Lueurs pâles du jour cèdent à la nuit
Mon regard s’assombrit.
C’était quand ?
Le jour fatidique.
Rien ne nous y prédisposait.
Mes yeux avaient confiance,
Tes yeux déjouaient la nuit.
Nos regards dansaient
Sous le plafond de la chambre.
Mes yeux gravitaient
Autour de tes noires orbites,
Profondeurs inconnues.
Mes yeux se sont souvent noyés
Pour trouver l’entrée.
Mes pupilles se dilatent
Même alors qu’on ne voit rien,
Mais mes yeux le sentent bien
L’astre éclairé
Perdu dans ton regard
Qui était-il, lui, dont je ne sais plus rien ?
Le souvenir demeurant
Mon regard est calme à présent.

Les mots courent

J’ai posé ma tête contre sa poitrine et entendu la mémoire du cœur où le souvenir de nous palpitait encore.

Caresser l’air que tu expires, m’inspirer d’un peu de toi, m’asphyxier de bribes de tes rêves

J’enferme dans cette boite la fleur que tu as regardée et j’emporte au monde ton regard au printemps 

Ma langue lèche tes larmes de bas en haut et je remonte aux origines de ta tristesse

Avec mon index scroller la mer jusqu’aux abysses des temps

Sur le sable, mes pas s’enfoncent dans ceux d’une inconnue, je l’entends être je deviens elle

As-tu déjà giflé un nuage pour voir le soleil ?

En colère je marche, mes pieds sont tolérants, ils me supportent.

Mon œil droit dit à mon œil gauche mais ça ne me regarde pas

Sous mes pas, les vieux os du parquet craquent 

Tourner les potards à fond et laisser le larsen remplir le chaos

Je zappe sur les chaines d’infos où un sperme porté disparu tourne en boucle

J’ouvre mon cœur avec cette plume 

Je marche en moi sur des veines noires

Je dessine un arc en ciel et une flèche pour tuer le soleil. Je suis un assassin d’ombres

Dans cette maison je suis entré, j’ai senti l’odeur du temps

Je voudrais léviter sur ce chemin au lieu d’écraser des familles entières

Les rochers qui prennent la forme que je dessine sur le vent

Un bar. Sur les murs des toilettes j’écris le nom d’une femme que je ne connais pas encore

Je t’écris cette phrase que je ne finirais jamais

Tu me griffes et je rougis. Ma peau est-elle timide ?

J’arrose la mer morte pour qu’il pousse des poissons

Hier au Louvre tu as tiré au 357 magnum sur la Joconde et ses yeux se sont fermées

Dans la maison de la vieille dame morte, j’ai retrouvé cassé par terre son chat en porcelaine. Suicidé. Je l’ai enterré au fond du jardin.

Toujours connaître un visage les yeux fermés

J’ai léché ta lettre pour gouter tes maux.

Enfoncer mes yeux loin derrière mes orbites et voir l’usurpateur qui se cache dans les recoins oubliés de mon cerveau

Mon sang passe par mon cœur mais l’analyse ne dit rien des ténèbres

J’évite de remplacer les vieux joints de la fenêtre. Ils laissent passer du dehors un peu de réalité

On devrait accrocher un fil aux pieds de chaque nouveau-né et voir à notre mort le chemin parcouru

Je lève mon briquet et allume une étoile filante au-dessus de notre histoire

Je me suis quitté et mon miroir a pleuré

Chaque matin au réveil, je t’habille avec des mots nus

Il fait noir
la nuit a envahi le monde
mes parents au devant
je suis seule et sage
sur la banquette arrière
je veille
le silence gronde
tranchant
avec le vacarme étourdissant
qui l’a précédé
je regarde mon père
sa nuque plutôt
il joue avec les phares
il est le maître des lumières
il fend l’obscurité
du bout de ses doigts
ma mère est absorbée par le noir
dissoute dans l’opacité
les yeux au loin
elle n’est pas vraiment là
ni vraiment ailleurs
on ne sait pas où la trouver
pas toute entière en tout cas
je scrute l’ombre
j’observe l’habitacle
couple parental sur grand écran
« Est-ce qu’ils s’aiment ? »
le mystère reste entier
la nuit n’éclaircit rien

Le nom

Hier le nom était sur-puissant
d’une énergie folle
une poussée en avant
le nom était magique
oui magique
il exerçait sa magie
dans ma chair et mes os
il palpitait sur ma bouche
nom chanté entre les lèvres
je l’ai vu multiplier mes dents
agrandir ma langue
le nom sur-puissant


Aujourd’hui il grésille
comme un disque rayé
il grésille
il grésille sans s’arrêter tout à fait
il grésille et résonne encore
sur ma peau
j’entends le grain de voix
à volonté
la voix restée dans la tête
surgie entre deux acouphènes
et le nom murmuré


L’air passé ne se chasse pas
il revient avec le nom
cogné au palais
le nom sucé jusqu’à la moelle
sa remontée au cœur
l’air passé charrie
larges lettres du nom
ses enjambées jusqu’à moi
amplitude à l’oreille
pleine du nom
jusqu’à moi

