Maintenant

Ton effacement sera ta façon de resplendir

Ce quelque chose qui te disait son poids, sa forme, sa mesure, sa grandeur, tu ne l’entendras plus

tu ne sauras plus expliquer le monde

Ni savoir qui il est

Tu seras dedans le jour et le nuit

Mais tes yeux seront des grottes

Des morceaux de roches gravées

tu remarqueras ta trace, quelque chose de toi 

En passant quelque part

 sur le fragile espace 

Tu laisseras le peu de jours que tu détiens filerUn éclair

 lent poussera sur ton épaule

Tu seras le réceptacle du coeur qui bat

Vanités

Tu déjoues la calcification des cerises
tu enfreins la loi du velours et du vermoulu
tu regardes : l’étang qui baigne les racines sans futur
les koï qui œuvrent sur l’aval des prières
tu préfères, bien sûr, les nymphéas
tu demandes « qui déferle sur l’horizon que l’on n’a pas vu ? »

tu oseras dans un an
l’oxyde de fer sur la laideur
la rousseur d’une peau surexposée
l’étymologie inversée de la rivière

en ce moment, il fait jour il fait chaud il fait lourd

il pleut des anémones
de mer
une conque de pierre ensablée dans le Sahara acide

tu enveloppes la terre
tu neutralises l’insonorisation
tes pupilles font face au vent salé
ton corps délabré fouette le paysage
comment ? tu étires tout ton être jusqu’au figuier

tu n’entames pas la délicatesse des éléphants

un long roulis élégant
un serpolet dans l’eau de vaisselle
par le soleil, obligé
d’exhaler le noyau d’une cerise caché sous une feuille

tu trempes dans l’ère duveteuse
tu saccages le désir
comment es-tu arrivé jusqu’à moi ?
tu es un camélia violet
tu absorbes les colères
au printemps, les recraches,
en été, les enterres,
à l’automne, les fracasses
et les piétines tout l’hiver

et là ce dimanche
tu seras aspiré tes mains se poseront soudées à la balustrade
tu sentiras la mémoire du métal dans tes os
tu entendras la voix des mains qui ont touchée la balustrade il y a 333 milliards de secondes
tu sentiras la voix caresser tes mains qui seront douces comme la suie
tu seras touché par la voix par tes doigts par la moelle de tes doigts
tu seras traversé par l’ombre des mains de la voix
tu sentiras tes acides percer l’ombre en étoile
tu verras par les trous la lumière te parler
tu sentiras la lumière en toi se couper en écho pluie de cris saturés
tu te sentiras ouvrir la pluie avec ces mains d’ il y a 333000 milliards de millièmes de secondes
tu seras envahi par l’horizon intérieur seulement
tu seras invité à mettre ton doigt à angle droit
tu écouteras la voix et tu scrolleras la mer jusqu’aux abysses de toi
tu  goûteras l’écume de l’inconnue
tu seras caressé au cœur léché à l’hippocampe sucé au cortex
tu  retrouveras la voix dans l’infime

maintenant tu es devenu ce que tu es
tu es l’éponge du Fenua
et tu as aspiré toutes les mers
tu as lavé ton corps au commencement de tout
tes yeux ont volé le feu aux dieux
tu brûles tu es poussière d’étoile muette
tu enfonces ton index dans ta bouche
lève le au mistral
tu sauras d’où vient le sens des choses
monte tes yeux au ciel vers le fantôme d’un nuage ours
attend qu’il change mais
il te pissera dessus
tu te diras que le dimanche soir même les nuages sont
tristes

C’est un voyage

C’est un voyage. Des ombres de passants ont surgi du désert. Un chien aboie qui déchire le silence.

On voudrait s’accouder au balcon des vestiges. On regarde la mer, on tait car le silence est criant d’inconnus.

C’est un voyage. Les profondeurs fourmillent de reliques insaisissables.

Des ombres sillonnent les dalles opaques et piétinent vivement les bouffées de tiédeurs.

On évoque la source.

C’est un voyage. On ouvre grand les yeux. On chantonne en silence des airs lointains d’avant qu’on soit.

Un chat grille son poil sur un sentier pétré.

On isole une forme, une image, la parcelle d’un présent que l’on voudrait toujours.

Et l’on pressent le chemin qui s’étire comme une mue lascive et suspendue.  

Méiose trip

Vos paupières sont lourdes. Sentez que vous n’existez presque plus. Sentez-le.

Maintenant, éprouvez le feu qui vous transperce. C’est un glaive dans votre poitrine, il pénètre votre cœur derrière vos côtes, exactement entre les deux ventricules, et il en tranche la chair en deux coups successifs, de haut en bas puis de bas en haut.

