Aux cimes des marronniers

En ce premier Instant
L’ Aube, le Couchant
N’existent plus.

À l’ heure où tu t’Endors
En ton cœur Ralenti…

Au mien qui bât Plus Fort ;
Inversement Proportionnel !

En cet Instant de Fer
Où mes vers malhabiles
Se mêlent, Psalmodiés,
À ceux que tu m’avais laissé.

En cet Instant de Feu
– Étrange, mes mains ne 
Tremblent pas –
J’y parsème
– Incertaine –
Mes expirations.

Elles ravivent
La Matière
Qui s’était Embrasée…
Elles nous Embrasseront.

Mais je sais bien
Pourtant
– Que lâche ou Prisonnière-
Je garderai secrets
Ces Amoncellements!

En cet Instant Perché
Au bord de l’Iréel,
Nos pulsations Liées
Frôlent jusqu’à tes lèvres;
Tes yeux Abandonnés;

De Gainsbourg à Cendrars;
De Cendrars à Ferré…

En cet instant Précis,
Je me sens Expulsée,
Par-delà les fenêtres,
Aux Cimes des Marronniers…

En ce premier Instant
Nos veines en Kilomètres
– Imprudentes-
Se souviennent.

Comment les honorer?

Le temps
Est un kaléidoscope
Avide de signes indéchiffrables
En tourbillons ;
De ses fragments en vitraux
Me parvient ta voix désirée…

Mon territoire aride,
Ton territoire perdu,
Dans le dédale de l’oubli
Ne font plus qu’un;
Ils peuvent se toucher…

Tout comme 
Au temps de notre intimité
Que l’on croyait
Acquise et due…
Ses contours déformés
Me sauvent de la morsure.

Le grain
De ta voix
Ne désertera pas mes tympans :
Bande-son intarissable
Où je frissonne de plaisir
Et de larmes…

Et ce grain
Prend corps ;
Il envahit mon corps ;
Et je bénis ce doux dialogue.

Fantôme,
Pardonne-m’en,
Je ne saurai 
Te laisser te reposer !
J’aspire trop à tes cendres;
Je les respire
Comme
Le parfum de ta chevelure
Qui appelle au toucher !

Les photographies
Ne me sont
D’aucun secours ;
Vides de tes vibrations !

Seules me reviennent
Les couleurs
Dont tu aimais te parer;
Elles s’ancrent dans mes rétines,
Derrière mes paupières closes…

Notre passé est 
Une extension de mon corps
Plus naturelle
Que la rotation de la terre 
Sur elle-même :
Cela ne m’est pas douloureux.

Je ne suis pas
Une terre docile
Ou germent
Les mythes des aïeux…

Les sédiments qui me façonnent
Ne sont pas
Immobiles.

Je ne suis pas de ceux
Qui se contentent
De l’eau calme des lacs
Où s’enlise
La parole qui libère…

Je ne suis pas de ceux
Qui refusent
De gravir les monts rocailleux.

Désormais
Le passé
Demeurera le passé 
Je le désarmerai…

Désormais
J’ouvrirai
Mes sens aux éléments ;
Je ne serai des impatients
Aveugles
Aux beautés.

Désormais
J’accepterai tes bras
Loin
De leur leg désavoué.

Désormais ; Désormais
Je prends
Les chemins ouverts ;
Mes pas moins hésitants,
Je délaisse
Les sans-issus…

Désormais ; Désormais
La colère, le pardon
Ne m’appartiennent plus; 
Forte de ta naissance,
Mes plaies
Se cicatrisent ;
Perdent de leur puissance…

Désormais ; Désormais,
Je suis moi
Lentement ;
Je suis moi 
Simplement.
Et je deviens notre boussole.

Désormais ; Désormais,
J’observe notre évidence
D’être 
Entières
L’une à l’autre:
Étonnement sans fin

Au premier instant de la première nuit
Elle avait veillé le nourrisson. Le nourrisson tout juste né en silence…
En silence il lui avait sourit et tout s’était éclairé.

