Le corps dit le grain dit la trace
Qui dit trace dit corps dit voix

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Une bonne journée c’est
l’été, le matin, les fenêtres ouvertes
ta peau fraiche, tes fesses à l’air
libres.
Ton envie de brioche, tes lèvres goût café avant
l’après-midi Méditerranée
tu veux du sable
et moi une glace
on fait les deux, je t’aime
salé.
On couche le soleil
couleurs Kennedy
demi pêche et PAC à l’eau,
plus de glaçons c’est l’heure,
déjà. Au lit,
couvrir tes fesses,
te lire les mots d’un autre et
t’endormir la main sur mon sein
avant de me dire à
demain.

Des oiseaux ont chanté cette nuit. Furtifs et assourdissants.

Ils sont le vent, ils sont le feu, ils sont cette tempête ardente qui emporte tout.

Des oiseaux ont chanté laissant le vide dans cette matinée orpheline de la douceur d’une nuit qui la précède.

La matinée ouvre un oeil, maladroite , sans savoir quoi faire du corps de la nuit qui n’a pas dormi.

Tu habites la guerre.
Un pied à terre l’autre en charpie dans cette maison à ciel ouvert.

L’herbe folle continue de pousser dans le jardin d’enfant.
Tu t’assois sur un banc, dos à l’immeuble brûlé et craquelé comme un morceau de charbon.
Il manque à ce lieu le bruit des voitures ; cette place hurle un silence de plomb, on entend l’herbe pousser.
Tu ne fais pas attention à cet immeuble dont chaque fenêtre est tombée, comme des larmes arrachées à ces orbites désormais noires, aveugles aux vies qu’elles renfermaient.

L’ombre au sol te dit qu’il est midi mais ton téléphone t’embarque ailleurs. Que font les amis à cette heure ci ?

Habiter la guerre , faire comme si la vie normale continuait parce que des hommes et des femmes nous protègent plus loin.

L’herbe te gratte les chevilles, tu ne vois pas ce reporter qui te prend en photo, tu ne vois pas la photo que tu pourrais prendre en train de vivre comme si de rien n’était dans ce décor de crèche apocalyptique.

Peux tu faire un selfie  ? Quel visage montrer ? Quel décor exposer ? Faire comme si la vie continuait sans les wagons d’images habituelles. Mais il te faut aller les chercher ailleurs ces images parce qu’ici le point de fuite n’a plus le même horizon.

Toujours cet immeuble derrière toi que tu refuses de regarder. Cet ensemble troglodyte recouvert de charbon noir , sans dessin pariétal , offrant comme souvenir cérémoniel cet autel immensément noir recouvert de ce lierre funeste, ce néant indéchiffrable, informe.

À chaque message reçu, ton téléphone carillonne. Chaque nouvelle de loin rajoute à ta journée un nouveau créneau horaire, ces petites barres de minutes autour du cadran, les gardiennes zélées et immobiles du temps qui passe.
Chaque sonnerie te confirme que la journée passe sans que celle-ci ne t’échappe totalement éloignant les journées de demain colonisées par l’incertitude et la fureur.

Le reporter est parti, tu lèves la tête dérangée par autant de silence, tu ne sais pas que ce banc sur lequel tu es assise va faire le tour du monde. Ta vie t’échappe-t-elle à ce moment là ? Cette image que tu veux donner à tes journées vient d’être volée. 
Dans une semaine une amie t’enverra cette photo découverte dans un article anglais et te demandera si tu t’en souviens. Peut-être, rajoute-elle, qu’à cet instant vous étiez toutes les deux en train de vous écrire.

Tu ne te souviendras pas de cette journée, dissoute dans les autres, toutes semblables mais à peu près normales du moins selon le soin et la volonté que tu apportes à en faire des journées un peu hors de la guerre.

Bréviaire du concept en étreinte

L'attente

Ce serait un jeu, une oppression parfois jusqu'à la joie, tout chiffre devenu vain : regarder le monde exactement sans toi.

