tes mains
icônes d’or sauvées de la nuit noire

En haut sur la colline
tu as cent ans
et tu me survivras

Seule sur ton île dans le monde noyé
phare du futur
nos souvenirs pour espérance

Jamais je n’y aurais cru
à cet amour-là
à mon corps habité
à mon cœur transpercé
chaque soir
chaque matin
sur la colline
l’éternité

Ressentir

Écouter, écrire, lire, s’exprimer
Comprendre une langue
S’approprier un lexique
Cela se ressent


Comparer, construire
Adopter la consigne
Confronter par ailleurs
Cela se ressent


Structurer, argumenter
Communiquer, interpréter
Représenter, calculer
Cela se ressent


Attention, concentration, motivation
Coopération, implication, progression
Actions
Cela se ressent
Schémas, dessins, croquis


Bavardages, absences et retards
Cela se ressent
Difficultés, fragilités


Localement ou à distance, s’accrocher
Cela se ressent
Échanger, partager, débattre


Dire l’amour, des poèmes
Cela se ressent
Attitude, comportement, effort


Propositions, dialogues constants
Cela se ressent
Orientation, évolution

Quelques transformations
Cela se ressent
Énergie, matière, climat

Un travail régulier
Cela se ressent
Investissement, encouragement

Compliments
Cela se ressent
Imaginer la vie

L’art de réussir
Cela se ressent
Basculer le rapport de force

C’est bien
Renouer avec le corps
L’humain

Cela se ressent
Il faudra
Poursuivre

Ainsi
Être
Sensible

Avis de situation déclarative pour justifier de vos revenus et charges auprès des tiers

Justifier
Payer
Gérer


contester
se faire délivrer
constater

administration
déclaration
imposition


réclamation
rectification
proposition
cession
sanctions


reste à payer
constater un droit, une identité ou une qualité
contester le montant


procédure de reprise
délai de reprise ou de rectification
proposition de rectification
délai expire, sauf exception


sanctions fiscales encourues


déclaration mensongère
délivrer indûment
avantage indu
moyen frauduleux


une photocopie
une administration publique


pas besoin d’original
Puni des mêmes peines