À présent vous voyez vos deux cœurs séparés battre et flotter dans une lumière rougeâtre, côte à côte mais distincts, et vous seul.e savez ce qu’ils sont, or-pierre, ange-démon, ce sont là des exemples banals de dualités, mais vous, vous expérimentez quelque chose de beaucoup moins grossier, quelque chose de beaucoup moins concevable : votre division ; qui n’appartient qu’à vous ; unique, inconcevable, indicible.

De plein fouet vous recevez cela : votre propre division.

Désormais, vous n’existez plus pour la voix qui vous parle. Vous avez pénétré dans le monde réel. Respirez.
Vos deux cœurs séparés battent à des rythmes différents dont l’assemblage est harmonieux ou chaotique. Écoutez-les.
Lorsque vous aurez bien entendu le chœur de vos deux cœurs, une voix s’élèvera de vos lèvres et

Avec ou contre ou entre eux, vous

Chanterez.

Plus tard peut-être, après le silence, vous ouvrirez un œil, puis l’autre, et vous retournerez dans ce monde-ci. Vous aurez tout oublié : la méiose la musique votre voix et l’air que vous chantiez.
Il n’en subsistera, peut-être, qu’une seule note.

Juste mon cœur qui cogne

« Le temple est en ruine en haut du promontoire » 

Cette voix qui n’est pas mienne. Pourquoi ? 

« Et la mort a mêlé dans ce fauve terrain »  

Je récite le second vers.  

La troisième, le lycée, le professeur, 

Alexandrins, scansion, assonances, 

Musique antique, paysage champêtre, 

Dieux, pâtre, satyre puant aux pieds de bouc, 

Naïade sans défense au bord d’une source fraiche. 

J’ai un carquois d’or. Heredia. 

Chevelure blonde roulant sur mes épaules. 

Son solitaire d’une flûte. Je suis Pan. 

Orchestre, rideaux cramoisis, 

Troisième rang, La Mer. Debussy. 

Sur le haut de la dune aux carex,  

Assis, les yeux noyés dans l’océan. 

Elle émerge du flot.  

Le vent la noie lentement dessous le sable. Disparition ! 

Illusion ? Personne sur la grève. Un rêve ? 

Ressac incessant d’un fracassant souvenir. 

Un tunnel sombre sans fin. Cet accident dans ce tunnel. 

« Les déesses de marbre, et les héros d’airain », disparus. 

Seuls demeurent mes alexandrins lycéens. 

Enterrée. Solitude morbide. Elle a rejoint l’antique ruine. 

Plus de plage, plus de dune, plus de temple, 

Plus rien. 

« Juste un cœur qui cogne dans le silence de la mer » 

à qui veut savoir
je n’écris plus à l’encre ______ sur du papier
______ ______ ______ _____ pas le temps

l’enfant s’est réveillé
le cas échéant __ peut-être __ éventuellement
j/e ______ ______ ______ ______ _ humilité
promets ce que vous voulez ______ ___ tout
j/e ______ ______ me ______ ____ _soumet
______ ______ ______ évitons les questions

boirai en silence votre médiocrité

_pour ceci cela et le reste
voilà ______ ______ ______ ___ sans espoir

______ ______ joint mon CV

ne dis rien __ de qui je suis ___ce que je fais
sans rêve __ j’ai traversé la rue __ sans trêve
j/e ______ _____ fille sage _____ _____ rien
sourire cousu main ______ ____ immaculée
______ ______ alignons les astres ____ oui
reste disponible ______ ____ ______ docile
juste comme il faut ______ où vous voulez
ailleurs _je n’ai aucune idée conviendra aussi

j/e suis joignable __ ici__ et là
sans sourciller vous __ salue __ sincèrement

______ ______ dans l’attente

regard baissé _____ __ vous fait la révérence
______ ______ ______ ____ remerciements

Un peu de rien,
Rien…
Je ne sais pas
Je n’en sais pas plus que toi
Et je ne vois pas comment ni pourquoi j’en saurais davantage
Je n’en sais rien, j’ai bien cru que parfois…
Mais parfois le pourquoi ne dit rien du comment
Et je ne sais pas pourquoi tu me demandes comment 
Et c’est qui, et c’est quoi et c’est comment tout ça 
Une forme confuse qui surgit d’un peut-être 
Un fluide qui coule d’une pluie de vacance
Un vent de vide qui en dit long,
Un petit rien dont je ne sais pas comment ni pourquoi il est là
Et qui s’en va courir et mourir je ne sais où 
Là où personne ne va car je ne sais pas comment 
Et je ne saurais jamais ni de qui ni de quoi
Ni pourquoi je ne sais pas 

nothing less than real

sometimes i feel like falling in a hole / and my eyes are getting away / maybe there are in Hawaï or something / chepa /  it’s good for them / they must rest / so i put some liner / i still have my fingers so I just put it / and I put my shoes / and I put a pants / the red one / and I go on the street / and I’m smiling / and everybody is looking at me / because I put my skirt / en dessous de mes hanches / so nobody can see that I have no eyes / today my whole face took a day off ////////////////////////////////////////////////////////////////////// 


