Comment devenir un athlète oral ?

Tout le monde le sait, la langue est un muscle. Nous préconisons une approche originale pour la travailler, un entraînement hybride. Il s’agit d’alterner des phases intensives et d’autres plus douces, d’endurance, avant celle de récupération.

D’abord, il faut échauffer, tendre et relâcher, la tirer, la soulever, la soupeser, tirer à nouveau dessus  pour l’assouplir.

Quand la langue est prête, on peut commencer les premiers exercices. On prononce sans effort des mots faciles, sans grande signification, des mots anodins, indéfinis.

Puis, vous passerez à l’étape supérieure. Vous devez toujours et avant tout penser au phrasé, au niveau sonore, à bien faire tinter les voyelle, bien poser les consonnes. Pensez aussi à interpréter la ponctuation, parfois même, chantez-la. 

L’accélération requiert une force cardiaque pour articuler les mots compliqués ou ceux qui engagent. Attention de ne pas vous laisser submerger par l’émotion des mots. Certains sont véritablement traîtres, ils nous terrassent avant même de les énoncer. Certains mots nous assassinent. Pourtant, il faut s’accrocher et les dire tout de même. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour les faire entrer dans le cœur à coup de langue. Il faut que la langue joue les mots, qu’elle les crie si besoin, qu’elle fouette les mots, jusqu’au sang. Puis, il faut enchaîner des mots, des mots, des mots, ventiler, inspirer, des mots, des mots, des mots, maîtriser l’allure, la diction, le souffle, des mots, des mots, marathonez un peu, cela fait du bien à la langue

Dans une seconde phase, on laissera retomber le rythme, l’énergie, la douleur ressentie, lentement, sans pression, en respirant profondément, jusqu’à ce que la langue se relâche totalement, qu’elle reprenne une position normale dans la bouche, positionnée au repos, contre le palais. Alors seulement, le silence pourra réinvestir la place.

A la fin, tous les organes auront retrouvé le calme, au niveau le plus bas, d’avant l’entraînement.

Le manuel

D’abord entrer sous la tente
Se déposer sur un grand tas de pierres comme un cadavre
S’endormir allongée droite comme les rayons d’une roue
Puis dans le froid se mettre à tourner comme un chaman
Aller vers ton corps


Ensuite observer les mouvements de l’amour qui tournoient `une boule de feu dans la neige
Oublier que je suis seule très loin dans un fossé
Oublier la disparition
Deuil deuil deuil

.
Le rouge est une couleur primaire

Le rouge est une couleur chaude

Le rouge est une couleur complémentaire du vert

.

Fillettes en pèlerines et capuchons pointus

Gourmandes elles goûtent les groseilles

Tirent sur les grappes les grains en bouche

Elles avancent le long du pré

À la queue-leu-leu vers leur vie

.

Je tire sur la perle de verre rouge

Et tout le collier sort du bois

C’est connu comme le loup rouge

Cette histoire-là

.

Sort de moi une enfilade

Gouttes de sang pointillées sur fond vert

Carnivores

Printanières

Véronèse sous magenta

Gentils coquelicots nouveaux

.

Étendue sur l’herbe chaude tout près

Le delta de mon estuaire

Source de tout le rouge

Des origines à nos jours

Immobile je bouge

.

L’amour primaire brille sur le pré

Étoiles de mer

Couleur grenade sur fond fougère

De gouttelettes perlées

Sillage voie lactée

Écarlate écarquillée beauté

Rouge et vert

Complémentaires

Tu m’as prise
par surprise
jamais je n’y aurais cru
à cet amour-là

Entre Rosa et moi
tu étais restée seule
quelques années
seule
et
vide
traversée de vents froids
en haut sur la colline

Puis
toi et moi
nous nous sommes habitées

Toi m’enrobant de tes pierres anciennes
m’abritant de ton dos
m’ouvrant par l’œil de tes fenêtres
à l’air à la mer au jardin
et à l’horizon bleu