Éclairé d’une lumière forte qui suspendait le temps. Le temps contre lequel il lui avait toujours semblé lutter; 
Lutter, douce, fébrile, désespérée ;
Désespérée dans son enfance inversée…

Inversée à veiller sur les autres, comme mue par une contagion! Contagion à laquelle elle cédait ; Dont il faudrait bien se délester…

Se délester pour que l’enfant quitte la fusion; Quitte la fusion pour devenir une et plusieurs !

Une et plusieurs au grée de la terre en mouvement ; Mouvement qui toujours l’avait effrayée : orage assourdissant !

Assourdissant en ses nuits fondatrices où elle avait vogué au bord du gouffre !

Gouffre dont l’esprit et le coeur ne se défont qu’au prix d’un lent voyage !

Voyage intérieur, discret, qui cette première nuit s’ était clos.

S’était clos alors qu’elle avait pensé. 

Pensé et crier comme une nouvelle certitude; Certitude subite :  » Je suis quelqu’un de bien ! » 

Quelqu’un de bien et la honte s’était éloignée : vaincue enfin.

Vaincue alors qu’elle lui donnait son nom auquel le nouveau né lui répondit dans un souffle d’instinct!

Un souffle d’instinct qui scella le plus secret serment; Serment d’amour muet; Muet. Muet et évident.

Je vogue sans m’inquiéter

Je crois
que je n’ai jamais aimé
L’été…

Enfant,
Il m’était
Solitaire.

Il m’engourdissait le corps et  l’esprit.

Juin, Juillet, Août
me volaient
le langage
Et j’arrivais muette aux amis retrouvés !

Je n’oublierai
Jamais
Cette
violence saisonnière
Et le souvenir
D’une naissance estivale
Prometteuse
De peurs intimes.

Je ne pourrais affirmer
Que l’automne
Me portait
En félicité
Mais il me délivrait
d’une écrasante retraite
Et me promettait

L’hiver
Réconfortant !

Je reste
un être
Des saisons
Rudes :

J’y retrouve le goût de marcher ;
De lire ;
D’écrire ;
De parler au matin
Et d’observer une nature en contrastes!

L’été me vole
Mes rythmes
Rituels :


Les longues soirées de discussions
Ne m’égaient pas !

Je préfère
Me coucher
À l’heure de l’astre d’or
où je peux
Guetter
les rumeurs de la maison
Qui me bercent jusqu’au sommeil…

Au réveil d’été,
Le soleil me précède
Et dévore mon plus pur plaisir :
Mes insomnies,
A moi seule
Dédiées…
les heures lentes de pénombre
où le mystère
Et le danger
Sont moins des craintes que des alliés !

Le délire sur lequel je vogue sans m’inquiéter !
Il me permet
souvent
De remplir
Mes carnets !

Peut-être un jour
Aimerais-je l’été ;
Comme certains créent
Leur premier  noël !
Pour être heureux faut-il d’abord l’imaginer ?
Encore faut-il vraiment
Le désirer.

Le magenta de l’arc-en-ciel

Parce que le blanc est la pureté du nouveau-né et de la mariée sacrifiés.

Parce que le rouge est l’éclat offert à leur regard, à leur volonté et l’éclat du sang méprisé.

Parce que le noir surpasse le rouge en soie fantasmée quand il ne prédestine pas à la tristesse obligée du deuil insaisi.

Mon enfant ces couleurs tu voudras fuir. Ne fuis pas leurs nuances fait les tiennes et fais en ta force singulière.

Tu fuiras la pureté mais ne refuse ni le blanc des neiges dont les reflets rendent heureux les frimas ni la transparence des nuages.

N’oublie pas la joie de t’allonger dans l’herbe pour les voir naviguer.

Tu fuiras le rouge soumission mais ne fuis pas celui de la passion partagée qui transporte si loin que rien ne pourra t’y préparer.

Tu fuiras le noir des deuils lourds mais il se fera beau, éclairci des ocres dorés des constellations et des lunes pâles ou rousses. 