je connais plusieurs manières de dire : rien 
je connais plusieurs manières de dire : oeil  


quand la langue se détache et part je ne sais où sans prévenir j’expérimente le rien en secret 
je me cache je fais un bowling contre moi-même 
en grande professionnelle je perds contre moi-même 
l’espionne au fond de moi tombée au fond du trou sourit 
elle a une bouche invisible car il fait très sombre là-dedans 
elle sourit pour 
personne elle essaye de prendre dans ses bras de bercer quelque chose pour cela elle replie ses bras contre elle-même 
elle chante NOTHING LESS THAN REAL ( FULL VERSION ) de Britney Spears car c’est sa maman de coeur
et pour tenter de créer une situation elle fait apparaître une douche dans son vide et elle se masturbe avec ses doigts car il lui reste ses doigts eux ils restent attachés à quelque chose
ça créer un sentiment rassurant de confiance 
ça créer une expression 
ça créer le dicton universel 


QUAND TOUT BRÛLE IL TE RESTE TES DOIGTS


chepa 
ou alors 


WHEN YOU SINK YOU STILL HAVE YOUR FINGERS TO SAVE YOU


je connais plusieurs manières de dire : doigts 
je connais plusieurs manières de dire : rien 


je me cache je rends les armes contre moi-même j’ai perdu de peu 
la transpiration coule sur mon visage de rien 


WTF DID U DO WITH YOUR MAKE-UP SAYS BRITNEY 
IDK MOMMY :/ 


avec la monnaie qui me reste du bowling j’achète une pizza surgelée je la mets dans le four j’allume et je reste devant la vitre en attendant j’attends le retour de mon visage et je la laisse brûler dans le four à 250 


250 km me sépare de toi 


je provoque ma bouche pour qu’elle revienne quand elle revient je te crache dessus 
OOPS I DID IT AGAIN IDK WHY I SAID THAT 


J’imagine un grand feu dans ma tête j’imagine l’explosion de la pizza dans le four 
l’explosion du four dans mon chez-moi 
j’imagine avoir des yeux de remplacement et constater l’explosion de ma maison dans un périmètre de 1
10 
100 
250 km 


tu es à 250 km de tout de rien. et de moi 


j’aimerais que ma bouche revienne sous la forme d’un aspirateur à tout et à rien 
et mes yeux se changent en lance-flammes 


? ? ? ! 


avoir des superpouvoirs et partir sur l’île magique où les éléments composants mon visage se réfugient parfois 
nulle part 
faire super rien 
bronzer nue lancer des canons enflammés dans l’eau 
voir la fumée qui flotte au-dessus de la mer créer une sorte de brume sauter sur moi-même et compter les points 
regarder la fumée flotter au-dessus de la mer lancer un autre canon puis encore un  de la poudre blanche sort de l’emplacement ‘oeil’
SO NOSTALGIC </3 LETS TAKE A LITTLE BREAK TO THINK ABOUT THE COLOR OF THEM : GREEN 


les voir se diriger vers l’eau s’éteindre puis s’évaporer 
REPEAT THAT 250 TIMES A DAY TO SPEND TIME 


155,343 miles 
you go swimming in your childhood village to relax because yes life is good but sometimes life is….  i don’t knooow 
water burns you 


WHEN YOU SINK YOU STILL HAVE YOUR FINGERS TO SAVE YOU
IT’S NOTHING LESS THAN REAL IT’S LOGICAL
C’EST L’ENDROIT DE RIEN QUE TU AS CREUSÉ EN MOI QUI S’ÉTEND

J’étais une enfant sage sous le regard prééminent de ma mère,
Je dévore désormais tout ce qu’il me reste en tête de ses yeux noisettes
Je me réfugiais dans l’ombre où je me suis perdue et condamnée à l’oubli
_____ Mais je n’ai plus peur ni de l’obscurité ni de la lumière
Je suis celle qui regarde aujourd’hui, sans chercher à être vue


J’étais étanche, fermée à la rencontre de cette altérité en moi,
_____ suspendue à des mots jamais prononcés
Je veux être vulnérable, réceptacle, ouverte aux quatre vents,
_____ à toutes les langues qui me traversent et me touchent
Je veux amplifier l’écho, me faire résonance de chaque vie croisée,
scander sans relâche le précieux de nos différences


J’étais béton armé, colosse, corps solide et désincarné
_____ captive d’une image banale, reflet terne, Narcisse inavouée
Je suis fêlée, faillible, éclat sensible, être charnel
Je tends à l’incandescence, au désir sans cesse renouvelé et à la quête jamais achevée
Je suis une, humaine, aimante, terre fertile et enchantée