Je te répare tu me restaures
tu m’envoûtes je t’écris
je te couche tu me touches
en mots je te porte à ma bouche
tu m’aimes je te poème
je te lave tu me berces
ton sang irrigue mes veines
ton sol poli de dalles rouges
les paupières de tes volets jaunes
la lumière arpentant tes pièces
tes murs larges comme l’espace
de mon épaule à mon poignet
et l’ample ciel t’embrasse

Ta faille secrète aurait la couleur de la peur
peur d’un promoteur
l’irruption sur
ton promontoire
d’un
bulldozer crevant
tes entrailles
peur de crever salement
pour le faux saphir d’une piscine
une villa blanche façade liftée dents refaites

Toi tu restes digne
ignorant les menaces
dédaignant les modes et les frénésies
somptueuse et modeste
vénérable
véritable
héroïne du quotidien
sentinelle
fidèle à l’instant
tu demeures

Et silencieuse tu respires
recueillant les images de nos vies invisibles
l’ordinaire les passions les chagrins les rires l’ennui
tu les protèges
entre
tes mains
icônes d’or sauvées de la nuit noire

En haut sur la colline
tu as cent ans
et tu me survivras

Seule sur ton île dans le monde noyé
phare du futur
nos souvenirs pour espérance

Jamais je n’y aurais cru
à cet amour-là
à mon corps habité
à mon cœur transpercé
chaque soir
chaque matin
sur la colline
l’éternité

Ressentir

Écouter, écrire, lire, s’exprimer
Comprendre une langue
S’approprier un lexique
Cela se ressent


Comparer, construire
Adopter la consigne
Confronter par ailleurs
Cela se ressent


Structurer, argumenter
Communiquer, interpréter
Représenter, calculer
Cela se ressent


Attention, concentration, motivation
Coopération, implication, progression
Actions
Cela se ressent
Schémas, dessins, croquis


Bavardages, absences et retards
Cela se ressent
Difficultés, fragilités


Localement ou à distance, s’accrocher
Cela se ressent
Échanger, partager, débattre


Dire l’amour, des poèmes
Cela se ressent
Attitude, comportement, effort


Propositions, dialogues constants
Cela se ressent
Orientation, évolution

Quelques transformations
Cela se ressent
Énergie, matière, climat

Un travail régulier
Cela se ressent
Investissement, encouragement

Compliments
Cela se ressent
Imaginer la vie

L’art de réussir
Cela se ressent
Basculer le rapport de force

C’est bien
Renouer avec le corps
L’humain

Cela se ressent
Il faudra
Poursuivre

Ainsi
Être
Sensible

Avis de situation déclarative pour justifier de vos revenus et charges auprès des tiers

Justifier
Payer
Gérer


contester
se faire délivrer
constater

administration
déclaration
imposition


réclamation
rectification
proposition
cession
sanctions


reste à payer
constater un droit, une identité ou une qualité
contester le montant


procédure de reprise
délai de reprise ou de rectification
proposition de rectification
délai expire, sauf exception


sanctions fiscales encourues


déclaration mensongère
délivrer indûment
avantage indu
moyen frauduleux


une photocopie
une administration publique


pas besoin d’original
Puni des mêmes peines

Je n’aurais pas dû t’écrire.

Je n’aurais pas dû revenir, des années après, écrire sur toi.

Je t’ai changée.

Avant, tu étais le sentiment de l’été.

Tu étais orangée, jaune,

soleil sans cesse devant derrière et contre tous.

Tu étais les glaces les jeux dans le sable la paella,

le sable doré les immeubles vagues,

tu étais les incroyables douches en béton sculpté.

Avant, tu étais les allées de pins chauffées, les vacances sans fin, tu étais l’enfance.

Tu étais un mirage, un conte, avant que je t’écrive.

Si je n’avais partagé avec mes frères les souvenirs confus de ton existence,

j’aurais sûrement cru t’avoir inventée.

Tu étais une image flottant à côté de la petite rivière au centre du pré, des carreaux cassés du carrelage de grand-père et des pieds nus au petit déjeuner.

Tu étais mes 4, tu étais mes 6, mes 8 ans.

Et puis j’ai voulu te retrouver, te recréer, t’inventer.

