Le ciel laiteux en bord de mer,
le froid pénétrant jusque sous la peau,
une étendue de sable sur lequel
de rares personnes
emmitouflées
marchent à contre-courant
du vent.
Un chien blanc, fox terrier,
les précède.
Ils baissent tous la tête.
Moi aussi.
C’était l’hiver juste avant.

Etincelles de soleil,
ils sont presque nus,
le sable se recouvre de ces corps étendus,
odeur de crème solaire, de beignets gras.
Un chien blanc cherche
l’ombre
inefficace d’un parasol
coloré,
sur lequel une marque de boisson
trop sucrée
apparaît inscrite
en lettres penchées.

Je me lève,
cours vers l’eau,
y trempe les pieds,
nage quelques mouvements
de brasse,
marche
sur le sable encore mouillé, puis sec, puis brûlant.
Je cherche des yeux le paréo qui est le mien,
mon corps désorienté par le courant et par la foule
d’un 14 juillet.

Etre un corps fantôme et visiter sa propre existence
visiter les êtres autour
visiter le Réel
fantomatique
être sans consistance
sans contour
sans visite
être son propre visiteur
dans son propre viseur
être son propre fantôme
se hanter soi même
être brume et brouillard

se dissoudre
se débattre
chercher le grain qui résiste à la désagrégation
le grain de la voix
le grain des corps
corps de sable ou de papier
voie de choix, viseur de soi
être ver et souffle
se rabibocher soi-même
être un corps de voix
voix de sable ou de papier
et fabriquer un machine bien huilée autour des grains de soi

Je suis devenue

J’ai été belvédère face au paysage sans jamais me perdre
je suis devenue vertige à quatre pattes sur la roche effritée
j’ai été souffle de suffisance jusqu’au cime sans jamais chuter
je suis devenue rugueuse|lancéolée jusqu’aux racines|tentacules
j’ai été lisière d’arbres centenaires sans oser les embrasser
je suis devenue épaisseur|strate muscinale|feuilles desquamées
j’ai été passante de l’autre rive croyant connaître celle d’où je venais
je suis devenue truite|arc en ciel|fusiforme en zone humide
j’ai été romantique falsifiant la nature de miroir et d’état d’âme
je suis devenue rampante|je mange les orties|je lèche les mues.

Viande ou bois

J’étais de la viande. On me l’avait dit, toute en muscle et en nerfs. Résistante. Cette bouée qu’on nomme corps, je surnageais. Je pouvais aller loin. J’étais steaks bien saignants pour courir le 100 mètres. J’étais coeur fortifié et souffle ralenti, la pulsation en décompte de mes résultats sportifs. J’étais oeil vif et sang frais à la veine, juteux, bien rouge. J’étais cette combinaison gagnante, l’efficacité, l’endurance, la foulée longue, élégante. Cuissot de biche. Jusqu’à ce que quelque chose cède, ce point de bascule où le corps ne répond plus. Les paumes moites, les membres tors. Par où passe le corps. Fait grève, titube, tombe. Se sclérose, se bloque, prend ombrage naturel de ce qui jadis était lumière. Je suis désormais ce bois dur, vivant mais inerte. Je suis composée de branches infléchies, raides, gelées dans leur propre sève, dans leur jus d’arbre. Je suis devenue cette écorce qui craque sous le moindre mouvement, qui crépite sous sa main.

Je suis devenue ce tronc qui peine à pousser droit vers la lumière.