Tu pourras fuir le rose, s’il ne te sied non plus! Il ne t’es en rien obligé… Il est pour moi gaieté des bourgeons au printemps , nuances aux soleils couchants et magenta de l’arc-en-ciel ! Une sœur, un porte -bonheur!

Sois libre ,ma chérie,libre de fuir et de choisir; seule juge à ton prétoire.

Et si tu préfère le vert et le bleu du ciel et de la terre; profonds émeraudes ou clairs ; rien ne t’y oppose, prends ton choix au plus profond de toi !

Si tu choisis Le Brun changeant de cette terre que nous avons souillée sois en fière tout autant !

Fuis bien, fuis bien ma fille ce qui t’entravera mais je t’en prie ne te fuis pas toi-même, ta liberté en dépendra.

La Pierre et les planètes m’ont confiés leur secret

M’aimes-tu quand ça crie ?
Je t’aime avec ma voix !
Le verbe m’a terrassée.

M’aimes-tu quand ça pleure ?
Je t’aime plus encore !
Les paupières m’ont cachées.

M’aimes-tu quand nos corps se serrent ?
Je t’aime avec ma peau !
Mon ventre m’a essoufflée,
L’air échangé l’avait atrophié.

M’aimes-tu par le rythme de nos deux pas unis ?
Il m’apaise de son jeu si gai !
Notre marche m’a égratignée
Je n’aime vraiment, je crois, que la lande seule à seule.

M’aimes-tu quand la pluie bât fort à nos fenêtres ?
Elle me rend si confiant !
La pluie qui ruisselle sur ma peau m’a enchantée.

M’aimes-tu avec ma folie ?
Je ne peux que l’aimer !
Les pierres et les planètes m’ont confié leur secret. Je le préserverai !

M’aimes-tu avec ma folie ?
Bien plus qu’avec leur santé !
Ils m’ont lacérée la bouche et les yeux ; et tant de choses encore que je ne saurais les nommer.

M’aimes-tu pour la tendresse de mes yeux ?
Leur couleur brune m’a sauvé!
Et lorsqu’ils se voilent ?
Ils me sauvent de même !

M’aimes-tu quand ça n’essaie plus ?
Je ne pourrais me résigner !
Ta force m’a renversée,
Portée vers un ailleurs perdu 
Plus clément que ce monde 
Que je ne comprends pas !

M’aimes-tu sans raison ?
Tes mains m’ont toujours recréées !
Tes mains ont toujours su me regarder.

Comme un mirage

Elle est apparue comme un mirage, un jour de février… L’été et le soleil brûlant ne pouvaient pourtant pas troubler nos vues.

Elle m’a émue de sa présence et j’ai lancé mes bras vers elle pour la bercer.

Elle est apparue sept ans après moi ; Comme un radeau dans la tempête ; Comme une chance à ne pas lâcher…

Elle était belle et je pressentais qu’elle ferait de grandes choses ;  par notre amour portée ; Par l’audace qui émanait d’elle à chaque instant ; Son rayonnement.

Elle apprît le violon, la guitare, le piano; le théâtre aussi…Mais surtout le savoir d’être au monde; sûre mais sans prétention , à l’écoute et tellement gaie!

De mon côté, j’appris moi aussi bien des choses : la harpe, le dessin, un peu de chant; l’art d’écrire…Mais je me sentais malhabile; dans une bulle protectrice mais une bulle de fer hermétique au monde.

Cette sœur adorée ; enviée, jalousée parfois – l’esprit se fait souvent mesquin – je l’ai choyée comme je pouvais ! Je l’ai surprise par de petits présents ! J’ai tenté de l’aimer malgré l’absence, en somme. Je crois que j’y suis parvenue…

Puis, le départ d’un père, qui fend la terre plus sûrement qu’un séisme, nous a pour un temps séparées. J’aurais aimé, ma toute petite, t’épauler. Mais murée dans mon propre deuil, je n’ai pu que t’abandonner à l’âge singulier de l’adolescence.