Je me suis dit pourquoi te laisser à l’état d’infans alors que je pourrais faire de toi une créature à moi, un livre !

Tes immeubles pyramides coulant dans des couchers de soleil artificiels.

Tes bancs de béton aux motifs aztèques sculptés à explorer.

Tes pins méditerranéens exhalant la chaleur paresseuse d’un jour sans fin.

J’ai voulu t’écrire.

Inventer un personnage pour t’arpenter, lui donner des baskets usées et un regard moqueur sur tes airs de station-balnéaire du peuple.

Oubliant l’enfant qui t’arpentait sans honte, avec au cœur la joie pure et la certitude que la vie serait ainsi.

Je t’ai figée sous les traits d’une ville nouvelle inventée pour des vacanciers sans imagination.

Je n’aurais pas dû t’écrire.

Je n’aurais pas dû revenir tâter ton béton pour vérifier que ce que j’écrivais correspondait à mes souvenirs correspondait à la réalité.

Mais je ne t’ai pas complètement gâchée, tu existes encore un peu, à côté de la rivière au milieu du pré, il y a une vaste plage dorée.

Un père qui aime son enfant 

( source Élise Costa Chroniqueuse judiciaire-21 avril 2023 à 7h30)

La mauvaise vie
Le coup de foudre
Il boit,
Il frappe sa compagne
La romance prend fin
Bord du Rhône
Cordelettes blanches
Attaché les mains et les pieds 
Jetée à l’eau. 
Garde à vue 
« Un moment d’émotion remontait»
L’eau a emporté ses lunettes et ses sandales
Un grand chapelet autour du cou.
« Elle ramasse des fleurs sur les arbres
Elle me regardait 
Je suis entré dans l’eau
Je l’ai lâchée dans l’eau
J’ai vu ma fille me regarder dans les yeux.
Trente secondes après, j’ai vu des bulles dans l’eau. »
Silence sur la cour d’assises.
Il baisse la tête et pleure.
« C’était le diable en personne »
L’alcool et la jalousie
« Je la trouve très jolie. 
Je la trouve très jolie. »
Sa fille est un prolongement de son épouse.
Violences vicariantes 
« Je tiens la Croix offerte par l’aumônier 
Et l’élastique qui tenait ses cheveux. »
Il avait entonné la chanson gitane : 
« Santa Sara, Santa Sara, 
Tu es la reine de toutes les gitanes. » 
Centre pénitentiaire 
L’un d’eux s’éternise à frapper la tête de l’homme.
« Mets le KO, 
C’est un tueur d’enfants », 
Cris, encouragements 
Centaines de détenus. 
Trois agresseurs 
Devant le tribunal judiciaire

Alors viendra la nuit

Observe et respire


La lumière se lève sur la prairie désolée
La lumière ocre irradie de la terre
________soulève la brume
Le jour est là qui verse en toi sa force nouvelle
Tu l’aspires, tu as raison. Goûte la vie qui naît,
________emplis tes poumons
Alors tu sauras

Quand la vapeur d’aube teintée de jaune pénètrera ton corps
Quand elle aura plaqué tes cheveux par mèches sur tes joues
Quand tes alvéoles seront lourdes de plomb
Quand tes narines pleines de l’odeur du sang et de la poudre reconnaitront la mort
Alors tu verras


L’aurore qui t’appelle décillera tes paupières
Tes yeux seront nus et vulnérables
________à la brûlure de la fumée qui monte de la vallée des cadavres
Les images se graveront sur ta cornée à vif
Des uniformes couleur de boue
________déchiquetés
Des membres entremêlés
________à la chair exposée
Des canons vers le ciel dressés
________à la gueule explosée
Et lentement la brume pernicieuse jouant avec les buissons
Traversera charniers et toiles d’araignées
Lentement, le poison de cet Hier que tu n’as jamais rencontré
Lentement ce gaz, arme sans repos, chargé de la bile, vicié des humeurs de ses victimes
Lentement, il va te toucher
________saisir tes pieds
________sceller tes orteils
________palmer tes doigts


Alors tu entendras
La clameur du silence – déjà oubliée
Le crépitement du givre sur l’herbe qui s’écartera devant la nuée de souffre habillée


Alors au fond de ton être s’élèvera un cri étranglé
La révolte du défenseur entravée
L’impuissance du témoin suffoqué
Et ta voix s’éteindra en vague silencieuse
Contenue entre les murs de la désolation


Ton cri sera cet étendard fiché entre les racines d’un arbre calciné
Drap déchiré sur lequel on devine les armes d’un clan décimé
Soulevé par le vent.