Devenu chien

Ce que j’étais pure armure
100 % renforcée
contre le harassement
trajectoire ferme : droite
devant s’évanouissaient les doutes
j’étais bulldozer qui aplanit
les routes plus jamais bosselées
rectitude dans le regard
qui aplanit les revers
de médailles
jusqu’à la chute
mailles fendillées du coeur
devenu chien dressé
à se relever à la force
de la laisse queue basse
traînant arrière-train
pièce maîtresse rangée
à son fourreau la truffe
nettoyant le ciel
vautré dans sa fourrure
le poil dans le prolongement
de l’œil tressé noir
le jappement d’homme
sous l’animal

L’homme qui danse

L’homme qui danse
Un fou, un roi
Une âme sensible, celui qu’a les clés du paradis


Avec des Jambes de sportif
Et l’âme d’artiste
Fort avec des pieds doux comme des nuages
Il Marche sûre, certain qu’un jour changera ce petit monde
Monde injuste mais incroyable


Un nouveau monde fait de désir et de luttes
Un monde où les rêveurs auront toujours les meilleurs places
Un monde sans frontières où la mer chante


Un jour nous serons prêts à toutes les folies
Ce jour finira jamais, sera comme des vacances
Pleine de neige et soleil
Où tout sera possible.
Ça sera le monde qu’on veut.


Des danses jusqu’à l’aube
Avec des envies infinies
Qu’est ce qu’c’est ?
Un oiseaux un être humain
Il y a pas de réponse
On peut tout imaginer
La pensée c’est la clé de l’avenir


Ce jour sera beau et bleu
Il sera comme un rêve
Un monde de notes musicales
Un monde avec de belles couleurs à douter de la photographie
Un monde pas éphémère
Un monde nature
Notre petit grand monde
Où nous serons ce que nous sommes

j’ai été vierge au mât de colère
j’ai été mât vert de colère pour les vierges
j’ai été polisseuse d’angles pourvu que la guerre n’éclate
j’ai été suivante et plus que bretelles propres à remonter le moral fixe des parents
j’ai été sourdine à grosses graules
j’ai été entomologiste de psychés

je suis devenue louve à plein temps ligne léchant ce qui louvoie semeuse de désirs à récolte précoce
guerrière désarmante je suis devenue la putain de mon monde pour que rien
ne m’échappe

Vague et rivage

J’ai été l’eau tranquille coulant paisiblement comme celle de la fontaine, se perdant sur le sol quand personne n’avait soif. Gouttes sans importance que nul n’osait goûter. Un jour, tu as eu soif et tu t’es arrêté là juste devant moi. Tu as bu
de mon eau.

Alors, je suis devenue vague découvrant son rivage, je venais caresser par les jours magnifiques, le grain de ton corps sage ; tu défaisais le mien, voyais mes paysages. Je venais t’embrasser tout au bord de tes yeux. Par les jours de pluie, de gros temps, de tempête, je lêchais toutes tes larmes, mêlais les miennes avec.


Fou, tu prenais mes baisers comme des milliers d’embruns. Tu t’es même perdu dans mes cheveux épars. Arabesques, étincelles t’entourant tout entier.

Flux, reflux. Vague et rivage infiniment s’enlacent. Ensemble, nous sommes devenus ce mouvement éternel.

En dents

Tu as été cette enfant avec un trou à la place d’une dent de devant. Tu as pleuré, mais pas longtemps. Tu passais ta langue sur ta gencive, c’était doux, un peu bizarre ce trou. Tu étais fière, grande, ils allaient voir à l’école.


Tu es devenue cette femme qui encadre de rouge le blanc de ses dents définitives. Tu marques mon col, peins mon cou de tes lèvres, mais ça c’est un secret. Tu souris beaucoup, il faut arrêter. Ça me donne envie de t’embrasser, de devenir à ta bouche moi aussi définitif.

Aménager le destin

Quelque part ou partout

J’ai été con 

Je suis devenu un vieux con

J’ai été sportif

Je suis devenu mou du genou

Du reste

Tout le monde a été jeune

Plus tard tu verras

Quelle heure est-il

Quel moi sommes–nous

Quelle moissonneuse boiteuse

Récoltera le temps passé

À ne rien faire qu’attendre

Encore et toujours 

Ton tour viendra

Aménager le destin 

J’étais déjà en creux 

La ronde bosse devenue