Premièrement,
C’est l’aube c’est le matin très tôt c’est le lever du soleil c’est rapide comme une
pièce d’or dans la machine
C’est une chaîne d’actions molles avec des sonneries qui disent quand c’est fini
C’est une voix dure qui dit que ça repart et puis
C’est un panneau rouge-brûlure une prière enflammée pour que le soleil se gare
sans dépasser
C’est une cachette où on fume devant des fleurs obscènes

Deuxièmement,
C’est une montre et c’est jamais et c’est toujours et
C’est un vieux cours sur les adverbes qu’un autre matin à l’aube très tôt très vite
on révisait sur un pont devant une cathédrale
C’était une fois où on essayait d’être en n’étant pas
C’était le seul adverbe qui reste sur le pont de pierre c’est :
« Assez »

Troisièmement,
C’était quand les oiseaux nous laissaient indifférents
C’est aujourd’hui à l’aube tôt très tôt différent
La première sortie est la plus belle
Un jardin non pas comme on l’imagine mais tel qu’il est
Le même jardin tous les jours
Les graviers l’herbe et les oiseaux qui maintenant
Malgré la montre et les sonneries
Le chemin tracé à suivre à suivre
C’est un matin au millimètre où un oiseau est maintenant un événement

Quatrièmement,
C’est un chemin qui fait plaisir
Pas un plaisir oublié de caresse
Un plaisir nouveau de tout agrandir
D’avancer avec dans une main une loupe inopinée
Et dans l’autre une boussole qui pulse comme un cœur de rouge-gorge naïf et
audacieux
Dans un matin large comme une cathédrale
Sous un soleil de machine à sous
On roule en rond dans un petit jardin
Assez grand pour y passer une partie de la vie
Et rouler sans compter
Jusqu’au prochain « C’est l’heure »
Rouler sur la rosée

Premièrement je me lève tôt
le soleil rougit l’aube brûlante
augure la canicule
et la terre suffoque de soif
sous les jours sans pluie
les oiseaux se taisent

Deuxièmement j’ouvre les volets
de bois mort l’air neuf s’engouffre
dans le chai la terre battue transpire
ce qui lui reste de moite humidité
tassée sous mes pieds s’évapore
sous l’arbre le chat miaule

Troisièmement je bois l’eau chaude
bout dans la tasse de céramique bleue
nuit océan profond je plonge
au sous-sol des gravillons du jardin
et nettoie l’eau du bac à douche
laissée dehors aux animaux

Quatrièmement je ferme les yeux
en fente jaune du chat me regardent

LIQUIDATION TOTALE RÉCLAMÉE

Cette chose est abritée dans un corps contenu
mais on ne peut de nos doigts la toucher
Cette chose a plusieurs visages et sa taille est variable
Cette chose est informelle et peut déformer, figurer ou défigurer même
Elle naît de notre corps mais notre corps ne peut pas la toucher

Cette chose est une liquidation totale réclamée

Elle est activée par un sang b[r]ouillon

Elle ne peut pas clignoter

Cette chose voudrait avoir raison plutôt qu’avoir la paix

Cette chose revêt des proportions aux conséquences irréversibles
dans les pièces de théâtres antiques, dans la rue, dans un cœur de trahison
Cette chose est admise ou dénigrée
portée aux nues ou mise au ban,
cela dépend du genre.

Sans permission préalable, grande tendance à tutoyer les inconnus

On peut l’entendre dire certains mots mais elle ne saurait les chuchoter

Cette chose peut maintenir debout, briser des genoux ou faire peur

ROUTinE MATINale

Premièrement,
J’ouvre les yeux aux cris du réveil.
Ces cris que j’aimerais nier.
Les nier pour me blottir au creux de ton bras.
Étreinte qui me donne l’impulsion nécessaire pour sortir du lit.

Deuxièmement,
J’avale une gélule d’oméprazole.
Médicament qui masque les aigreurs d’estomac.
Ces tripes qui encaissent l’anxiété au quotidien.
Une anxiété en bruit de fond, qui me colle au corps et à l’âme.

Troisièmement,
Un passage obligé au petit lieu.
Toilette de chat et brossage de dents.
Ablutions matinales pour réveiller la peau.
Hydrater et protéger la carapace.