Alors viendra la nuit
Alors viendra le jour
________et viendront les siècles
Sens la caresse du temps
Sens
Respire et attends
Attends ce Demain qui sera tien


Quand la nuit engloutira la plaine
Quand la nuit labourera la surface de la terre
________inexorable ressac
________infatigable lavandière purifiant nos maux
Quand elle aura recouvert ton corps gisant de son linceul diapré
Alors tu t’éveilleras


Alors tu rouleras
Sur la masse des cadavres inertes
Tourbillonnant sur le lit des armes rouillées
Désorientée d’avoir été tant brassée
Des profondeurs ta bouche exprimera ce souffle
Telle une sphère venue éclore à la lisière de la pénombre
Ton naufrage sera naissance et déchirure de notre obscurité


Sens la nuit refluer sur ton corps étendu
Son étreinte relâcher la mort disparue
Son baiser libérer tes lèvres, guérir ton regard
Alors la nuit retournera au ciel
________chargée des vapeurs des jours anciens
Et du terreau ainsi baigné s’éveillera le bourdonnement
________de toute vie nouvelle
Alors tu seras


Assis sur le rivage au point où tarit la source
Ton corps immature et souple au contact des galets polis par l’écume
Alors l’aube nouvelle
________éclatante
________victorieuse
Fera briller la poussière de tes cheveux
Entre tes doigts le sable coulera la clepsydre du temps
Ta joue sera sur ton genou posée
Ton visage offert
à la caresse des vents

Alors se lèvera le nuage, se lèvera le jour
Et reviendra la nuit

Le champ du bois

Le parc de la grande maison
Le grand parc de la maison
Le parc aux allées de graviers roses
qui rentraient dans les plaies de nos genoux
Le parc aux massifs de pétunias
ses pétunias
mangés par les chevreuils
Le parc et la maison
trahis


C’est la rancœur qu’exhale chaque feuille
la lassitude des courtisanes
Quand les murs du harem en ont assez de ne plus être choisis
Il y a du dépit dans les barrières qu’elle faisait peindre en blanc
pures
dans les haies de thuyas taillées
nettes
les noisetiers près du portail
fermé après le rituel du soir


Le parc a fleuri
Le bois a poussé démultiplié
Ce sont nos promesses qui ont fané
mais ne peuvent les voir que ceux qui les ont faites
Il y a les promesses qu’on donne
celles qu’on reçoit
celles qu’on tient
celles qu’on oublie
celles qu’on délaisse
celles auxquelles on s’accroche
celles qu’on entretient


on entretient nos âmes, on entretient nos corps
on n’entretient plus les lieux
tout au plus des souvenirs, une piscine


les promesses des souvenirs sont des promesses mortes
et la grande maison le sait
elle était le réceptacle de toutes nos promesses,
des promesses d’autres avant moi
des promesses qui étaient mes murs
on m’a dénudé, on l’a desséchée


L’herbe du parc a planté ses racines dans d’autres cœurs
Les massifs regrettent de m’avoir laissé
complaisamment abattre mon filet sur les tiges
de leurs filles au passage des papillons
et promettent entre leurs dents
qu’on ne les y prendra plus
La balançoire dans mes rêves
grincera toujours d’un bruit rouillé

La maison du haut de son perron de reproches
reste silencieuse et se laisse habiter
désormais
immobile
sans élan, sans don, sans foi
Ses fondations écrasent les promesses
Elles s’envolent par-delà les cheminées
sans même s’accrocher aux arêtes du toit