L'image 

Ce serait un don sans dette qui donnerait un au-delà à la chambre, sans qu'il n'y ait rien entre nous que l'air des caresses.

Le lit 

Il serait seulement son nom sans souci de façon ni de matière, forme parfaite pour nos tableaux soumis à nul regard, cadre ne se souciant pas d'être dépassé, surtout ne voulant pas être dressé.

La main 

Je la regarderais, tienne, chaque fois dans le monde. Elle serait le multiple et le mouvement, et toujours l'ironie double : insinuation pour courtoisie, effleurement pour impatience, gifle pour passion.

La joie

La joie elle serait tout, presque rien. 
Toujours voulant celle de l'autre pour la sienne.

La vague 

Elle ne serait pas que précision, mais une répétition toujours changeante. Tu serais surprise. Rien n'irait de l'avant, rien ne tomberait. Par la danse, il n'y aurait plus ni dedans ni dehors.

L'horizon 

La lumière serait à plat comme porté par une eau sans vague pour aboutir à ton triangle touffu, niant seul la géométrie pour la luxure.

Miroir 

Ce serait des renversements à foison : tes mains appuyées comme si le mur était terre, nos regards parallèles pour que nos yeux se pénètrent, l'oeillet  à la joie d'être bouche, toi régnant d'être inclinée.
C'est un rêve. Une lande petite, chambre sans mur. Les couleurs sont ignorées. On ne se demande pas d'où vient la lumière, sa pauvreté. Une main à 3 doigts : les langues. Il n'y a pas d'ailleurs, même si autour d'une table, l'ennui et la peur, dans le calme, abattent leurs cartes, face à face. L'amour révèle tout l'intérieur, d'un coup. On ne sera jamais plus profond dans le temps

C'est un souvenir. Le blanc est lumineux et lent. La multitude n'est pas de ce temps. Le nombre n'a pas de mot, ni l'unique. La main maintenant se tend : le vide est connu alors. 
Je voudrais un don pour vous, mais le gravier luit seulement dans mon eau. Le vôtre existe.
une bonne journée ce serait un étang vert calme et du bleu
une bonne journée ce serait un miroir humble
une bonne journée serait courte avec cinq saisons nettes
une bonne journée ce serait une peau impavide
une bonne journée ce serait le conditionnel dans ta cage
une bonne journée ce serait du ciel dans la grotte
une bonne journée ce serait cendres donnant lumière
une bonne journée ne dirait rien contre le silence
une bonne journée laisserait un chiffre sans écho
une bonne journée un fruit posé faisant de la table un autel
une bonne journée c'était un pli dans le temps à venir

Début du jour,
Sons pensés
Siffloteurs
Rien,
État de mon âme
D’une journée
De chants de l’aube
Acharnés
Entre hier
Mal accordés
Moments de demain
Résonnant
Les silences déplacés
Outre tons
Bleu du ciel
Je murmure
Je poétise,
Je sons,
J’art,
Je rêve,
Je larmes,
Je joie
Je désert
Je compose
Je recompose
Je décompose
J’étonne
J’étrange,
Je mouvement
Je style,
Je miroir
Je solitaire,
Je radical
Je dissone
Je déphase
Je sature
Je silence
Je mille-feuille
Je mille peuples
Je mille échos
Je jeu
Je scène
J’exil
Je haute Couture
Je nuage
Je pourchasse
Je sonore
Je gamme
Je brève
Je cache-nez
Je infinie,
Je source
J’improbable
Je rêve
De sons vers l’intemporel
Vers le bleu du ciel
Vers les sous-entendus
Qui refleurissent
Je poétise
Je jase


« Ne pas mourir au moins avant d’avoir allumé pour jamais un brasier de mots tellement clair et brûlant qu’il semble les choses mêmes ».
Alain Borne

Que voient les nuages
Lorsqu’ils rêvent éveillés
En Blue Monk ?