Quatrièmement,
Je me dirige vers le salon encore dans la pénombre.
Le tapis de yoga m’y attend.
Délier le corps, y remettre du mouvement… respirer.
S’ancrer, trouver un peu de sérénité; je suis prête à affronter la journée.

Cinquièmement,
Je rentre dans la cuisine bercée par les doux rayons du soleil.
Je sors un bol et le remplit de fruits de saison.
J’y ajoute des céréales, du miel et du beurre de cacahuète.
Je dépose ce petit déjeuner gourmand sur la table.

Sixièmement,
Je descends réveiller les deux hommes qui partagent ma vie.
Toi qui t’étire en pensant déjà à la saveur de ton café.
Et toi, mon grand garçon qui bougonne.
Tu tires ta couverture au-dessus de la tête.

Septièmement,
J’enfile mes vêtements en échangeant nos premiers mots de la journée.
Mon amoureux monte à moitié endormi pour préparer son café.
Mon Gus vient se blottir dans mes bras et s’asseoir sur son tabouret.
Je m’attendris et je ne vois pas le temps passer. Je vais de nouveau être en retard.

Huitièmement,
J’embrasse mon fils qui s’habille et je file manger.
Il me rejoint à table mais ne veut encore rien avaler.
Je mange tout en regardant l’heure filer sur l’horloge de la cuisinière.
Bjorn allume la radio, m’embrasse sur le front et s’installe avec son café.

Neuvièmement,
J’accélère la cadence dans un espoir futil d’arriver à l’heure.
Pourtant, je me suis levée tôt.
Mais chaque fois, je me laisse happer par la langueur du matin.
Je cours à la buanderie.

Dixièmement,
J’enfile ma veste, mon buff et mon bandeau.
Je mets mon casque et attrape mon vélo.
J’ouvre la porte d’entrée quand Bjorn et Gus s’assoient sur l’escalier.
Ils me disent d’être prudente, qu’ils m’aiment et moi aussi.
Je resterais bien là !

Onzièmement,
8h14, j’enfourche mon vélo et je commence ma course contre la montre.
C’est encore possible d’arriver à l’heure.
Je descends notre rue où les automobilistes s’acharnent sur leur klaxon.
Je sens l’amusement monter en moi en les dépassant les uns après les autres.

Douzièmement,
Je file sur la piste cyclable, je me faufile dans la circulation.
Je passe le pont avec tous les feux au vert! Yes!
J’arrive dans la rue pavée qui mène à l’église Royale de Laeken.
Tous les matins, elle m’offre une nouvelle facette de sa majesté, je ralentis, j’admire.

Treizièmement,
Je reprends la course et enfin l’hôpital est en vue.
Je mets ma monture en sécurité.
Je cours pointer. Il est 8h32, encore raté. A deux minutes près.
Je rentre dans le service, salue mes collègues et me rends au vestiaire.

Quatorzièmement,
J’enfile mon pyjama blanc d’hopital et mes baskets.
Je me redresse, rassemble bic, stiftes, mètre ruban, goniomètre…
Je respire un grand coup, j’endosse mon armure mentale.
Je pousse la porte, je m’oublie, je monte au front.
Je perds la notion du temps, je perds la notion de moi.

Laisse
Tes doigts courir sur le muret de pierres
C’est doux

Laisse la mer recouvrir le dernier banc de sable
La douleur
pulser dans ta tête

Laisse les vagues se briser sur les rochers
L’oiseau guetter sa proie
Le chat se tapir sous la fléole

Laisse le soleil brûler
Il n’est pas incendiaire

Laisse les femmes qui résistent,
Les hommes qui résistent
Laisse à la salamandre le temps
de voir repousser sa queue

Laisse l’atelier s’imprégner
de son odeur de sciure
Laisse le son de la disqueuse
te rappeler à l’enfance