Adultes, réunies, nos liens se sont resserrés et la petite s’est muée souvent en protectrice telle une grande sœur. Les liens changent parfois ; j’essaie de l’accepter ; L’esprit est souvent orgueilleux !

Ma sœur est devenue, mon adorée, plasticienne ; Créatrice d’œuvres apaisantes qui nous suspendent hors du temps ! Je suis un peu fière d’avoir pressenti cette force en elle!

Il me reste à aimer mes propres œuvres pour mieux encore vivre les liens que nous avons, beau temps et mauvais temps, su préserver.

Comme un mirage

Elle était
Apparue
Sept ans après moi.
Radeau inespéré dans la tempête !

Elle était
Apparue comme un mirage un jour de février!
L’été
Et son soleil brûlant
Ne pouvaient pourtant pas
Troubler nos vues.

Elle était
Belle
Et je sentais
Qu’elle ferait de grandes choses !

L’audace émanait
D’elle
À chaque instant !
Elle rayonnait.

J’aurais aimé
Souvent
La serrer contre moi !
L’âme et le cœur savent se censurer.

Nous reçûmes le meilleur :
À elle les cordes de la guitare et du piano !
A moi celles de la harpe… Et une plume.
L’avenir se joue pourtant des illusions;
Nos routes se firent parallèles…

Elle eut
Le savoir
D’être aux autres :
Sûre mais sans prétention;
À l’écoute :
Et tellement gaie!
Pour cette sœur fascinée
– Enviée et jalousée –
j’ai tenté par l’amour de déjouer l’absence!

L’esprit est paradoxe !
Moi
Je me sentais malhabile…
Prise dans une
Bulle de fer ;
Et je défiais quiconque de la transpercer.

Après
Bien des écarts
Je me suis faite poétesse ;
L’esprit sait si bien se piéger!
Ma soeur est
Créatrice
D’oeuvres monumentales,
Qui nous mènent hors du temps
Et de l’espace
En des lieux inaccessibles et apaisants.

Adulte,
Nos liens
Se sont réinventés.
Mon adorée
S’est soudain muée
En protectrice…
J’essaie de l’accepter.
L’esprit sait bien se perdre en arrogance !

Il me reste pour préserver
Ces deux soeurs
Qui s’aiment
Retenues
De fils insaisis
D’éclater cette bulle geolière
De par ma force et mon désir !

Et nous pourrons,
Enfin,
Sensiblement,
Nous rencontrer.

Sois vive !

Sois vive oh ma fierté 
Plus vive que ta peur 

Facile sera la honte
Compagne de l’immobile

Sois vive oh ma fierté 
Grandir  c’est traverser
Montagnes et forêts 
Le plus souvent sans guide
Se perdre ou se blesser
Et risquer la relève 

Sois vive oh ma fierté 
Tu n’es pas seule sur ce sentier 

Sois vive oh ma fierté 
De ces égratignures 
Des chemins hors balises
Des branches qui craquent sous tes pas
Des monts trop hauts pour être gravis aujourd’hui 

Sois vive oh ma fierté 
D’avoir conquis seule ton visage relevé 
Tel l’enfant placé dans un lit sans histoire 
Dans un lit non bordé 
Blotti dans les bras de la honte 
Et non ceux des rêves souhaités 

Sois vive oh ma fierté 
De tout ce qui t’habite
Tout l’amour qui t’habite
De l’asphalte des cités arpentées 
Des mots qui te préservent des cauchemars de ton labyrinthe insatiable 
De ta famille bâtie 
De longue haleine rêvée 
Cette enfant farouchement portée 
Et tendrement bercée
De sa joie qui explose 
Sa gaieté qui désarme 

Sois vive oh ma fierté 

Ne prends pas cette chance pour un miracle
Ne t’en prive par habitudes 
Tu peux te l’accorder
Tu n’as rien à y perdre

Sois vive oh ma fierté 
Oublie d’être parfaite
La quête serait vaincue
Et nul ne te le souhaites !