Une suite sans fin

Il parait qu’il existe un endroit où les chiffres sont rois, où ils valsent sur un son répétitif et constant. C’est un monde où les humains n’ont plus de mots et plus aucune issue non plus. Ils restent là, enfermés dans des lieux clos en s’agitant à l’intérieur, parce qu’ils vivent tout de même et que le propre de l’animé c’est le mouvement. Ils croient à leur affaire, ils s’affairent pour de vrai. Les chiffres et les nombres arrivent sans cesse, par centaines, par milliers, par millions certains jours.
Ils dirigent tout là-bas. De temps en temps, on entend une voix qui semble venir de loin. Elle est à la fois douce et obligeante, irrésistible et impérieuse. D’un timbre monotone, elle énumère des listes de numéros, les hommes et les femmes font semblant d’y comprendre quelque chose et alors ils se mettent en marche. Les enfants suivent, ils sont bien obligés. Ils ont appris à se taire aussi. Ils ne posent aucune question. Ils ferment les yeux. Ils se dirigent à l’oreille. Chiffres impairs à gauche, chiffres pairs à droite. Doublons, ils montent et quand la liste excède trente suites déconcertantes, ils redescendent. C’est leur quotidien parait-il. Ils mènent une drôle d’existence mais on m’a dit qu’ils en redemandaient encore, qu’ils en voulaient toujours plus. Ils prient la voix pour qu’elle continue d’énumérer, été comme hiver, nuit et jour, dimanches et jours fériés compris.
Elle est leur seule direction en somme. Ils ne sont ni heureux ni malheureux, ils ne semblent pas souffrir. Ils suivent les traces numériques voilà tout, ils ont décidé que c’était leur destin. Ils sont comme endormis, hypnotisés, ni vivants ni morts. Il y en a que ça sauve d’enlever l’idée de la fin comme ça.

Arriva une fin de journée d’école,
Et le lendemain,
Le premier jour des vacances.
Les anges n’étaient pas présents
De ce côté du jour,
D’ailleurs non plus de l’autre côté de la rue.
Tu étais Goldorak, et moi Spirou
Tu ne dessinais comme personne
Le prince Actarus,
Ce jour-là, des ombres
Se rassemblèrent,
Étrangement dans la cour d’hier,
Étrangement sans lumière,
Ta perruque
A été couché par le vent
Par le vent de mes mains
Je sais bien,
Ce n’était pas exprès,
Mais ce jour-là,
La lumière avait décidé
D’attendre dehors,
De l’autre côté
Avec la bêtise
Existante.

J’ai ri,
En cette fin d’après-midi
De cette perruque
À terre.
Ce jour m’a assez appris,
Je crois,
Je vais vers la nuit.

Le monde
Me ramena à l’existence
Lorsqu’en passant
Devant le cimetière,
L’éternité comme évidence
Tes parents,
Aucun miracle.

Je compris,
Ce jour-là
Que toutes les prières
Ne pourraient
Calmer, le noir,
Le noir de mon geste
De la non-douceur des feuilles
Tombées,
Non accueillantes pour l’éternité.

J’ai épluché des rayons de soleil,
Sans aucune lumière,
Sans aucune musique,
Plus de mélodies,
J’ai rêvé ; sans aucune étoile
Alors, regarder la blessure,
Et affronter l’entaille
De cette journée de retour de vacances
Nous avions 8, peut-être 9 ans
Nous étions en CE2,
Les anges, dans l’urgence
De ce côté du jour,
En apesanteur
Tentent de réconcilier
Actarus ne retrouvera plus
Sa planète
Et Spirou
Orphelin
Loin du bonheur et de l’amitié
Perdu,
Aux bords de l’infini,

Le bonheur est toujours un travail en cours

Papiers déchirés en aube mauve
balles de revolver en rayons de soleil
tasses retournées pour ascension de fourmis
fleurs sacrifiées en porte ouverte
bouches à voix mâchées-recrachées
contours effrités de dessins de craie.

Pots cassés en chemin de retour
morceaux de peau de fatigue de pieds
résine de pin au fond de cuillères
huile de lavande au bout de doigts secs
débris de miroir en quart-de-lune
cire de bougie bleue sur paupières.