Laisse la pluie laver
Elle ressuscitera tout

Laisse opérer la nyctinastie
Elle referme les fleurs
lorsqu’elles sont fatiguées

Laisse-moi
Te désirer sans rien en dire
C’est doux

Gratte les souvenirs

ce truc te gratte
vraiment fort et
à plusieurs endroits

ce truc tiraille ta peau
et tu te tiens droite

ce truc te lacère
mais tu ne dis rien
tu te forces
à penser ailleurs

ce truc fait des tours et des tours
et parfois se pose
les pieds en l’air
– tranquille

tandis que toi tu remues
tu souffles tu t’agenouilles
tu te retrouves pantoise
là, au milieu de la pièce
de cet appartement
dans cette ville

et puis tu réfléchis
et en fait

ce truc était déjà là
dans ce restaurant
au nouvel an 2010

dans cette voiture
de location l’été 2009

et dans cette chambre
d’hôpital au printemps 2012

alors ce truc qui te lacère
comme un sacerdoce
fait peut-être partie
de toi totalement

alors tu te grattes jusqu’au sang
c’est tant pis, c’est pas grave
tu mettras ton pantalon à tremper

dans la bassine que t’oublieras
dans ce cellier, dans cette ville

avec un peu de chance
ce truc se noiera dedans

L’odeur de ta peau est le seul parfum que j’aimerais qu’il me reste. La douceur de celle-ci, le seul doudou comme remède à mes nuits d’insomnies. Je caresse ton visage. J’observe la perfection de tes traits, la beauté de ta pureté, la sérénité de ton sommeil. Je ne me lasse pas de te regarder dormir. Tu es le rayon de soleil qui m’aide à me lever le matin. La boussole qui m’empêche de perdre le nord. L’étoile polaire qui illumine mes noirceurs.
Le rythme course infernale du quotidien et les injonctions à la perfection, détruisent ma patience et ma capacité à me poser avec toi. Et puis les doutes m’assaillent. J’ai l’impression de ne pas remplir ce rôle comme je l’avais rêvée et comme je le souhaite.
Parfois, je nous vois comme si je nous regardais d’en haut et je pleure à l’intérieur en voyant tes petits yeux se remplir de larmes d’incompréhension; et moi qui hurle mon désarroi à la mauvaise personne. Et pourtant, chaque matin, je prends la résolution de te donner le meilleur de moi-même, de te faire sentir mon amour comme je l’avais imaginé avant de te rencontrer.
Mais malgré cette résolution quotidienne, je foire à tellement d’endroits.
Existe-t-il une possibilité de rapprocher nos idéaux de la réalité? D’ancrer nos rêves dans le quotidien?

Parfois le gris enfume
Il noie le désir

On se vide de notre substance

J’ai vécu ces torpeurs transitoires
Que l’on croit infinies
Ces absorptions d’énergie

Trous blancs perçants dans la poitrine

Invisible mal

Coulait
– Méticuleusement –
Le bateau de mes pulses

Perforait
Mon élan
De goûter au jour nouveau

Quand ces creux reviennent au cœur
Maintenant je flotte
Le courant m’emmène
Je ne lutte plus

Je sais la rive
Toujours au bout

Cette errance
Qui a début et fin
Ne m’angoisse plus

Je dérive en sommeil

Lorsque je mets pied à terre
J’avance tranquille dans les fourrés

                                  Et

Une mûre se tient là
Une mûre juteuse
Ses grains larges assemblés
Le soleil et la pluie 
Au cœur de cette baie

Elle me fait de l’œil
Sur sa branche d’épine
Trop haute pour le bras
Je me hisse
Sur la pointe
Gagne un ou deux centimètres

Le fruit fond
Mes lèvres bleuissent
Le sourire revient

Cela tient dans le creux de la main
Comme une pépite noire

Un fruit sauvage par les chemins                             
Offert aux vents                                             
Et à qui veut

L’enfance en bouffée
Dissipe les démons

Un fruit du temps

Simple et miraculeux

Heimat

Un froid s’est installé entre tes bras et moi
Je les ai quittés, ils ne m’ont pas retenue
Entre tes sommets, j’ai été serrée trop fort
Ton étreinte m’a poussée dehors
Partout tu dominais, éclatante et souveraine
À tes pieds, je me suis fait petite
Je me suis tapie dans tes forêts
J’ai enfoui mes secrets sous leur tapis de mousse
Loin de ton emprise, je les ai libérés
Je ne sais plus comment t’aimer
Peux-tu m’aimer encore alors que loin de toi je m’endors ?