Les mots creusent parfois plus fort que l’opération
On ne nous dit pas 
pas tout de suite
On ne nous dit pas que peut-être, 
c’est autre chose
Les bouches s’évitent et les regards bafouent la vérité
Les murs écoutent mais je ne comprends pas 
La jeunesse ne peut rien ? 
La jeunesse n’est pas invincible ?
Aucune blouse blanche n’apparaît à la maison
La vérité se gorge de mon sang 
Elle parle en rouge
en goutte à goutte 
Bénin,
Malin 
pour le moment c’est la même chose
Il faut apprivoiser le silence qui hurle
Le corps change mais ne mord pas 
La nuit, il me réveille
Il veut me dire des mots
Des mots qui enflent, 
des mots qui raclent  
Quelqu’un veut-il bien me raconter une autre histoire ?
L’espoir accuse le diagnostic
Lisse, 
Posé comme une toile cirée de publicité 
La bascule de quelques secondes
Un nom de maladie qui ne m’existe pas 
traverse l’air mais ne rebondi pas 
Les coins sombres de la mémoire m’avaient oubliée 
Emprisonnée dans la mesure d’un réel bien ficelé
Pourtant à l’intérieur l’opération avait bien commencé
Sans prévenir,
creuser pour empêcher 

J’ai sali mon corps 
à coup d’alcool 90°
Mais rien n’a changé 

Je porte un nom 
Un nom de famille
Un nom de ville
Un nom de maladie 
Et mon corps n’en sait rien 
Mes intestins pensaient bien faire 
Mais personne ne leur avait appris à lâcher 

Les bons mots.

Nos âmes érodées

C’est là
là dans la nuit, là sur la dune
là dans le souvenir qui bat et qui déchire
là sous la pluie
là dans l’orage, les éclairs, le tonnerre et les vagues d’une mer
d’un océan, qui avance et recule dans la nuit
qui gronde, qui hurle dans ma poitrine

C’est là
à l’intérieur et dans tes yeux
comme l’effarement qui se devine
dans la froideur d’une mécanique désincarnée
à laquelle on se remet
pour sa survie

C’est là
un dard enfoncé dans la peau
jamais extrait
qui s’est dissous au fil du temps
a diffusé son poison dans le corps, les veines, l’esprit

qui s’est dissous, délayé, délayé, délayé
et coule dans mes failles depuis 35 ans
un ruisseau qui creuse
mais polit les parois

facteur d’érosion d’un parcours de vie

Ainsi les promesses tenues comme des papillons blancs
Virevoltaient dans un ciel impeccable
Imperceptible bourdon
Chanson bleue

Le chuchotement des machines qui s’aventurait sans filet
Sur le monde allongé somnolent

Une marée ronflante sous un été béton
Une marée de terre bouillante
Le soleil grumeleux penchait tout à fait
Pour obtenir ce matin épais de métal chaud

Ainsi le ciel au loin souillé comme un évier qu’on néglige
les ailes engluées dans le ciment du jour
un gymnase ou un Super U

Est-ce que je suis un personnage ?
Non.

Est-ce que je suis un animal ?
Non.

Est-ce que je suis une divinité ?
Non !

Est-ce que je suis un objet ?
Non.

Est-ce que je suis animée ?
En un sens.

Je suis végétale ?
Non.

Est-ce que je suis un fait ? Est-ce que je suis arrivée ?
Une seule question. Non.

Est-ce que je suis un phénomène ? Une sensation ?
Une question. Oui.

Est-ce que je suis vert-de-gris, parfois rose pâle ?
Est-ce que je suis lisse et parfois pas ?
Est-ce que je guide les animaux ?
Est-ce que j’accélère le cœur et raccourcis le souffle ?
Est-ce que je suis insaisissable comme une poignée de gouttes ?

J’ai trouvé ce que je suis.

quand tu ne me verras plus
comme un gouffre au milieu de ta vie
ne crois pas que tu pourras m’oublier

je serai toujours là
dans tes yeux au petit jour
dans les gestes des gens comme nous
dans leurs paroles
dans tes vieux albums
dans mes choses
dans mes lieux
dans tes nuits

non
ne crois vraiment pas que tu pourras m’oublier
toujours ce sera moi
cette douleur qui te vrille les tripes
ce gouffre de triste

dans toi

Des nids d’hirondelles

Quand mes yeux tombent dans les poches de mon pantalon
Comme les flaques de novembre
Ne crois pas que je suis soumise à tristesse à petitesse ou à l’hiver

Quand le sourire m’efface de mon propre visage
Comme les alphabets à la craie sur le tableau aigu
Ne crois pas que mon cœur deblaie de la suie au fond de la cheminée du charbon dans les alvéoles

Quand les larmes s’egouttent une à une roulis salé sur la joue
Comme une dentelle liquide
Ne crois pas que l’âme devienne peine bouillie chapelure

Quand le verrin de l’énergie rétrécit son rythme
Comme une courte paille
Ne crois pas que l’effort se tait se chappe se calcifie

Quand mes doigts se dérobent à fabriquer
Comme une sanction
Ne crois pas que la voix est muette rance et engoncée

Quand l’aurore déverse ses filaments sur mon visage froissé
Comme un buisson de ronces et que
Le soleil m’embrasse venin abrupt
Alors que je m’éveille sur un lit d’hirondelles
Ne crois pas que l’échoppe de mon envie ferme à heure fixe

Elle tire la sonnette d’alarme sur les dessins en grisaille
Au sommet du terril
Mord la sciure
Traverse les champs d’armoise
Fait mousser la poussière